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Saint Padre Pio
Voici l’Heure des Anges
édition numérique par  JesusMarie.com
I
ENTRE TERRE ET CIEL.

Lors du premier lancement d’un homme dans l’espace, quelqu’un de charmant, en Russie, se plaisait à insister que l’astronaute Yuri Gagarin ne rencontra personne dans le ciel et n’y trouva « rien ». Evidemment - avons-nous envie d’ajouter à notre tour, avec un grain de  bonne humeur -, le pionnier de l’espace avait été chargé de la mission de filmer l’Au-delà, sans pouvoir toutefois découvrir la présence, cachée ou même « transparente », d’une existence quelconque. Il ne rencontra que le « vide », moucheté d’étoiles et de planètes. « Aucune trace de Dieu ni de saints ». Pas même une plume flottante d’aile d’Ange ou des restes - une épée, un javelot, une flèche de préférence empoisonnée, un bouclier tordu – de la fameuse bataille céleste où se joua le sort, dont nous parlerons bientôt, de Lucifer et de ses Anges.
C’est exactement le contraire, en somme, de ce qui arriva en 1492, dans des circonstances analogues, à Christophe Colomb, pour qui la senteur inattendue d’air de montagne (« L’air est extrêmement doux », écrivait-il sur le journal de bord,  « comme à Séville au mois d’avril ») et la découverte d’une canne, d’un morceau de bois et d’une touffe d’herbe terrestre, portés par les ondes, révélèrent la proximité du Nouveau Monde.
Quel malheur donc, puisque un documentaire sur le Paradis est ce que l’on espérait le plus. L’athéisme, évidemment, en aurait un peu souffert. Mais par contre les Américains, avides comme ils sont de nouveau et d’événement sensationnel, l’auraient échangé  contre qui sait combien de chargements de blé, malgré la déception d’avoir été précédés…
Plaisanteries à part, parler de « vide » dans le ciel relève d’une théorie que personne ne peut affirmer de façon catégorique. Pas même un matérialiste ! Ce dernier, toujours penché sur Mère Nature, sait qu’il existe chez elle un certain ordre, fait de différents (page9)

échelons qui se suivent, de la matière inorganique aux végétaux, aux animaux, à
l’homme, selon une progression qui culmine dans l’être intelligent. Qui donc peut affirmer maintenant en toute certitude que la chaîne s’arrête là et qu’au chaînon de l’homme n’est relié aucun autre, relevant d’une existence plus élevée et plus noble, quand bien même il serait à nos sens imperceptibles.

 L’ordre de la nature, la loi de graduation qui s’y trouve, cette savante disposition progressive des êtres fait supposer  avant tout un organisateur, un esprit laborieux : une Cause ou Quelqu’un au regard duquel cet ordre  est à la foi une conséquence et un témoignage. Nous savons qui est cette Cause ou ce Quelqu’un et nous y croyons, mais nous croyons encore qu’entre nous et Lui existe une médiation, une continuité de vie ou que d’autres chaînons remplissent la distance et l’espace que certains considèrent comme des abîmes vides ou des morceaux de néant.
 La vie continue, sans solution de continuité et ne s’arrête pas non plus à la pointe de nos cheveux. Des êtres plus évolués, se pressent en effet après l’homme, sur l’échelle ascendante de la création. Les anciens Normands le chantaient dans leurs sagas : « Au-delà de cette terre habitée par les hommes,  fleurit un autre règne, le règne des esprits invisibles, le Valhalla mystérieux… »1.   Les peuples d’anciennes civilisations croyaient eux aussi, comme le montrent les « démons » de Thalès « l’espèce ailée » de Platon (Timée), les « immortels » d’Hésiode, « gardiens de Zeus auprès des hommes mortels, qui veillent sur les œuvres justes et su les actions mauvaises et qui invisibles (revêtus d’air), se promènes partout sur la terre » (Les Travaux et les Jours)…Mo-tse, philosophe Chinois du V siècle avant  le Christ, revendiquait contre Confucius la croyance en Dieu et dans « les nombreux esprits subalternes » qui récompensent celui qui aime et respecte les autres tandis qu’ils punissent celui qui les hait ou leur crée des dommages 2. Pour ce qui est des Romains, on connais les fameux  « génies » dans lesquels ils croyaient et que l’on retrouve si souvent dans la littérature latine. Des esprits bons ou mauvais accompagnaient l’homme de la    1 P.Arrighini, Gli Angeli buoni e cattivi, L.I.C.E. Turin
   (p10)               2 Fung Yu-Lan, Storia della filosofia cinese, Mondadori, Milan

Naissance jusqu’à la mort. Ils étaient représentés sous la forme d’enfants encapuchonnés et vétus de la toge, portant une coupe et une corne d’abondance. Ils protégeaient le peuple, l’armée, la ville, la région, les thermes, le théâtre et autres lieux. On les fêtait le jour anniversaire de la naissance, à l’occasion des noces… De nos jours l’on peut dire qu’il n’existe aucune religion non chrétienne qui n’admette l’existence de telles mystérieuses créatures. Croyances superstitieuses ? Pas exactement, puisqu’elles sont plutôt l’indice d’une révélation originelle commune qui, demeurée intacte chez les Hébreux, s’est par contre altérée parmi les autres peuples.
D’autre part, s’il existe un Dieu créateur qui nous ressemble, nous ne pouvons le concevoir qu’esprit très pur, c’est-à-dire doté de puissance et de perfection infinies. Or la raison refuse d’envisager qu’il n’ait pas aussi donné la vie à des créatures qui, plus que l’homme, portent en elles le sceau de Sa propre nature. En d’autres termes, qui soient davantage faites à Son « image et ressemblance » (Gn 1,26). Un grand artiste qui se limiterait simplement à faire du bon travail, alors qu’il sait pouvoir mettre en œuvre son génie dans la réalisation de chefs-d’œuvres, serait pour nous incompréhensible.. Dieu, sans aucun doute, a crée d’autres êtres, au dessus de l’homme. La Révélation, la Tradition, de même que l’histoire et le magistère de l’Eglise concourrent à l’affirmer et sont en mesure de le prouver.
 Les Anges --- puisque c’est bien d’eux que nous parlons --- existent et nous verrons que ce ne seront pas quelques inventions de matérialistes à prouver le contraire.
 « Angelos novimus ex fide » : nous connaissons par la foi l’existence des Anges et alors que personne n’est jamais parvenu à les photographier, toutefois « nous trouvons écrit qu’ils ont apparu à beaucoup et nous pensons qu’il n’est donc pas raisonnable d’en douter ».3 (p11)
3. St Augustin, In psal. 103

II
ORIGINE ET NOMBRE DES ANGES
 

 Les Anges doivent leur existence à un acte de volonté de Dieu qui les a crées de rien. Cela est un dogme de foi : « Nous croyons en un seul Dieu, Père, fils et Saint-Esprit, créateur des choses visibles, comme de ce monde-ci, lieu de notre vie passagère, et des choses invisibles, comme les purs esprits, qui portent aussi le nom d’Anges… »1. Par contre, la question du moment où ils furent crées est encore ouverte : est-ce avant ou bien après la création du monde matériel ? Arrighini, se référant à Origène, pense qu’il est possible que la création des Anges se soit effectué ni avant et ni même après, mais « au moment même où Dieu créa le ciel et la terre : pas plus tard---selon lui--- car les substances corporelles ne peuvent exister sans les substances angéliques qui les gouvernent… ; mais pas auparavant non plus, puisque l’activité irrésistible des Anges, quoique entièrement immatérielle, ne peut avoir lieu sans le matériel de l’Univers sur lequel elle exerce son œuvre »2. Arrighini présente, à l’appui de cette pensée, l’affirmation augustinienne selon laquelle : « tous les corps sont déplacés par les Anges », rappelant ainsi l’assertion analogue et plus explicite de Saint Grégoire, reportée par saint Thomas dans la Somme Théologique : « Dans ce monde visible, rien ne peut être mis ni en mouvement ni en ordre, si ce n’est grâce à une créature invisible. De la sorte, tout le monde visible des corps est fait pour être mû et soutenu par le monde invisible des esprits »3. Mais la question n’en reste pas moins ouverte. Même le concile de Latran IV, loin de préciser, (p 12)
1. Le Crédo du peuple de Dieu, prononcé par le Saint-Père Paul VI lord de la clôture de l’Année de la Foi, le 30 juin 1968.
2. P. Arrighini, op. cit.
3.P.I.,  q. a.1.

Évite le problème : « Au début des temps Dieu, dans sa toute puissante vertu, créa toutes les créatures : spirituelles et corporelles, angéliques et terrestres ». Un autre problème, également irrésolu, encore ouvert à la discussion et qui a occupé tout particulièrement les scolastiques dans de longues et vivantes disputes, est celui du « lieu » où les Anges furent crées. Il faudrait aussi parler de tous les problèmes que soulevèrent la spiritualité angélique, la différence existant d’un Ange à l’autre, la question de savoir s’ils appartiennent tous à une même espèce ou bien si chacun constitue une espèce en soi, leur façon de communiquer entre eux, d’agir sur un point précis ou de poser un acte de volonté, etc. Toutes ces questions restent non seulement ouvertes, mais sont encore secondaires du point de vue dogmatique.
Ce qui par contre est indiscutable et unanimement reconnu est le nombre extraordinaire des Anges. Ce problème ne manque pas de charme ni d’intérêt ; Aussi mérite-t-il que l’on n’y fasse pas seulement allusion.
 D’aucuns prétendent que le nombre des Anges est identique à celui de tous les hommes, depuis Adam jusqu’à la fin du monde à venir. Pour d’autres, ils sont cent fois plus. Si les Anges déchus---qui, de l’avis de certains, représentent le tiers de tous les esprits purs créés par Dieu---étaient composés de matière, ils obscurciraient complètement le ciel en plein midi. Mais quelle que soit la façon d’interpréter de telles affirmations, il en ressort indéniablement que les Anges existants sont d’un nombre extraordinaire, vraiment fabuleux.
Daniel (7,10) et l’Apocalypse (5,11) parlent d’Anges qui se comptent « par myriades de myriades et par milliers de milliers ! ». Ceux-ci, affirme Denys l’Aréopagyte « dépassent par leur nombre la faible et étroite mesure de nos chiffres matériels ». Et le Docteur Angélique explique : « La raison de cela est que Dieu, dans la création des choses a d’abord en vue la perfection de l’Univers, en sorte que plus les êtres sont parfaits, plus grand est leur nombre dans la création » 5. (p13)
4 Cf. Enciclopedia Cattolica, au mot Anges.
5 Somme Théologique,  P.I.,  q.  50, a.  3
 

A l’appui de l’Ecriture et des arguments de la théologie concourent les révélations des saints.
Sainte Françoise Romaine vit dans une extase les Anges sortir des mains du créateur, formant quelque chose de comparable à une chute de neige très dense. En termes incomparables, la bienheureuse Angèle de Foligno raconte : « Je voyais Jésus descendre du Ciel, entouré d’innombrables armées étincelantes de lumières… la multitude de ces armées flamboyantes était telle que si je n’avais su que Dieu accomplit tout avec mesure, j’aurais cru sans nombre ces splendeurs. Leur nombre en effet à les voir, provoquait un égarement des yeux t de l’esprit, tellement de points lumineux envahissaient ce que nous appelons longueur, largeur, profondeur, Et si l’abîme était encore fait de dimensions, c’était seulement parce qu’il s’ouvrait éperduement sur l’immensité ».6. (p.14)
P. Doncoeur, Le livre de la Bienheureuse Angèle de Foligno, Paris, 1925
 

III
ESPRITS TRES PURS

Sans contraintes dans l’espace où ils se déplacent à la rapidité de la foudre, de l’éclair, de la pensée, affranchis des influences du temps, les Anges ne connaissent pas les malheurs, les catastrophes, le sort précaire auxquels sont sujets les hommes et les choses. Lorsque viendra la fin du monde, « spente nell’imo, strideran le stelle » 1, alors que les Anges resteront les esprits qu’ils furent et qu’ils sont, puisque « les choses visibles n’ont qu’un temps, les invisibles sont éternelles » (2Co 4,18).  Or les Anges sont « invisibles » parce que composés de nature simple, essentiellement spirituelle. A la façon dont le point géométrique est imaginaire, les Anges sont des réalités subsistantes, impondérables.  Comme le point, ils sont sans visage ni volume. Ce sont des substances simples, qui ne peuvent pas même être mises en comparaison avec l’atome, pourtant tellement invisible et impalpable et qui se prête si bien aux terribles et magnifiques expériences modernes… Regroupant un nombre considérable d’atomes, la nature compose un petit grain de fer ou de pierre, une graine ou bien une gouttelette, tandis que si l’on réunit des myriades de milliards d’Anges, l’on obtiendra pas même un atome… Parlant un jour des Anges, le Père Pio disait qu’il était possible que la pointe d’une aiguille contienne quelques milliers de ces créatures impondérables. Voilà le mystère de l’invisible !
A propos de la spiritualité parfaite des Anges, il n’y a aujourd’hui aucun désaccord. Cela relève du patrimoine du magistère ecclésiastique, mais aussi de la pensée courante, comme le montrent (p 15)
 

1 « Eteintes dans les bas-fonds, les étoiles crieront » <Giacomo Leopardi,  All’Italia.
 

certaines expressions habituelles telles que : « beau comme un Ange » et d’autres semblables. Il ne s’agit pas pour autant d’affirmer ici qu’il n’y a pas eu dans le passé des divergences d’opinion sur ce sujet. L’immatérialité des Anges fut en effet pour certains l’occasion de discutions très vives, sinon même de doutes. D’aucuns la nièrent tout bonnement, attribuant aux esprits purs un corps—éthéré et, qui de plus est, extrêmement menu – et par là ayant besoin d’une alimentation particulière dont on ignorait la nature. Toutes ces erreurs rappellent l’anthropomorphisme païen. Et pourtant des hommes comme saint Basile et saint Justin n’y ont pas échappé. Sans parler d’Origène qui, de son côté, soutenait que les Anges déchus rôdaient « voraces, autour des sacrifices, du sang des victimes et des vapeurs qui s’en échappaient » 2. Mais l’erreur la plus grave à laquelle succombèrent les anciens fut de croire que les Anges pouvaient avoir des relations charnelles avec les créatures humaines. Et cela à cause de certains manuscrits des septantes où les descendants de Set --- que la Genèse mentionne (6, 2) comme des « fils de Dieu » qui s’éprirent des « filles des hommes » et les « épousèrent » --- sont par erreur appelés  Angeloi. Une telle erreur d’interprétation est d’autant plus surprenante que, dans l’Evangile selon saint Matthieu, la spiritualité et la pureté angélique sont sans ambiguïté : Jésus explique aux Saducéens que les hommes « lors de la résurrection ne prendront ni femme ni maris, mais seront comme les Anges de Dieu dans le ciel » (22, 30).
 C’est contre toutes ces conceptions erronées que se sont élevés plusieurs Pères et Docteurs, comme Grégoire de Nazianze, Denis l’Aréopagyte, Grégoire le Grand, saint Ambroise. « Soyons convaincus ---dira l’un d’eux---qu’il n’y a dans un Ange rien de matériel, pas même l’ombre la plus menue d’un corps, aussi minuscule et impondérable qu’on veuille l’imaginer. Un point est déjà un bon exemple de la simplicité angélique. Mais l’éclair, qui transperce les nuages, le feu, même le plus subtil, les émanations de vapeur les plus ténues restent des représentations inadéquates et impropres » 3.
Mais celui qui a mis fin aux débats séculaires sur cette question (16)
2 Cf.  P. Arrighini, op.  cit.
3 Ibid.

est le Docteur Angélique, saint Thomas d’Aquin qui, du temps où il n’était qu’un simple étudiant, soutenait déjà l’immatérialité angélique la plus absolue et qui, comme théologien, a consacré beaucoup de ses efforts aux esprits célestes. « Il faut --- affirme-t-il--- admettre nécessairement l’existence de créatures incorporelles. En effet, ce que Dieu cherche dans l’œuvre de la création est avant tout le bien, et le bien consiste dans la ressemblance à Dieu. Or l’effet ne ressemble parfaitement à la cause que lorsqu’il l’imite justement en ce qui sert à celle-ci à le produire comme lorsque un corps chaud réchauffe n autre corps. Eh bien, Dieu produit la créature par l’intermédiaire de l’intellect et de la volonté… Par conséquent, la perfection de l’Univers exige l’existence de créatures spirituelles. Mais l’esprit ne saurait être acte, ni d’un corps et ni d’aucune faculté corporelle: tout corps en effet est limité dans l’espace et dans le temps. Il s’ensuit que pour avoir dans l’Univers la perfection il est nécessaire d’admettre l’existence de quelques créatures incorporelles…(17) 4.

4 Somme Théologique,  P.I. q. 50, a.  I.

IV
LA CHUTE DES ANGES

Substances simples, de nature essentiellement spirituelle et tellement impondérable qu’ils ne peuvent  être comparés à l’atome, nombreux « par myriades de myriades » et tirés par Dieu du néant, voilà les Anges. Cependant à l’origine, ils ne bénéficiaient pas de la vision de Dieu. Ils connaissaient les lois qui régissent l’Univers, et avaient, en même temps, une parfaite intuition de leur propre nature spirituelle. Mais ils ne connaissaient qu’imparfaitement l’ordre qui les gouvernait. Les principaux mystères surnaturels leur avaient été révélés dans l’obscurité de la foi, en sorte qu’ils ne voyaient Dieu que comme dans un miroir. Ils le voyaient reflété dans leur être propre et dans la création. Leur bonheur était donc naturel, c’est-à-dire conforme aux capacités et autres attributs de leur propre nature.
Mais Dieu qui les aimait, voulait faire d’eux—créatures qu’ils étaient—des fils et leur faire partager sa propre façon d’être, propre à Sa nature divine elle-même : les faire passer de l’ordre naturel à l’ordre surnaturel. Selon une image du Docteur Angélique, les Anges vivaient pour ainsi dire sous les lueurs de soleil couchant et Dieu voulait les porter dans la clarté radieuse du soleil de midi. Le passage était rendu possible pr l’introduction dans leur esprit d’une vertu nouvelle, d’un principe vital qui les ennoblissait et les rendait capables d’une activité supérieure. Il leur offrait la Grâce sanctifiante.
Grâce à elle, les Anges auraient pu parvenir à leur fin dernière : entrer dans la vision de Dieu. Mais nés libres et dotés d’un vouloir pleinement autonome, ils devaient s’en montrer dignes. Le saut dans la gloire devait être conquis comme fruit d’un choix personnel, d’une adhésion à Dieu spontanée, faite d’amour et de gratitude, dans un acte d’humilité, où la justice divine désirait voir s’exprimer l’assentiment au soutien de la Grâce. Acte nécessaire à l’ascension des Anges au midi de la Vie. (18)

Les Anges devaient donc passer une épreuve. Celle-ci comportait un risque. En supportant l’épreuve, les Anges auraient rencontré Dieu « face à face » (1 Co 13,12) et non plus dans l’obscurité de la foi, à travers le miroir de la foi, à travers le miroir de leur propre essence et de la création. Ils l’auraient rencontré immédiatement et directement, plongés dans l’océan sans fin de Sa charité et de Sa lumière, perdus dans l’immensité de Sa sagesse, entraînés dans les torrents de Sa joie. Il s’agissait d’un naufrage qui, sans rien dire du respect de Dieu à l’égard de la liberté de ses créatures, justifiait amplement, à notre avis, le prix que, pour ce faire, les Anges avaient à payer
Mais ceux-ci se fourvoyèrent..  Et en premier lieu Lucifer, la créature angélique la plus éminente de par sa splendeur, son intelligence et sa puissance. Contre la nécessité inéluctable de la Grâce, contre la générosité du Seigneur qui l’en gratifiait, il opta pour l’autosuffisance. Il prétendit agir de lui-même et monter vers les hauteurs en s’appuyant uniquement sur ses propres ressources naturelles : « Je monterai jusqu’au ciel… et serai semblable au très haut » (Is 14,12).
L’expression  biblique semble prêter à Lucifer l’intention de détrôner Dieu et de prendre sa place. Mais--- fera noter saint Thomas – il est à exclure qu’une intention aussi folle ait pu naître dans un esprit aussi intelligent que le sien. Sa faute, en réalité, a probablement consisté, au début, dans une erreur d’appréciation et dans un contentement de soi dont les conséquences furent inévitablement la froideur à l’égard de Dieu et l’orgueilleuse prétention d’agir pour soi et par soi-même, au point de nier à Celui qui l’avait tiré du néant le droit à l’amour et à la gratitude et de considérer son propre bienfaiteur comme un intrus. Voilà aussi ce qui arrive à l’homme ! « Remarquez – souligne saint Jean de la Croix – quel dommage causent aux Anges la complaisance et la satisfaction qu’ils éprouvent de leur beauté et de leurs biens naturels… ainsi que tous les maux qui surviennent à l’homme à cause de sa vanité »1.(19)
1 St Jean de la Croix, Montée au Mont Carmel, chap. X.III.

Lucifer pécha par égoïsme. De son péché s’ensuivit le rêve ambitieux d’un ordre et d’un règne autonome, exempts de tout partage ou ingérence divines.
Le premier Ange voulait donner lieu à une sorte de royaume indépendant où, en tant que chef, il aurait reçu l’adoration et les hommages que lui-même avait refusé au Créateur, puisque – comme le croit sait Thomas – il désirait à son tour imiter Dieu dans la création.
Ce qui s’ensuivit est à peine concevable pour notre pauvre imagination. Parmi les plus hautes créatures célestes, il s’en trouvait une à qui l’Ecriture donne le nom de Michel. S’étant placée à la tête de la multitude qui avait refusé les invitations de Lucifer, elle se jeta contre lui et contre les Anges prévaricateurs. Michel reprocha à Lucifer sa folie et l’accabla du poids de ses arguments et de ses énoncés intellectuels irréprochables 2, exprimés dans l’Ecriture par cette courte phrase interrogative – d’où son nom – Mi-cha-El, qui veut dire : Qui  comme Dieu ?
Alors – peut-on imaginer – les rebelles, assurément surpris et confus, tentèrent une révolte enragée et désespérée et les idées et les volontés opposées se mesurèrent dans un conflit aussi cruel et violent que rapide. D’un coup, les rebelles ont dû se sentir dépouillés de tout et sans force, puisque Dieu les avait privés soudainement de Sa Grâce.
Un grand frisson, semblable à un sinistre éclair, a dû secouer partout le Cosmos. Peut-être même que, pour un instant, les étoiles ont cessé de briller, et les astres de se mouvoir selon leur éternelle harmonie. Une ombre a dû se glisser sur le visage de Dieu.
Ce fut un désastre sans nom.
Par une mutation foudroyante, la magnifique Rebelle, « le Fils de l’aurore, resplendissant l’étoile du matin » (Is 14,13), devint d’une laideur et d’une horreur à glacer le sang. Puis vaincu par une force irrésistible, « il tomba du ciel comme l’éclair » (Luc 10,18), accompagné de tout ses partisans.
Comme au serviteur inutile de la parabole des talents, il lui a été enlevé ce qu’il avait et a été « jeté dehors dans les ténèbres, où seront les pleurs et les grincements de dents » (Mt 25,29) (p.20)
2 Bossuet,  Elévation à la Ive semaine

« Alors une bataille s’engagea dans le ciel : Michel et ses Anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, appuyé par ses Anges, mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique serpent, le Diable ou Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses Anges furent jetés avec lui » (Ap 12, 7-9) 3.
Telle fut la fin tragique du Rebelle et de ses Anges : ils se transformèrent en Diables et en Démons. Exclus de la Vie, condamnés sans appel et pour toujours, ils reçurent un châtiment terrible qui est un mystère troublant que beaucoup aujourd’hui refusent et devant lequel le croyant, éclairé par la révélation, par le magistère de l’Eglise et le témoignage des saints, ne peut que s’incliner.
L’Enfer ouvre, pour la première fois, ses abîmes épouvantables. Si bien que le Poète par excellence écrira au dessus de sa porte :
 

« Per me si va nella città dolente,
Per me si va nell’ etterno dolore,
Per me si va tra la perduta gente.
Giustizia mosse il mio alto Fattore,
Fecemi la divina Potestate,
La soma Sapienza e ‘l primo Amore.

3 Il faut souligner que cette révolte de Lucifer a eu certainement une cause précise. Mais il est difficile de savoir laquelle. Certains Pères et Docteurs comme Tertullien,  Saint Basile, Saint Cyprien, Robert l’Abbé suivis par  Suarez et de nombreux autres théologiens, pensent que la révolte des Anges a été causée par la révélation qui leur a été faite de l’Incarnation du Verbe, décrétée par Dieu depuis l’éternité (ab aeterno). Selon eux, Lucifer, jaloux parce que le Fils de Dieu assumait la nature humaine, ne sut accepter que l’homme soit préféré à lui, le plus noble des Anges. Il ne pouvait supporter cette union hypostatique de Verbe et de l’homme. Il aurait préféré que cette union se fût opérée avec lui. Aussi refusa-t-il de reconnaître la supériorité d’un Dieu fait homme par l’incarnation. Dieu n’ayant pas voulu se rendre à ses désirs, il se rebella contre Lui et contre Jésus Christ et conseilla aux Anges de se révolter avec lui. »  (cf. i Tesori di Cornelio a Lapide tratti dai  suoi commentari- de l’Abbé Barbier, volume I, p.450, S.E.I., Turin). « Mais cette conclusion – qui remonte au 16ème siècle – n’a aucun fondement dans l’Ecriture » affirme Silvius dans Commentarium in I Partem S. Thomae Aquinatis. Cf. La Somme Théologique, La Création – Les Anges, IV ( en note de la p..389 dans l’édition citée précédemment).
      (21)
 

Dinanzi a me non fuor cose create
Se non etterne, e io etterna duro
Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate » 4.
(Inferno, canto III)

Le sort des Anges fidèles fut tout différent. En recevant la Grâce ils furent automatiquement enrichis des grâces et des privilèges que Dieu n’avait pu donner aux rebelles. Mais les dons par lesquels Dieu récompensa surtout leur choix furent une vie assurée dans la Grâce et l’entrée dans la Béatitude surnaturelle. Grâce au premier, ils sont devenus irréprochables et infaillibles, c’est-à-dire exempts de tout penchant envers le mal ou bien l’erreur : « Praemium est non posse peccare »5. Grâce au second, ils jouissent du bonheur ineffable et sans fin de voir Dieu « tel qu’Il est »(I Jn 3, 2), de baigner dans Sa lumière, d’en découvrir sans fin la bonté et la grandeur.
Quant à Saint Michel, même si la révélation ne le dit pas expressément, la glorification de sa nature et de son prestige, sa promotion au sommet de la hiérarchie angélique, en un mot, l’acquisition de sa part du primat angélique, tenu jusque là et perdu par Lucifer, ne font aucun doute. C’est une conséquence évidente de la part qu’a joué le plus grand adversaire de l’Ange rebelle et le défenseur des droits inaliénable de Dieu. Cela répond à un simple besoin de justice. Or Dieu est la Justice suprême. Il récompense le serviteur bon et fidèle qui a fait des propres talents l’usage pour lequel ils lui ont été confiés et qui est de son devoir. De plus Dieu est incomparablement généreux et munificent envers Ses fidèles serviteurs.
Saint Michel est appelé Archange, non pas par une appartenance à un ordre angélique, mais parce que « parmi les Anges il

4 « Quant à moi j’entre dans la cité souffrante, / Quant à moi j’entre dans l’éternelle souffrance, / Quant à moi j’entre parmi les gens perdus. / Justice est faite de par mon grand Auteur, / Ce sort me réserva la divine puissance, / La suprême Sagesse et le premier Amour. / Et devant moi, s’il y a des créatures, / elles sont éternelles, et moi éternellement je dure. /  Vous qui entrez, perdez toute espérance ». /
5 St Augustin, Contra duas epist. Pelagii
(22)

est le Chef et le Guide”6,  « le Ministre du siège le plus éminent de la Très Sainte Trinité »7, celui qui prend la première place « inter mille milia, et decies mille myriades Angelorum » 8, superbe en dignité et honneurs, au dessus de tous les autres Esprits supérieurs » 9 , « maxima et prima Stella angelici splendoris » 10. Il est très vraisemblable que tous ces épithètes et appréciations diverses soient loin de rendre l’entière dignité et gloire dont Saint Michel a été de par Dieu grandi et récompensé. C’est à bon escient que l’Eglise Catholique, redevable à la Synagogue de la dévotion à Saint Michel, en a fait son propre Héros et Patron. C’est à ce titre et comme « Prince des armées du Ciel » qu’il a été apprécié et vénéré par le peuple chrétien et particulièrement par les saints. Au cours de deux mille ans de christianisme, il faut le dire, ses manifestations ne sont pas aussi fréquentes ni aussi éclatantes --- de par les documents existants et l’absence d’élucubrations légendaires --- que celles, par exemple, de la très Sainte Vierge à Lourdes et à Fatima. Saint Michel apparaît et disparaît à la façon d’un personnage mystérieux et insaisissable. Mais les signes de sa présence sont suffisamment nombreux et valables, comme nous aurons plus loin l’occasion de le remarquer, pour ne point le laisser dans l’ombre.
Il y a peu de temps, son nom était encore invoqué dans l’introduction au rite eucharistique : « Confiteor Deo omnipotenti,…Beato Michaëli Arcangelo », et à la fin de cette même liturgie, dans la prière du pape Léon XIII, « contre Satan et autres esprits malins qui rodent dans le monde pour la perte des âmes ». Maintenant, c’est supprimé. Dans ce qu’on appelle aujourd’hui l’Acte de pénitence  l’on récite : « Je confesse à Dieu tout puissant… les Anges, les saints… ». Saint Michel n’est plus cité, de même que n’est plus récitée la prière du pape Léon XIII. C’est à se demander si la Commission pour la réforme liturgique ne s’est pas laissée entraîner, dans ses suppressions, par une fièvre de démystification et la vogue d’un rationalisme exaspéré. De toute manière, s’il est vrai
6 St Pantaléon, In Encom. S. Mich. Apud Baronium.
7 D Gelas  apud  Alcuin.
8 St Pantaléon, op. cit
9 St Basile, Hom. De Angelis.
10 St Pantaléon, op. cit.
(23)

qu’une participation vivante et un avis de la part des laïcs, sur tout ce qui touche à notre foi et à la vie de l’Eglise, sont souhaités par elle,  qu’il nous soit permis de dire, en toute simplicité et candeur, que ces suppressions sont retenues, par beaucoup de chrétiens pratiquants et sensibles, comme une erreur à laquelle il faudrait tout de suite remédier. Ces mutilations ne présentent qu’un double avantage ;  celui de favoriser l’attiédissement de respect et de ferveur à l’égard du Prince des Anges de la part des croyants et d’obtenir l’approbation et le contentement de son Adversaire, l’antique Serpent, surnommé le Diable et Satan, « l’ennemi du genre humain », « le prince de ce monde », dont l’existence et l’activité maléfique ont été rappelées aux hommes par le Saint-Père Paul VI et dont tout le monde parle aujourd’hui et à propos de qui tous les journaux parlent actuellement, surtout après la parution d’un certain film américain. Messieurs les théologiens qui discutent à son sujet et qui l’identifient avec « le mal du monde » feraient bien de se demander si, à leur insu, ils ne se sont pas alignés du côté de Lucifer et si, par les temps qui courent, il ne serait pas opportun de lui opposer Saint Michel, et de promouvoir une action qui, en premier lieu, rétablirait le nom de ce dernier là où il a été supprimé.
 
 
 

V La Chute de l'Homme
 

Or Dieu avait crée en plus des Anges d’autres êtres intelligents. Synthèse de la création visible et invisible, parce que composés de matière et d’esprit, ces êtres étaient un homme et une femme :  Adam et Eve.
 Dieu les avait tirés de la terre et vivifiés par son esprit. Il les avait fait «  à son image et ressemblance, c’est-à-dire dotés d’âme, d’intellect et de vouloir, et les avait placés dans un des « jardin » de douceur. Le Seigneur avait « planté » dans un des myriades des mondes dont il avait envahi l’espace. Ce monde était la terre.
 L’homme et la femme formaient deux  êtres complémentaires, si bien que « Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la ». Ceux-ci devaient, grâce à leur descendance, agrandir progressivement le jardin, « portant à son plein épanouissement cette nature, issue des mains divines, mais pas encore tout à fait accomplie » 1. Ils allaient accomplir cela  par une action heureuse, dans l’amour mutuel, dans la lumière et la chaleur de la charité de Dieu, dont la présence était sensible et qu’ils pouvaient presque « respirer ». De surcroît, ils étaient exempts--- en vertu de dons spéciaux gratuits 2 – de fatigue, de maux, de malheurs, des maladies, des souffrances
1 Léo von Rudloff, Piccola Dogmatica, Morcelliana, Brescia.
2: “, Il s’agit  des dons préternaturels : En soi, cette sorte de dons ne divinise point l’homme. Et s’ils n’étaient pas accompagnés de la grâce, la perfection qu’ils donneraient resterait purement au niveau de l’ordre humain, c'est-à-dire qu’ils ne développeraient que ce qui sst propre à l’homme, en tant qe composé de matière et sujet à la corruption et à la révolte des sens. L’on ne peut donc les définir à proprement parler des dons surnaturels. Par ailleurs, ils ne sont pas non plus dus essentiellement à notre propre nature et ne sont donc pas
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quelles qu’elles soient, de la déchéance physique et de la mort.
 L’homme était pourvu de ressources spirituelles et intellectuelles qu’avec le temps il aurait fait fructifier, sans solution de continuité, et qui se seraient développées sans fin pour ne s’arrêter que devant le mystère de Dieu.
 Face au monde matériel, il l’aurait emporté grâce à la supériorité, potentielle et effective, de son esprit et de son intelligence. Il aurait dominé la matière, en aurait découvert les lois et soumis les énergies insoupçonnables pour la propagation de son espèce, peut-être même au-delà de la terre, puisque la matière, par tout ses secrets et par toutes ses lois, est une énergie limitée, passive et donc disponible là où l’esprit et l’intelligence de l’homme sont créateurs, en progrès constant, dynamique, agressif.
L’homme était le fruit d’un amour sans fin. La charité de Dieu avait engendré en lui un être digne d’elle, semblable à Dieu, effectivement et potentiellement grand et magnifique. D’abord créature, puis sujet d’adoption divine, l’homme lui aussi, comme l’Ange, avait été élevé par la grâce à l’ordre surnaturel et, dans la pleine liberté de son vouloir, était appelé à mériter  d’entrer dans la Gloire céleste.
 Parmi d’autres « plantes agréables à la vue et bonnes à manger », Dieu avait planté dans le jardin « l’arbre de la connaissance du bien et du mal », qu’Adam et Eve devaient prendre garde de ne pas toucher. On connaît la suite. La Genèse, qui en rapporte le récit, continue en disant que l’homme a trahi la parole de Dieu. L’homme a trahi Sa parole sous l’instigation de l’Ange déchu, représenté sous le symbole du Serpent insidieux et malin.
 En condamnant l’Ange rebelle, Dieu l’avait consolidé dans sa méchanceté et condamné au désespoir des ténèbres de sa suffisance. Une condamnation que le Rebelle se méritait. Elevé au plus haut degré d’honneur et pourvu d’une intelligence très grande, il avait à tel point voulu et choisi son malheur que si on lui disait : « Mais tu n’avais donc pas songé à cela », il pouvait répondre :

naturels.On les appelle praeter, c’est-à-dire indépendants des exigences de notre nature, sans pour autant qu’ils la dépassent ou qu’ils l’élèvent à un ordre supérieur » (Mgr. F. Olgiaati, Il Sillabario del Cristianesimo, Vita e Pensiero, Milan). (26).

« Si, je l’avais pris en considération ». A notre tour nous disons : « Tant mieux pour moi », lorsque nous devons payer les conséquences d’une erreur commise délibérément..
 Malfaiteur comme il est, il continuera à malfaire, poussé par la haine, le contraire de l’amour qu’il a refusé, réaction d’un orgueil humilié, au point que le mal est devenu sa raison d’être, sa nouvelle nature. Le mal est né avec lui, dans la graine de l’orgueil et de l’ingratitude. Il est désormais Satan, l’Adversaire, l’antithèse du Bien, la personnification du Mal.
 Ambitieux d’obtenir un royaume, il a eu gain de cause : un royaume de ténèbres, peuplé de désespérés, esclaves de leurs propres désespoirs et de son désespoir. Par haine envers Dieu, ce royaume, il veut encore l’agrandir, l’épaissir de la présence d’autres sujets, autres désespérés. D’ailleurs il ne peut supporter la vue de qui que ce soit d’heureux, ou rayonnant la clarté de Dieu, ou appartenant à Dieu. D’autant plus que ces deux-là, dans le jardin, avec tous ceux qui naîtrons d’eux, prendront la place d’où il a été exclu pour toujours.
 « Le serpent (…) dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? ». La femme (ingénument) répondit au serpent : Nous pouvons mander du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort ». Le serpent répliqua à la femme « pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme de dieux, qui connaissent le bien et le mal ». La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir l’entendement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea. » (Gn 3, 1-6).
 Bien que dissimulées par les symboles de ce récit, les causes de la première faute sont claires : elles ne s’éloignent pas de beaucoup de celles qui perdirent l’Ange rebelle. Il s’agit de trahison contre la parole de Dieu, d’ingratitude, d’une prétention d’agir

3 Somme Théologique, I-II, a. 6.   (27)

pour soi et par soi-même, de réussir sans Dieu. Les conséquences ne furent pas non plus moins désastreuses que celles subies par les Anges rebelles.
 Tout-à-coup l’homme et la femme prirent conscience d’un sentiment nouveau : la pudeur. Ils se sentirent différents, étrangers l’un à l’autre, et s’empressèrent de se vêtir. Ils venaient en fait de s’apercevoir qu’ils étaient nus et en éprouvèrent de la honte.
Ils avaient perdu l’innocence. Elle avait été remplacée par la malice. Auparavant, les instincts naturels étaient en parfaite harmonie avec l’esprit et l’homme leur donnait satisfaction en toute droiture, selon leurs fins propres. Maintenant ceux-là tendent à opprimer celui-ci. Désormais l’homme sera moins porté vers les exigences du bien que vers celles du mal : « Car la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair ; il y a entre eux antagonisme (Ga 5. 16). Il est déchu. Par la blessure qui s’est opérée chez lui, l’attraction naturelle entre les deux sexes sera dénaturée, faussée par de mauvais penchants : « fornication, impureté, passion coupable, mauvais désirs, et cette cupidité qui est une idolâtrie (Col 3, 5). Le refus d’avoir des enfants et leur suppression avant leur naissance. Et la femme enfantera dans la douleur ».
 Mais c’est la nature tout entière qui a été bouleversée. Elle aussi s’est révoltée :  « La terre entière sera maudite par ta faute », dit Dieu à l’homme. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front ». Souvent l’homme sera humilié et écrasé par les forces de la nature. Il devra sans cesse lutter pour se défendre d’elle et la dominer à nouveau. Mais il a beaucoup perdu dans son esprit, dans son intelligence et dans sa chair de sa primitive vigueur. Et il se sent sans défense, misérable. A la merci de mille dangers. Il doit se protéger contre les menaces des bêtes féroces, elles qui, sans aucun doute, lui étaient auparavant soumises. Il subit l’usure du corps. Il craint le froid, la chaleur, les maladies, la faim. L’instinct de conservation a fait de l’homme un être à la fois peureux, malin et agressif. Il est atteint d’infamie et  d’abêtissement. Son espèce se multipliera sur toute la terre. Lentement et difficilement son esprit et son intelligence obscurcis, poussés par un instinct mystérieux, chercheront leur chemin vers la lumière, dans une voie de reconquête qui, inévitablement, conduira l’homme vers la source d’où il provient et dont il fait partie. Ce sera un très long chemin,  (28)
difficile, interminable, dramatique, rempli de souffrances et de deuils. En se répandant sur la terre, les descendants d’Adam se perdrons de vue, se méconnaîtrons, perdrons le souvenir de leur commune origine et s’offenseront réciproquement. L’homme sera un Caïn pour l’homme.
 Devant Abel inanimé, tué par la haine et la jalousie de son frère l’homme ne tarde pas à se rendre compte de la gravité cette autre condamnation divine exprimée par ces mots : « Souviens toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Découverte de la mort ! Et la pensée de la mort attristera la vie de l’homme. Mais cette conséquence de la chute du premier couple ne sera cependant pas aussi grave que cette autre mort : spirituelle celle-là.
 L’homme n’est plus fils de Dieu, mais sa créature. Car Dieu l’a privé de Sa Grâce. Et le ciel s’est fermé à lui. Désormais, il en est séparé par un abîme.  Un abîme aussi grand que l’insulte faite à un Dieu d’infinie bonté et justice. Un vide que Dieu seul pourra combler. Alors le chemin de la reconquête sera plus rapide et plus sur, même s’il restera encore difficile, tourmenté et retardé par les erreurs de l’homme ? Mais l’homme l’emportera sur la mort. La bonté et la miséricorde de Dieu répareront, grâce au Fils Unique, les manquements et les erreurs de la créature déchue. Cette reconquête prendra le nom de rédemption.
 Car l’homme est déjà pardonné. Alors qu’il en fut autrement pour l’Ange rebelle et ses disciples : « Tu es maudit ».
Lui a dit le Seigneur. D’une malédiction éternelle, méritée, car il voulut son malheur en toute connaissance de cause. Par contre la culpabilité de l’homme est différente. Il a péché sous l’instigation du Serpent, dont il était d’ailleurs inférieur par nature. Et il n’a pas manqué à la parole de Dieu par un choix entièrement libre et spontané. Par ailleurs, alors que parmi les Anges, une partie seulement s’était perdue, la condamnation sans appel d’Adam aurait perdu, par la transmission du péché originel, l’humanité toute entière. Les Pères et Docteurs de l’Eglise affirment que c’est pour cette raison que Dieu a eu pitié de l’homme et lui a partiellement pardonné.
L’abîme survenu entre la créature et le Créateur sera comblé par le mystère de l’Incarnation, de la Passion et de la Mort du Verbe. Le prix du pardon sera donné au monde et à la justice enfreinte de Dieu par une femme, « Umile ed alta più che creatura » (Dante) 4 : Vierge, Sainte, Immaculée, qui sera aussi appelée Mère de Dieu, Corédemptrice du genre humain. En maudissant le Serpent, le Seigneur avait en effet annoncé : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête » (G 3, 15).
 Entre temps, afin que l’Esprit du Mal ne sévisse outre mesure sur l’homme devenu plus vulnérable par sa chute, le Seigneur, dans son infinie bonté et prévoyance, a chargé les Anges qui lui sont restés fidèles de veiller sur l’humanité naissante et future afin de la protéger. « Il a pour toi donné ordre à ses Anges de te garder en toutes tes voies. Eux sur leurs mains te porteront pour qu’à la pierre ton pied ne heurte (Ps 91, 11-12). Avec la chute de nos aïeux, un fait nouveau advient : la protection des Anges. A ce propos saint  Grégoire de Nysse affirme : Après la chute de notre nature dans le péché, celle-ci ne fut pas laissée abandonnée par Dieu. Mais un Ange… fut préposé à la vie de chacun pour le protéger » 5.
 Parmi la multitude d’Anges qui est sortie saine et sauve de l’Epreuve, parmi les Anges qui ont fait preuve de fidélité et d’amour envers le Créateur, certains ont été préposés à remédier aux dommages provoqués sur Terre par l’Ange prévaricateur et par le premier habitant. L’histoire du salut commence avec la chute de l’homme. Les Anges y ont une part active. Il y a d’abord les Chérubins, postés « devant le jardin d’Eden (…) pour garder le chemin de l’arbre de vie » et empêcher à qui a été chassé d’y accéder, afin « afin qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! » (Gn 3, 22.24). Viennent ensuite les Anges gardiens, agents de la miséricorde de Dieu, collaborant, aux cotés de l’homme, au dessein divin de rédemption.
 Après le déluge, à un moment donné de l’histoire de la jeune humanité nouvelle, le Seigneur pose Son regard sur un descendant d’Adam pour en faire le chef de lignée d’ « un grand peuple ».
4 Humble et grande plus que toute autre créature.
5 St Grégoire de Nysse, Vie de Moïse  (30)
 

Il s’agit d’Abraham. Par sa postérité « se béniront toutes les nations de la terre » (Gn12, 2-3 ; 22, 18). Promesse du Seigneur qui s’accomplira avec le Christ. Abraham deviendra ainsi « le père de tous les croyants » (Rm 4, 16 ; cf. Rm 4, 3 et Ga 3, 14 ). Mais ce sont les Anges qui ont donné le coup d’envoi à ce projet divin. Projet d’une telle importance et d’une si grande portée. Trois Anges « se tenaient debout » auprès d’Abraham, au chêne de Mambré, tandis qu’il était assis a l’entrée de sa tente » (Gn 18,1).
 Ils avaient l’air de trois hommes, symbole probable de la Trinité divine, et venaient lui annoncer que la promesse allait s’accomplir. L’un d’eux lui dit : « Je reviendrai chez ti l’an prochain ; alors, ta femme Sara aura un fils ». Sara qui écoutait, à l’entrée de la tente, se mit à rire car, « Abraham et Sara étaient vieux, et avancés en âge ». De plus Sara ne pouvait absolument pas concevoir ni enfanter un fils parce qu’elle était stérile. L’Ange cependant la réprimanda : « Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahvé ? ». Alors Sara démentit : « je n’ai pas ri », dit-elle, car elle, car elle eut peur, mais il répondit : « Si, tu as ri » (Gen 18, 1-15). L’envoyé de Dieu a des raisons à revendre, « car rien n’est impossible à dieu (Lc 1, 37 ) dira l’Archange Gabriel lorsqu’il annoncera à Marie qu’elle enfantera « le Fils du Très Haut » sans qu’elle « ne connaisse d’homme ». L’année suivante naît le sourire 6  d’Abraham et de Sara, Isaac.
 En vertu d’un article de loi babilonien du code d’Hammourabi, Sara, la stérile, éprouva le désir qu’Abraham ait un fils avec l’esclave Agar. Ce fils, Ismaël, qui de droit --- sanctionné pr le code babilonien --- aurait dû lui appartenir comme un enfant né de son propre sein. Cependant cette maternité avait rempli l’esclave d’orgueil, tandis que sa patronne lui avait fait reprendre sa précédente condition de sujétion. Supportant mal cette humiliation, Agar s’était enfuie dans le désert. Un Ange cependant l’enjoignit de revenir auprès de ses maîtres. Mais dès que Sara eut enfanté son propre fils, la brouille entre les deux femmes devint insoutenable. Qui plus est Ismaël, bouillant et grossier de caractère, maltraitait son frère Isaac, plus jeune que lui et d’un naturel do-
6 Cf Gn 21, 6 : « Et Sara dit : « Dieu m’a donné de quoi rire, tous ceux qui l’apprendront me souriront »  (N.  d.  t.)  (31)
 

cile. Devant les insistances de Sara, et sur le conseil aussi de Dieu, Abraham décida Agar à partir avec son fils. Tous deux se perdirent dans le désert de Bersabée, où ils risquaient de mourir de soif. Mais voici qu’un Ange --- le même probablement qui était apparu à la fuyarde --- les sauve en leur indiquant un point d’eau.
 Grâce à la paternité d’Abraham, Ismaël, aura part lui aussi à la bénédiction divine. Après avoir épousé une Egyptienne, il aura une descendance telle « qu’on ne pourra pas la compter » (Gn 16, 10 ).
 L’Apôtre Paul fera deux remarques à ce sujet. Israël n’est pas le peuple élu parce qu’il descend d’Abraham par la chair, mais plutôt parce qu’il regroupe « les enfants de la promesse » Rm 9 , 8 ),  c’est à dire tous ceux dont l’héritage consiste dans « le don gracieux » de la promesse et dans « la foi méritante d’Abraham » en réponse à celle-ci 7. De plus, Ismaël et Agar d’un coté, Isaac et Sara de l’autre, sont le symbole de l’Ancien et du nouveau Testament, « dont le contraste est évident après la venue du Christ : l’un rappelant le Sinaï, est représenté par Agar, mère d’esclaves, comme le sont justement les Juifs, exclus des «  promesses » de par leur incrédulité ; l’autre est représenté par la femme libre, Sara, mère d’enfants libres, comme le sont les croyants, héritiers des promesses faites à Abraham » (Ga 4, 21-31) 8.
 Pour mettre son amour et sa fidélité à l’épreuve, le Seigneur demande à Abraham de lui sacrifier son propre fils, devenu un garçon, sur une montagne du pays de Moriah. A moment d’exécuter le commandement divin --- il a en main le couteau et son bras est levé « pour immoler son fils » ---, Abraham est retenu dans son geste : « l’Ange de Yahvé l’appela du ciel et dit « Abraham, Abraham ! (…) N’étend pas la main sur l’enfant ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique » (Gn 22, 11-12). Ce n’est pas un fait nouveau dans l’Ancien Testament : l’Ange parle ici à la place de Dieu en s’identifiant à lui.
 Le sacrifice d’Isaac devance celui du Fils Unique D’autre

7Cf. Rm  4,9-22 et 9, 7-9. Israël descend d’Abraham par la foi :  « Abraham crut en Dieu, et ce lui compté comme justice ». (N.d.t.à.)
8 Enciclopedia  Cattolica, au mot Isaac.    (32)

part le commandement de sacrifier son propre fils met en évidence une donnée constante parmi les préférés du Seigneur ; l’épreuve à travers laquelle le Seigneur sonde ses serviteurs dans l’amour, les sanctifie, rend fécondes leurs œuvres et leurs prières,réalise les desseins pour lesquels il le a choisis. « Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur, prépares-toi à l’épreuve. (…) Car l’or est éprouvé dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation » (Si 2, 1 et 5). Le Fils Unique --- que les Saints ont imité --- nous témoignera l’amour, « étant obéissant jusqu’à la mort, à la mort de la croix ».
 A 40 ans, Isaac épouse Rébecca dont il aura deux jumeaux. Esaü et Jacob. Ce dernier parvient à obtenir de son frère, qui a vu le jour avant lui, un renoncement de son droit d’aînesse. Puis, avec l’aide de sa mère, il soutire à son père a bénédiction qui revenait à Esaü. En fuite pour échapper à la vengeance du frère, Jacob fait halte à Bel-El où pendant son sommeil, avec une pierre pour oreiller, Dieu se révèle à lui : « voilà qu’une échelle était plantée en terre et que son sommet atteignait le ciel et des Anges de Dieu y montaient et descendaient ! » (Gn 28, 12). Au-dessus se tenait le Seigneur, qui renouvela les promesses faites à Abraham.
 En vertu de la promesse de rachat, faite à Abraham et renouvelée à Abraham d’abord, puis à Isaac et maintenant à Jacob, le Seigneur a rattaché la terre au ciel, par l’intermédiaire de ses Anges. Ceux-ci  montent et descendent pour indiquer que la rédemption est en cours et qu’elle s’effectuera avec leur concours et leur aide. Voilà l’explication des apparitions, plutôt fréquentes, des ministres et agents de la parole de Dieu dans les événements du peuple élu et dans l’histoire du salut. Les deux Anges de Lot. « Les Anges de Dieu » qui vont à la rencontre de Jacob, après qu’il ait pris congé de Laban. L’Ange qui lutte avec Jacob la veille de sa rencontre avec Esaü. (Ex 32, 2 et 23-33). L’Ange qui libère les jeunes, condamnés à être brûlés vifs dans la fournaise (Dn 3, 46-50). L’Ange de Judith (Jdt 13, 20). L’Archange Michel, qui vient au secours de Josué contre les Madianites. « L’Ange de Yahvé », invoqué par Gédéon à Ophra contre les mêmes ennemis (Jg 6, 11). Tous ceux qui interviennent dans les aventures des prophètes : Elie, Daniel, Habaquq, Zacharie. Dans les aventures jeune To-  (33)

bie, des Maccabées. Sans parler de l’Ange qui intervient fréquemment comme envoyé de Dieu, parlant, agissant, promettant comme Lui, et s’identifiant a Lui. « L’Ange de Yahvé la rencontra (…) au désert. (…) Il dit : « Agar, servante de Saraï, d’où viens-tu et où vas-tu ? (…) Retourne chez ta maîtresse et soi-lui soumise ». L’Ange de Yahvé lui dit : « Jr multiplierai beaucoup ta descendance, tellement qu’on ne pourra la compter » (Gn 16, 7-10). « Dieu entendis les cris du petit et l’Ange de Dieu appela du ciel  Agar et lui dit : « Qu’as-tu, Agar ? Ne crains pas, car Dieu a entendu les cris du petit, là où il est. Debout ! Soulève le petit et tiens le ferme, car j’en ferai un grand peuple ». Dieu dessilla les yeux d’Agar et elle aperçut un puits » (Gn 21, 17-19). « L’Ange de Dieu me dit en songe : « Jacob (…) Je suis le Dieu de Béthel,  où tu as oint une stèle » (Gn 31, 11-13). « L’Ange de Yahvé se manifesta à lui sous la forme d’une flamme de feu jaillissant du milieu d’un buisson. (…) Dieu dit alors à  Moïse : « Je suis celui qui suis » (Ex 3, 2 et 14 ; cf. Jg 2, 1-4 et 6, 11-24 ; Za 1, 14 et 3, 1-6).
 A la fin du «  Code de l’Alliance », Yahvé promet Son Ange qui conduira Israël jusqu’à la terre promise : « Je m’en vais envoyer un Ange devant toi, pour qu’il veille sur toi au cours de ton voyage, et te fasse parvenir au lieu que j’ai fixé. Révère-le et écoute sa voix. Ne lui sois point rebelle. Il ne pardonnerait pas, alors, vos transgressions, car il a en lui mon Nom. Si tu lui obéis fidèlement, et si tu fais bien tout ce que je dis, je serai l’ennemi de tes ennemis et l’adversaire de tes adversaires. Mon Ange te précédera et te mènera chez les Amorites, les Hittites, les Périzzites, les Cananéens, les Hivvites, les Jébuséens, et je les exterminerai » (Ex 23, 20-23). Tout cela jusqu’à tant que ne vienne le moment de la libération, le Fils de la promesse, le « soupir des prophètes ». L’avent sera annoncé à l’avance par Malachie : « Voici que je vais envoyer mon Messager, pour qu’il déblaie un chemin devant ma face. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ; et l’Ange de l’alliance que vous désirez, le voici qui vient ! déclare Yahvé Sabaot » (Ml 3, 1).
 « L’Ange de l’alliance » c’est Jean, le Précurseur. « Celui---dira le Messie---dont il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer la route devant toi » (Mt 11, 10). A son sujet Luc rappellera la prophétie d’Isaïe : « Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers » (Lc. 3, 4). Les interventions des Anges seront alors de plus en plus fréquentes, signes d’une ferveur et, dirons-nous d’une impatience inusitée.
 La naissance même de « L’ange de l’alliance » sera annoncée par Gabriel. L’on retrouvera les Anges, et surtout ce messager, au service du Rédempteur, depuis l’<annonce faite à Marie et la Nativité, jusqu’à l’Ascension. Ils seront auprès des Apôtres durant leur prédication évangélique. Et tout au long de l’histoire de l’Eglise jusqu’à nos jours, ils seront aux côtés des serviteurs de Dieu, continuateurs passés et présents de la Mission des Apôtres. C’est grâce aux Anges – et les serviteurs de Dieu le témoigneront – que le Christ est présent partout dans l’histoire, fidèle par là à la promesse qu’Il sera avec nous jusqu’à la fin du monde et que ceux-ci seront avec Lui tout au long de l’Histoire, jusqu’au Jugement dernier.  (35)
 
 

fin V
 

VI
AU SERVICE DU CHRIST JUSQU’AU JUGEMENT DERNIER
 

Dans la plénitude des temps, une double intervention de la part d’un même envoyé de Dieu marque la fin de la Loi et des Prophètes, et ouvre une ère nouvelle. Un Ange apparaît d’abord à Zacharie, alors que celui-ci accomplit dans le temple l’oblation des parfums. Il lui annonce que sa femme Elisabeth lui donnera un fils, Jean, le Précurseur. La chose est-elle possible ? Malgré le caractère exceptionnel de cette visite, Zacharie en doute. Il est vieux et ma femme --- dit-il --- est avancée en âge » Il voudrait un signe : « Qu’est ce qui m’en assurera ? ». Et l’Ange de répondre : « Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et t’apporter cette bonne nouvelle » (Lc 1, 18-19) : l’annonce qu’il sera père. Parce qu’il a douté, Zacharie est puni par la perte de la parole. Il la retrouvera lorsque cet évènement s’accomplira (Lc 1, 5-20).
 Six mois plus tard, « l’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie. Il entra chez elle et lui dit : Salut, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 26-28).  Il lui annonce que, bien qu’elle ne connaisse point d’homme, à l’ombre de l’Esprit-Saint, elle enfantera « le Fils du Très Haut », dont le  règne n’aura point de fin ». Et l’Ange d’ajouter : « Et voici qu’Elisabeth, ta parente, viens elle aussi de concevoir un fils » et « en est à son sixième mois », malgré sa vieillesse » et la stérilité qui l’humiliait : « car rien n’est impossible à Dieu ». « Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! ». Et l’Ange la quitta » (Lc1, 38).
 Voyant ce qui était arrivé, Joseph, « qui ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de  la répudier sans bruit. Il avait       (36)

formé ce dessein, quand l’Ange du Seigneur lui apparut en songe » (Mt 1, 19) pour le rassurer sur l’origine divine de la grossesse de Marie.
 Cet Ange est sûrement le messager envoyé à Zacharie et à la Vierge. Ce même Gabriel, le messager céleste par excellence, dont le nom signifie « homme de Dieu » ou « l’homme en qui Dieu met Sa  confiance » 1. C’est lui qui expliqua à Daniel la prophétie (Dn 9, 21), et lui annonça encore la fin de la dispersion et de la captivité d’Israël. C’est probablement ce même Ange sans nom et porteur de nouvelles et de messages qui est apparu et se représentera en rêve à Joseph.
 Plusieurs Anges, sans noms précis, qui sont difficiles à identifier comme l’un ou l’autre de ceux que l’on connaît ---- Michel,  Gabriel, Raphaël ---- apparaissent dans le  Nouveau Testament et dans la vie de Jésus sur la terre. « Là où est le Christ, notre Seigneur, se trouvent aussi les Anges » 2. Le Roi est suivi partout par sa cour.
 La nuit de l’Incarnation du Verbe, l’Ange du Seigneur apparut aux pasteurs « et la Gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; et ils furent saisis de frayeur. Mais l’Ange leur dit : « Rassurez-vous, car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple » (…). Et soudain se joignit à l’Ange une troupe nombreuse de l’armée céleste, qui louait Dieu, en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! (Lc 2, 9-14).
 Lorsque Hérode reçoit la nouvelle que « le roi des Juifs »  vient de naître, c’est par un Ange certainement que les Mages sont, dans un rêve, « avertis de ne point retourner chez Hérode » (Mt 2, 12). Le même probablement qui exhorta Joseph, en songe, à fuir en Egypte avec l’enfant et sa mère. Puis à rentrer au pays après la mort de « ceux  qui en voulaient à la vie de l’enfant » (Mt 2, 20), et à se rendre à Nazareth : comme Archélaüs régnait sur la Judée à la place d’Hérode son père, « sur un avis reçu en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint s’établir dans une ville
 1 Enciclopédia Cattolica, aux mots Gabriel, Archange.
 2 Erik Peterson, op. cit.       (37)

appelée Nazareth. Ainsi devait s’accomplir l’oracle des prophètes : On l’appellera Nazaréen » (Mt 2, 23).
 Dans les tentations au désert, lorsque Jésus eut repoussé Satan, « voici que les Anges s’approchèrent, et ils le servaient » (Mt 4, 11). Et sur le Mont des Oliviers, durant l’agonie, c’est encore « un Ange qui le réconfortait » (Lc 22, 43). A sa mort, les évangélistes ne parlent pas de présences angéliques. Mais évidement, innombrable multitude des Esprits célestes était là, parcourue de sentiments que nous pouvons seulement imaginer à l’intérieur de nos limites humaines. Sans doute les Anges s’étaient-ils alors rendus invisibles afin que le Mourant aille jusqu'à pousser le cri  « scandaleux » d’abandon de la part de son Père : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 47). Après sa mort, ils réapparaissent. Les deux Marie les rencontreront au moment de la résurrection. Elles « vinrent visiter le  sépulcre. Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit. Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme neige. A sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme morts. Mais l’Ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait » (Mt 28,1-7). Jean l’Evangéliste ajoute que l’une des femmes « se penche vers le tombeau et voit deux Anges, vêtus de blanc, assis là où reposait le corps de Jésus, l’un à la tête, l’autre aux pieds » (Jn 20, 11-12).
 Pendant les quarante jours qui suivirent, le Ressuscité apparaît aux siens assez fréquemment. Il s’entretient et parle avec eux. Avec eux il dîne une dernière fois, donnant ses derniers avertissements et ses dernières recommandations. Annonçant aux disciples qu’ils vont « recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors les témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au confins de la terre » (Ac 1, 8). Ceci dit, « ils le virent s’élever ; puis une nuée vint le soustraire à lers regards. Et comme ils étaient là, les yeux fixée au ciel pendant qu’ils s’en allai, voici que leur apparurent deux hommes vêtus de blanc, qui leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ? » (Ac 1, 9-10). Celui qui vous a   (38)

 été enlevé », ajoutent-ils, « viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu partir vers le ciel » lorsque finira l’histoire du monde. Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; (…) et on verra le fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Et il enverra ses Anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus es quatre coins de l’horizon, d’un bout des cieux à l’autre (Mt 24, 31-31). Et l’Apôtre d’ajouter : « Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de l’Archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciterons en premier Lieu » (1Th, 4-16). Alors viendra « le temps de la moisson » où, a dit le Seigneur, «  je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord l’ivraie et liez-la en bottes que l’on fera brûler, et puis vous recueillerez le blé dans mon grenier » (Mt 13, 30). Après quoi il explique : « les moissonneurs, ce sont les Anges. (…) le Fils de l’homme enverra ses Anges qui ramasseront de son Royaume tous les scandales et tous les fauteurs d’iniquité, et les jetteront dans la fournaise ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Mt 13, 39-43).
 Les Anges assisteront au Jugement dernier : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous ses Anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs » (Mt 25, 31-32). Et il dira aux justes : « Venez, les bénis de mon Père ». Et aux injustes, aux faiseurs de scandale, aux riches qui auront refusé aux pauvres la nourriture, la boisson, le vêtement, un abri et qui auront refusé aux prisonniers et aux malades leur attention et leur aide fraternelle, il dira : « Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le Diable et ses Anges » (Mt 25, 41).
 La venue du Seigneur sera inattendue, subite, « comme les jours de Noé ». « Quant à la date de ce jour, et à l’heure, personne ne les connaît, ni les Anges des cieux, ni le Fils, personne que le Père, seul »… « Veillez donc… » (Mt. 24, 36-42).
 Nous devons nous tenir prêts comme si nous étions à la veille imminente de ce jour et de cette heure là. Tenant allumée la lan     (40)

terne de notre vigilance chrétienne, constamment attentifs à ce que le voleur ne nous surprenne alors que notre âme sommeille ou n’entre en nous par les fenêtres de nos sens, de nos oreilles lacérées par le bruit des mots nouveaux, de notre esprit égaré par une littérature ou une philosophie mortifère, modelée « sur le monde présent » (Rm 12, 2) et inspirée du « dieu de ce monde » (2 Co 4,4).
Aucune époque ne sera dégrevée des disciples du « Prince de l’empire de l’air, cet Esprit qui poursuit son œuvre en ceux qui résistent » (Ep 2, 2) et qui régit tous ceux qui ne sont pas de Dieu (Jn 15,19 ;17,14 ;1 Jn 4, 4-5). « C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde » (Sg 2, 24), et le Messie a été ensuite envoyé par le Père pour détruire les œuvres de Satan et des siens (Mc 1, 24-34 ; 3, 11-15 et 23-27 ; 6, 7 ; Jn 3, 8 ; Ac 16, 16-18). Satan, vaincu sur la croix, sera anéanti (Col 2, 15 :; 2 Co 10, 5). Le Christ l’a dit : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le  prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,31-32).
 « Des faux prophètes surgirons en nombre et abuseront bien des gens » (Mt 24, 11). A certains moments les portes de l’enfer sembleront prévaloir contre l’Eglise du Christ et les Judas traîtres seront sans nombre. Contre les pièges et les assauts de Satan et les gains stupides de sa Synagogue, les fidèles devront alors recourir à la prière pour persévérer 3, à l’assiduité aux sacrements, à l’aide de la Mère dont Il a fait solennellement de nous les fils,  sur la croix, à la conduite sûre du Pasteur à qui Il a confié la charge de mener aux pâturages nous, ses brebis, et de sauvegarder la Loi qu’Il a accomplie.
Il pourra se faire que d’aucuns viennent annoncer qu’ils ont pris une décision précise ou posé un choix à propos d’une question importante et débattue, un choix contraire à l’avis et au vouloir du Souverain Pontife, mais qu’ils prétendent tenir du Seigneur après de longues heures de veille dans la prière. Il ne faudra pas les écouter. Ceux-ci ne sont même pas effleurés par le doute que, agissant de la sorte, ils servent « l’Esprit qui poursuit son œuvre

3 Lc 18, 1 : « toujours prier sans jamais se lasser ». Mt 26, 41 : « veillez et prier »    (40).

en ceux qui résistent ». Quiconque refuse d’écouter ou de respecter Pierre et les Pasteurs qui l’aident à gouverner la Barque parmi les écueils et les vagues du Siècle soulevés par Satan, refuse d’entendre le Seigneur et Lui manque de respect (Lc 10 , 6). Il se range du côté de l’Ange rebelle. Le grand saint Antoine de Padoue l’explique : « Solidaires du loup infernal sont ceux qui refusent de porter le joug de l’obéissance, au nom de Celui qui fut obéissant jusqu’à la mort. Oui, chaque fois que tu t’obstines à manquer d’obéissance à tes supérieurs, tu deviens comparable à l’Ange apostat, car tu méprises non pas l’homme mais Dieu qui a confié aux hommes le gouvernement de leurs semblables »4. Ces rebelles s’égarent d’emblée et, de la sorte, se mettent en situation de ne point  être écouté par Celui dont ils invoquent la lumière. En réalité ils le désarment et autorisent le Diable à interférer dans leurs prières au point de les influencer et de les tromper. Par ailleurs, comment le Seigneur pourrait-il les écouter et leur donner la lumière qu’ils prétendent de Lui, sans justifier et encourager par là la rebeillon et jeter le discrédit sur l’autorité du vicaire du Christ, avec tout ce que cela comporte de dommageable pour son Eglise ? Ou encore sans éviter que l’Eglise elle-même ne devienne une nouvelle tour de Babel, un repaire de sectaires et d’hérétique, une cause de ruine, et sans que les simples fidèles ---- les « petits » ---- n’en soient scandalisés ?
Toutes les  fois que l’obscurité surviendra dans le monde, et que dans l’Eglise du Christ paraîtront se répéter l’heure des ténèbres et le complot de trahison, il faudra chercher force et protection contre les assauts du mal surtout dans le sacrement du mystère eucharistique, car « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 56) a dit le Seigneur. Or Lui, il restera avec nous jusqu’à l’aurore de la nouvelle vie. « Il est plus facile au monde --- affirmera le Père Pio --- de vivre sans soleil que de se passer de la Sainte Messe ». Cela est tellement vrai ! que Satan ne ratera pas une occasion de la désacraliser. Un temps viendra où les outrages dont se plaindra --- comme on va le voir

‘ Alla scuola del Santo di Padova, morceaux choisis et introduction au père Diomede Scaramuzzi, Edizioni Paoline, Modena.          (41)

Aussitôt --- l’Ange de Fatima, à propos du Saint Sacrement de l’autel, trouveront leur paroxysme dans la dégradation du mystère pascal à un fraternel regroupement de commensaux et dans l’impertinence, durant les célébration du sacrement, de chœurs,rythmes et orchestres endiablés dont les chrétiens ne saisiront pas l’inspiration satanique, parce qu’eux-mêmes relèveront de « L’homme psychique » et ne seront donc plus en mesure d’accueillir « ce qui est de l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 14).
 Mais outre le recours à la Mère de Dieu, à la prière, aux saints sacrements, à la fidélité au Souverain Pasteur et au collège épiscopal qui lui est fidèle,, les saints Anges constituent eux-aussi notre refuge et notre force ; les Anges qui sont descendus du Paradis quand le Verbe s’est incarné dans le sein très pur de l’Immaculée, l’ont accompagné et servi jusqu’à son retour « là où il était auparavant » (Jn 6, 62). Ils nous ont été donnés, pour notre salut, dès la chute de notre Ancêtre. C’est par leur intermédiaire que s’accomplira la rédemption, grâce à la victoire finale de Michel sur le dragon.
 « Les déséquilibres qui travaillent le monde sont liés à un déséquilibre plus profond, enraciné dans le cœur de l’homme (…). Placé par Dieu dans un état de sainteté, l’homme, tenté par le Malin, dès le début de son histoire a abusé de sa liberté, s’élevant contre Dieu et voulant réaliser hors de Dieu sa propre fin (…). La vie humaine toute entière, tant individuelle que collective, présente les symptômes d’une lutte dramatique entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres (…) Mais le Seigneur lui-même est venu libérer l’homme et lui donner force, le rénovant au plus profond de son être, et chassant « le prince de ce monde » (Jn 12, 31) qui le tenait esclave du péché (Jn 8, 34). L’histoire humaine toute entière est pénétrée d’une lutte terrible contre les puissances des ténèbres. Une lutte qui a commencé dès l’origine de ce monde, et qui durera, comme dit le Seigneur (Mt 24, 13 ; 13, 24-30, 36-43) jusqu’au dernier jour. Engagé dans cette bataille l’homme doit combattre sans répit s’il veut rester uni au bien. Il ne peut pas réaliser non plus son unité intérieure, si ce n’est à grand-peine et avec l’aide de la grâce de Dieu »5.
5 Constitution Pastorale Gaudium et spes.        (42)

 Tout ce qui a été dit et reporté jusqu’à présent concerne des éléments que l’on tenait à souligner avant de poursuivre ce modeste discours sur les Anges, étant donné l’intention de ce discours, qui veut être un rappel de l’existence des armées célestes, de leur disponibilité à  notre égard et de l’urgence improrogable de les stimuler par nos prières et notre vie chrétienne à plus de combativité dans la lutte décisive, où se joue le sort du monde. Un monde qui, aujourd’hui comme jamais de par le passé, voit ses armées engagées avec l’Eglise militante contre les puissances des ténèbres.

Dans les chapitres qui suivent --- et qui ont été pour la plupart sommairement remaniés par rapport aux précédentes éditions de cet ouvrage --- l’on constatera que le texte ne répond pas toujours aux exigences de la rigueur scientifique. Ce seront les visions angéliques et les voyants eux-mêmes, les « Fioretti » dont abondent les chapitres qui susciteront quelques perplexités chez certains, incapables qu’ils seront d’en prouver matériellement l’authenticité, d’une façon critique. L’on remarquera que ces histoires d’apparitions ou de visions sont le plus souvent le fruit d’états d’âmes particuliers, la projection de certaines tensions de l’esprit, le résultat d’un jeu complexe à l’intérieur des méandres de la psyché, dont seule la psychologie serait en mesure de rendre compte. Et là-dessus la théologie la plus avancée se trouverait d’accord. Mais le discours alors n’en finirait plus et exigerait  un long chapitre à part. L’on coupera court à cette question en disant que, dans les pages qui suivent, mêlées aux révélations que le lecteur, s’il le désire, sera libre d’accepter ou de refuser, pas mal d’autres répondront, quant à leur validité, aux conditions requises par la plus exigeante des critiques, comme celle du magistère de l’Eglise. Révélations qui n’admettent pas le doute et seront donc indiscutables. Mais elles ne pourront être saisies qu’en les référant à une origine qui nous transcende et en les prenant pour ce qu’elles sont : des signes de Dieu, théophanies, preuves irréfutables de la présence du Christ dans l’Eglise catholique (il n’en existe pas dans d’autres Eglise ni en d’autres religions !) et de Sa prédilection envers elle.
 Ce livre est aussi un souvenir. Il a son histoire. Et pour cela il ne peut être remanié au point de perdre son aspect originel.       (43)

Cette histoire je l’ai racontée dans I l Diavolo c’è : grazie a Padre Pio ne abiamo fatto l’esperienza, actuellement en préparation. Cela en valait la peine. Et le lecteur lui-même avait raison d’être curieux de la connaître. C’est une histoire singulière, qui montre que ce livre, voulu par le Père Pio --- comme il a été dit dans la préface a suscité les colères infernales et a été protégé par les Anges de Dieu. Un livre pour lequel Anges et démons se sont, pour ainsi dire, pris aux cheveux, faisant montre de lui attribuer une importance qui au pauvre auteur a semblé quelque peu exagérée ! Et cela malgré ses fautes 6, c’est-à-dire sa médiocrité, son infantilisme, son manque de rigueur scientifique et se style (qui ne sert ni à Dieu, ni aux hommes désireux d’un sérieux, fait de vérité, d’essentiel, de simplicité et de clarté) et en dépit de ses nombreux « Fioretti ».  Lesquels restent de la sorte où ils sont, parce que vraisemblables, sinon irrécusables manifestations de Dieu. Car du vivant du Père Pio, des faits de ce genre, survenus avec les saints du passé, il y en eut une explosion comparable, par leur nombre et leur variété, à celle des bourgeons au printemps. « Fioretti » dont un nombre incalculable de fidèles et de fils spirituels du grand mystique stigmatisé sont reconnaissants au Seigneur, pour les encouragements au bien et les grands profits spirituels qu’ils en ont tiré. Nous en donnerons dans ces pages quelques exemples choisis au hasard, nous réservant d’en parler ailleurs plus longuement. De plus, ces faits ne sont pas explicables par la suggestion, l’autosuggestion, la psychose collective et autres sottises de ce genre.

6  En français dans le texte (N.d.T.).      (44)

VII
GARDIENS DES PEUPLES
 

L’Univers, les systèmes planétaires avec leurs propres soleils et planètes, seraient sujets à la surveillance et à la garde d’un Ange particulier. Voila une croyance, basée sur l’adage bien connu selon lequel « tous les corps sont mus par un esprit de vie doté d’intelligence ». Il est très vraisemblable que la Création soit gouvernée par la Providence à travers le ministère des Anges. Même si cette affirmation se fonde sur un adage, contestable et discutable autant que l’aphorisme qui le  régit, car « dans le monde visible, rien ne peut être mis en mouvement ni en ordre si ce n’est grâce à une créature invisible », une telle croyance ne déplaît pas à notre intelligence. Sans aucun doute, la Providence de Dieu --- pour des fins que nous ne discuterons pas ici, mais qui sont évidemment légitimes --- gouverne la Création dans son dynamisme. Et il n’est pas invraisemblable qu’elle utilise pour ce faire quelques-uns de « ses gardiens » (Gn 3, 24), « héros puissants, ouvriers de sa parole » (Ps 103, 20). Ce rôle des Anges est très vraisemblable, s’il est vrai --- que chaque peuple, chaque nation a un Ange particulier qui inspire, stimule et protège son propre épanouissement 1.
 Il ne semble pas que l’on doive rejeter les hypothèses des exégètes selon lesquelles ce serait Saint Michel qui aurait infligé à l’Egypte ses fameuses plaies, guidé, sous le couvert d’une « colonne de feu », le peuple élu vers la Terre Promise, dicté la Loi à Moïse sur le Sinaï…  Ils ne se trompent pas lorsque’ils l’identifient avec l’Ange qui encourage et soutient Josué contre les Madianites, dans la prise de Jéricho. « Je suis le chef de l’armée de Yahvé » (Jos 5, 14), ainsi se présente-t-il à Josué qui, avant l’assaut de la ville, était en train de reconnaître les environs. Qui peut donc être ce « chef de  l’armée de Yahvé » ? C’est sans aucun doute ce même Michel, capitaine des armées célestes, tel qu’il apparaît dans le conflit apocalyptique  avec les Anges prévaricateurs. Or lui, dans l’écriture, comme déjà il le montre avec Josué, il est aussi le protecteur d’Israël. On l’apprend du prophète Daniel qui, dans l’histoire des malheurs du peuple élu, qu’il a si amèrement connus, fait mention de deux autres Anges, gardiens des peuples, avec lesquels on le voit en « conflit », conjointement au messager de Dieu, Gabriel, pour une question dont lui-même nous fait part.
 Le roi Cyrus avait décrété la fin de la diaspora d’Israël parmi les Perses et les Grecs, sans toutefois que le peuple élu puisse procéder au retour tant espéré dans sa patrie pour reconstruire Jérusalem et le temple. Et cela plus que toute autre chose, affligeait le prophète. Depuis trois semaines, il suppliait le Seigneur et faisait pénitence lorsque, dans sa splendeur et redoutable puissance, lui apparut l’Archange Gabriel, qui lui dit :
 « Ne crains point, Daniel, car du premier jour où, pour comprendre, tu as résolu de te mortifier devant ton Dieu, tes paroles ont été entendues, et c’est à cause de tes paroles que je suis venu. Le prince du royaume de Perse m’a résisté pendant vingt et un jours, mais Michel, l’un des Premiers Princes, est venu à mon aide. Je l’ai laissé affrontant les rois de Perse (…). Je dois retourner combattre le Prince de Perse : quand j’en aurai fini, voici que viendra le Prince de Yavân. Nul ne me prête main forte pour ces choses, sinon Michel, votre Prince » (Dn 10, 12 et 20-21).
 Au messager de Dieu, venu pour annoncer la fin de l’esclavage d’Israël, s’est opposé l’Ange protecteur de la Perse qui tient à la diffusion du monothéisme juif parmi ces peuples idolâtres. Dans ce différend, Michel lui a prêté main forte. Maintenant Gabriel reprendra la bataille et cette fois-ci il l’emportera. Mais il devra aussi se mesurer contre l’Ange protecteur de Yavân. L’empire Médo-Perse est condamné à s’effriter. C’est l’empire de Yavân qui devra lui succéder, grâce aux prouesses d’ »un roi vaillant » (Dn 11, 3),  Alexandre le Grand. Voilà pourquoi Gabriel est retenu par l’Ange protecteur de la Grèce qui, à son tour, s’oppose au départ d’Israël. Et cela pour les mêmes raisons qui ont poussé le protecteur de la Perse à faire obstacle à Gabriel. Mais dans ce nouveau conflit, Gabriel sera aidé sérieusement par Michel, le protecteur du peuple élu.
 Mais quelle que soit la manière d’interpréter ces divergences angéliques 2, il est important pour nous d’apprendre que chaque nation est sous la protection d’un Ange. A ce propos, la révélation ne laisse aucun doute. Cette doctrine est soutenue par la tradition : «  Un décret antique et divin a réparti les Anges parmi les nations », écrit Clément d’Alexandrie, reprenant à son compte ce passage du Deutéronome : « quand il répartit les fils d’homme, il fixa leurs limites suivant le nombre des fils de Dieu » (Dt 32, 8) 4. Cela est une vérité incontestable --- affirme Théodoret avec bien d’autres Pères de l’Eglise --- , parce que solidement fondée sur l’écriture 5. « Guides et Princes des nations », les Anges, selon Eusèbe, sont engagés dans la tâche de conduire les peuples à la

2  L’interprétation susmentionnée est la plus vraisemblable (Cf. La Sacra Biblia, Edizioni Paoline, à propos de Daniel). Dès le moment où Daniel intercède et s’offre pour la libération d’Israël,  « l’opération angélique est déclanchée ». Il s’ensuit un conflit qui n’est pas seulement déterminé par la différence de mérite des différents peuples vis-à-vis des Anges entrés en lice (Cf. La Somme Théologique, I, q. 113, a. 8) mais qui est dû également à la «  charité de chaque « Prince » envers son peuple. Il peut se faire que les Anges protecteurs de la perse et de la Grèce (Yavân) devinent l’issue finale de leur opposition à Gabriel et à Michel, et prévoient l’affranchissement d’Israël de l’esclavage et de la dispersion. Ils cherchent toutefois à empêcher cela, poussés par leur « charité ». La controverse dure tant que ls supplications et les souffrances réparatrices de Daniel ne parviennent pas à satisfaire la Justice divine. Ce sont elles qui forcent le verdict divin, qui met fin à la diaspora. Les controverses angéliques semblent vouloir rendre compte de ce processus de maturation. Et plutôt qu’un porteur de nouvelles, Gabriel semble être le présage que la miséricorde de Dieu est sur le point de se manifester, que Yahvé est sur le point d’oublier les infidélités de son peuple. Aussi Michel frémit, brûle d’impatience et se met à agir --- « Nul ne me prête main forte pour ces choses, sinon Michel, votre Prince » --. On croit pouvoir le comprendre : Michel a la tâche, rien moins que secondaire, de protéger un peuple, dont sortira la Vierge qui donnera au monde le Sauveur. Pour comprendre cette espèce de dispute entre les Anges nous pensons qu’il ne faut pas oublier que ceux-ci sont animés par l’Amour et la Justice.  Mais de ces deux c’est l’Amour surtout qui les pousse. Dieu, dit Jean, est Charité.
3 Stromata, VII, 8.
4 Fils de Dieu = Anges de Dieu (N.d.T.).
5 In Cen., q. 3.        (47)

découverte de la vérité 6. Cette doctrine a l’accord de Denys l’Aréopagyte dans sa Hiérarchie céleste.
 L’on pourrait objecter – et la critique moderne  y incite – que la tradition, aussi sacrée et vénérable qu’elle soit, n’est pas, n’est pas la révélation. Ces affirmations de Pères et Docteurs de l’Eglise ne seraient après tout que des commentaires ou des réflexions sur les données révélées de l’Ecriture.  Mais l’Ecriture elle-même ne serait-elle pas farcie de chimères, selon certains courants de la théologie contemporaine ?
 Dans le n. 622 de L’homme nouveau, nous venons justement de lire la Réponse de l’abbé Richard à un Théologien de l’Institut Catholique de Paris, qui « démystifiait » la résurrection du Christ : « … Aussi j’ajoutais, toujours d’après vous --- écrit-il --- que la démarche qui s’impose aujourd’hui est claire. La critique moderne a fini par éduquer nos contemporains. Ceux-ci ne peuvent plus prendre au sérieux les récits de miracles. Notre génération est exposée à un grand dommage, celui de rejeter purement et simplement l’expérience du Rabbi Jésus, compromise aujourd’hui aux yeux de tous par l’environnement du réalisme naïf dans lequel l’Eglise s’acharne à nous la présenter encore… ». Et je n’insisterai pas sur un incident survenu  cet ouvrage : un religieux de nos amis, résidant dans le nord de l’Europe, avait traduit ce livre dans la langue du pays qu’il habitait. Avant de le mettre sous presse il le soumit à une révision ecclésiastique. Ce livre possédait déjà les  imprimatur de Milan et de Paris. Il a été refusé --- avec tous ses saint Michel, Anges, Diable, démons Père Pio et autres serviteurs de Dieu – avec ce commentaire précis : finissons-en avec ces stupidités » !
 Eh bien, pour en revenir à notre discours sur la protection angélique des peuples, il y a des cas de révélation à ce propos qui confirment autant la Sainte  Ecriture que ses anciens commentateurs. Il s’agit de révélations parfois récentes, marquées sûrement par Dieu, impressionnantes, et à propos desquelles il est inutile de sourire et qui mérite toute notre attention.
 En1916, en pleine guerre mondiale, le Portugal s’apprêtait à se jeter à son tour dans la mêlée. Vers la fin du printemps, trois pâtres d’un modeste village de ce petit pays, Lucie, François et Jacinthe conduisaient leurs troupeaux sur une colline appelée « Cabeço ». Une averse les obligea à se réfugier dans une cavité du rocher, entre les arbres. Comme ils avaient faim, ils mangèrent leurs provisions. Il était midi. Puis ils sortirent leurs chapelets et commencèrent à les égrainer : « Ave, Maria » ». Entre temps le ciel était redevenu serein.  Avec des cailloux ils se mirent à jouer aux osselets, mais ils furent bientôt interrompus par un violent coup de vent. Ils levèrent ensemble la tête dans la direction d’où venait la bourrasque : une silhouette blanche, transparente presque, sur laquelle semblait se refléter les rayons du soleil, se balançait dans l’air, au dessus des oliviers. La silhouette avançait, prenant une forme de plus en plus précise. Bientôt les enfants eurent devant eux, à quelques pas, un jeune, entre 14 et 16 ans, d’une beauté encore jamais vue, indescriptible. Ils en étaient à la fois enchantés et effrayés. Alors la merveilleuse apparition leur dit :
 N’ayez pas peur ! Je suis l’Ange de la paix ! » Puis il ajouta : « Priez avec moi ! » Il se mit à genoux et, se prosternant jusqu’à terre, par trois fois il répéta : « Mon Dieu, je crois, j’adore j’espère et je vous aime ! Et je vous demande pardon pour tout ceux qui ne croient pas, qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas ! Priez ainsi --- dit l’Ange en se révélant --- car les saints cœurs de Jésus et de Marie sont sensibles à vos requêtes ». Sur ce «  l’Ange partit », dit Lucie.
 Il revint quelques mois plus tard, alors que les enfants jouaient près du puits du jardin de Lucie : « Que faites-vous là ! » Il les exhorta à « beaucoup prier », à offrir des « sacrifices » au Seigneur, car Jésus et sa Mère avaient sur eux des « desseins de miséricorde : « Faites en sorte d’attirer la paix sur votre patrie » a-t-il dit exactement. Mais son nom ne se trouve dans le registre d’état civil d’aucun portugais. De fait il se révèle : « Je suis l’Ange gardien, l’Ange du Portugal ».
 Au cours d’une troisième apparition sur Cabeço, l’Ange tenait dans sa main le calice avec l’hostie « suspendue en l’air ».Il s’agenouilla à côté des enfants et récita, par trois fois, une prière à la Très Sainte Trinité, « en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences » qui se commettent contre « le très précieux             (49)

 corps, sang, âme et divinité de notre Seigneur Jésus-Christ ». L’Ange se leva ensuite pour donner la communion à Lucie avec la sainte hostie, et à François et Jacinthe avec le « sang de Jésus-Christ » dans le calice 7.
 Par ses interventions, l’Ange prépare les trois enfants à d’autres assauts plus émouvants de la part du surnaturel. Ils verront la Vierge Marie, qui leur annoncera des évènements proches et lointains que nous avons vécus et qu’encore nous vivons (notre histoire se déroule en effet sous le signe de Fatima). Par l’entremise des pâtres, Marie s’adressera à l’humanité pour l’inviter à réparer ses « crimes » par la prière et la pénitence. Elle a prévu en effet le triomphe et la célébration du sexe et dira : « Les péchés qui portent le plus grand nombre d’âmes en Enfer sont les péchés de la chair ». La pureté sera tournée en ridicule. Des prophètes de Satan se lèveront pour proclamer que « le moment est venu de rendre l’homme libre de toutes les formes de répression, y compris la vieille morale chrétienne » (Marcuse). Une foule de misérables --- de la presse, du journalisme et du spectacle --- se mettra à remuer et à se baigner sans retenue dans la solution putride du sexe. Et personne n’arrêtera cette honteuse engeance de malfaiteurs qui seront la cause de la trahison et du désespoir de la jeunesse, de l’effritement des familles, de l’incertitude et du désordre social, de la décadence d’une civilisation bimillénaire. Ce sera la femme, au moment même où elle se présentera comme un agent libérateur, qui en accélèrera la ruine. L’on exaltera son pauvre corps, rongé par le cancer et par tant d’autres maux, condamné à l’usure du temps et à la putréfaction. L’on abusera de sa faiblesse pour faire d’elle une exaltée, une impudente, une créature horriblement défigurée : vide, amorale, décrochée de Dieu, accoutumée à des modes, des mœurs,des pensées, des lectures, des projections et des émissions dégoûtantes. Elle sera poussée à trahir sa vocation d’épouse et de mère jusqu’à l’infanticide, à la suppression cynique et bestiale des fruits de son propre ventre, c’est-à-dire l’avortement. Et cela avec la tolérance et même la protection de

 7 Cf. JCastelbranco, Le prodige inouï de Fatima, Editions Centre Marial Fatima, Bruxelles ;  L. Gonzaga da Fonseca, Le meraviglie di Fatima, Edizioni Paoline, Rome; Abbé A. Richard, la Reine aux mains jointes, Paris R.P. Auvray, Le sens de Fatima, Paris.           (50)
 

la loi. L’on assistera à un retour de cet engouement pour le charme féminin (« les filles des hommes leur convenaient »), la dépravation et les horreurs (« La terre se pervertit devant Dieu et elle se remplit de violence ») qui caractérisa la période d’avant le déluge (Gn 6, 2 et 11).
 Les péchés du monde sont trop grands », dira la Vierge de Fatima. Pour leur propre disgrâce, les hommes de l’Occident, parjures et dégénérés, ne l’écouteront pas. Et même beaucoup de « prêtres et de religieux » se boucheront les oreilles aux remontrances dès qu’elle fera pour la désobéissance aux propres supérieurs et au Saint Père » (chose qui « offense beaucoup notre Seigneur »), et pour le mépris du célibat t de la chasteté sacerdotale (« Les prêtres doivent être purs, très purs » insiste-t-elle). Ils ne voudront pas entendre ses invitations répétées en faveur de la prière et du sacrifice et ni ses mises en garde contre les « modes », voire contre la sécularisation » : « Ils doivent s’occuper seulement des affaires de l’Eglise et des âmes », ou tout au moins ils ne doivent pas d’en occuper, au point de confondre l’autel avec une chaire de conférence, l’action pastorale avec l’action politique, la foi avec «  le christianisme nouveau » horizontal, anthropocentrique et socialiste : « « Ils ne doivent pas suivre les modes ».
 Avec leurs corps glorifiés et leur vertu de pureté, le Crucifié et la Vierge apparaîtront anachroniques. Le « pessimisme » de saint Paul et de saint Augustin à l’égard de la chair sera blâmé+ Les péchés condamnés par le sixième et le neuvième commandement, seront excusés et absous. Le mystère du mal, l’importance et la quantité des crimes commis, le développement de l’apostasie oppresseront, comme un sinistre présage de mort, l’âme de ceux qui auront survécu dans leur bonté à ces ravages. Le Père Pio, crucifier du Mont consacré à Michel Archange, s’enfermera dans un mutisme impressionnant. On l’entendra murmurer : « Ces temps sont tristes, nous vivons une époque terrible ». Il ne supportera pas la trahison du Sang du Seigneur. Mais le Seigneur aura pitié de lui et, une nuit du mois de septembre 1968, il l’appellera…
 « Je suis l’Ange du Portugal ! »
 Que savaient-ils ces pauvres petits analphabètes (« Ils ne savaient ni lire ni écrire » !)  des Anges gardiens des nations ? Voilà     (50)

 une notion sur laquelle le catéchisme ne dit rien et que tout le monde ignore. Est-elle seulement le fruit des
Elucubrations solitaires de quelques théologiens catholiques rêveurs, habitués à tuer le temps et l’ennui par des sottises digne d’Aristote ?
 La révélation et la tradition sont loin de dire des sottises ou des absurdités. De même que saint François Xavier n’avait pas tort, au moment de porter l’évangile au Japon, de mettre sa confiance dans l’Ange protecteur : « Je vis dans l’espoir --- écrivait l’Apôtre des Indes à ses confrères de Goa --- que Dieu m’accordera bientôt la grâce de la conversion de ces pays. Mais je n’espère rien de moi-même, car j’ai mis toute ma confiance en Jésus-Christ, dans la Très Sainte Vierge Marie et dans tous les neuf choeurs des Anges, où j’ai choisi comme protecteur le Prince et Champion de l’Eglise militante, saint Michel. Et je n’ai pas peu d’espoir en cet Archange à qui a été confiée la spéciale protection du grand royaume du Japon. Je m’en remets chaque jour de façon particulière à lui et à tous les Anges gardiens du Japon » 8.
 Il n’y a rien d’extravagant à cette  « révélation privée » --- qui certainement est à l’origine de ce recours aux Anges protecteurs des nations --- , selon laquelle l’Apôtre des Indes aurait eu à Rome, l’apparition d’un Ange, sous les apparences d’un Indien, qui l’aurait invité, de façon pressante, à se rendre en  Extrême-Orient pour y évangéliser les peuples 9. Un événement analogue était arrivé, quatorze siècles auparavant, à l’Apôtre des gentils, au cours de ses randonnées dans l’empire romain sous l’impulsion de la charité  du Christ : « Ils parcoururent la Phrygie et le territoire galate, le Saint Esprit les ayant empêchés d’annoncer la parole en Asie. Parvenus aux confins de la Mysie, ils tentèrent d’entrer en Bithynie, mais l’Esprit de  Jésus ne le leur permit pas. Ils traversèrent donc la Mysie et descendirent à Troas.  Or, pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien était là, debout, qui lui adressait la prière : « Passe en Macédoine, viens à notre secours ! » (Ac 16, 6-9). Et Paul et Barnabé s’y rendirent.
 Par les temps qui courent, où Satan semble sévir sans être

 8 Bartoli, Dell’Asia, L. III. Cf  P. A. Ferretti, I Santi Angeli Custodi, Prato 1903.
 9 Abbé Eugène Soyer, Essai sur l’ange et l’homme, Tours 1880.     (52)

contrarié, il serait souhaitable que le Saint-Père, qui a eu le courage méritoire de nous rappeler l’authenticité de l’œuvre dévastatrice du «  seigneur des ténèbres » dans les vicissitudes humaines, rétablisse la récitation de la prière à Saint Michel Archange du pape Léon XIII et le culte à « l’un des Premiers Princes » du ciel (Da 10, 13), dans le nouveau rite eucharistique, et recommande aussi aux croyants de ne pas oublier d’invoquer dans leurs prières l’Ange protecteur de sa propre nation :  puisque chaque pays a le sien. Cela a été confirmé par l’Ange de la Paix au Portugal. Et lui, à l’instar de ses Frères petits et grands de la hiérarchie céleste – que Denys l’Aéropagyte prétend formée de neuf chœurs--, est loin d’être une « bêtise ». C’est une bêtise plutôt que de soutenir le contraire. Et même imprudent. En niant l’existence des Anges, ou en la reléguant simplement au niveau du doute, l’on ne se rends pas compte des forces ni de l’aide dont on se trouve privé. Et ni de l’agressivité que nous fomentons parmi « les ombres de mort », les dangers auxquels nous nous exposons, les dommages que nous provoquons à nous-même. En effet, comme l’écrit saint Paul : « Est-ce que tous ne sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés en service pour ceux qui doivent hériter du salut ? » (He 1, 14). Et cela il le dit sur un ton qui indique que leur existence n’est même pas à mettre en question. Les Anges existent. Si nous voulons, ils sont prêts à nous aider. C’est être insensé que de les reléguer dans l’ombre, pour satisfaire à une « mode » comme la soi-disant « démystification », qui équivaut, pour l’intégrité du Credo chrétien, à ce qu’est pour la dignité de l’homme et de la femme un vêtement négligé, effronté ou provoquant, c'est-à-dire à un appauvrissement, une déchéance, un outrage fait à Dieu qui a confié au ministère angélique l’économie de sa Grâce et de sa Providence.
           (53)

VIII Les Anges et les Lieux de Prière
 

  Dans la première lettre aux Corinthiens (11, 10), saint Paul recommande aux femmes d’avoir sur la tête un voile « à cause des Anges ».  De quels Anges s’agit-il ? Evidemment de ceux qui sont présents dans les lieux d’adoration et de prière. Il y a donc ces Anges qui sont les protecteurs des nations, et d’autres qui sont les défenseurs des églises, des sanctuaires et même des diocèses : chaque diocèse, dit Origène, est gardé par deux évêques, l’un visible et l’autre invisible. L’un est homme et l’autre Ange.
Palladio raconte que saint Jean Chrisostome, banni de Constantinople, voulut, juste avant de partir en exil, prendre congé de l’Ange gardien de son église : « Ex epicopio discendes cum episcopis, dicit omnibus : -- Venite, oremus et Angelo Ecclesiae valedicamus » (« Descendant de l’évêché en compagnie des évêques, il dit à tous : -- Venez, prions et saluons l’Ange de l’Eglise ») 1.
 « Soyez en confidence avec les Anges, … aimez et révérez l’Ange du diocèse où vous êtes », exhorte saint François de Sales dans Philotée, où il cite cet exemple de sollicitude angélique à ceux qui respectent les Anges et les invoquent : « Le grand Pierre Fabre, premier prêtre, premier prêcheur… de la Compagnie de Jésus, et premier compagnon de saint Ignace, le fondateur, revenant un jour d’Allemagne, où il avait beaucoup travaillé pour la gloire de notre Seigneur, … racontait que, dans les nombreux pays hérétiques qu’il avait traversés, il avait été soutenu grâce au simple fait d’avoir salué fréquemment les Anges gardiens des paroisses où il passait. Ceux-ci reconnaissait-il, lui avaient été propices contre les ruses et les embûches de hérétiques et avaient ouvert le cœur de nombreuses âmes, et les avaient préparées à recevoir la doctrine du salut ».
 Dès qu’il entrevit le village d’Ars et la petite église, où il allait bientôt commencer sa merveilleuse activité pastorale, saint Jean-Baptiste Marie Vianney invoqua avec ferveur, les larmes aux yeux, les Anges gardiens, demandant de ne jamais manquer de la bénédiction de Dieu et de leur précieuse et bienveillante assistance. Juste avant, il lui était venu à l’esprit « une étrange idée », suggérée très certainement par son Ange gardien : « Cette paroisse sera trop petite pour accueillir ceux qui viendront ici ! » 2. Le Père Lamy, --- dont Jacques Maritain souligne « les admirables dons naturels de sagacité, de bon sens, de sagesse pratique, l’exquise finesse d’esprit et une énergie surnaturelle éclairée par la charité » et à propos de qui il se déclare reconnaissant au « Seigneur de toute grâce » pour l’amitié qu’il reçut de ce grand penseur catholique --- fait cette confidence : « J’ai parfois entendu trois ou quatre Anges en même temps dans l’église de la Courneuve. J’entends souvent leur voix sans les voir. Comme pour les personnes que l’on connaît bien, je les reconnais à leur voix » 3.
Même sans ces exemples, la croyance aux Anges protecteurs des Eglises n’en resterait pas moins vraie, même si elle ne reposait que sur de simples convictions. Il est communément admis qu’il y a des Anges consacrés à la protection, non seulement des nations, mais aussi des provinces, des villes, des communautés. Les Anges sont partout, affirme saint Augustin, ainsi que d’autres Pères de l’Eglise, dans l’air, sur terre et dans la mer. L’on ne vois pas pourquoi l’on devrait exclure leur présence des maisons de Dieu, c’est–à-dire justement de là où les croyants se donnent le plus beau et saint rendez-vous d’amour et y accomplissent les actes les plus appréciés parles Anges : la prière et la louange à Dieu, à la Vierge leur reine et à tous les bienheureux du ciel, eux-mêmes y compris.
 Au cours de l’escalade d’une colline, ou d’une promenade au fond d’une vallée, il m’est souvent arrivé de me trouver inopiné-

2 D. Pilla,  Il Santo Curato d’Ars, Edizioni Paoline ; Processo dell’Ordinario : cf. F. Trochu, Le Curé d’Ars,  Libr.  Cath. Emmanuel Vitte, Paris
3 Comte Paul Biver, Apôtre et mystique : le Père Lamy, préface de Jacques Maritain, Ed. des Serviteurs de Jésus et Marie, 60138 Chiry-Ourscamp          (55)

ment en face de l’une des nombreuses ruines d’églises et d’anciens monastères, souvenirs de la ferveur mystique médiévale, dont est parsemée ma terre bénie. Il est difficile de redire les impressions ressenties devant ces monceaux de ruines, ces planchers éventrés, ces murs dépouillés et démolis par les siècles, par les rigueurs du ciel et des saisons, et entourés par une nature souvent nue et austère – de grisâtres bancs de roche, de mélancoliques hameaux, des champs sauvages --  dans une solitude, un silence surhumain à peine interrompu par l’appel d’un oiseau égaré ou le cri soudain d’un rapace. Ces moments avaient quelque chose d’irrésistible. Elles étaient un mélange de stupeur, d’affolement, de nostalgie et de triste affliction, que j’ai spontanément traduit dans un chant, un poème élégiaque qui, malgré la pauvreté des moyens d’expression, fait partie des morceaux les plus réussis et les mieux inspirés de mon quart d’heure poétique juvénile. Il commence ainsi :
Saint Gilles, perdu au milieu des champs,
c’est toi que je viens voir par un jour de vent,
alors qu’au-delà des monts brillent les éclairs,
et que le ciel est traversé d’un lent cirrus.
Saint Gilles je contemple tristement
Ce qu’il reste du temps des intempéries :
Sculptures, peintures, un demi-arc croulant,
Murs effondrés, ou qui bientôt vont s’affaisser…
Là où maintenant il n’est que bruissement de feuilles,
Sur le mont de pierres effritées
Il y avait autrefois les murs robustes et hauts
D’un couvent aux cellules innombrables.
Est-ce là qu’un sacristain, un vieillard argenté,
À la tâche infatigable et un peu ronchonneur,
Du pain noir donnait au pauvre
Quémandeur de charité à la porte cochère ?
Est-ce là que les frères ?...
        (56)

Une grande pitié nous saisit à la vue de ces ruines. On voudrait leur porter secours. Mais cela est impossible. Alors voilà que surgit l’imagination qui restaure ce qui jadis était un lieu de prière, de recueillement, d’ascèse et dans les phantasmes du rêve, nous voici devant l’église d’autrefois, avec sa cloche, sa rosace, les icônes parlantes de l’autel, le grand crucifix et la veilleuse, symbole de la présence, dans l’habitacle d’or, du divin Prisonnier d’amour…  Et nous entendons aussi monter, dans le parfum d’encens, le chant liturgique, les psalmodies graves des moines chantant à l’unisson, pendant que s’élève le bruissement des cyprès dans le potager, jusqu’à tant que la réalité désolante ne reprenne sa place devant nos yeux stupéfaits et égarés. Nous comprenons alors les réalisations d’un Chateaubriand à la vue d’une fameuse chartreuse en ruine. Après l’avoir observée, il s’en éloigna --- comme il dit --- le cœur plein de chagrin » et tenté de protester contre Dieu, qui n’avait su préserver ce couvent d’un destin aussi cruel, le poète errait « sans but, dans la nuit tombante », lorsqu’il se réfugia dans une église où l’on chantait les vêpres. Tombé à genoux sur le plancher, les larmes aux yeux, il s’exclama : « Pardon, o Seigneur, si nous avons osé protesté, devant la dévastation de ton temple : pardonne notre raison bouleversée » 5.
Aucune ruine vraiment n’inspire autant de pitié que celle d’un temple. C’est cette pitié qu saint François à du éprouver puisque, comme nous le dit Celano, il ne recula devant aucun sacrifice ni aucune humiliation pour tenter leur restauration. Le biographe semble laisser clairement comprendre que le pauvre d’Assise ne restaura pas les églises de saint-Damien, de saint-Pierre de l’Epine et la fameuse Portioncule par simple obéissance au crucifix qui lui avait miraculeusement parlé, mais également par apitoiement sur l’état d’abandon dans lesquelles se trouvaient ces monuments 6.
Lorsque qu’un lieu sacré est mal entretenu, personne n’en souffre davantage que les saints Anges chargés de sa protection. Aux approches du sanctuaire de Gargano, consacré à saint Michel en un temps où la renommée de la divine Basilique commençait à décliner, sainte Brigitte de Suède vit venir à elle une troupe

5. F.R. de Chateaubriand, Le Génie du Christianisme, T. III, L. V. ch. 3.
6. Thomas de Celano, Vie de saint François, Editions Franciscaines.    (57)

d’Esprits angéliques qui disaient : « Béni sois-tu, Seigneur Notre Dieu, toi qui n’as jamais eu de commencement et qui n’aura pas de fin ! Tu nous a envoyés pour réconforter les hommes et les aider. Et nous nous mouvons invisibles au milieu d’eux. En ce lieu tu as voulu montrer combien est grande notre dignité, afin que les hommes apprennent à t’aimer et à s’adresser à nous qui les aidons. Ce sanctuaire connut longtemps de grands honneurs, mais aujourd’hui beaucoup le délaissent, car les fils de la terre se tiennent plus près des esprits du mal que de nous-mêmes » 7.
Il nous est facile d’imaginer ce qui arrive lorsque les églises subissent la honte complète de l’abandon et de la  profanation. Les Anges s’en vont. Lors de la prise de Jérusalem, alors que les soldats de Titus et de Vespasien, envahissaient le temple et s’apprêtaient à le saccager, « le jour de la fête de Pentecôte, écrit Flavius Josèphe, les prêtres qui avaient, de nuit, atteint  le temple intérieur (comme de coutume, pour les offices liturgiques), affirmèrent avoir senti une grande secousse suivie d’un grand coup et d’avoir aussitôt après, entendu une rumeur collective : « Partons d’ici » 8 . Palladio lui-même semble se faire l’écho de cet événement par une histoire analogue : tandis que saint Jean Chrisostome se rendait à l’église pour y saluer l’Ange protecteur, ce dernier ne sut résister à l’abandon dans lequel sombrait cette église. Aussi, sur l’exemple de saint évêque, à son tour il s’éloigna 9.
7 Jean Joergensen, Den hellige Brigitta of Vadstena, Copenhagen 1941-1943.
8 Flavius Josèphe, Bell. Iud.,XI, 5,3.
9 Boll.  Cf. P.A. Ferretti   op. cit.
 

fin VIII

IX Ils assistent aux rites sacrés et prient avec nous

 Les saints du ciel (Eglise triomphante), les âmes du purgatoire (Eglise souffrante), et les chrétiens de cette terre (Eglise militante) constituent une unité comparable, ou presque, à un empire sans frontières, dont les trois Eglises seraient les différents continents. Dieu est l’unique souverain de ces trois  Eglises. Et la charité est la loi qui règle et anime les relations et la conduite de tous ceux qui en sont membres, car le Seigneur est surtout et essentiellement  Amour. En vertu de cette loi les membres de l’Eglise militante demandent des grâces à ceux de l’Eglise triomphante et prient pour ceux de l’Eglise souffrante. Et, à leur tour, ces membres de ces deux dernières portent secours à ceux de la terre. Voilà ce que signifie la communion des saints. Inutile de dire que nos Anges en font partie. Aussi interviennent-ils non seulement de façon providentielle dans les choses humaines, mais participent-ils encore à toutes les actions où se joue la vie de l’Eglise militante, puisque « l’Eglise est quelque chose de plus qu’une simple société humaine religieuse » et puisque d’elle « font aussi partie les Anges et les saints du ciel » 1. « Avec les Anges, affirme saint Augustin, nous formons une seule et même Cité de Dieu » 2.
 Les Anges donc assistent aux sacrements de la pénitence, du mariage, du baptême, de l’ordre, de l’Eucharistie, aux noces des vierges consacrées, aux élections des successeurs de Pierre et des évêques…Les saints Cyrille, Grégoire de Naziance et Ambroise soutiennent que, au baptême, le renoncement à Satan s’effectue en présence des Anges : « Cela ne doit pas être ignoré, ou même nié :

1 Erik Peterson, op. cit.
2 De Civitate Dei, X, 7.         (59)

c’est l’Ange qui annonce le royaume de Dieu et la vie éternelle » 3 .
 Mais la où la participation des Esprits célestes est le plus souvent signalée, c’est dans les prières du prêtre et des fidèles, les psalmodies des moines et la célébration des mystères eucharistiques.
 Clément d’Alexandrie affirme que celui qui croit « prie avec les Anges… même lorsqu’il prie dans la solitude. Car avec lui se trouve le chœur qui reste en sa compagnie » 4. Et Origène de dire : « Ce n’est pas seulement le grand Prêtre qui prie avec ceux dont la prière est sincère, ais il y a aussi le Anges qui exultent dans le ciel… Il est vraisemblable que là (« Lieu de prière où les croyants se réunissent »), les puissances angéliques participent  aux assemblées des croyants. C’est là en  effet que descend la force du Seigneur notre Sauveur, et que se réunissent les esprits des saints… Si l’on est en droit de parler des Anges grâce à l’adage : « Il campe, l’Ange de Yahvé, autour de ses fidèles et les dégage » (Ps 34, 8) et si Jacob dit vrai, non seulement en ce qui le concerne, mais à propos de toute personne dévote, lorsqu’il parle de «  l’Ange qui m’a sauvé de tout mal » (Gn 48, 16 ), il est alors vraisemblable que lorsque plusieurs personnes sont légitimement réunies pour la gloire du Christ, l’Ange de chacun rôde autour de ceux qui craignent Dieu, s’il se trouvent aux côtés de l’homme qu’il est chargé de protéger et de conduire, en sorte que, lorsqu les saints sont réunis, deux Eglises sont en présence : celle des hommes et celle des Anges. Si Raphaël, poursuit Origène, affirme, à propos de Tobit, avoir porté ses suppliques devant la Gloire du Seigneur (Tb 12,12), ainsi que celle de Sara – qui deviendra sa belle fille lorsqu’elle épousera le jeune Tobie -, que dira-t-on d’un grand nombre qui se réunit dans un même lieu, animé d’une même intention et formant dans le Christ un seul corps ? » 5. A partir de cette affirmation (Ce n’est pas seulement le grand Prêtre qui prie… »), Origène reprend et conclut donc son discours sur une considération (« il est vraisemblable »)  qui est en même temps une certitude, confirmée par l’Ecriture et par des arguments indiscutables. De grands penseurs de l’Eglise, par ailleurs, soutiennent et confirment ses affirmations.

3 Cf. Erik Peterson, op.cit.
4 Ib.
5 Origène, De oratione.         (60)
 
 

Sainte Mathilde connut par inspiration divine “la manière avec laquelle les saint Anges assistent l’homme juste, dans tout le bien qu’il accomplit. Lorsqu’il lit les psaumes et d’autres passages de l’Ecriture, ou bien qu’il se consacre à une œuvre bonne, les Anges sont près de lui » 6. Et dans sa règle, saint Bernard rappelle aux moines que l’office divin est récité en présence de Dieu et des Ages. Ce saint affirmait cela par expérience. De fait dans la chartreuse de Clairvaux,, il avait vu les Esprits célestes chanter avec les religieux. Saint François lui aussi a probablement bénéficié d’un privilège semblable. Beaucoup de détails de sa vie semblent le confirmer : sa grande vénération pour les Anges et saint Michel en particulier, «  en honneur duquel… il jeûnait, avec une grande dévotion, pendant quarante jours », les visions – que semble-t-il, il a eu fréquemment – des Esprits célestes, et entre autres celle de Séraphin qui le fulgura sur la Verne et celle de l’Ange qui le porta en extase par « la mélodie merveilleuse d’une Cithare ». Mais il y a surtout ce passage de Celano : « Puisque dans le chœur, l’on chantait en présence des Anges, il (François) voulait que tous ceux qui le pouvaient s’y rendent et y chantent avec dévotion ».
 Saint Nilo le Grand rapporte 7 que saint Jean Chrysostome a souvent vu son église remplie par les Anges, en particulier durant la sainte messe. Et saint Jean Chrysostome le raconte lui-même 8 avec quelques différences de détail. Ces deux versions nous permettent d’écrire ce que voici.
 Alors que le prêtre est sur le point de commencer la célébration, des troupes d’Esprits angéliques, pieds nus et endossant des vêtements superbes, descendent du ciel et se placent tout autour de l’autel « dans une attitude comparable à celle des guerriers en présence de leur roi ». Puis au moment de la communion, les Anges entourent, avec immense respect et déférence, l’évêque, les prêtres et les diacres, qui distribuent aux fidèles les saintes hosties.
 « Ne sais-tu donc pas, intervient un antique auteur arménien qu’à l’instant où le saint sacrement arrive sur l’autel, le ciel s’ouvre devant le Christ qui descend, entouré de troupes d’Anges qui
 6 Le Rivelazioni di Santa Metilde, Tip. Arcivescoville dell’Addolorata, Varese.
 7 Ad Anastasium epis., , T. II,  letter  CCXCIV.
 8 S. Jean Chrysotome,  De sacerdotto.       (61)
volent du ciel jusqu’à la terre, entourent l’autel où est célébré le saint sacrement du Seigneur, et que tous sont remplis de l’Esprit Saint ? » 9.

 La présence des Anges aux célébrations du mystère eucharistique nous semble tellement évidente et manifeste que nous serions tentés de ne plus insister à ce sujet. Quelle occasion peut-on trouver en effet qui soit plus importante que la sainte messe, que la célébration du mystère pascal, qui est au sommet de la vie, au centre et à l’origine de l’unité de l’Eglise et justifie si bien leur présence ? « Le fils de Dieu est sur l’autel… entouré d’une multitude d’Anges », dit une voix à la bienheureuse Angèle de Foligno, tandis qu’elle se préparait à recevoir le Seigneur dans l’hostie. « Un autre jour, raconte-t-elle, pendant la célébration de la messe, … mon esprit s’éleva et j’eus la perception neuve et claire de la façon dont Jésus-Christ vient dans le très saint sacrement…Je voyais Jésus-Christ descendre du ciel, entouré d’innombrables troupes éblouissantes de lumière » 10.

 Le père Ignace Passionista, de la Scala-Santa, directeur spirituel de Edvige Carboni, une stigmatisée de Sardaigne, morte à Rome en 1952, a porté le témoignage suivant dans le livre que le père Basile Rosati a écrit sur cette âme, sous le titre Giglio sulla Croce 11 : «Edvige m’a dit plusieurs fois que lorsque je célébrais la messe, je devais lever les yeux au ciel et que j’y aurais vu les Anges assister au saint sacrifice » 12.
D’après les révélations de saint Jean Chrysostome et de la bienheureuse Angèle de Foligno, nous remarquons que deux sortes de troupes d’Anges interviennent durant la célébration du mystère pascal : l’une qui assiste dès le début, auprès du célébrant, au rite sacré, l’autre qui sert d’escorte à Jésus, au moment solennel de la consécration. Cette remarque est encore confirmée par sainte Brigitte : « Tandis que le prêtre se préparait à la consécration, un nombre infini de Chérubins…faisait vibrer l’air de sons et de chants

9 Jean Mandakuni, Sermones.  Cf.  E. Peterson, op. cit.
10  Le livre de la Bienheureuse Angèle de Foligno, op.  cit
11 Lys sur la croix. ( N.d.t.)
12  Giglio  sulla Croce, Edizioni Scala Santa,  Rome      (62)
 

ineffables… Puis, lorsque le prêtre eut proféré les paroles de la consécration, elle (Brigitte) vit l’hostie se transformer en un blanc et mystique agneau… Sa fulgurante apparition était rehaussée par la présence de la Vierge et les gracieuses couronnes de Séraphins, les Amours du Ciel » 13.

13 Piero Chiminelli, Santa Brigida di Svezia, Libreria Ferrari, Rome.     (63)
 
 
 

fin IX
 
 

X
« CAR, JE VOUS LE DIS,  LEURS ANGES… »

Il était minuit. Le lendemain, je devais me lever sans faute à quatre heures, pour être rendu, un peu mois d’une heure après, au couvent. Je ne sais avec précision qu’est –ce qui me faisait craindre de manquer au rendez-vous. C’était probablement mon tour de servir la messe du Père Pio, qui avait l’habitude de célébrer à cinq heures précises. Je voulus, quoi qu’il en soit, prendre toutes les mesures possibles pour être sur de m’éveiller à temps. Je pensai m’adresser à mes parents, dans le cas où l’un d’eux – comme il arrivait souvent en famille – ait à se lever à l’heure où je désirais moi-même être réveillé. Mais ils s’étaient déjà tous endormis. Et il n’était pas question de monter le réveil dont la sonnerie était cassée. C’est alors que je me suis souvenu du mystérieux personnage qui, d’après ce que l’on m’avait dit, du fait qu’il nous est assigné dès le berceau et ne nous quitte pas un instant, se trouvait sûrement là, à ce moment, dans ma chambre et peut être même au chevet du lit. Dans le silence et la tranquillité de la nuit, j’avas l’impression de sentir sa présence et je me l’imaginais avec les yeux vigilants comme les étoiles du firmament, ignorant la lourdeur du sommeil. Je lui dis : «  fais en sorte que demain, à quatre heures précise, je sois réveillé ». Et aussitôt je m’endormis.
 A un certain moment de la nuit, je sentis une douleur persistante sur le flan. Au profond sommeil succéda un demi-sommeil dans lequel cependant j’avais de la peine à me souvenir de la messe que je désirais ne pas manquer. Je me préoccupais seulement d’identifier l’origine de ce mal sur le côté. Peut-être était-il dû à une mauvaise position prise durant la nuit, pensais-je. Mais malgré les changements de position, le mal mystérieux persistait. Je fus donc obligé de me lever complètement. C’est alors que je me rappelai de la messe. Aussitôt je       (64)

 m’assis sur le lit et allumai la lampe de la table de nuit : la montre marquait exactement  quatre heures, pas une minute de plus ni de moine. Et le de côté, aussi curieux que ce soit à dire, disparut comme par enchantement… C’est de cette façon, en le touchant sur  le côté, que nous verrons un Ange réveiller saint Pierre, endormi dans la prison.
 Je remerciai, ému, l’invisible personnage, convaincu plus que jamais de sa constante et réelle présence à mes côtés. Et je profitais tout de suite des heureuses conséquences de ma découverte, et entre  autre celle de marcher avec moins de crainte, de nuit, le long de la route – longue de deux kilomètres environ – qui me conduisait au couvent. Quant au reste, je le laisse à votre imagination. La certitude d’avoir à mes côtés un personnage ami, secourable, attentionné, qui me suis partout sans me quitter un instant, est pour moi une source de joie indicible. Quelle découverte avais-je fait ce matin- là! J’avoue que depuis, ma conduite laisse moins à désirer. Et je le dis sans crainte de manquer de modestie, puisque tout le mérite en revient à mon Ange gardien et au Père, à qui je dois d’avoir découvert que, pour mon bien, Dieu m’a assigné l’un de ses Anges ! l’Ange de Dieu, cet ami que nous ne connaissons pas encore, mais qui par le seul fait de l’avoir découvert, comme dit le Père Lamy, nous ouvre déjà les yeux sur la réalité invisible qi nous entoure. Et pourtant beaucoup le méconnaissent, même parmi les chrétiens pratiquants.
 A San Giovanni Rotondo, parmi les pèlerins qui, de son vivant, approchaient chaque jour le Père Pio, j’ai voulu mener une enquête, m’adressant de préférence aux croyants. Lorsque je demandais : « croyez-vous à l’Ange gardien ? », l’on m’a toujours répondu : « J’y crois puisque l’Eglise l’enseigne ». Certains même, surpris par cette demande imprévue, n’ont pas manqué d’hésiter, pleins d’embarras, répondant d’un « Euh… », accompagné souvent d’un haussement d’épaules, d’une grimace, d’un sourire à peine dissimulé qui faisait penser à la surprise et l’embarras de Don Abbondio d’Alessandro Manzoni à l’énoncé du nom de Carnéade et qui signifiait : « mais de qui donc parlez-vous ? ».
 Nous aurions tort d’ignorer ou de mettre en doute l’existence de l’Ange gardien. Chacun de nous a le sien. Ce n’est pas une « croyance pieuse », inventée pour attendrir le
cœur des          (65)

fidèles, ou une trouvaille gentille et innocente à l’usage des petits enfants pour susciter leur bonté et leur gentillesse, comme peuvent le faire croire certaines poésies douçâtres qui s’inspirent d’Angelino. Et c’est un tort que le catéchisme et la presse catholique commettent à l’égard des Anges lorsqu’ils les négligent. Comme le dit une prière qui remonte au Moyen-âge, un « Ange de Dieu (…) protège, éclaire, conseille et conduit » chaque homme, à qui il est assigné par la bonté suprême ». Voilà une vérité de foi, affirmée par l’Ecriture Sainte, par la tradition, par les saints, dont beaucoup d’entre eux ont connu d’expérience ce compagnon céleste.
 C’est un Ange, dans l’Ancien testament, qui indique à Agar, femme d’Abraham, un puits où prendre l’eau nécessaire pour désaltérer son fils Ismaël qui est en train de mourir de soif dans le désert (Gn 16, 7). Ce sont encore deux Anges, qui protègent Lot et sa famille de la destruction de Sodome, corrompue et maudite de Dieu (Gn 19,16 ). Lorsque Judith a eu coupé la tête d’Holopherne, elle rend grâce à Dieu parce que son Ange l’a protégée de toute souillure et lui a permis de quitter la ville, de séjourner dans le camp ennemi et d’en retourner (Jdt 13, 20). De même, lorsque les jeunes Shadrak, Méshak et Abed Nego sont condamnés par le roi Nabuchodonosor à être brûlés vif dans une fournaise, parce qu’ils avaient refusé d’adorer une statue d’or, ils échappent à une mort certaine grâce à l’intervention miraculeuse d’une créature angélique : « Les serviteurs du roi qui les avaient jetés dans la fournaise ne cessaient d’alimenter le feu de naphte, de poix, d’étoupe et de sarments, si bien que la flamme s’élevait de quarante-neuf coudées au-dessus de la fournaise.  En s’étendant, elle brûla les chaldéens qui se trouvaient autour de la fournaise. Mais l’Ange du Seigneur descendit dans la fournaise auprès d’Azanias et de ses compagnons : il repoussa au dehors la flamme du feu, et il leur souffla, au milieu de la fournaise, comme une fraîcheur de brise et de rosée, si bien que le feu ne les toucha point, et ne leur causa ni douleur ni angoisse » (Dn 3  46-50).
 De son côté, voici comment Tobie relate les innombrables et merveilleux services que lui a rendu l’Archange Gabriel : « Père, combien vais-je lui donner pour ses services ? (…) Il me ramène sain et sauf, il a soigné ma femme, il rapporte avec moi l’argent,         (66)

 et enfin il t’a guéri ! Combien lui donner encore pour cela ? » (Tb 12, 2-3), De plus l’Archange avait évité au jeune garçon, le long du Tigre, d’être blessé par un poisson, qui « faillit lui avaler le pied » (Tb 6, 3).
 Dans le Nouveau Testament, les allusions à l’Ange gardien, et à son rôle protecteur de la personne qui lui est confiée, sont plus explicites et plus manifestes. C’est un Ange qui sauve saint Paul et 276 autres personnes d’un danger imminent de naufrage. A bord d’un navire, l’Apôtre était porté à Rome pour y être jugé par César. On l’envoyait dans la capitale de l’empire sur la décision des juges du tribunal de Festus, à Césarée, où il était accusé de sédition, sectarisme et profanation du temple de Jérusalem. Une tempête de vent rendit bien vite la navigation difficile. Le navire fût alors lesté de sa cargaison. Mais cela toutefois ne servit pas à mettre les marins à l’abri du danger qui les menaçait. Dans l’affolement général, Paul est le seul à ne pas s’inquiéter, ni à trembler. Et lorsque toute espérance semble perdue, le voilà qui se lève, très calmement, au milieu des passagers, à qui il adresse ces mots : « je vous invite à avoir  bon courage, car aucun de vous n’y laissera la vie, le navire seul sera perdu. Cette nuit en effet m’est apparu un ange du Dieu auquel j’appartiens et que je sers, et il m’a dit : « Sois sans crainte, Paul. Il faut que tu comparaisses devant César, et voici que Dieu t’accorde la vie de tout ceux qui naviguent avec toi ». Courage donc, mes amis ! Je me fie à Dieu de ce qu’il en sera comme il m’a été dit ». Puis il prédit l’échouage à Malte (Ac 27, 22-26).
 Ce récit est révélateur du double service des Anges, chargés de nous protéger et de coopérer à la diffusion de la parole de Dieu. Et ce n’est pas le seul passage de ce genre dans les Actes des Apôtres. On y lit encore, en effet : « Alors intervint le grand prêtre, avec tous ceux de son entourage, le parti des Sadducéens. Pleins d’animosité, ils mient la main sur les apôtres et les jetèrent dans la prison publique. Mais pendant la nuit, l’Ange du Seigneur ouvrit les portes de la prison et, après les avoir conduits dehors, leur dit : Allez annoncer hardiment au peuple dans le Temple tout ce qui concerne cette Vie-là » (Ac 5, 17-20).
 Les Anges nous protègent dans chacun de nos pas. Nous trouvons cela exprimé dans cette page magnifique des Actes qui échap-     (67)

pe radicalement à toute supposition d’invention ou d’artifice, de par le drame qu’elle rapporte, la vivacité et la concision incomparable de son style, la force de conviction et d’émotion dont elle est envahie, l’atmosphère de surnaturel qu’on y respire :
 « Vers ce temps-là, le roi Hérode mis la main sur quelque membres de l’Eglise pour les maltraiter. Il fit périr par le glaive Jacques, frère de Jean. Voyant que c’était agréable aux Juifs, il fit encore arrêter Pierre. C’était les jours des Azymes. Il le fit saisir et jeter en prison, le donnant à garder à quatre escouades de quatre soldats : il voulait le faire comparaître devant le peuple après la Pâque.. Tandis que Pierre était ainsi gardé en prison, la prière de l’Eglise s’élevait pour lui vers Dieu sans relâche.
 « Or la nuit même avant le jour où Hérode devait le faire comparaître, Pierre était endormi entre deux soldats ; deux chaînes le liaient et, devant la porte, des sentinelles gardaient la prison. Soudain, l’Ange du Seigneur survint, et le cachot fut inondé de lumière. L’Ange frappa Pierre au côté et le fit lever : « Debout ! Vite ! » Dit-il. Et les chaînes lui tombèrent des mains. L’Ange lui dit alors « Mets ta ceinture et chausse tes sandales » ; ce qu’il fit. Il lui dit encore : « Jette ton manteau sur tes épaules et suis-moi ». Pierre sortit, et il le suivait ; il ne se rendait pas compte que ce fût vrai,  ce qui se faisait par l’Ange, mais il se figurait avoir une vision. Ils franchirent ainsi un premier poste de garde, puis un second, et parvinrent à la porte de fer qui donne sur la ville. D’elle-même,  elle s’ouvrit devant eux. Ils sortirent, allèrent jusqu’au bout d’une rue, puis brusquement l’Ange le quitta. Alors Pierre, revenant à lui, dit : « Maintenant je sais réellement que le Seigneur a envoyé son Ange et m’a arraché aux mains d’Hérode et à tout ce qu’attendait le peuple des Juifs. ».
 « Et s’étant reconnu, il se rendit à la maison de Marie, mère de Jean surnommé Marc, où une assemblée assez nombreuse s’était réunie et priait. Il heurtait le battant du portail, et une servante, nommée Rhodé, vint aux écoutes. Elle reconnut la voix de Pierre et, dans sa joie, au lieu d’ouvrir la porte, elle courut à l’intérieur annoncer que Pierre étit là devant le portail. On lui dit : « Tu es folle ! ». Mais elle soutenait qu’il en était bien ainsi. « C’est son Ange ! » dirent-ils alors » (Ac 12, 1-15).
 Dans un monde où semble encore l’emporter le désir d’éviter  (68)

l‘accord de la raison avec la foi et le besoin d’entretenir une rupture entre la philosophie et la théologie, où la culture est le plus souvent et malheureusement laïque, au sens restreint de ce terme, éventuellement agrémentée de sexe, où l’école écarte tout élément de culture religieuse, sous prétexte qu’elle doit se garder des « odeurs de sacristie », de belles pages comme celle-là, remarquables même pour leur seule qualité littéraire, trouvent difficilement leur place dans les anthologies.
 Le fait que chacun de nous ait personnellement un Ange a été clairement affirmé par le Seigneur, lorsqu’il parle de ceux qui scandalisent un de ces petits : « car, le vous le dis, leurs Ange aux cieux se tiennent constamment en présence de mon Père qui est aux
Cieux (Mt 18, 10). L’on peut en déduire que, malgré ses misères et parce qu’il est le fils de Dieu,  l’homme est grand. Grande st la dignité des âmes, remarque saint Jérôme, si chacune d’elles dès sa naissance, dispose d’un Ange, préposé à sa garde » 1.
 « Auprès de chaque homme se trouve toujours un Ange du Seigneur qui l’éclaire, le garde et le protège de tout mal », dit Origène 2. Saint Thomas, à son tour dira : « La garde angélique est en quelque sorte ub élargissement et une concrétisation de la providence divine. Or, puisque à celle-ci, aucune créature n’y peut échapper, toutes sont donc placée sous la protection des Anges » 3 .
 Nous en viendrons maintenant à des exemples et à des témoignages d’hagiographies, qui nous fournirons l’occasion d’approfondissements et de réflexions fort utiles.

1 Comm.  in Matth. C. XVIII, 10.
2. Homil. In Num., n 3.
3 Somme Théologique, P.I., q. 113,  a.  4       (69)

fin X

XI
« BIENHEUREUX LES CŒURS PURS »
 

Autour de l’an 70 après Jésus-Christ, vivait à Smyrne une pieuse et noble matrone du nom de Callista. Elle eut un jour l’apparition d’un Ange du Seigneur qui l’exhorta à se rendre en un certain endroit de la ville, où elle aurait trouvé un enfant d’esclave, tenu par deux personnes : « Rachète-le, lui dit l’envoyé de Dieu, tu le garderas auprès de toi et tu auras soin de l’instruire dans la foi du Christ ».
 La matrone fit comme il lui avait été ordonné. De retour chez elle, le petit ne la déçut point. Il grandit en piété, bonté et charité. Alors qu’il était jeune garçon, elle du s’absenter de Smyrne, et lui confia la garde de la maison. Le garçon profita de son transitoire mandat pour porter secours aux pauvres, mais avec une prodigalité telle qu’en peu de temps il épuisa toutes les provisions dont la maison abondait. Les serviteurs, à qui cet élan de charité avait paru excessif, en informèrent la matronne, dès son retour. Aussitôt celle-ci se rendit auprès du jeune homme. Elle s’enquit de savoir si ces accusations étaient vraies. Pour toute réponse, le garçon se hâta vers le garde manger. La matrone l’y rejoint aussitôt : les vases regorgeaient de vin et d’huile, les sacs débordaient de grains, comme si les provisions n’avaient jamais été touchées. Que s’était-il donc passé ? Dès qu’il était entré dans le garde-manger qui était vide, le jeune homme était tombé à genoux et s’était mis à prier avec ferveur : « O Père céleste, toi qui a rempli de farine le vase, et d’huile le  pichet de la veuve de Sarepta (1 R 17), renouvelle par ton Ange le prodige d’alors ».  Sa foi et sa ferveur à l’égard des pauvres avaient été récompensées. « Voila, ajouta le jeune homme à l’intention de Callista, que par l’entremise de mon Ange, le Seigneur te restitue toute chose, pour que tu puisse de nouveau en donner aux malheureux ».      (70)

Le jeune homme s’appelait Polycarpe et devint l’un des disciples préférés de l’évangéliste saint Jean, qui le consacra évêque de Smyrne. Homme dévot et actif, d’une pureté de conduite et d’une charité telle qu’il trouva un rapport sensible avec les Esprits angéliques, et termina son existence par un martyre des plus édifiants. L’on raconte, à son sujet, un autre épisode d’intervention angélique à la fois mouvementé et impressionnant.
 Dès sa nomination d’évêque, Polycarpe se mit en route vers le siège épiscopal de Smyrne. Il était accompagné par un jeune du nom de Camério. En route, surpris par la nuit, ils durent faire halte dans une auberge. Peu avant minuit, alors que tous deux dormaient, Polycarpe fut réveillé par une voix qui lui enjoigna: « Fuis de cette maison, car elle va bientôt s’écrouler ! ». Le saint sauta aussitôt du lit apeuré, et courut vers son compagnon. Camério, écrasé de sommeil et de fatigue, ne pris pas au sérieux l’appel alarmé de l’évêque, il tergiversait, bien décidé à ne pas quitter son lit. Pourquoi s’affoler ? Pensait-il. Habitué qu’était Polycarpe à passer des nuits blanches, pas simple envie de rester en méditation sur les personnes divines, voilà que maintenant ce dernier voulait aussi empêcher les autres de dormir ! Saisi par le doute que, peut-être, les voix entendues précédemment étaient une illusion, le saint évêque voulut reprendre le chemin de sa chambre. Mais voilà que la voix se refit entendre. Il fallait quitter l’hôtel sans plus tarder. « L’auberge va s’écrouler ! » s’écria Polycarpe, se précipitant à nouveau chez Camério.  « J’ai pleinement confiance en Dieu, répliqua très calme le jeune homme, et je suis sur que la maison ne s’effondrera pas tant qu’à l’intérieur il y aura Polycarpe ».  « Certes, rétorqua l’évêque avec un peu d’hésitation, le Seigneur nous veut indemnes, et c’est pourquoi il envoie son Ange ». A ce moment l’Ange se rendit visible à tous deux et les exhorta une dernière fois à fuir. Cette fois Camério ne se fit pas prier et fut plus rapide que l’évêque pour quitter l’hôtel. Dès qu’ils furent dehors, un énorme fracas s’éleva dans leur dos. Ils se retournèrent, effrayés, pour voir ce que c’était : l’hôtel n’était plus qu’un amas de ruines encore fumantes 1.

1 Pionius et Bolland. (26 janvier).        (71)
 

 Lorsque le Seigneur désire récompenser une créature qui le sert fidèlement et qui, dans un détachement parfait de ce monde et par un amour débordant envers Lui et le prochain, s’est rendu semblable aux Anges du paradis, il ne faut pas s’étonner qu’Il lui accorde justement le privilège de voir les Anges, de goûter leur présence de façon sensible, et de bénéficier de leur secours. L’on connaît la fameuse aventure de sainte Cécile, vierge de Rome. Obligée de prendre en mariage le noble Valérien, elle conserva la pureté que le <seigneur lui avait donnée et conquit son époux à la foi, grâce à l’Ange qu’elle montra à ses yeux. Sainte Françoise Romaine vécut constamment dans une familière intimité avec son Ange protecteur. L’Ange était rayonnant et éclairait sa chambre d’une lumière telle que, le soir, elle pouvait lire l’office et vaquer aux soins de ménage.
 Françoise avait perdu un fils, un enfant pieux et de bon caractère qui s’appelait Evangéliste. Un an après sa mort, celui-ci lui apparut, portant les mêmes vêtements que de son vivant, mais incomparablement plus beau. A ses côtés se tenait un jeune, encore plus beau que lui. Françoise en fut tout d’abord effrayée, mais dès que son fils s’approcha d’elle, plein d’égard, pour la saluer, elle se sentit envahie d’une grande joie. Elle questionna son fils sur la place qu’il occupait au ciel et lui demanda s’il pensait à elle. Il répondit : « Au ciel, notre unique occupation est de contempler l’abîme infini de la bonté divine et de chanter les louanges de la majesté divine dans une immense joie et un tendre amour. Pour ma part, ma place est dans le deuxième chœur, aux côtés de ce jeune que tu vois ici, beaucoup plus beau que moi, parce que plus élevé dans la gloire. Le Seigneur te l’envoie pour être ton fidèle compagnon et consolateur au cours de ton pèlerinage terrestre. Tu le verras donc jour et nuit. Quant à moi, je suis venu chercher ma sœur Agnès, afin qu’elle vienne goûter avec moi les joies du ciel ».
 Agnès, qui avait cinq ans, tomba malade, et mourut quelques jours plus tard. Mais dans la souffrance de ce nouveau deuil, sa mère fut réconfortée par la continuelle présence de l’Ange. Elle le voyait toujours à sa droite : lorsqu’elle se trouvait dans sa chambre, qu’elle s’attardait à l’église, qu’elle parcourait les rues du village, qu’elle causait avec quelqu’un. Si une personne commettait une faute, Françoise voyait l’Ange se cacher le visage dans ses        (72)

 mains. Il rayonnait d’une splendeur telle qu’elle ne parvenait pas à le regarde fixement, excepté en trois occasions : lorsqu’elle priait, qu’elle était tentée par des esprits impurs et que, au cours d’une conversation avec son confesseur le Père Mattiotti, la discutions portait sur le céleste protecteur.
 D’après ses dires, cet Ange, esprit supérieur du deuxième chœur angélique, n’était pas son gardien habituel. Le Père Mattiotti, pour lui permettre de le regarder sans en être éblouie, faisait exprès d’orienter la conversation à son sujet. Alors l’Ange perdait aussitôt de sa splendeur et Françoise en profitait pour l’admirer avec beaucoup de tendresse. Obéissant à son confesseur, elle s’enhardissait jusqu’à poser sa main sur la tête de son compagnon céleste, ce qui produisait l’effet extraordinaire d’éclairer son propre visage, à la grande joie et satisfaction dd Père Mattiotti 2.
 Tous ces «  fioretti » à propos des Anges gardiens sont surprenants. Ils nous laissent édifiés et convaincus, à cause de la grâce et de l’originalité dont ils sont imprégnés et que l’imagination des hommes ne saurait égaler. Continuons donc à en donner quelques exemples frappants.
 C’est un Ange qui libéra saint Félix de Nola de la prison et le reconduisit sain et sauf au saint évêque Maxime. Quant à saint Raymond de Peynafort, il était réveillé par son Ange qui l’invitait à la prière. Alors qu’il apportait le réconfort de la charité du Christ dans la maison d’un noble déchu, saint Philippe de Néri tomba soudain dans une fosse. Mais il en fut aussitôt tiré par son propre compagnon céleste 3. Passant de nuit un fleuve à gué, saint Camille de Lellis entendit une voix qui lui criait d’en haut : « Non ! Non ! Ne traverse pas ! ».  Camille s’arrêta. Revenu sur la rive, il se mit à prier, puis il s’endormit entre les buissons. Le jour venu, il rencontra deux Capucins qui lui assurèrent qu s’il tentait de traverser ce gué il serait immanquablement emporté par le courant 4. Au moment d’entrer dans une pièce de la Pinacothèque de Vienne, le jeune Charles des princes Odescalchi se vit barrer le passage par un jeune homme aux traits magnifiques. Celui-ci lui déconseilla d’entrer

2 Bolland. (9 mars) et Görres, La Mistica divina, première version italienne, Naples 1867.
3 Carlo Gasparri,   Il Riformatore di Roma,  S E.I., Turin
4 C.C. Martindales S.J.,   San Camillo, De Lellis, Longanesi & C., Milan    (73)

dans la pièce et, à l’improviste, disparut. Peu après, un gardien de la Pinacothèque apprenait au jeune Charles que la pièce en question exposait des œuvres particulièrement obscènes 5.
 C’est encore un Ange qui réconforte les saints Tryphon et Respicius en Bithynie, torturés par le bourreau. Un Ange aussi à sainte Lydouine, durant a longue et très douloureuse maladie, pour lui redonner courage et l’encourager à la vertu de patience et à un abandon sans limites au vouloir divin. Et nous passerons sous silence sainte Rose de Lima, sainte Jeanne de Lestonnac, sainte Angèle de Mérici, Agnès de Montepulciano, Catherine de Sienne, Dominique de Paradis, Colombe de Rieti Laurence Lorini, Guillaume de Narbonne, Nicolas de Ravenne et tant d’autres saints et saintes.
 Saint Jean Bosco aimait souvent parler avec ses jeunes de l’Ange gardien : « Chers amis, disait-il, soyez bons en sorte de réjouir votre Ange gardien. En tout malheur et souffrance, même spirituelle, recourez à lui avec confiance et lui vous aidera ». Il parlait en expert, car il en avait fait l’expérience. « Abandonnez-vous à votre Ange gardien, disait-il un jour à la femme d’un ambassadeur portugais, et n’ayez aucune crainte pour ce qui pourra vous arriver ».  La dame s’étant peu après mise en voyage, comprit bien vite l’avertissement.  Son carosse en effet, heurtant contre un tas de pierres, se renversa dangereusement et fut traîné par les chevaux sur un long bout de chemin. Pour son bonheur cependant, se souvenant du conseil de Don Bosco, la dame eut aussitôt recours à son Ange gardien et fût miraculeusement sauvée avec sa fille et sa servante qui voyageaient avec elle. De la même façon, un jeune maçon, tombant du quatrième étage d’une maison en construction, se releva de terre indemne, sans une égratignure, alors que plusieurs compagnons de travail étaient morts de la sorte. Au cours

5 Ce jeune homme devint ensuite membre de la Compagnie de Jésus et connut la pourpre cardinalice. Né à Rome le 15 mars 1785, il mourut à Modena en 1850. Le Père Ferretti, dans l’œuvre que nous avons plusieurs fois citée, le décrit comme un homme extrêmement pieux « dont la mémoire est encore vivante, par ses vertu notoires, surtout celles du renoncement aux richesses de sa famille princière, aux honneurs de la pourpre cardinalice, à la dignité de Vicaire du Pape, pour s’enfermer dans un humble cloître », où il acheva sa vie dans la pauvreté et l’oubli.  (74)
 

 de sa chute, effrayante, le jeune homme s’était souvenu du personnage dont parlais si souvent Don Bosco, et s’était mis à crier : « mon Ange, aide-moi ! » 6.
 Et que dire de l’intimité et continuelle familiarité qu’avait sainte Gemma Galgani avec son Ange ? Elle-même était un ange de simplicité et de pureté, brûlant d’un feu insatiable et dévorant pour son Dieu. L’on comprend alors que son intimité avec l’invisible ait vraiment quelque chose d’exceptionnel. A aucun moment de sa vie, peut-on dire, son céleste ami fut absent. Gemma le voyait, lui parlait, priait avec lui, réfléchissait sur Dieu, contemplait les merveilles du ciel. L’Ange lui apparaissait parfois à genoux, d’autres fois libre dans les airs. Son directeur spirituel, Père Germain de St. Stanislas, Passioniste, écrivait : « Combien de fois, me trouvant à lui parler, lorsque je lui demandais si son Ange était encore à ses côtés et montait la garde, Gemma portait son regard, avec une désinvolture charmante, de ce coté-là et, l’admirant, restait extasiée et privée de sens pour tout le temps où elle continuait à le contempler ». L’Ange, comme elle disait, lui faisait toujours le « guet ».  « Le soir, lorsqu’elle se mettait au lit, elle le priait de la bénir sur le front et de veiller à son chevet. Et dès qu’elle obtenait son acquiescement, elle se tournait de l’autre côté pour dormir ». Le lendemain elle s’éveillait avec la joyeuse surprise de le voir encore là, tout près d’elle. « Cette nuit, confiait-elle au Père Germain, lorsque je me suis réveillée, il était toujours près de moi ». Parfois, impatiente de courir à l’église pour la Sainte communion, elle faisait aimablement semblant de se désintéresser de lui, et lui disait : « J’ai beaucoup mieux en tête : je vais trouver Jésus ! » 7.
 Enjointe d’écrire sa confession générale, elle bénéficia de l’aide de cet ami invisible qui, habitué à lui être utile en toute circonstance, ne lésinait pas là non plus à lui rendre service : « Il me rappelle tout et me dicte même certains mots. Cela ne me coûte donc aucun effort » 8. Elle le faisait toujours travailler, son mes-

6. Saint Jean Bosco, Il divoto dell’Angelo Custode, Turin 1845.
7. P. Germano di S. Stanislas, Santa Gemma Galgani Vergine Lucchese, Postulazione dei PP. Passionisti, Rome.
 8. Lettere di Santa Gemma Galgani, Lettre 46e, Postulazione dei PP. Passionisti, Rome              (75)

sager céleste. Elle l’envoyait ça et là, pour telle ou telle commission. Et lorsqu’elle était empêchée de sortir de chez elle, ou qu’il lui manquait un timbre, c’était encore l’Ange qui postait les lettres ou les portaient personnellement à destination.  C’est en forme d’oiseau (et je vois ici les sceptiques faire la grimace) qu’on le vit un jour d’hiver, à Rome, battre les ailes au carreau du Père Germain et déposer sur l’appuis de la fenêtre la lettre qu’il tenait dans son bec. C’était un mot urgent. Le Père Germain se dépêcha d’écrire la réponse qu’il déposa à son tour sur le bord de la fenêtre. L’oiseau prit la lettre dans son bec et s’en revint 9.
 Une autre sainte créature qui bénéficia elle aussi d’une intimité sensible avec les Anges fut Edvige Carboni, à qui nous avons déjà fait allusion. On la surnommait « la rivale de la Vierge de Lucca ». On lit dans son Journal : « Pauvre maman, combien de fois ne m’a-t-elle pas envoyée faire des courses en fin de journée. J’avais peur de marcher seule, dans l’obscurité, surtout dans les rues isolées… Tout à coup je voyais mon Ange gardien me dire : « N’aie pas peur, Je suis là près de toi et te tiens compagnie ». Lorsque j’entrais dans la maison pour acheter du sérac ou du fromage, lui restait dehors. Puis il m’accompagnais à nouveau jusqu’à la porte de chez moi, et disparaissait ». Alitée avec la fièvre, Edvige resta un jour seule dans la maison. La jeune Pauline, qui s’était rendue à l’église pour la communion, trouve à son retour la maison en ordre et le ménage fait. Qui donc était-ce ? « Un enfant est venu, répondit la malade avec une délicieuse simplicité, tout habillé de blanc, et vite vite, a remis toute la maison en ordre » 10 .
 Mais revenons au Père Lamy, dont l’intimité avec les Anges rapporte par le Comte Pr Biver, qui y consacre un chapitre entier. Alors qu’il était un soir l’invité du saint prêtre, le comte s’était à prie mis au lit, raconte-t-il lui-même, qu’il fut surpris d’entendre une conversation animée. Les voix provenaient de la chambre du Père Lamy. Pourtant, quelques instants plus tôt, lorsqu’il lui avait souhaité la bonne nuit, l’hôte n’avait

9 Ib., Lettre12a, Note  1.
10 P. Basile Rosati,  op. cit.         (76)

remarqué personne, en dehors du prêtre, dans cette pièce. Le Père Lamy, raconte Biver, parlait de temps à autre, répondant à un interlocuteur dont la voix était claire, chaude, d’un timbre viril et agréable, qui s’exprimait sans aucun accent, d’un ton autoritaire. J’arrivais à cueillir quelques syllabes, mais je ne parvenais pas à saisir le sens d’un seul des mots qui étaient prononcés. Je n’osais, par discrétion, quitter mon lit pour écouter derrière la porte. Le troisième interlocuteur avait une voix plu effacée, moins agréable mais parfaitement normale. Il parlait avec beaucoup plus de réserve, et ses paroles étaient moins fréquentes et moins autoritaires. Mon hôte parlait à haute voix… Tous s’exprimaient en français, mais une seule voix avait l’accent de cette terre, celle du Père, dont les « a » et certaines syllabes sont un peu traînantes. Sept minutes après environ, la maison retombait dans le plus profond silence de la nuit ». Sous un prétexte quelconque, Biver fait irruption dans la pièce. Le Père Lamy s’y trouve seul, comme il l’avait quitté, à genoux, le visage tourné, à genoux, le visage tourné vers le mur, devant une image de l’enfant Jésus. Le jour venu, le comte fit allusion aux étranges sons de voix qu’il avait entendus la veille au soir et trouva le courage de demander : « Etait-ce les saints Anges? »  Son interlocuteur répondit en souriant : « Peut-être… », puis il avoua : « ils sont pour moi le réconfort de tous les soirs » .  D’après les explications qu’il fournit à son invité, les voix qu’il avait entendues appartenaient à l’Ange Gabriel et à son Ange gardien habituel : « Mais ne racontez pas un mot de tout cela, le supplia-t-il, tant que je n’aurai pas franchi le pont de l’au-delà ».
 Un jour alors qu’il allait être renversé par un cycliste, il est sauvé par l’Archange Gabriel. « Surveillez-le, car il aura besoin de vous » avait dit la Très Sainte Vierge au saint Archange ». Et le Père Lamy de poursuivre : Je quittais Notre-Dame des Bois au coucher du soleil, dont la lumière rasante me gênait. Je marchais courbé et je ne distinguais rien devant moi, puisque déjà je suis à moitié aveugle (Le Père en 1924, avant d’être opéré des yeux). Soudain, j’eus devant moi un cycliste. J’allais être, en un tour de roue, renversé sans faute par terre. Mais voilà que le saint Archange Gabriel attrape la bicyclette par les deux roues et la dépose délicatement sur le côté. Il souleva la bicyclette et l’homme qui était dessus, et les coucha sur l’herbe, au bord de   (77)

la chaussée. Pour un Ange, le poids, ça ne compte pas. Tout est si facile pour eux ! Alors je regarde ce brave homme, qui reste bouche bée, observant l’Ange et moi-même. J’avais une envie folle de rire devant la tête de ce pauvre garçon… Tandis que je m’éloignais, ôtant mon chapeau en présence du saint Archange, je vis un autre cycliste qui arrivait à grande vitesse. Le premier se met alors à crier comme un fou : « Ils sont deux ! Ils sont deux ! ». Mais l’autre n’y comprend rien : « Sans blague », dit-il alors qu’il était à un jet de pierre… La vie du Père Lamy est remplie de  faits de ce genre. Une autre fois, alors qu’il allait être attaqué par des abeilles, il entendit les Anges qui disaient : « Ne le piquez pas ! Ne le piquez pas! Notre Reine ne serait pas contente » 11.
 Naturellement, cette familiarité avec les êtres célestes est loin de nous inciter au doute, à l’ironie, ou de nous surprendre, mais elle nous émeut. Car il est écrit : Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8).

11 Comte Paul Biver, op. cit.         (78)

XI fin

XII Comment apparaissent les Anges
 
 
 
 

 XIII "Ils nous aiment parce que le Christ nous a aimé"
 

 Certains prétendent que les maux qui nous affligent dépendent uniquement des grands changements - politiques, sociaux, idéologique, moraux – qui sont en cours dans le monde et de la méchanceté congénitale à l’homme. Le Diable n’y serait pour rien ! A leur avis, il est impensable qu’à l’époque des voyages dans l’espace il y ait encore des gens qui croient dans « obscur Seigneur des ténèbres ». Selon eux ces gens-là sont un scandale. Ils suscitent l’indignation, le rire et un sourire de suffisance. Pourtant il est imprudent de rire de la sorte, car il pourrait se faire que le Diable soit indécis, et qu’en le niant, l’on devienne pour lui, à notre propre insu, de « précieux imbéciles ». En d’autres termes, il serait vrai de dire avec Beaudelaire : » La plus belle invention du Diable est de faire croire qu’il n’existe pas », ou, avec André Gide : « Alors qu’on ne peut servir Dieu, si l’on ne croit en lui, le Diable, par contre, n’a pas besoin qu’on croit en lui pour le servir, au contraire, on ne le sert jamais aussi bien qu quand on l’ignore».
 Aussi ce n’est pas sans surprise – étant donnée justement l’ »ignorance » dans laquelle ce dialogue est « offert » - que tombe sous mes yeux un article courageux et clairvoyant, qui dès le titre dénonce l’ « ignorance » elle-même : Qui affronte les puissances suprêmes du mal ?, et où l’auteur, partant d’ « un nouveau cri d’alarme » d’Andrei Sakharov, « au prix d’être accusé de vouloir retourner au Moyen Age », n’hésite pas à indiquer la présence du Malin :
 dans « les droits inaliénables de l’homme » partout où ils sont piétinés ;
« dans la destruction de la personnalité humaine par la diffusion d’un climat d’abaissement intellectuel et moral » ;
Dans le « péril général de la naissance de nouveaux conflits de fanatisme nationaliste ou de classe, qui peuvent, au plan politique    (89)

ou militaire, mener au suicide de la famille humaine par la conflagration nucléaire » ;
 dans la corruption : Corruptio optimi, pessima, adage Romain applicable « particulièrement aux mouvements qui, au lieu de combattre du dehors, empoisonnent les sources intérieures du christianisme » ;
 dans les « thèses des chrétiens engagés dans le marxisme » (la « libération en Karl Marx » plutôt qu’ « en Jésus-Christ » ou dans les deux en même temps : l’un vaudrait l’Autre !) rejetées par le Magistère de l’Eglise parce qu’elles représentent : 1. » de fausses réponses aux justes exigences, 2. un faux choix idéologique, 3. le christianisme vidé de son contenu » ;
 enfin dans « l’esprit de division, de négation, de rébellion, introduit dans l’Eglise. Voilà le doigt de Satan » 1 ou, pour le dire avec le Saint-Père Paul VI la « fumée » de l’Enfer.
 En définitive, dit saint Paul rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les Esprits du Mal qui habitent les espaces célestes » (Ep 6,10-12). Et Pierre, d’insister : « Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui, fermes dans la foi » (1 P 5,8-9). Il se trouve en effet partout, aux endroits et dans les circonstances où tu t’y attents le moins, contaminant tout de son influence maléfique, qui - dit le P. Sertillanges – « s’étale comme un gaz délétère que l’on absorbe sans le sentir ». Car il suffit au Diable « de se laisser glisser dans le courant de nos propres inclinations, dans l’attrait des choses qui nous sourient. Il n’a qu’à appuyer sur ce qui cède déjà, empêcher

1 André-Félix Morlion ,o.p, L’Européen – Der Europäer de septembre-octobre 1975, n° 151-152, 118 rue de Turenne, 75003-Paris – Bachstrasse 14-16, Heidelberg.  Le «  cri d’alarme » d’Andrei Sakharov est rapporté en exclusivité dans le même numéro de la revue. Pour ce qui est des collusions des soi-disant catholiques avec le marxisme et du dissentiment au sein de l’Eglise. Les sources auxquelles Morlion puise et s’inspire sont les fameux documents du Saint Siège à cet égard et une émission de Radio Vatican du premier octobre 1975.    (90)

ce qui pousse » 2. « Il sait reconnaître, précise saint Léon le Grand,  celui qu’il doit allumer d’avarice, à qui inculquer le poison de la convoitise, qui prendre par la gourmandise et qui chatouiller de luxure. Pour chacun il étudie les tendances et les centres d’intérêts, découvre les traitements en cours, et trouve le moyen de nuire à l’homme dans son point le plus faible » 3. Saint Augustin précise : « Dans la nourriture il cache l’hameçon de la gourmandise, dans le travail celui de la paresse, dans l’amendement celui du coup de colère, dans le commandement celui de l’orgueil.  Il réveille dans l’âme de mauvaises pensées, il place sur les lèvres de méchantes paroles, pousse les membres à des gestes vilains. Lorsque nous sommes éveillés, il nous pousse au mal, endormis, il nous empeste de rêves abjects… Bref ! Tous les maux qui se commettent dans le monde, dérivent de sa méchanceté » 4. Il y a des toiles, des représentations plastiques, des œuvres de pensée et de littérature, des spectacles, pleins de frivolité, d’impudence effrontée, d’aberration, d’erreurs subtiles auxquelles manquent seulement un contreseing : celui justement de Satan. Où n’interfère-t-il pas ? De quelles occasions ne profites-t-il pas pour mettre en œuvre ses maudits talents ? En parlant des dangers de certains spectacles, le Père Pio fit un jour allusion a une représentation sacrée qu’il avait vue. Il me rappela une scène, anodine, dans laquelle toutefois le « vilain » avait eu l’habileté, presque admirable, d’y mettre du sien. « Qui l’aurait imaginé ? Commenta le Père. Et pourtant, aussi discrète qu’elle soit, il y a là sa trace ».
 Ici, à San Giovanni, Rotondo seulement dans le bourg  qui s’est créé autour du couvent, sous la poussée de gens venus de l’extérieur et désireux de vivre auprès du Père Pio, il y a peut-être davantage de démons que n’en contient une ville entière. Et cela s’explique. Un pirate, dit saint Jean Chrysostome, ne s’intéresse pas aux bateaux vides, mais aux navires lourds de trésors (aussi avons-nous raison de parler de l’actuelle fureur destructrice contre la barque de Pierre et le « trésor » du dépôt de la foi) !

2 A.D. Sertillange, Catechismo degli increduli, S.E.I., Turin.
3 Serm. VII in Natal. Dom Cf.. I Tesori di Cornelio a Lapide op. cit. T.I.
4 Serm. Ib.          (91)

A vouloir dire l’effort déployé par le Diable et ses sicaires, pour semer la zizanie dans ce bout de paradis (et la situation est loin d’avoir changé après le « départ » du Père Pio), parmi ces braves gens occupés à prier et à faire le bien ; à vouloir faire l’inventaire des trouvailles auxquelles recourent les fils des ténèbres pour y fomenter la discorde et désacraliser ce lieu, un livre entier n’y suffirait pas. Il suffira de noter, à ce propos, que l’on est souvent tenté de s’échapper du bourg, comme d’un lieu de supplice. Pour ma part je ne sais dans quel coin du globe je vivrais actuellement avec ma famille, si le Père Pio ne m’avait empêché de fuir ce coin de paradis » (que mes amis ne cessent de m’envier) par ces simples mots: « Tu veux donc donner raison au Diable ! ». Il ne plaisantait pas, le Père avec le triste Seigneur des ténèbres ». « Préparez-vous à combattre, avait-il averti des sœurs qui se préparaient à s’installer là-haut, ici se tiens l’état-major du Diable ». « Ce lieu, déclara –t-il, est un lieu de rédemption » Mais comme il l’a montré, il n’y a pas de rédemption ». Mais comme il l’a montré, il n’y a pas de rédemption sans la croix : « Ici, même l’air qu’on respire se paie ! », disait-il.
 Les Esprits du Mal, donc existent, il ne faut pas l’oublier, si l’on veut échapper à leurs pièges. Pour les déjouer, nous avons pour nous l’Ange, qui comme le disait déjà Chateaubriand, s’est exilé spontanément sur terre par amour pour nous. Le Seigneur l’a mis à notre disposition, pour qu’il nous conduise à la Jérusalem céleste. Et ce qu’il à Moïse vaut pour chacun de nous : « Je m’en vais envoyer un Ange devant toi,pour qu’il veille sur toi au cours de ton voyage, et te fasse parvenir au lieu que j’ai fixé. Révère-le et écoute sa voix. Ne lui sois point rebelle. Il ne pardonnerait pas, alors, vos transgressions, car il a en lui mon Nom. Si tu lui obéis fidèlement, et si tu fais bien tout ce que je dis, je serai l’ennemi de tes ennemis et l’adversaire de tes adversaires. Mon Ange te précèdera et te mènera… » au Paradis (Ex 23, 20-23).
 Aux côtés de l’homme se tiennent deux Anges : celui de justice et celui d’iniquité.
Le premier est doux et réservé, paisible et joyeux. Lorsqu’il s’approche de ton cœur, il te parle toujours de justice, de charité, de tempérance et de toutes les belles et bonnes vertus. Dès que tu te sentiras animé de ces sentiments, sois    (92)

sûr que le bon Ange est avec toi » 5.  Mais à peine auras-tu une sensation contraire de mélancolie, de découragement, d’ennui, de rancune, de méchanceté, une pensée ou un geste contraire à la pureté et à la charité, la plus légère antipathie envers les saints sacrements, la prière ou l’accomplissement de n’importe quelle sorte d’œuvre bonne et méritante, alors ne doute plus que l’Ange d’iniquité est tout proche. Il te suffit, dans ce cas là, de te souvenir du bon Ange, de l’appeler, et de répéter avec lui – ce qui lui fera grand plaisir – «Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi ! ».
 Créé libre par Dieu, l’homme doit mériter la récompense éternelle par sa bonne volonté. L’Ange donc, ne peut rien sur lui, si ce n’est d’encourager sa volonté au bien. Placé entre un Ange bon et mauvais, il dépend de l’homme de faire triompher l’un sur l’autre, comme le dit saint Grégoire de Nysse dans sa Vie de Moïse. L’Ange gardien n’intervient de sa propre initiative que lorsque l’Esprit du Mal sort des limites que lui a fixées la justice divine. Si nous voulons donc, que l’Ange de lumière soit toujours de notre côté, il est urgent non seulement d’écouter sa voix, c'est-à-dire ses  recommandations et ses conseils, ses éclaircissements et ses inspirations – dont il ne nous fait jamais manquer – mais encore de solliciter son aide. De quelle manière ?  Par la prière ! Toute la vie et les paroles de Jésus sont une longue mise au net de (l’improrogable ???) nécessité qu’à l’homme d’implorer l’aide divine. Lui-même priait sans cesse, et encourageait à faire de même : Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira… Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 7, 7-8 ; 26, 41). La prière est le souffle de l’âme. Elle conserve et consolide la grâce, qui est la vie de l’âme. « Elle est la citadelle des âmes pieuses, le délice du bon Ange, le supplice du Diable » 6. Elle est une armure qui, comme les sacrements de la pénitence et de l’eucharistie, nous immunise contre tous les assauts. Contre elle s’émousse tous les dards du Malin.

5. Erma, Il pastore, Ed. Paoline, Rome.
6.Saint Augustin, Ad Prob. Cf. I Tesori di Cornelio a Lapide, op. cit., T.I.  (93)

 L’homme qui prie est invulnérable. Quand l’homme est en prière, le bon Ange s’interpose entre lui et les esprits du mal et les repousse. Ceux-ci ne peuvent rien contre le bon Ange, quand bien même serait-il du dernier ordre de la hiérarchie angélique : « Même un Ange, inférieur par nature, peut avoir autorité sur des démons qui sont naturellement supérieurs. La puissance de la justice divine, à laquelle les Anges bons adhèrent, est en effet toujours supérieure à la puissance naturelle des anges. Par ailleurs, même parmi les hommes, prévaut cette loi. En effet, selon le mot de saint Paul (1 Co 2, 15 ) «  L’homme spirituel au contraire juge de tout et ne relève lui-même du jugement de personne » 7 .
 L’aide divine, sollicitée par la prière, nous est accordée par l’intermédiaire des Anges. « L’homme ne peut s’élever à aucun mérite sans l’aide divine, qui lui est fournie au moyen des Anges ». Ceux-ci coopèrent dans toutes nos bonnes œuvres » 8.
 Le bon Ange ne te quitte jamais Il est partout et toujours avec toi, quel que soit le lieu où tu t’arrêtes où séjourne, que tu sois éveillé ou endormi, seul ou en compagnie, heureux ou malheureux, que tu voyages en train ou en avion, que tu franchisses le seuil d’un restaurant, d’un bar ou d’un musée, que tu déambules dans les rues bondées et bruyantes de la ville ou sur les chemins déserts et herbeux de la campagne. Il te suit partout, mieux que l’ombre qui cesse de te suivre lorsque le soir tombe, mieux que la pensée de tout ceux qui t’aiment sur cette terre. Il est prêt à tout moment à dévier tes pas des chemins qui conduisent au mal, à t’éviter des rencontres désagréables, à t’avertir de tout danger pour ton âme ou pour ton corps. Toujours sur le qui-vive, il est prêt, dès qu’il te voit préoccupé, abattu, éprouvé par le malheur, à répandre dans ton cœur sa sérénité et sa paix, à susciter tes confidences et ton abandon dans le Seigneur, à réveiller ta confiance dans la maternelle bonté de Marie. Il est disposé- à condition que tu sois gentil, que tu regrettes tes erreurs, que tu désires te réconcilier avec le Seigneur – à te rendre la main, à te préparer des rencontres providentielles, à te suggérer des initiatives qui te

 7 La somme Théologique, p. 1, q. 109, a. 2.
 8 Ib., p. q. 114  ,a. .3.        (94)

soient favorables, à te secourir par des idées et des aspirations inattendues.
L’on se plaint de solitude car l’on ne croit pas suffisamment que Dieu est toujours avec nous, qu’il est avec nous par l’entremise de ses Anges. Nous ne tenons pas suffisamment compte en effet de cette affirmation du Seigneur : « Car je vous le dis
Leurs Anges aux cieux… ». Ce sentiment d’abandon et de solitude, éprouvé de la sorte au milieu de la société, dans les villes bruyantes et corrompues, ou bien isolé, en  mer ou au milieu des dunes du désert, dans le vide et le silence d’une chambre, est seulement pour ceux qui nient ou ignorent le regard vigilant de Dieu au-dessus de nous et la présence, de l’aube au crépuscule de notre vie, d’une créature du ciel, d’un compagnon fidèle et invisible.
 Même quand tu le repousses et que, malgré ses cris dans ta conscience, tu écoutes les flatteries du mal, l’Ange de Dieu ne t’abandonne pas. C‘est même alors qu’il redouble de soins, avec l’émotion d’un véritable frère. Ne pouvant te libérer des griffes du démon, il tente d’autres voies pour venir à ton aide : la prière, par exemple, et la souffrance réparatrice d’autrui, ou bien l’épreuve. Durant une apparition, où Jésus parlait à sainte Marguerite de Cortone de la miséricorde de son cœur envers les pécheurs, il dit : « J’envoie aussi mes Anges leur porter secours. Par ces essais répétés ils les poussent à abandonner le péché et à le détester ». Les Esprits purs resteraient donc aux côtés d’impurs pécheurs ? Et Jésus balaya les doutes de la sainte par une réponse affirmative 9.
«Souviens-toi, dit le Père Pio, que Dieu est en nous lorsque nous vivons dans sa grâce, qu’il est hors de nous quand nous sommes dans le péché. Mais son Ange ne nous abandonne jamais. Il est l’Ami le plus franc et le plus fidèle, même lorsque nous avons le tort de l’attrister par notre mauvais comportement ».
Ces émouvantes paroles, traduites textuellement, m’ont été dites par le Père un après midi, à la conclusion d’une de mes habituelles rencontres avec lui, dans le confessionnal, à une époque où l’Ami céleste commençait à être l’objet permanent de

9 Fra Bevegnante et Boll. Cf.  P.A.  Ferretti,  op.  cit.   (95)
 

mes pensées, en raison de certains faits et expériences que je relaterai au moment opportun. « Si chacun connaissait, ajoutait le Père, l’amertume de l’Ange, lorsqu’il nous voit en proie à son ennemi ! ». Et il se mit à me parler de l’Ange gardien sans que je l’eusse nullement orienté dans ce sens, me faisant clairement entrevoir  qu’il était au courant de me secrètes recherches de plumes, de livres et de témoignages, que je recueillais à propos de son intimité avec les Esprits célestes, et de mon intention d’en faire un livre. Tandis qu’il parlait, le visage du Père exprimait un mélange de tendresse et de regret, et sa voix était tremblante. Je restai très surpris de ce discours inattendu et des détails qu’il révélait à propos de l’exquise délicatesse, la profonde humilité, la bonté, l’amour que les Anges ont à notre égard.
 L’Ange gardien nous aime, comme peut aimer une créature céleste, qui brûle de charité divine et qui, image plus ressemblante de Dieu, est plus près de Lui dans son essence première ; l’Amour. Il nous aime d’un ardent amour pur, désintéressé. Son intérêt pour l’homme ne repose sur aucune ambition, excepté celle de nous voir pour toujours heureux avec lui et comme lui. Il nous aime parce que Dieu nous aime. « Amant nos Angeli quia nos  Christus amavit », dit saint Bernard 10. En effet, sortis, nous aussi des mains de leur propre créateur, nous leur sommes frères, et l’Ange gardien nous sait faibles et désarmés, destinés à combler le vide laissé par les Anges prévaricateurs. De plus, étant au dernier degré de l’échelle angélique, l’Ange gardien vit en relation étroite avec l’homme et, comme l’affirme plus d’un docteur de l’Eglise, a une certaine ressemblance avec lui. Il y a, entre l’homme et l’Ange gardien une affinité qui les rapproche l’un de l’autre et favorise leurs rapports. Certains vont même jusqu’à dire : « Je crois que cet Esprit très pur doit avoir le même tempérament que l’âme qui lui a été confiée, et sans doute aussi ses même louables inclinations »11. Serait-ce une âme sœur ? Il semblerait. De toute manière, il est certain que les soins, la sollicitude, l’amour de cet être céleste, surpassent ceux

 10 « Les Anges nous aiment parce que Christ nous aima » : saint Bernard, Serm. I, de  S. Mich.
 11 C. Sauvé,  Gli  Angeli. Cf. Arrighini, op. cit.     (96)

De la plus douce des mères. Qui, demande un auteur pieux, a davantage soin de nous, après Dieu et la Vierge ?
 « Nos  Anges gardiens, nous ne les prions pas suffisamment.  Nous ne donnons pas aux Anges l’importance qu’ils ont ; nous ne les prions pas assez ! Les Anges sont très touchés quand nous les prions. Que fait on-nous pour eux ?... Leur miséricorde est bien grande à notre égard, et, souvent, nous ne l’utilisons pas assez.. Ils nous regardent comme de petits frères indigents ; leur bonté à notre égard est extrême » 12. Voilà ce qu’en dit le  Père Lamy, que d’après ce qu’on m’a dit, le Père Pio n’estimait pas moins que Jacques Maritain.

12   Comte Paul Biver, op. cit.
 

XIV Nous pouvons les rendre heureux

L’émotion et la joie qu’éprouvent deux époux en particulier lorsque la naissance  de leur premier-né vient couronner leur amour, sont des sentiments qu’il n’est pas facile de décrire, et que ne peuvent saisir vraiment que ceux qui les ont éprouvés. Même la psychologie n’est pas en mesure d’en rendre compte complètement. C’est là un mystère non moins impénétrable que la force irrésistible qui pousse impérieusement deux être à unir leur destin pour engendrer de nouvelles créatures. La joie que procure la naissance d’un « héritier », autant que l’amour qui lui a donné la vie, est un mystère profond que nous ne pouvons nous expliquer à nous-mêmes, sinon en considérant ce « joyeux événement » dans sa toute simple et plus haute signification : comme la réalisation de l’amour rayonnant et créateur de Dieu – dont le couple humain est un instrument coopérant – comme un très grand miracle, puisque un nouvel être humain est né de rien. Un nouvel être qui n’est pas simplement « le plus noble des animaux vivants », mais une créature immortelle, synthèse de la création visible et invisible, image de Dieu, « légèrement inférieur aux Anges » (Ps 8, 6) 1, héritier de la Vie, pour qui Dieu s’est fait homme, est mort et ressuscité, a qui Il a donné pour  mère Sa propre Mère et un Ange comme protecteur :  « Il a pour toi donné ordre à ses Anges de te garder en toutes tes voies » (Ps 91, 11).
 Tout cela, les époux – parce que créatures déchues, prisonnières de leurs propres corps, de surcroît occupées et distraites

 1 La traduction de la Bible de Jérusalem, que nous prenons toujours pour référence, dit exactement : «  A peine le fis-tu moindre qu’un dieu ». Nous avons, dans ce cas, traduit littéralement de l’italien, afin de rendre plus évidente la pensée de l’auteur (N.d.T.).        (98)

Par les données sensibles et le poids de l’existence (saint Thomas) - , même s’ils ne l’ignorent pas, ne sont pas en mesure de l’apprécier pleinement, et du moins pas autant que les Anges, dont l’intelligence est de loin supérieure à celle des hommes. Et nous pensons que la naissance d’un nouvel être humain, surtout si cet être lui est confié, remplit son Ange gardien de joie, plus que les parents eux-mêmes, tout au moins jusqu’à tant que, libéré des liens du corps et des occupations de la vie terrestre, ils pourront à leur tour apprécier la grandeur de l’événement en soi et le rôle inestimable de coopérants de Dieu, qu’ils ont joué dans l’avènement de cette naissance.
 Pour tout nouvel être humain qui ouvre les yeux à la vie, un autre être descend du Ciel et se met à ses côtés, pour l’assister et le protéger de tout mal. Dans chaque famille, il y a autant d’Anges présents que de membres en son sein.. Nous pensons que les Anges sont particulièrement à leur aise dans les familles où les époux, pleinement responsables, généreux, conscients du prix de la vie, confiants en la providence divine, appliquent à l’égard des enfants l’enseignement et les conseils de l’Eglise. L’on sait cependant combien le problème du nombre des enfants a pu devenir aujourd’hui particulièrement complexe et épineux, surtout par ses implications démographiques, morales, sociales et même écologiques. A l’improviste l’on s’est rendu compte que l’on vivait sur une planète où l’on ne peut se multiplier indéfiniment, dont l’espace n’est pas extensible, ni les ressources inépuisables. Il semblerait donc nécessaire de freiner le rythme des naissances. En vérité le problème ne se pose pas. Il ne se pose pas dans les termes dramatiques utilisés par les prophètes de l’ « explosion démographique ». Plutôt que d’un problème de limitation des naissances, il est  davantage question de bonne volonté, de justice, de solidarité entre les peuples et d’une politique répondant aux nouvelles exigences du monde. Mais ce sont là des idées qui ont du mal à se faire entendre.
 L’humanité est encore loin d’avoir rempli le globe jusqu’à saturation, et cela a d’ailleurs été reconnu à la Conférence Mondiale sur la population à Bucarest. C’est un bien et une providence que l’humanité grandisse. La pression démographique, conjuguée avec la diffusion des moyens de communication et la prise de   (99)

conscience par l’homme d’un droit à une vie conforme à sa dignité, instaure le rapprochement et l’union des peuples, pousse les hommes à se rencontrer, renversant les incompréhensions et les égoïsmes, qui les divisent, et les invite à se reconnaître fils d’un même Père céleste. Et ce ne sera pas le nombre qui pourra faire éclater la bombe démographique, mais plutôt l’égoïsme et l’hédonisme, cet outrageant refus de Dieu et de ses lois qui sont indispensables pour notre vie, l’incrédulité envers  Sa providence et notre surdité aux recommandations du Christ de ne point imiter les païens dans leur plainte « Que mangerons-nous, que boirons-nous,  avec quoi nous habillerons-nous (Mt. 6, 31)..
 Nous ne pouvons pas nous attarder ici dans un discours qui nous porterait très loin. Les époux chrétiens savent quelle conduite tenir pour ce qui est du nombre des enfants. Ils ont à leur disposition les conseils et les enseignements de leur mère l’Eglise, ils ont l’encyclique Humanae Vitae, « inspirée de l’Esprit Saint » - a dit le Père Pio -, les paroles du Saint-Père et la promesse que leur a faite le Seigneur que la providence de notre Père qui est aux Cieux ne manquera jamais. De plus ils ne doutent pas de la protection de leurs Anges.
 Quant aux Anges, pour en revenir à note discours, ils éprouvent la joie que suscite le miracle du nouvel être humain qui vient au monde. Ils exultant lorsque, à travers le baptême, ce petit vient à faire partie des sauvés. Il en fut ainsi de saint Cyrille et de saint Grégoire de Naziance 2.
 Si nous avions l’œil pur comme les saints, en participant au rite du baptême, nous verrions aussitôt les Anges, ceux du  prêtre, ceux de chacun des hommes et femmes présents, briller tout à coup d’une plus grande lumière au moment où le Ministre de Dieu verse sur la tête de l’enfant l’eau du salut.
 Outre les béatitudes dont ils jouissent déjà, ils goûtent aussi les joies qui se présentent lors d’occasions semblables. . Une joie « accidentelle » qui s’ajoute au bonheur essentiel qu’est la vision de Dieu 3 .

2 Cf. Erik Peterson,  op.  cit.
3 Somme Théologique, p. I, q. 62, a. 3.      (100)

Lorsqu’ils participent aux élections du successeur de Pierre ou d’un évêque,  à l’ordination d’un prêtre, à la consécration de vierges, lorsque quelqu’un est confirmé dans la foi à travers le sacrement de la confirmation, que ce célèbre un mariage, qu’une personne s’approche du confessionnal ou de la table sainte, lorsque nous prions, que nous adorons le Seigneur, que nous honorons la Vierge et les saints, que nous portons secours à un frère dans le besoin, que nous pardonnons une offense, par amour pour Dieu, que nous accomplissons n’importe quelle ouvre bonne et méritante, dans toutes ces occasions, les saints Anges se réjouissent.
 « Vous saurez donc – dit l’Archange Gabriel – que lorsque vous étiez en prière, toi et Sarah, c’était moi qui présentais vos suppliques devant la gloire du Seigneur et qui les lisait.  Et de même lorsque tu enterrais les morts » (Tb 12, 12).
 Il ne fait aucun doute que Gabriel présentait les prières et les bonnes œuvres de son protégé avec la sollicitude, le plaisir et aussi la joie propres à un être comme lui,  dont l charité désire que la Divinité soit reconnue, honorée, aimée. Les saints, là aussi nous le confirment. Sainte Mathilde vit douze Esprits angéliques, assister sa sœur mourante Gertrude, abbesse d’Hakeborn 4 : « Les Anges reportaient sans cesse au Seigneur tout ce qui se passait autour d’elle, autant les vertus qu’elle pratiquait que les services qui lui étaient rendus par les sœurs qui l’assistaient.. A ses pieds trois Anges soutenait sa patience… à sa gauche trois Archanges lui inspiraient une volonté bonne, des intentions pieuses, des désirs saints. A sa droite, trois Anges du Chœur des Dominations accueillait l’honneur, le respect, la charité que les sœurs témoignaient à la malade et ils portaient tout cela avec joie devant la présence du Roi Suprême » 5.
 « Si nous avions la chance – dit saint Bernard -  de voir tomber le voile qui couvre nos yeux, nous verrions avec quelle précaution et quel soin les Anges se tiennent parmi ceux qui prient, à coté de ceux qui méditent… les saints Anges ont l’habitude

  4  Il ne faut pas la confondre avec sainte Gertrude la Grande disciple de sainte Mathilde.
      Cf. Le rivelazioni di Santa Metilde, p. 471, Note 1, avec préface de S. Em. Le Cardinal Schuster Archevêque de Milan, (Typographie épiscopale de l’Addolorata. Varese).
  5 Ib.  Ch. XXII, § II         (101)
 

d’assister à nos oraisons et de se réjouir en nous voyant occupés de la sorte. En outre ils ajoutent leurs propres prières et les élèvent comme un parfum agréable d’encens vers le ciel » 6.
 Saint Isidore l’Agriculteur, d’après un récit des Pères Bollandistes (5 mai), cultivait les terres d’un certain Jean Vergas de Madrid. Tous les matins, avant de se rendre au travail, il avait l’habitude d’aller à l’église pour assister à la Messe et pour prier. Cette habitude pieuse qu’il avait ne plaisait pas à certains de ses compagnons qui en firent part au propriétaire, accusant Isidore de déserter le travail des champs. Un matin Jean Vergas se rendit aux champs où l’accusé aurait dû se trouver. Isidore était là à sa place, mais il n’était pas seul, car avec lui il y avait aussi deux autres inconnus qui l’aidaient à travailler la terre, conduisant  chacun une propre charrue. C’étaient deux Anges, sous les apparences de splendides jeunes gens, qui disparurent dès que Vergas voulut s’approcher du groupe. Très impressionné, le propriétaire comprit bien vite la sainteté d’Isidore et constata combien ses pieuses habitudes de croyant étaient appréciées par les Esprits très purs.
 En marchant dans les rues de Rome, saint Philippe Neri vit un jour un pauvre s’avancer vers lui pour lui demander l’aumône. Le saint, dont la piété envers les indigents est bien connue, était sur le point de donner aussitôt toutes les quelques pièces de monnaie dont il disposait quand l’autre l’arrêta et lui dit en souriant : « Je voulais seulement voir ce que tu étais capable de faire » et il disparut..
 Par la suite le saint confia à deux prêtres, amis intime, que le mendiant en question était son propre Ange gardien qui avait recouru à un tel subterfuge pour lui faire voir la charité envers les pauvres plaisais à Dieu et à ses Anges ?.
 Les saints Anges apprécient tout spécialement l’amour qu’ont leurs protégés envers Jésus Eucharistie et la Sainte Vierge. Nombreux sont les saints qui ont reçus la communion de la main des Anges alors que la maladie ou d’autres empêchements leur rendait

6 Homil. III, Missus est.
7 Gallonio, Vita di San Filippo, Cf. P.A. Ferretti, op. cit.     (102)

impossible de célébrer ou de recevoir l’hostie de la main du prêtre.
 Saint Onuphre reçut souvent la communion dans le désert de la main de l’Ange qui l’avait conduit jusqu’à la grotte où il vécut pendant soixante ans environ dans la prière et dans la pénitence.. On lit dans les Révélations de sainte Mathilde : « Lorsque les vierges approchèrent du banquet du Roi des Cieux, chaque Ange y conduisait celle dont il était le  protecteur ».
 A huit ans, en cédant à un désir intérieur irrésistible, saint Gérard Majella était sur le point d s’approcher, comme les autres fidèles, de la sainte table pour la communion, mais il en fut repoussé par le prêtre. Or la décision par laquelle saint Pie X allait inviter des enfants d’un âge inférieur même à celui de Gérard à participer au banquet eucharistique était sur le point d’arriver. Confus et affligé, le petit Gérard se mit de côté et éclata en sanglots. Mais la nuit suivante, par les mains de l’Archange Saint Michel le Seigneur se donnait à lui dans la petite particule blanche du sacrement Eucharistique. « Hier le prêtre n’a pas voulu me donner la communion – confiait Gérard innocemment à madame Emmanuella Vetronica et à d’autres personnes de la famille – mais cette nuit j’ai reçu la Communion de l’Archange  Saint Michel ». Et lorsque vers la fin de sa vie, on le sommera au nom de l’obéissance de révéler les secrets de son âme, il ne pourra que confirmer le fait. Son histoire raconte « Or l’innocente simplicité d’enfant, aussi spontanée,pourrons nous dire, que la vérité même, alliée à cette sagesse mûre, dans une sainteté qui méconnaît l’ombre même du mensonge, ne fera-t-elle pas tomber toute hésitation, rendant ce récit tout à fait croyable. De plus il faut aussi souligner que Gérard donna toujours une place d’honneur à l’image de l’Archange Saint Michel et que depuis que celui-ci lui avait donné la communion, il montra à son égard une plus grande dévotion » 8.
 Que les Anges par ailleurs se réjouissent en voyant leurs protégés s’approcher de la sainte communion, le Saint Curé d’Ars l’affirme : « Comme il est heureux, l’Ange gardien – s’exclame-t-il

8 Claudio Benedetti, Vita di San Gerardo Maiella, 1928    (103)

- lorsqu’il conduit une âme à la Sainte Table », et il ajoute : « Lorsqu’une âme chrétienne qui a reçu Jésus dans la communion entre au Paradis, elle fait grandir la gloire dans le Ciel.. Les Anges et leur Reine vont à sa rencontre ».  Les Anges exaltent dans le Ciel l’humilité et la primauté qu’a sur toute la création leur Reine dont le sein très pur a permis au Verbe de se faire chair afin de réunir en Lui toutes choses, les êtres célestes et terrestres » (EP 1, 10). Aussi est-ce très volontiers et avec joie qu’ils Lui portent les requêtes et les honneurs que les hommes Lui adressent.
 Au cours d’une fête de la Mère de Dieu, la Grande Gertrude était dans l’église pour l’honorer avec les autres sœurs du Monastère de Jelfta. Durant l’antiphonie Ave decus, le ciel s’ouvrit à elle et elle eut une vision symbolique. « Un trône magnifique porté par les Anges fut déposé au milieu du chœur. La Reine s’assit dessus, très majestueuse, montrant un visage doux et aimable, prête à écouter et répondre aux désirs de la communauté… Un Ange se tenait devant chacune des personnes, portant un rameau frais couvert de feuilles. Ces branches produisaient des fleurs et des fruits très variés selon les personnes devant lesquelles l’Ange se tenait. Lorsque tout fut terminé, les Anges s’envolèrent pour porter dans un air de fête les branches fleuries à la Vierge Marie et se mirent à entourer pleins de respect le trône de la Grande Reine pour augmenter sa joie et sa beauté » 9.
 Saint Raymond Nonnat, mort en 1240, était encore un jeune gaçon lorsque son père, pour l’empêcher de devenir religieux, l’envoya dans une de ses terres pour garder ls moutons. Il en pleura. Assez loin de ses terres se trouvait une église consacrée à saint Nicolas où l’on vénérait une belle image de la Vierge. Raymond  s’y rendait souvent. Il s’attardait longuement devant la Vierge pour Lui demander son aide. Un jour qu’avec une ferveur redoublée il La suppliait, l’image lui parla: « Ne crains rien, Raymond, car je te protégerai. Dans tous tes désirs aie recours avec confiance à ta Mère du Ciel et tu sera exaucé». L’on comprend qu’après ce prodige ce garçon ne pouvait s’empêcher de vouloir s’attarder plus longuement avec sa Mère céleste. Mais comment

 9 L’Araldo del Divino Amore, Rivelazioni di Santa Geltrude, Convento Romite Ambrosiane S. Monte di Varèse.           (104)

faire ?  Le troupeau exigeait sa garde. Ne pouvant résister à l’attrait de cette église, un jour où il était sur le point de s’acheminer vers elle voilà qu’il aperçut un jeune très beau et rayonnant qui était sur le point de s’occuper du troupeau. C’était l’Ange gardien de Raymond. Le pâtre le remercia tout ému, puis il courut vers la Mère  céleste qui l’attendait.
 Cette intervention miraculeuse de l’Ange n’est pas la seule. D’autres fois l’ami céleste lui proposa de conduire le troupeau à sa place jusqu’au jour où – de mêmes que d’autres personnes – son père constata la chose de ses propres yeux. Alors celui-ci cessa d’empêcher la vocation de son fils et accepta qu’il entre dans un ordre religieux qui justement portait le nom de Celle envers qui sa dévotion lui avait valu les faveurs si particulières de son bon Ange gardien 10.
 Parmi les circonstances qui sont une occasion de joie toute particulière pour les Anges il en est une qui nous est indiquée par l’Evangile, celle de la conversion du pécheur. Le Bon Pasteur est heureux et veut que tous se réjouissent avec Lui car Il a retrouvé la brebis perdue ((Lc 15, 5-7).
 Le Père ouvre ses bras à l’enfant prodigue et trouve « très juste » que l’on fête et que l’on se réjouisse « car ce frère était mort et il est retourné à la vie, il était perdu et il a été retrouvé (Lc 15,32). Il dit : « Réjouissez-vous avec moi…C’est ainsi, je vous le dit, qu’il y a de la joie parmi les Anges de Dieu pour un seul pécheur qui se repent  » (Lc 15, 9-10).
Quelle ne sera doc pas la fête de l’Ange gardien de la personne qui avait abandonné le Père et qui maintenant reviens repentie vers Lui. C’est ce qu’affirme saint Paul le Simple, un des disciples préférés du grand saint Antoine dont les vertus de pureté, d’humilité et d’obéissance ont été récompensées par Dieu par le privilège de voir les Anges à côté des personnes qui entraient dans son église. Il arriva un jour qu’un group de frères entra dans l’église, suivi chacun par son Ange gardien sauf un, qui au contraire était escorté par un démon se trémoussant de joie satanique. . Son Ange le suivait à distance et ne rayonnait pas la joie

10 PP. Bollandistes (31 août). L’ordre dans lequel entra S. Raymond était celui de N.D. de la Merci.    (105)

que possédait chacun des autres Anges qui suivaient ces religieux. Devant ce spectacle, le saint éclata en sanglots et éleva des prières et des gémissements vers Dieu. Quelques instants plus tard, ouvrant ses yeux pleins de larmes, Paul fut surpris et son coeur battit de joie. Après s’être arrêtés quelques instants dans l’église, les religieux étaient en train de s’éloigner, chacun escorté de son propre Ange en fête, y compris celui dont le protecteur céleste le suivait quelques instants auparavant à distance l’air affligé. A sa demande, le frère avoua être un pécheur. Mais dans l’église il avait été frappé par quelques versets que récitait le choeur « Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez votre méchanceté de ma vue, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, … quand vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront » (Is 1, 16-18). A ces mots qui étaient une invitation à se repentir et se réconcilier avec Dieu, le pécheur n’avait su résister.      (106)
 
 

XV Ils sont là pour notre sanctification
 
 

« Soyez saints parce que je suis saint » (Lv 11, 14). Le but premier de la protection  angélique est d’aider cette invitation divine, surtout avec les âmes privilégiées, en les assistant dans leur vie spirituelle, en les aidant à progresser dans la sainteté et à parvenir à la perfection. En un mot à les sanctifier, en sorte qu’à leur tour elles sanctifient les autres.
 Les Anges – écrit Grégoire de Nysse dans la Vie de Moïse « sont d’authentiques leviers envoyés en aide à ceux qui doivent recevoir l’héritage du salut en sorte de les élever aux hauteurs de la vertu ».
 Habituellement l’Ange conduit l’âme dans la vie spirituelle à travers sa bienfaisante action invisible, mais le Seigneur accepte parfois qu’il exerce son action de sanctification d’une manière que nous appellerons «  à découvert », c'est-à-dire de façon sensible.
 Il arrivait à sainte Françoise Romaine d’éprouver du dégoût pour les très nombreuses occupations, pour le contact qu’elle était forcée d’avoir avec le monde et qui l’écartait du recueillement et de la solitude à laquelle son esprit aspirait. Et cela l’amenait parfois à tomber dans quelques imperfections. Alors son Ange disparaissait à ses yeux pour réapparaître seulement après qu’elle, en pleurant, ait donné la preuve de s’être repentie at soumise à la volonté divine. « Le Seigneur voulait en effet qe s’émousse en elle ce sentiment d’horreur qu’elle éprouvait à l’égard du commerce des hommes et assouplisse l’amour qui la portait excessivement envers la solitude »1.
 D’autres fois l’Ange se présentait à elle en lui montrant jeunes rameaux de palmier dont il tirait de la soie dorée, qu’il

 1 Görres, op. cit.        (107)

transformait en une quantité de grosses pelotes et cela avec solennité et sans jamais s’arrêter ». Qu’est ce que cela pouvait bien signifier ? Saint Benoît à qui elle était très dévote, le lui dit au cours d’une de ses apparitions : le palmier représentait « la sainte correction », c'est-à-dire le triomphe sur les faiblesses et le respect humain ; l’on représentait l’amour avec lequel Françoise devait traiter ses enfants spirituels ; et le travail incessant de l’Ange voulait indiquer enfin la persévérance dans l’activité et le dévouement avec lequel elle devait se donner au gouvernement et au progrès de la Congrégation des Oblates qu’elle avait fondée 2.
 L’Ange – fait remarquer Görres – était son maître et son guide dans la pratique de toutes les vertus et veillait à ce qu’elle ne se laisse entraîner par un zèle trop indiscret vers les mortifications excessives ou des efforts trop violents vers le bien » 3.
 Au cours d’une de ses fréquentes conversations avec l’Ange gardien, sainte Marguerite de Cortone exprima le désir qu’il lui expliquât quels étaient « les parfaits amis de Dieu ». L’Ange lui présent alors pour la sainteté les caractéristiques suivantes : « Les amis de Dieu sont ceux qui gardent entièrement détaché des choses crées et, unis seulement à Dieu, le désirent de toute la force de leur cœur ». « Quelles sont, - insista la sainte insista la sainte – leurs vertus caractéristiques ? ». « La première – reprit l’Ange – est une humilité profonde à l’imitation et par amour de Celui qui s’humilia jusqu’à la croix. La deuxième c’est une parfaite charité. Ceci. Ceci dit, est ami de dieu celui en qui s’accomplit la divine parole : « Bienheureux les cœurs purs ». Est ami de Dieu celui qui se renonce, qui s’anéantit lui-même par amour pour le Christ, non pas tant par le fer ou sous une autre forme semblable, mais grâce aux mortifications de la volonté propre, une personne donc qui est toujours disposée à supporter par amour pour le Christ n’importe quelle peine jusqu'à la mort même, si cela était nécessaire, pour défendre la foi chrétienne. Il s’anéantit encore lui-même celui qui par pénitence mortifie les sens et ami de Dieu est celui qui a toujours la vérité dans la bouche et dont la vie resplendit par l’honnêteté de sa conduite. Ami de Dieu est encore celui qui par

 2 P.A. Arrighini, op. cit.
 3 Görres, op.  cit.         (108)

amour pour Jésus Christ soulage les autres dans leurs peines prenant pour lui-même leurs souffrances car il désire plutôt souffrir lui-même le manque de nourriture à la place de son prochain ou le manque de vêtements ou l’absence de logis. Enfin est ami de Dieu celui qui s’afflige et s’attriste des mésaventures d’autrui, que se soit de ses amis ou de ses ennemis et qui, sans éprouver aucune pointe d’envie se réjouit dans son cœur de leur propre bonheur ».4.
 Sainte Marguerite-Marie Alacoque confiait : « Je bénéficiais souvent de la présence de mon fidèle gardien et j’étais par lui reprise et corrigée. Un jour où j’avais voulu intervenir auprès d’une de mes parentes pour lui parler de mariage, il me fit comprendre que cela était indigne d’une âme religieuse et il me reprit très sévèrement jusqu’au point de me dire que si je m’étais laissée encore aller à me mêler de telles intrigues il aurait caché son visage à mes yeux ».
 Il ne supporterait pas le plus petit manquement à la modestie ou au respect dû à mon  souverain Patron devant lequel je le voyais prostré jusqu’au sol, m’invitant à faire de même » 5.
 Mais venons en à sainte Gemma Galgani. Le constant voisinage de son Ange gardien fut pour Gemma une école grâce à laquelle elle put parvenir brièvement au plus haut de l’héroïsme et de la charité. Durant les méditations qu’elle avait l’habitude de faire, l’Ange «  lui  administrait  de très fortes lumières et donnait à son cœur de fortes impulsions en sorte que cet exercice lui réussisse parfaitement » 6.
 Voilà, par exemple, une des nombreuses leçons qui lui fut donnée par ce Guide. « Souviens-toi, ma fille, que celui qui aime Jésus parle peu et supporte beaucoup. Je te commande, de la part de Jésus, de ne jamais donner ton avis, sinon lorsque l’on te le demande, et de ne jamais soutenir tes points de vue mais de céder toujours. Lorsque tu as commis quelques manquements, accuse-toi immédiatement, sans attendre d’être sollicité. Enfin, souviens-toi de protéger tes yeux car l’œil mortifié verra les beautés du Ciel »7.

 4 P.A. Ferretti,   op.  cit.
 5. Sainte Marguerite M. Alacoque, Autobiographie.
 6 Germano,  op.cit.
 7 Ib.          (109)
 

 Comme elle avait reçu des objets en or, Gemma voulut un jour, sortant de chez elle, se mettre au cou ces bijoux pour faire plaisir à la personne de sa famille qui lus lui avait donnés. A son retour l’Ange la regarda d’un œil sévère et lui dit : «  Souviens-toi que les précieux atours qui embellissent l’épouse d’un Roi Crucifié ne peuvent être autre que les épines et la croix » .8
 En la conduisant vers la perfection, le Gardien de Gemma en fait de sévérité n’avait rien à envier aux Anges de Françoise Romaine ou de Marguerite-Marie Alacoque L’Ange la réprimandait chaque fois qu’elle tombait par inadvertance dans  un manquement même des plus anodins. Comment as-tu pu commettre des manquements en ma présence ? » lui demanda-t-il, et il la  menaçais encore de la priver de sa présence, chose qu’il fit vraiment car Gemma avait un jour assisté à un spectacle qui pourtant n’avais rien de mauvais. C’était un Ange donc très exigeant qui voulait d’elle une obéissance complète. Gemma aimait par exemple faire l’heure d’adoration. Cette pratique pieuse qui lui permettait de revivre les souffrances de la Passion du Seigneur semblait nuire à sa santé et lui fut donc interdite. Elle obéit à contrecoeur et elle pleura. Alors voilà intervint son Gardien pour la réprimander et profiter de l’occasion pour la faire réfléchir « sur la générosité que Dieu voulait d’elle par ce sacrifice ».
 L’Ange en somme, comme disait le Père Germain, « fut d’une part pour elle un Gardien vigilant et d’autre part un excellent maître de perfection chrétienne. Toute chose était pour lui une occasion de l’instruire, de l’orienter, de la reprendre par des mots pleins de sagesse » 9.
 La vie d’Edwige Carboni nous apprends que son Ange gardien, sous une forme visible, s’entretenait doucement avec elle sur les exigences de l’amour de Dieu. Et ce fut justement parce que l’Ange gardien le lui avait suggéré qu’à 5 ans elle fit le vœu de virginité 10 .
 Un bel exemple du service que l’Ange gardien rend dans la vie spirituelle, nous trouvons dans le Pasteur d’Erma, dans

 8  Ib.
 9  Ib
 10 Basilio Rosati,   op.  cit.       (110)

les douze Préceptes, qui sont un vrai petit traité de doctrine et de sagesse chrétienne..Le Pasteur, qu’est l’Ange d’Erma, recommande avant tout la foi dans l’unité et la perfection de Dieu créateur de toutes choses. «  Avant tout, crois qu’il n’y a qu’un seul Dieu qui a créé et ordonné toute chose et que tout a été tiré par Lui de rien et qu’Il contient tout. Lui qui est le seul à ne pouvoir être contenu » (Premier précepte) ; ensuite aie la bonté et la simplicité « des enfants, qui ignorent la malice qui abîme tant la vie des hommes » et de l’aversion contre la médisance, puisqu’elle « est un mal, un démon volubile qui ne vit jamais tranquille et demeure toujours dans la discorde ».  (Deuxième précepte) : crois également dans l’amour de la vérité et fuis le mensonge, « car le Seigneur est vrai dans toutes ses paroles et en Lui il n’y a pas trace de mensonge ».( Troisième précepte), pratique la chasteté, et en cas de chute, le repentir et la pénitence. (Quatrième précepte) ; pratique la patience, la prudence qui s’oppose à la colère « stupide, légère et folle ». (Cinquième précepte). Dans le sixième précepte le Guide d’Erma fait une distinction entre les Anges bons et les mauvais et présentent les effets qu’ils produisent dans l’âme. Il l’instruit ensuite sur la sainte étreinte de Dieu, sur l’observance de Ses commandements, insistant sur la charité qui doit être pratiquée « en aidant les  veuves, en visitant les orphelins et les mendiants, en venant en aide aux serviteurs de Dieu, les soulageant de leurs peines, en pratiquant l’hospitalité, en ne tenant rigueur à personne, … en vénérant les personnes âgées, en supportant les offenses, en pratiquant la tolérance, oubliant les injures, consolant les affligés, ne montrant aucun mépris pour ceux qui trébuchent dans la foi mais les ramenant sur la bonne voie en les encourageant, reprenant les pécheurs et ne pesant pas sur les débiteurs et les indigents… » (Huitième précepte).
 Les derniers quatre Préceptes sont un rappel et une exhortation à la foi, à la persévérance dans la prière (Neuvième), à la sainte joie chrétienne (Dixième) et à la vigilance contre les erreurs des faux prophètes (Onzième), et les mauvaises conséquences des péchés contre la pureté auxquels on doit remédier par la pratique des vertus chrétiennes, la crainte de Dieu, la confiance en Lui et dans l’aide efficace de son Ange. « Ne craignez pas le diable        (111)

…moi – conclut l’Ange d’Erma – je serai avec vous et je le dominerai ».
 En d’autres termes on dira que notre Ange gardien  accompagne et soutien l’âme au cours des trois étapes de perfection dont parlent les mystiques.
 Il s’agit de la voie purgative, où l’âme décidée à sortir de la médiocrité et de s’acheminer vers la sainteté est purifiée dans le creuset d’épreuves intenses (aridité, doutes et inquiétudes, tentations diaboliques, peines spirituelles, maladies souvent inexplicable, persécutions, incompréhensions…),  des épreuves qui la libère du péché et de toutes inclinations, traces, manques de docilité ou habitudes qui l’empêchent de s’élancer librement vers Dieu.
 La voie illuminative, où l’âme, ayant surmonté les obstacles précédents, s’exerce et se renforce dans la vertu, s’acheminant plus rapidement dans l’amour de Dieu, auquel sont soumis ses facultés spirituelles, son intellect et sa volonté.
 La vie unitive, qui est caractéristique d’une communion intime et nouvelle avec Dieu. L’âme s’exerce à faire en toute chose la volonté de Dieu, elle sent la présence de Dieu en elle s’en réjouit, elle l’aime en Lui-même et pour lui-même d’un amour plus pur et plus désintéressé, qui « devient presque la seule vertu dans laquelle se retrouvent toutes les autres »11.
 Voila en quoi consiste la vie de perfection. Elle est un prélude aux fiançailles et au mariage spirituel dont saint Jean de la Croix dit qu’il s’agit d’ « une transformation totale de l’âme l’aimé, où l’un se donne à l’Autre, et réciproquement, se consument dans une union d’amour où l’âme devient divine, devient Dieu par participation, dans la mesure où la chose est possible en cette vie » 12. C’est comme des chandelles de cire unies si intimement qu’elles forment une flamme seule ». Ou bien comme : « l’zau d’un ruisseau qui se mélange à l’eau de la mer dans laquelle il se jette» 13.
 Avant et au cours de ce fameux mariage advient ce qu’on appelle les blessures d’amour. Elles sont de nature spirituelle, elles

 11  A.M. Lanz,  Lineamenti  di  ascetica  e  mistica,  Vita  e Pensiero,  Milano.
 12  Cantique,  XXII,  op.  cit.
 13  Sainte Thérèse d’Avila, Château Intérieur,  Septième  mansion,  ch.I, op.cit. (112)

blessent l’âme, lui communiquant un amour très ardent envers ieu, en la purifiant. De telles blessures mystérieuses sont caractérisées par une douleur très forte, accompagnée d’un sentiment de plaisir, de joie et de douceur inexprimables. Elles peuvent enfin êtres localisées en certaines parties du corps et se manifester par des blessures ou des plaies authentiques. On a de la sorte des stigmates visibles, qui se distinguent tout d’abord des stigmates invisibles, qui  les ont nécessairement précédé, puisque « Dieu ne fait jamais des grâces visibles au corps s’il ne les a déjà donnés à l’âme ».14.
 Les stigmates peuvent être produites par l’intervention directe de Dieu ou bien par l’intermédiaire d’un Ange. L’on sait comment les « signes des clous » sont apparus dans les mains et les pieds du Pauvre d’Assise par l’intervention d’un Séraphin. Désormais célèbre, ce mystérieux personnage – dont parle le Père Pio, qui lui provoqua les plaies aux mains, aux pieds et au côté 15 et selon ce que lui-même confiait à une personne de notre connaissance, digne de foi – était, lui aussi, un Séraphin.
 Quant à sainte Thérèse d’Avila, dont on conserve encore le cœur non corrompu dans l’église de ses filles spirituelles à Alba de Tormes, elle porte les traces visibles d’une blessure. Et si l’on s’en tient à ce que la sainte elle-même nous en dit, ce fut probablement un Ange « parmi ceux qui s’appellent les Chérubins », qui a produit cette miraculeuse blessure, connue sous le nom de transverbération « Il.portait dans ses mains un long dard doré dont la pointe de fer semblait porter du feu. Et on aurait dit qu’il m’enfonçait ce dard à plusieurs reprises dans le cœur, très profondément. Lorsqu’il le retirait il semblait qu’il le retirait avec une partie de ma chair, me laissant toute brûlante d’amour envers Dieu »16. « Je priais le bon Jésus – note sobrement dans son journal la stigmatisée de Sardaigne, Edvige Carboni – et tout d’un coup se présenta devant moi un Ange qui me blessa au cœur. Cette blessure je la sens encore. C’est une blessure qui me fait brûler d’amour pour Jésus »17.

 14 G.B. Scaramelli. Dottrina di San Giovanni della Croce, Ed. Paoline.
 15 Epistolaire, édité per les PP. Capucins de S. Giovanni Rotondo.
 16 S. Thérèse d’Avila, Autobiographie, Ch. XXIX, par 13, op. cit.
 17 Basilio Rosati, op. cit.     (113)
 
 
 

XVI Les anges dans les locutions et dans le discernement des esprits
 

Alors qu’il évangélisait la Samarie, un Ange apparut au diacre Philippe l’exhortant à se rendre immédiatement sur la route qui relie Jérusalem et Ghaza. Philippe obéit. Une fois qu’il se fut trouvé sur le lieu qui lui avait été indiqué, il rencontre le puissant eunuque de la reine éthiopienne Candace. Roulant sur un coche, l’homme était en train de lire un passage du prophète Isaïe sur le rédempteur. Sur l’inspiration de l’Ange, le diacre lui demanda s’il comprenait cette lecture.
« Et comment le pourrai-je si personne ne me l’explique », répondit l’eunuque, et il invita l’apôtre à monter sur le coche et à  s‘asseoir à son côté.
Dès qu’il eut pris place sur le véhicule, Philippe révéla comment les prévisions du prophète s’étaient récemment avérées et il se mit à lui parler de Jésus. Touché et éclairé par la grâce, l’homme comprit.  Entre-temps ils arrivèrent en un lieu où il y avait de l’eau. Répondant à une forte impulsion intérieure, l’eunuque sans attendre, exprima le désir d’être baptisé. Il fut exaucé. Après quoi « l’esprit du Seigneur enleva  Philippe et l’eunuque ne le vît plus. Et tandis qu’heureux il continuait son voyage, Philippe  se retrouva à Azot, d’où il se rendit jusqu’à Césarée, annonçant la Bonne Nouvelle dans toutes les villes qu’il traversait » (Ac 8, 26-40).
Il se retrouva à Azot transporté évidemment par « la voie des airs » et « en un clin d’œil », chose que, pour aussi « fantastique » qu’elle paraisse, n’étonne pas tellement étant donné que – comme dit Gabriel à la Vierge à Nazareth – « rien n’est impossible à Dieu ».
Voilà donc encore un exemple de la participation angélique à l’expansion du royaume de Dieu sur terre.       (114)

Toujours présents dans l’histoire du salut, annonçant la venue de Celui qui a été « tant espéré des prophètes », au service du Sauveur, de l’Incarnation jusqu’à la Passion à travers la mort., la Résurrection, la Parousie ou le Jugement Dernier, guides et soutiens des Apôtres dans l’enseignement évangélique, les Anges travaillent avec les croyants pour la venue du Royaume qui est demandé dans le Notre Père, travaillant à la sainteté et accompagnant les élus de l’Eglise, papes, hiérarchie, saints, et tous ceux qui en son sein ont des postes de responsabilité. Ceux-ci sans aucun doute doivent disposer d’un certain nombre d’Anges coadjuteurs étant donné l’importance du rôle qu’ils ont à jouer. La chose est admise par plus d’un savant d’angéologie et soutenue par les révélations des saints. Ces pages en donnent plus d’un exemple et constatent combien dans la vie et l’œuvre des saints l’Ange ordinairement assigné à un saint, depuis sa naissance, est souvent aidé par un autre, d’une hiérarchie supérieure.
Dans son travail de maître des novices, sainte Catherine de Bologne enseignait ce que voici : « Je vous respecte, je vous aime toutes évidemment parce que vois en chacune de vous l’image de mon Dieu, mais je respecte et j’aime beaucoup plus notre Mère Abbesse que je vois entourée de la protection de deux Anges et qui joue pour nous le rôle de Dieu. Voilà pourquoi je ne peux tolérer que l’on se permette d’avoir de mauvaises pensées à son égard »1.
Il ne faut pas non plus oublier la révélation qui a été faite par la Vierge Marie à sainte Véronique Giuliani à propos du nombre des Anges qui assistent le Souverain Pontife. Cette révélation est très vraisemblable. « Alors que la très sainte Vierge Marie me commanda de me préparer à souffrir pour l’âme de son dévoué Clément » (Il s’agit du Pape Clément XI décédé en mars 1721)… « Ma fille – lui dit la Vierge – alors que je te faisait connaître la libération de l’âme du Pontife, toi tu te préparais à souffrir à sa place. Et  dès que tu as commencé à me prier, moi j’ai fait apparaître cette âme accompagnée de douze Anges qui sont les gardiens du Pontife. Car dès que l’un d’entre eux est élu au pontificat,
  1  J. Sténon du Pré,  Santa Caterina da Bologna, Ed. Paoline, Alba  (115)

 Dieu lui assigne douze Anges en sorte qu’ils soient les gardiens de la Sainte Eglise » 2.
 Les Anges interviennent d’une façon manifeste à travers les apparitions, les intuitions intérieures ou leurs paroles ou des formes de communication que les mystiques appellent locutions, à travers des paroles  perceptibles par l’ouïe  (locution auriculaire) ou à travers des images posées à l’imagination (locution imaginaires), ou bien par des impressions où des idées données à l’esprit (locutions intellectuelles). Cette classification des locutions rappelle par analogie la classification des différentes apparitions dont nous avons parlé précédemment
Saint Jérôme 3 nous informe que.parmi le peuple hébreu il y avait des prêtres qui avaient le don de distinguer les vrais prophètes des faux et de se rendre compte si l’esprit qui les animait était humain, divin ou diabolique. A l’origine de cette capacité, indiquée par les mystiques sous le nom de discernement des esprits, il y a les locutions, qui ne sont rien d’autre que des communications divines transmises aux hommes par l’intermédiaire des Anges.
 Saint Jean de la Croix écrit à ce propos : « Les âmes sont éclairées ici-bas par la même sagesse divine qui est donnée par Dieu aux hiérarchies suprêmes et à travers elle aux hommes eux-mêmes. Donc dans l’Ecriture il est dit très justement que toutes les inspirations angéliques viennent de Dieu et aussi des Anges. Car habituellement Dieu les communique par leur intermédiaire, et eux-mêmes se transmettent sans tarder ces inspirations l’un à l’autre comme un rayon de soleil qui traverserait une quantité de vitraux mis en file » 4.
Locutions et discernement des esprits s’interpénètrent l’un à l’autre et sont presque identiques. Tous deux sont des dons qu’ont beaucoup d’âmes privilégiées.. Parmi celles-ci on remarquera sainte Jeanne d’Arc à cause de ses fameuses « Voix » e du rôle important – c’est étrange à dire – que ces voix ont joué dans

2  Sainte Véronique Giuliani,  Journal,  IX. Cf.  Icenses,  S. Veronica Giuliani,
3 In  cap. III Isaiae,  lib..  II.  Cf. G.B.  Scaramelli,  op. cit.
4 Nuit  obscure,  ch. XIII, 3,        (116)
 

l’histoire de la Guerre de Cent Ans et dans sa conclusion. C’était les « Voix » de saint Michel et des autres « Frères du Ciel, c'est-à-dire des Anges, de sainte Catherine et de sainte Marguerite qu’elle entendit de ses oreilles.
 Il s’agit donc bien de locutions auriculaires même si cette appellation est impropre. Les locutions en effet excluent la vision de la source d’où elles proviennent. L’âme privilégiée entend et ne vois pas. Tandis que la Pucelle d’Orléans, de son côté, entendait ces « Voix » tout en entrevoyant une mystérieuse clarté, ou bien un des personnages célestes qui lui parlait..
 « Les Anglais étaient déjà en France et moi j’avais treize ans lorsqu’il m’arriva une voix de Dieu qui m’aida à me diriger. Cette Voix arriva vers l’heure de midi, un jour d’été, dans le jardin de mon père ». Le jour avant elle avait jeûné. Et elle précise : « J’ai entendu cette voix sur la droite, du côté de l’église et je l’entends rarement sans voir une clarté ». Voix et clarté ont la même source mystérieuse et sont « habituellement très vives». Mais c’est étonnant de l’entendre dire que la voix est accompagnée d’une clarté. Cette voix n’est pas seule. D’autres l’accompagnent. Et comme il arrive inévitablement dans les rencontres avec le surnaturel, la nature humaine de la sainte enfant est secouée et apeurée. Si bien que les voix doivent recourir aux recommandations qui leur sont habituelles, dans des cas semblables, pour l’inviter à ne pas avoir peur. « Ne crains rien » - lui répètent-t-elle doucement.
 La voix entendue la première est celle du Prince des Anges, saint Michel. « Cette voix – disait-elle – me semblait digne et je crois qu’elle était envoyée de Dieu. Lorsque je l’ai entendue par trois fois, j’ai reconnu que c’était la voix d’un Ange. Cette voix m’a toujours bien conduite, et je l’ai toujours bien comprise. Elle m’enseignait de bons comportements, m’invitait à fréquenter l’église, et me dit qu’il était nécessaire que j’aille en France ». La voix insistait : « Jeanne, il faut que tu ailles en France et que tu fasse lever le siège d’Orléans ». Dès lors je ne pouvais plus rester où je me trouvais. La première fois je doutais fort que ce fut saint Michel et j’eus peur. Je reconnus que c’était saint Michel à sa façon de parler et à son langage propre aux Anges ». L’Archange qui auparavant s’était manifesté à elle par des mots et une clarté céleste, se montre par la suite sous les apparences d’un homme. Il      (117)

lui disait : « Sois une brave fille et Dieu t’aidera ». Ou encore : « Va au secours du Roi de France ! » Et l’Ange me racontait combien le royaume de France faisait pitié ».
 Les « Voix »  insistaient : « Va, fille de Dieu, va, va ».
« Lorsque je voyais saint Michel et les Anges je leur faisais la révérence. Lorsqu’ils s’en allaient, je pleurais. J’aurais voulu qu’ils m’emportassent avec eux. Dès qu’ils étaient partis, j’embrassais la terre là où ils s’étaient posés et je leur faisais la révérence ».
 Va, fille de Dieu, va, va ». Mais elle se défendait : « Je suis une pauvre jeune fille et je ne sais ni combattre, ni faire la guerre ».
Faut-il donc qu’une pauvre paysanne illettrée et absolument inexperte dans les choses militaires libère la France ?  Jeune fille simple, très pure, tellement portée vers les pratiques religieuses qu’elle semblait à ses amis un peu trop pieuse, éduquée d’autre part d’une façon très sévère par ses parents que par contre elle aime et vénère, comment pourra-t-elle jamais accepter les invitations des Voix qu’elle entend ? Et n’est-il pas de plus inconvenant pour une jeune fille de vivre au milieu de soldats ? Les voix ne lui demandent-elles pas quelque chose d’absurde ? Mais ces hésitations ne dépendent pas tant de ces difficultés que du manque de maturité de Jeanne- ou Jeannette comme on l’appelle familièrement – Elle ne pourra jamais accepter l’appel des Anges, ni faire ce que la providence de Dieu attend d’elle, sans un ultérieur mûrissement.

 L’enseignement que les Anges fourniront à Jeanne, en vue de la préparer et de la rendre apte aux exploits qui feront d’elle une des héroïnes les plus pures et les plus légendaires de la France et de l’Eglise catholique, durent quatre ans environ, et s’achèvera au mois de mai 1428 au moment même où la « Fille Aînée de l’Eglise » est sur le bord de la défaite et risque de disparaître du nombre des nations.
 « Fille de Dieu – insistent les Voix, écartant les dernières hésitations de la Jeune fille -  fille de Dieu, va auprès de Robert de Baudricourt, dans la ville de Vaucouleurs ».
 Le capitaine royal, le plus vaillant et le plus influent partisan de Charles VII, devrait lui donner une escorte et faciliter sa rencontre avec le Dauphin. Jeanne rejoint à Burey-en-Vaulx le cousin        (118)

de sa mère, Durant Laxart, pour qu’il l’accompagne à Vaucoueurs.
 Lorsque je fus à Vaucouleurs, je reconnus de moi-même Robert de Baudricourt bien que je ne l’eusse jamais vu. Ce fut grâce à ma Voix que je le reconnus. Car de fait elle me dit : « Le voici ! « . Et je lui dit : « Je suis venue vers vous de la part de Messire afin que vous avisiez le Dauphin de ne pas donner bataille aux ennemis car Messire lui enverra des secours avant la mi-carême. Le royaume en effet n’appartiens pas au Dauphin mais à Messire ! Cependant Messire veut que le Dauphin soit roi, qu’il ait ce règne et y commande. Malgré ses ennemis le Dauphin sera sacré roi et c’est moi qui le conduirai à son couronnement ».
Jeanne est mal accueillie. «  Qui est ce Messire ? ». «  Le Roi du Ciel » répond résolument la Pucelle.
Baudricourt se moque d’elle et suggère à l’accompagnateur de la ramener à son père, «  avec une bonne raclée ». Elle s’en retourne humiliée chez elle à Domrémy. Elle fait un nouvelle tentative l’année suivante, le 23 février, encore cette fois du même parent. Tandis qu’elle loge dans la maison d’un certain Henri La Royer, et qu’elle est en train de filer avec la femme de ce dernier, entre dans la pièce le méfiant capitaine royal en compagnie du curé, Jean Fournier, lequel a peur lui aussi de se trouver en face d’une personne possédée du démon. Il exorcise Jeanne. Celle-ci se défend et l’on commence à la croire. Le Duc de Lorraine l’invite à Nancy et met à sa disposition quatre francs et un cheval. Celle-ci s’en revient à Vaucouleurs où elle informe Robert de Baudricourt de la défaite du Dauphin dans la bataille des Harengs. Elle avait été évidemment  mise au courant de ce grave évènement par ses « Voix ». Cette révélation concourt à disposer l’âme de capitaine favorablement à l’égard de la Pucelle.
Après l’avoir repoussée par deux fois, le capitaine lui fournit des hommes. La voix de Jeanne l’avait prévenue que cela serait arrivé. Jeanne part ensuite pour Chinon sans craindre les dangers du voyage. Les endroits qu’elle devait en effet traverser étaient infestés de soldats ennemis. Mais « mon chemin a été aplani » - dit-elle - ; aplani par une escorte que les hommes qui l’accompagnent ne sont pas capables de voir avec leurs propres yeux de chair.         (119)

Elle fait étape à Saint Urbain et passe la nuit dans l’abbaye. Une étape ensuite à la cathédrale d’Auxerre pour la messe. « Alors les Voix me parlaient fréquemment » dit-elle.
Tandis qu’on lui demande si elle aura le courage de faire tout ce qu’elle prétend, elle répond, « N’ayez crainte, ce que je fais, je le fais parce qu’on me le commande. Mes Frères du Ciel me disent ce que je dois faire. Cela fait quatre ou cinq ans que mes frères du Paradis et Messire m’ont dit qu’il faut que j’aille en guerre pour récupérer le royaume de France ». Elle assure qu’à Chinon le Dauphin lui fera bon accueil. En efffet, Charles VII accepte de la recevoir. Mais pour la mettre à l’épreuve, puisqu’on se demande si elle est une envoyée de Dieu ou du diable, le Dauphin se cache parmi les chevaliers qui remplissent la salle. Et malgré cela, Jeanne le reconnaît et va directement vers lui, sans la moindre hésitation, grâce à ses guides invisibles.
« La Voix m’avait promis que dès que je serais arrivé auprès du roi, il m’aurait reçu… Les voix m’avaient dit en effet : « Vas-y courageusement ! Lorsque tu seras en présence du roi, il aura un signe qui fera qu’il t’accueillera et te croira ». Lorsque j’entrai dans, il y avait là plus de trois cent chevaliers et cinquante torches, sans compter la lumière du Ciel ». Et la Pucelle d’avouer : « Je reconnus le roi parmi les autres, grâce à ma Voix qui me le révéla.  J’allais vers lui : « Gentil Dauphin, je m’appelle  Jeanne la Pucelle. Et le Roi du Ciel à travers moi vous avertit que vous serez consacré et couronné à Reims, et vous serez  lieutenant du Roi des Cieux qui est le Roi de France ». Puis elle ajouta, dissipant les hésitations du roi, alimentées par le comportement douteux de sa mère Isabelle, qui semait le doute à propos de sa naissance, de sa légitimité à la succession de la couronne : « Je vous dis de la part de Messire que vous êtes le vrai héritier de France et fils du roi ». Cette révélation est le « signe «  que les « Voix » lui ont annoncé et qui fait disparaître de façon déterminante la méfiance du Dauphin.
Le Roi Charles la reçoit souvent. Avent cependant de lui confier quelques missions militaires, il la fait accompagner à Poitiers où, au cours de treize séances, elle est l’objet d’un examen de la part d’une commission d’évêques, de prélats, de religieux, de docteurs et de conseillers du roi experts en théologie ;    (120)
 

Qu’est-ce donc qui l’a poussée à venir auprès du roi ? « Tandis que je gardais les bêtes – répond –elle – une Voix m’a parlé ». Dieu  veut sauver la France par son intermédiaire. Et si elle  mis des vêtements masculins – déclare-t-elle durant ses interrogatoires – «  c’est par ordre de Dieu et des Anges ». Les « Voix parlent un français meilleur que celui de qui l’interroge et quant à la question : si elle croit en Dieu : « Oui – réplique-t-elle - , et mieux que vous ». Et pour qu’on puisse croire en elle, on lui demande un signe. Ce signe ils l’auront lorsque s’accompliront les faits que les « Voix » lui suggèrent d’annoncer : «  Les Anglais seront chassés et anéantis, le siège d’Orléans sera levé, le roi sera sacré à Reims, la ville de Paris sera de nouveau soumise au roi et le Duc d’Orléans rentrera d’Angleterre ».5
 A ceux qui voudraient en savoir davantage sur « les Voix » et les évènements de cette très singulière et émouvante création de la Grâce et de la Providence de Dieu – une des épreuves les plus éclatantes de la présence du Christ dans l’histoire et dans son Eglise   nous proposons la lecture des livres que  nous citons en note et dont nous nous sommes servis dans cette sommaire allusion à la Pucelle et à ses guides célestes. Guides qui, jusqu’à l’holocauste de Rouen, lui furent proches, à travers les apparitions et les locutions qui firent découvrir à Jeanne  d’Arc les doutes qui tourmentaient  le Dauphin à propos de son origine. Un exemple celui-ci de médiation angélique dans la lecture de l’âme d’autrui, c'est-à-dire le discernement des esprits. Cette faculté est accordée – nous le voyons – à bien peu de saints ou de saintes.
 Sainte Marie-Madeleine de Pazzi lisait dans l’esprit de ses novices et en révélait les défauts. Cela était tellement connu que l’on n’avait pas le courage de l’approcher sans s’être auparavant scrupuleusement examiné. Toutes, lorsqu’elles se trouvaient devant elle, avaient l’habitude de veiller sur leurs propres pensées et impulsions intérieures dans la crainte d’être reprises par la Sainte.
 Le bienheureux Raymond de Capoue nous rapporte que Sainte Catherine de Sienne savait même les secrets de son cœur. « Pour-

 5  Cf.  La vita di Giovanna d’Arco raccontata da lei stessa, par Omer Englebert, Milan  1950 ;  Nino Salvaneschi,  Giovanna d’Arco, Dall’Oglio  Ed., Milan ;  R. Pernaud,  Il processo di Giovnna d’Arco, Ed. Paoline, Rome.           (121)

quoi me cacher une chose que je vois plus clairement que vous-même ? », lui dit un jour Catherine à cause d’un défaut qu’il essayait de lui cacher et pour lequel une autre fois déjà elle l’avait doucement réprimandé.
« Va te laver le visage », avait l’habitude de commander saint Joseph de Copertino, chaque fois qu’il se trouvait devant quelqu’un qui avait besoin de se laver la conscience par le sacrement de pénitence.
Don Bosco disait : « Apportez-moi un jeune que je n’ai jamais vu et il me suffira de le regarder en face pour être en mesure de lui révéler tous ses manquements depuis sa plus tendre enfance », « Le fait que Don Bosco lisait sur le visage les secrets du cœur,  écrit Augustin Auffray, était tellement répandu dans l’Oratoire que ceux qi n’avaient pas la conscience très propre s’éloignaient instinctivement de lui, l’évitant le plus possible… Mais ils n’y réussissaient pas toujours. Alors les garçons, pour empêcher cette inquiétante lecture, se mettaient le béret sur les yeux et la main devant le visage. Quand ils rentraient des vacances, avant que le cœur ne se fusse purifié des escapades commises durant ces mois de liberté mal surveillée,  il était curieux  de voir, combien certains, dès qu’apparaissait Don Bosco, s’échappaient par peur qu’il ne lise tout dans leur regard » 8.
Des faits de ce genre arrivaient tous les jours à une cadence impressionnante, à San Giovanni Rotondo, dans le secret du confessionnal, dans la sacristie, dans les escaliers, dans les couloirs et dans n’importe quel autre endroit du couvent où les pèlerins avaient l’occasion d’approcher le Père Pio et de lui parler. Des hommes tels que J.B. Angioletti, Giovanni Artieri, Attilio Crepas, Venus à San Giovanni Rotondo comme envoyés de presse, ont eu l’occasion de se rendre compte personnellement de l’extraordinaire vertu du Père pour ce qui est de lire dans le cœur des hommes. Le premiers de ceux-ci écrivait sur La Stampa de Turin (9 août 1950) : «  Les hommes ne lui font pas peur. Une étonnante capacité de pénétration le met en mesure d’apprécier immédiatement les vertus et les faiblesses de chacun . Tandis que Artieri, sur le quotidien romain Il Tempo avouait (le 17 octobre 1950),

6  P. Augustin Auffray, San Giovanni Bosco,   S.E.I., Turin.  (122)

avoir été vivement réprimandé par le Père Pio comme étant un catholique hésitant et non pratiquant, très mauvais chrétien, au cœur en constant désaccord avec l’intellect ».
« Pourquoi donc pensez-vous à votre bureau et à vos feuilles de papier ? Ce n’est pas bon de faire du bruit autour d’un prêtre qui prie ». Ainsi parla Père Pio à Attilio Crepas, tandis que le journaliste s’imaginait déjà être dans son bureau en train d’écrire son article sur les choses et les impressions de San Giovanni Rotondo. (Du journal Stampa Sera du 6-7 janvier 1938).
Assis sur un banc de la chapelle du couvent, Monsieur Antonio Donnini de Lucera, près de Foggia, pensait à son propre chapelet qui n’arrêtait pas de se casser et au sacrifice qu’il aurait dû affronter – car il était alors sans travail – pour en acheter un autre plus résistant, mais plus cher. C’est alors que passa un garçon, les mains pleines de chapelets. C’était justement le type de chapelets que lui-même cherchait. Il lui demanda :
« Où les as-tu achetés ? ».
« Ils vous plaisent ? », demanda à son tour le garçon, et il l’invita à en prendre un pour lui, disant : « le Père vient justement de les bénir ».
L’homme repoussa gentiment cette invitation mais l’autre insista au point de le contraindre à prendre un chapelet dans le tas. Le garçon s’en alla ensuite sans même lui laisser le temps de le remercier. Peu après il se levait pour s »acheminer vers le couloir où il savait que le Père passerait. « Qui te l’a donné ? » lui demanda celui-ci, lorsqu’en passant il vit que Donini avait un chapelet à le main. Mais aussitôt il ajouta, s’adressant au confrère qui l’accompagnait : « Voilà quelqu’un qui prie avec le cou ».
L’homme se mit à rire, mais n’avait pas compris ce que Père Pio voulait dire par ces mots. Le Père reprit :
« On comprend que tu ries, puisque tu n’as rien compris ».
« Alors veuillez m’expliquer »
Et le Père Pio de dire « c’est évident, puisque la nuit tu te e mets autour du cou !».
C’était vrai. Et le chapelet justement se cassait à cause de cette habitude que, dans l’église, Donnini n’avait pas prise en considération.
Voilà qu’à l’église, au confessionnal des femmes, se présenta
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un jour la parisienne Denise Garnier, fille du professeur de mathématiques à la Sorbonne René Garnier. Cette amie, alors jeune fille, et actuellement heureuse épouse de l’ingénieur belge – qu’elle avait connu au cours de circonstances extraordinaires sur lesquelles elle avait été mystérieusement avertie par le Saint Frère. - , cette amie donc avait à peine commencé à se confesser, lorsqu’elle fut brusquement interrompue par le Père :
 « Tu as dit des mensonges ! ».
 Il s »agissait de mensonges anodins. Denise Garnier raconte en effet : « J’avais dit au moins huit mensonges afin de pouvoir accéder au confessionnal !. Mais le Père ensuite fut vraiment très gentil, il fut vraiment un père. Et lorsque je suis sortie du confessionnal, il me donna un bon coup sur la tête, un coup béni ! ».
 Un autre excellent épisode m’a été raconté par Monseigneur Joseph Orlando de Benevento. Affligé par un terrible mal de dents, un paysan suppliait le Père Pio de le lui enlever. Mais le Père Pio, fixé au mur dans un tableau, restait sourd à ses appels désespérés. Alors, ayant perdu patience, l’homme prit une de ses chaussures et la jeta contre le tableau, en cassant le verre. Quelque temps après il se rendit à San Giovanni Rotondo, ayant oublié ce geste malheureux. Il se mit en file pour la confession. Quand arriva son tour, il allait s’agenouiller, lorsqu’il  fut accueilli très désagréablement par le Père qui s’en prit à lui à force de mots, la voix dure et les yeux étincelants :
 « Et tu as maintenant ce courage après le coup de chaussure que j’ai reçu jusque dans ma cellule ? ».
 Ce qui surprend dans cet événement est le fait que le Père révèle un secret que le paysan lui-même avait effacé de sa mémoire.
 Un français, l’Abbé Benoît, secrétaire général de l’Institut Catholique de Lille, présente un cas semblable. Venu à San Giovanni avec quelques autres prêtres de son pays, il pria le Père Pio de lui faire le cadeau de signer lui-même une image sacrée, qu’il aurait ramenée comme souvenir dans sa patrie. Au moment où il tendait l’image, le Père lui demanda de lui donner le bréviaire. Puis, sur une page blanche, il se mit à écrire quelques lignes avec son stylo. Lorsque le prêtre français lut dans le bréviaire les paroles écrites par le Père Pio, il fut grandement surpris. Il trouvait la réponse à un difficile problème spirituel qui depuis des années ne le quittait jamais. La surprise et l’étonnement de Benoît s’accentuèrent encore lorsqu’il se rendit compte que à San Giovanni il n’avait jamais pensé à ce difficile problème.
 Aucun secret, peut-on dire, ne pouvait être caché au Père Pio. Voila pourquoi tous, hommes, femmes, vieux et jeunes, grands et petits étaient impressionnés lorsqu’ils se trouvaient face à face avec lui. Cela explique la crainte de certains de rencontrer son regard pénétrant et les essais parfois comiques qu’ils faisaient pour se tenir loin de lui. Cela explique encore le tremblement qui me prenait, malgré un contrôle scrupuleux de mes pensées et de mes actions, chaque fois qu’il m’arrivait de le rencontrer. Je ne suis jamais parvenu à avoir en sa présence une attitude tout à fait tranquille ou désinvolte, malgré la familiarité avec laquelle il me traitait et l’habitude, qui a duré pendant plus de vingt ans, de le rencontrer presque sans interruption chaque jour.
 Souvent, et cela arrivait surtout dans le confessionnal, Père Pio aidait à tirer les marrons du feu, comme on le dit, énumérant les manquements, comme on dit, énumérant les manquements du pénitent et donnant en plus les détails exacts des circonstances dans lesquelles ces manquements avaient été commis. Si ensuite l pénitent avait oublié une faute, il arrivait souvent que le Père la lui rappelât. Sans rien dire des cas de diagnostics ou de traitements donnés par lui à des pénitents malades physiquement, diagnostics, d’une précision qui étaient rapides, d’une précision et d’une compétence extraordinaires. Et-ce là des exagérations ? Loin de nous cette pensée. Et pour dissiper toute hésitation, voici quelques exemples de faits dont l’auteur a été  à la fois le protagoniste et le témoin. Père Pio, on le sait, n’a jamais bénéficié d’une bonne santé, malgré la vigueur et l’épanouissement apparent qu’il a montré dans les court moments où il est apparu moins crucifié. Des mots mystérieux, pas toujours repérables médicalement, l’affligeaient constamment au point de lui empêcher de mener son habituel ministère sacerdotal. Il a toujours été souffrant et les stigmates qu’il portait dans sa chai lui procurait des souffrances lancinantes. Tout cela mis en relation avec son âge avancé fut la raison d’une préoccupation dont je ne parvenais pas à me libérer. Tu verras – me disais-je, en moi-même – que le Père un jour ou l’autre nous quittera. Qu’en sera-t-il de moi et de nous tous,
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Ses fils, lorsqu’il ne sera plus là ? ».  Un jour que je devais m’absenter de San Giovanni, j’allais vers lui pour le saluer et demander sa bénédiction. Mais je restais désorienté en voyant le Père me regarder fixement ayant presque l’air de se moquer de moi,un sourire sur les lèvres, autant amusé qu’énigmatique. Qu’est ce que cela voulait bien dire ? La réponse me fut donnée aussitôt par l’exclamation joyeuse qui me fit tout de même sursauter : Qui sait, si à ton retour nous nous reverrons ? ».
 Le Père avait lu au-dedans de moi la secrète préoccupation qui m’inquiétait.
 Une autre fois que je lui disait un de mes projets, le Père Pio, après l’avoir approuvé, me dit que je l’aurais réalisé après « un dur calvaire » et à condition d’avoir donné preuve de persévérance dans la foi et la patience. Quatre années passèrent d’attente inutile, dans un dur calvaire. Mais comment faisait-il pour créer à mon égard les conditions de ce calvaire, je ne l’ai jamais compris. Et, malgré cela, rien ne pouvait me faire supposer que la promesse qu’il m’avait faite se serait en quelque sorte concrétisée. Je me sentais trahi. Abattu, dans un moment de faiblesse, de découragement, j’eus des mots et des gestes absolument incompatibles avec la foi et la patience qui m’avaient été recommandées. Je m’en repentis aussitôt amèrement. Le lendemain matin j’étais à ses pieds dans le confessionnal de la sacristie pour lui demander pardon. Le Père ne me donna pas le temps d’ouvrir la bouche. Il fut plus que jamais amer et agressif :
 « Que donc es-tu venu faire ici ? Va-t-en,  je n’ai pas de temps à perdre ».
 Je vous laisse imaginer mon étonnement, ma consternation, ma souffrance. Peu de fois j’ai pleuré dans ma vie comme ce matin-là. Qui donc lui avait répété que le soir auparavant j’avais manqué à son égard ? Le jour suivant, me donnant une preuve supplémentaire qu’il était au courant de mon erreur, le Père justifiait ainsi le dur traitement qu’il m’avait fait subir le jour précédent :
 « Ne compliquons pas les choses. Toi, par ta méfiance, tu ne fais que dresser des obstacles. Tu te comporte comme le cafard qui, lorsqu’il pousse une boulette, tout à coup la laisse s’échapper et rouler par terre ».
 Il m’arrivait dans cette même période de me rendre compte des effets bienfaisants que l’on doit à ce que le Père appelait « les épreuves », Je disais: « Le Père Pio veut m’enseigner à bien encaisser les coups ». Je veux dire par cette image, prise à la boxe, que par cette dure expérience de contrariétés et d’humiliations – et elles furent nombreuses – il voulait m’exercer à la patience, une vertu dont, en toute sincérité, j’étais alors fort démuni. Eh bien, tandis qu’une après-midi je me plaignais à lui du dur calvaire qui semblait ne vouloir pas finir, j’eus la surprise de voir le Père accomplir le geste propre à celui qui est sur le point de vous confier un secret. Il se pencha, approcha sa bouche de mon oreille, scandant malicieusement à mi-voix les mots :
 « Il faut apprendre à bien encaisser ! ».
 Dans les révélations de ce genre – et il n’est pas bon d’en douter – les Anges n’étaient pas étrangers. Ils interféraient dans nos rapports avec le Père. Cela pourrait être confirmé par le saint Curé d’Ars, Jean-Baptiste Vianney ou la mystique de Bavière, Thérèse Neumann. A propos du premier on lit que des pénitents qui se trouvaient dans l’impossibilité de s’approcher du confessionnal du saint, toujours entouré de monde, avait coutume de recourir à l’entremise de leur propre Ange gardien. Il arrivait à certains d’entre eux de se voir inopinément exaucés, car le curé laissait tout à coup le confessionnal et venait à leur rencontre 7.
 Un jour, tandis que se confessait une jeune domestique, le saint l’interrompit : « Et ceci ? » dit-il en précisant la faute. La jeune fille voulait remettre à plus tard la confession d’un péché grave. « Vous ne me dites pas et pourtant vous l’avez commis ! », ajouta le confesseur.  Comment avait-t-il fait pour le connaître ?  Qui le lui avait dit ? Répondant à ces demandes secrètes de la jeune pénitente, le saint révéla : «  C’est votre Ange gardien, qui me l’a dit » 8.
 Kaplan Fahsel, dans son Teresa Neumann, consacre un chapitre presque entier aux locutions. La mystique d’Allemagne voyait les Anges « toujours sous formes lumineuses, mais aux contours distincts ». Elle bénéficiait, « en des proportions extraordinaires, de ce que les mystiques appellent « locutions internes » … De telles locutions arrivent souvent sans qu’elle se trouve déjà en

7 D. Pilla, op.  cit.
8  F. Trochou,  op. cit.         (127)

état d’extase et sans crier gare ». « Une fois – écrit Fhasel—elle m’interrompit, tandis que je parlais, par mot  mot suivant : « Silence ». Puis elle apparut tendue, toute entière à l’écoute d’une voix intérieure… Les locutions intérieures qu’elle perçoit viennent la plupart du temps --  comme elle dit elle-même – de son Ange  gardien qu’elle entend parler à son côté. Même lorsqu’elle se trouve en état normal et qu’elle reçoit quelques nouvelles visites, elle entend très souvent de brefs renseignements sur les défauts de caractère et sur les péchés des personnes avec lesquelles elle parle ou de quelqu’un qui les accompagne. Les informations sont en général très précises. L’Ange la charge d’exprimer à haute voix les informations qu’elle a reçu ». C’est alors que l’auteur cite plus d’un cas de discernement des esprits.  « Tout cela – conclut Fahsel --  fait penser à des légendes et à des fables. Mais lorsqu’on constate personnellement des faits semblables on est obligé de réfléchir… Et puis elle parle toujours de l’homme lumineux qui est à sa droite »9.
 Je me souviens qu’il m’est arrivé plus d’une fois de ne pas savoir présenter quelques questions compliquées, de nature spirituelle.  Me trouvant confus, Père Pio, évitant de me faire répéter plus clairement ma question, se recueillait et, les yeux mi-clos, la tête semblant dire oui de façon imperceptible, il donnait l’impression d’écouter quelqu’un qui lui parlait à l’oreille. Ce quelqu’un – j’en suis plus que sûr --  était mon Ange qui, servant d’interprète, lui expliquait ce que je n’étais pas parvenu à lui dire.
 Je conclurai ce chapitre en racontant deux ou trois faits qui me touchent personnellement.
 Le premier remonte à 1950. Le directeur se la Casa Sollievo della Sofferenza 10  - qui était alors en construction -- , le docteur Guglielmo Sanguinetti,  m’avait  assigné à la « baraque » qui fut ensuite démolie et remplacée par les bureaux actuels dans les allées du couvent. C’est là entre autre qu’on recevait les dons pour l’œuvre en formation et les abonnements pour le périodique du

 9 Kapplan Fahsel, Teresa Neumann, Ed. Paoline, Rome.
 10 Maison pour le Soulagement de la Souffrance.    (128)

 même nom Casa Sollievo della Sofferenza. Je m’y rendis une après-midi avec une certaine mademoiselle D.C. d’une ville du sud. Celle-ci laissa une somme pour l’œuvre, regrettant de n’avoir pu faire davantage. Dans la collecte des dons, elle avait été arrêtée par une certaine Madame X qui, avec son propre curé, n’appréciait pas son zèle pour l’hôpital du Père Pio. « On craint – expliquait la demoiselle – que par le recueil des dons pour cette œuvre, les fidèles soient distraits et éloignés des besoins de la paroisse elle-même ». Peu après la demoiselle s’en allait. Or il arriva qu’un quart d’heure après vint justement Madame X., pour dire : « Je viens vous prier de suspendre l’expédition du journal à mon adresse » ; et elle se justifia en disant qu’elle recevait beaucoup de journaux et qu’elle n’avait pas le temps de les feuilleter. Elle était donc fâchée aussi avec le journal. Et cependant elle prétendait être fille spirituelle du Père Pio, me montrant, pour le prouver, un objet sacré qu’elle allait lui offrir. La dame s’en alla peu après que j’us marqué sur sa fiche la suspension de l’envoi du journal à son adresse. Mais elle revint quelques heures après, toute bouleversée, en larmes, et me priant d’effacer sur la fiche ce que je venais d’écrire. Elle me raconta, très agitée, ce qui lui était arrivé peu avant lorsque, rencontrant le Père dans le couloir de la conciergerie du couvent, elle avait voulu lui tendre le paquet contenant le fameux objet sacré. Le Père en effets avait continué à marcher regardant le paquet avec un œil plein de mépris !
 Un de mes amis d’école a vécu la chose suivante. Tous les deux nous avons été témoins, et en même temps protagoniste, , trois ans auparavant, du fait suivant qui constitue un des souvenirs les plus chers et les plus inoubliables de notre vie.
 C’était en 1947. J’étais heureux, heureux de m’être réconcilié avec Dieu par la confession après presque cinq ans d’éloignement de ce sacrement et de la pratique catholique, et j’avais spontanément le désir que tous soient heureux comme je l’étais.
 « Nicolas --  dis-je un jour à mon ami -- , ne veux-tu pas être heureux toi aussi ? Courage, viens toi aussi au couvent voir le Père ».
 Nicolas ne se confessait pas depuis quatre ans et résistait silencieusement à l’invitation. Il avait besoin d’être bousculé. Comme pour moi, la crise grandissait en lui depuis longtemps, se       (129)

se manifestant dans une attitude de mécontentement et une inquiétude dont il n’avait pas le courage d’avuer l’origine. Je répliquais :
 « Allons au moins à l’église pour saluer brièvement la Vierge des Grâces ».
 Une fois dans l’église, j’essayais autre chose.
 « Pourquoi n’allons nous pas le voir à la  sacristie ? ».
 Sans rien dire, en silence, Nicolas me suivit. Dans la sacristie on se mêla aux personnes qui la remplissaient. Peu après, voilà le Père qui avance, calme, recueilli, vers le confessionnal. Les hommes se poussent autour de lui et cherchent ses mains blessées pour les embrasser. Des voix implorantes se lèvent ça et là et parmi elles un père affligé qui porte dans ses bras un enfant paralytique, et qui crie : « Père ! Père ! ». Mais lui ignore tout le monde, n’écoute personne et lève les mains pour qu’on ne puisse le toucher. Il est pressé. Puis il se retourne et regarde autour de lui d’un œil inquiet. Il nous remarque et, fendant la petite foule qui l’entoure, se dirige droit vers nous. Je reste bouche bée et en un instant je crois comprendre. En effet, ayant jeté un rapide coup d’œil à mon endroit, le Père s’adresse à mon ami et lui demande :
 Et toi d’où es tu, comment t’appelles-tu ».
 Nicolas… je suis de San Giovanni Rotondo », balbutie l’autre en proie à l’affolement et à la stupeur, rouge comme un coquelicot.
 « Et où donc as-tu été jusqu’à présent ? Dans le bois ? C’est bon. Viens avec moi ». Et sur ces paroles, d’un geste presque théâtral, Père Pio lève un bras et avec un sourire malin, prend Nicolas par l’oreille et la lui très  fort. Puis il entraîne derrière lui le pauvre jeune homme, vers l’agenouilloir vermoulu du confessionnal.
 Après quelques longues minutes, Nicolas sort du confessionnal ému et rayonnant.
 Dans cette histoire il est évident que les saints Anges, tant du Père Pio, de Nicolas que de moi-même n’avaient pas été absents.
Affirmant cela il me semble voir le psychologue, le rationaliste s’élever, opposer un sourire, un grognement et recommander aux cœurs de rester tranquilles et de ne pas être idiots, c'est-à-dire de ne pas s’émouvoir ; « Reste donc impassible comme une tour, ne fais pas l’enfant ! ». Mais, dirons nous, encore faudrait-il montrer et prouver – et cela ne sera pas facile – que ces épisodes sont explicables scientifiquement par la psychologie. Quant à nous, nous préférons croire, non sans raison, que tout cela au contraire est explicable par le surnaturel, étant donné que ces événements se retrouvent si fréquemment parmi les serviteurs de Dieu et du moment que le rôle de ceux-ci est de verticaliser le sens de la vie, grâce encore aux interférences angéliques.
 Les Anges en effet « ne sont-ils pas tous des esprits, envoyés au service de ceux qui doivent hériter du salut ? ». C’est tout dire.
 

&
XVII
 

XVIII
 
 

XIX Les anges jouent-ils un rôle dans les charismes du Padre Pio ?
 

Le discours sur les Anges qui a été fait et qui a pris consistance autour de la personne du Père Pio, de ses rapports secrets avec eux – ce qui était inévitable puisqu’il l’a provoqué lui-même - , doit être encore approfondi. Après nous être occupés des locutions et du discernement des esprits nous traiterons d’autres charismes du saint Frère, tel que  le don de prophétie, la télesthésie, la bilocation et surtout son célèbre parfum.  Est-ce qu’il y a là aussi un rapport avec les saints Anges ? Nous essayerons de répondre à cette question.
 Le Père a le don de prévoir les choses futures.. Je l’ai constaté personnellement. Il m’a prédit par exemple le nombre des enfants que nous avons eus avec ma femme. Il m’a refusé également l’exécution d’un projet louable, facile à réaliser, qui ne laissait pressentir rien de mal, avec une réprobation dramatique qui me semblait excessive ;
 « Qui donc te pousse à cela, malheur à toi, malheur à toi !».
 Mais le temps devait lui donner raison puisque, si je ne l’avais pas écouté et si j’avais agi selon mon bon vouloir, je m’en serais amèrement repenti.
 Et nous ne dirons rien des prophéties connues et qui attendent d’être révélées et entre autre, celle-ci qui me fut confiée, à moi et à deux de mes amis par une personnalité du Vatican. Le Père a prévu le résultat étonnant des fameuses élections dramatiques du 18 avril 1948. Je saute donc ce fait, qui est révélé dans les précédentes éditions, parce qu’on en parle plus convenablement dans un autre écrit qui sera prochainement publié, où l’on raconte ma rencontre avec le Père Pio à Rome, au printemps 1964, cinq ans et demi donc avant son départ de cette terre !
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 Cela se passait dans un bureau du Sous-secrétariat au Ministère de la défense.
 L’on ne connaît pas de limites aux ressources, aux conquêtes des idioties de Satan dans la philosophie, la théologie, la littérature, le spectacle, le journalisme quand il s’agit de concevoir, de vomir, de propager, de diffuser leurs produits pernicieux, nauséabonds et dégoûtants. Pourquoi ne me serait-il pas alors permis de recourir à cette astuce pour faire connaître mon nouveau livre, suscitant l’intérêt de lecteur sur cette rencontre avec le Père Pio, étant donné que cette rencontre fut très belle, émouvante et destinée – avec le livre même qui la contient – à faire du bien ?
Il y aurait beaucoup à dire à propos des prédictions sur la seconde guerre mondiale, sur le retour des soldats du front, des camps de prisonniers, des conséquences de ce mariage hybride au gouvernement entre la Démocratie Chrétienne et les socialistes, du décès de telle ou telle personne, du sexe de futurs bébés… Ce sujet nous porterait trop loin. Mais à propos des dernières prédictions citées nous ne pouvons pas cependant nous empêcher de raconter un cas caractéristique très intéressant.
 Une certaine Poggiani de Venise était sur le point de se rendre auprès du Père Pio pour la première fois.
 Le Père prédit l’avenir – lui dit une personne qu’elle connaissait, une certaine Léonarda Andretto qui habite rue Dardanelli, au numéro 47, à Venise-Lido, - En voulez-vous une preuve ?  Eh bien, lorsque vous serez en tête à tête avec le Père dans le confessionnal, demandez-lui donc quel nom je devrai donner au garçon que j’aurai dans un mois ».
 Elle était convaincue qu’elle aurait eu un garçon et elle attendait avec anxiété que le Père le lui confirme par l’entremise de Madame Poggiani.
A San Giovanni Rotondo, durant la confession, celle-ci dit au Père :
« Madame Andretto de Venise attend un garçonnet elle désire que vous lui accordiez la grâce de suggérer le nom de baptême à donner au bébé ».
 « Mais de quel garçon ? De quel garçon parle-t-elle ? C’est une fillette », répliqua le Père avec impatience. Après un instant
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de réflexion, il dit encore : « Telle est la volonté de Dieu ». Comme le Père l’avait annoncé, un mois après dans une clinique de Padoue, Madame Andretto enfantait une fillette qui prit le nom de Francesca Maria Pia.
Et, détail remarquable, une demi-heure avant l’événement, cette femme avait senti une odeur agréable, indéfinissable qui la prépara très agréablement à l’épreuve qu’elle allait affronter. Elle ne s’y trompait pas. Au dire des médecins et des infirmières, l’accouchement de Madame Andretto ne pouvait se dérouler plus favorablement.
Cette dame indique un certain nombre de parents et d’amis qui étaient au courant de la prédiction du Père avant l’accouchement. Il s’agit du comptable Giuseppe Andretto, son mari, du professeur Virginio Bolla, de Mesdames Maria Di Vita et Luisa Martis.
Le Père voyait en outre des événements qui se déroulaient en lieux éloignés. C’est ce qu’on appelle la télesthésie. Un après midi je me trouvais dans la sacristie, tout près de la chapelle du couvent, et j’étais assis sur le banc réservé aux résidents et à ceux qui sont originaires de San Giovanni Rotondo. J’attendais mon tour pour la confession. L’un après l’autre, paysans et étrangers s’alternaient en grand silence au confessionnal. Tout à coup, chose inhabituelle, le Père se leva et, tête baissée, préoccupé et hésitant tout à la fois, se dirigea vers une des portes qui conduisaient  à la chapelle. Dès qu’il eut passé le seuil, il s’arrêta. Dans l’église, deux femmes priaient avec ferveur, agenouillées devant le tabernacle dominé par l’image de la Vierge des Grâces qui tient dan ses bras Jésus Enfant. Le Père les appela d’un signe de la main :
« Rentrez chez vous au plus vite et confions au Seigneur – dit-il levant les mains et les yeux au ciel – que vous puissiez arriver à temps pour le revoir ».
Stupeur et peine des pauvres femmes. Elles venaient à peine d’arriver au couvent pour recommander au Père un de leurs proches parents qui était sur le point de mourir.
C’est à un de mes professeurs de français et de mathématiques qui s’appelle Matteo Merla que je dois la singulière confidence qui suit. Il lui arriva un jour d’être seul en compagnie du Père Pio dans le jardin du couvent. Tout d’un coup, tandis qu’ils
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parlaient, ils furent rejoins par un monsieur bouleversé, se jeta en pleurant aux pieds du Père. L’homme venait d’une ville du Nord. Avec des cris déchirants et la voix entrecoupée de sanglots, il parla d’un parent dont les médecins avaient annoncé la mort prochaine et il suppliait le Père de le sauver. L’homme peu après repartait. Le Père était apparemment impassible et taciturne. De nouveau seul. Matteo Merla ne sut cacher son étonnement :
« Père Pio, vous n’avez pas eu un seul mot de réconfort pour ce pauvre homme ! pourtant il s’en est fallu de peu que je ne me mette à pleurer avec lui ».
« Tu ne sais pas --, lui dit à l’oreille le Père – tu ne sais pas, quel coup de poignard j’ai reçu dans le cœur en voyant ce pauvre homme ».
Le Père se tut, puis il reprit faisant allusion au mourant pour lequel l’inconnu avait pleuré à ses pieds : « Il va vraiment  mal ». Et il resta plongé encore un moment dans ses pensées comme s’il suivait une image lointaine. Puis il secoua tristement la tête et enfin il ajouta, se penchant à nouveau à l’oreille de son compagnon : « Il est mort ».
L’on se demande si le fait de « voir » à distance ne dépend pas d’interventions angéliques. On lit chez les mystiques que certains d’entre eux voyaient comme dans un film, des choses terrestres éloignées. Il s’agissait probablement de visions, de représentations imaginaires et vraisemblables de ces réalités lointaines,  présentées par de purs Esprits. Ou bien était-ce de simples locutions ou informations de leur part, comme semble le confirmer cette confidence qui m’a été faite par Madame Mariuccia Ghisleri de Sales, près d’Alexandrie, que le Père Pio a uni en mariage avec son propre neveu Hector Mason. Lorsqu’elle était jeune fille, celle-ci demanda un jour au Père des nouvelles, dans l’au-delà, d’une personne morte chrétiennement. La réponse du Père a été : « L’Ange n’est pas encore revenu ».
Peut-être que dans le récit de Merla c’est l’Ange du Père Pio qui met en mesure, par ses informations, de décrire les derniers moments du moribond. Mais quelle que soit la façon d’expliquer la télesthésie, celle-ci fait partie des révélations divines, lesquelles, comme nous disent les mystiques et parmi eux saint Jean de la Croix, proviennent de Dieu par l’entremise des Anges. Celle-ci
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est indiscutable pour ce qui est des prophéties. Les Anges étaient habituellement les ministres et les interprètes des prédictions célestes, comme le dit Petavio 1, le même que Saint Thomas 2.
 Parlons de la bilocation, c'est-à-dire de la faculté que Dieu accorde à quelques privilégiés d’être en même temps en deux lieux différents. Parmi les saints qui en ont bénéficié, nous rappellerons seulement saint Antoine qui, alors qu’il prêchait à Padoue, fut remarqué à Lisbonne défendant, dans un tribunal, son propre père innocent, accusé d’homicide. Et saint Alphonse-Marie de Liguori qui se trouvant à Norcia dei Pagani, fut aperçu à Rome, au chevet du Pontife Clément  XIV, mourant..
Si l’on voulait parler de façon convenable de la bilocation de Père Pio, un long chapitre ne suffirait pas. Nous serons donc très succincts. Il est désormais de notoriété publique que le Père fut remarqué  à Rome, tandis qu’il priait devant la châsse du Pape Pie X et qu’on le vit à Saint-Pierre au milieu des fidèles qui assistaient au procès de canonisation de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Un témoin qui eut les confidences d’Edwige Carboni révèle : « Edwige eut en vision différentes conversations avec le stigmatisé du Gargano, Père Pio de Pietrelcina. Un jour Edwige dit « J’ai parlé avec le Père Pio.  Il a été très gentil avec moi, comme un père envers sa fille » 3. Le Père apparaissait au chevet des malades pour les assister dans leur dernier départ, pour les encourager dans la foi et la confiance en Dieu, les réconforter, les guérir. Les témoignages à ce propos sont innombrables.
Comment expliquer la bilocation ? « Lorsque nous disons que des personnes, de sainteté extraordinaire, se sont trouvées en même temps en plusieurs endroits – écrit le Cardinal Lépicier - , cela ne veux pas dire qu’un même corps ait existé réellement en

1 Denys Petavio, De Angelis, L. I., ch . XIII, n 12
2 Somme Théologique, p. II,  q. 172,  a.  2.
3 G. Fresu, Fiore di Sardegna (Fleur de Sardaigne), Librairie San Paolo,  Cagliari. Ce même témoin rapporte  encore : « Jamais  Edvige n’exprima le désir de se rendre auprès du Père Pio à San Giovanni Rotondo, mais elle me confia que plus d’une fois le Seigneur lui parla de ce prêtre, lui donnant l’assurance qu’il le laisserait sur la terre jusqu’à un âge avancé, pour qu’il puisse encore Lui conduire des âmes en grand nombre ».

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ces différents endroits. La bilocation, dans le cas des saints, consiste en ceci que, tandis que le corps occupe localement un endroit déterminé par Dieu pour prendre ses traits et accomplir à sa place des gestes ou des actions qu’il aurait accompli » 4 . .
 Un Ange apparaît, agit et parle au lieu de la personne dont il a miraculeusement assumé les traits. Voilà ce qui arriva par exemple à Thérèse Neumann que l’on vit un peu partout alors qu’en réalité elle se trouvait à Konnersreuth. On lui demanda un jour si ces apparitions étaient des cas de bilocation. La mystique allemande répondit négativement et attribua la chose à son propre Ange gardien 5. De son côté, le Père Pio nie à son tour qu’il lui soit arrivé la même chose. A un de ses confrères qui lui avait parlé de la bilocation de saint Antoine, il déclarait, « On ne sait pas si c’est le corps ou l’esprit qui se  déplace. Mais l’on sait où l’on va et qu’est ce qu’on fait ». Il y a quelques jours – lit-on encore dans une lettre du 10 décembre 1914 -, le Seigneur m’a accordé de rendre visite à Giovina et par mon intermédiaire de nombreuses grâces ont été données à cette jeune fille de la part du bon Jésus. Je vous prie de ne rien laisser connaître à Giovina de ma visite. C’est une bonne chose que de cacher le secret du Roi » 6.
  Il nous faut enfin parler du parfum du Père Pio. Une odeur parfois d’acide phénique, plus souvent de camphre, d’un parfum indéfinissable mais très agréable ou bien d’encens, de pain frais, de vin, de violettes, de lis, de menthe d’aurore, de jasmin ou d’autres fleurs s’échappait du corps  du Père comme d’un jardin, imprégnant souvent les habits qu’il portait et envahissant la cellule, le chœur, le couloir, la sacristie qu’il traversait ou dans lesquelles il se trouvait.
 Mais le phénomène ne s’arrêtait pas là. Ce parfum, d’une variété pratiquement sans limite, était perçu aussi de loin, dans les endroits les plus éloignés du globe. Les témoignages qu’on à

4   Card. Lépicier, Il Mondo invisibles (Le Monde invisible),  Ch. II,  P. I.
5 Kaplan  Fahsel,  Teresa  Newmann--,  op.  cit.
6 G.  Pedriali,  Una  figura del nostro tempo,  1952,  Rome                                                                (146)

Ce propos sont, sans exagérer, incalculables. Par bouffées, par souffles inattendus, très vifs, parfois violents, le parfum envahissait les narines et parfois la bouche et la gorge des personnes, les faisant sursauter. On ne pouvait s’y faire. Chaque expérience nouvelle de ce charisme merveilleux du Père Pio provoquait en nous une émotion de soulagement et d’encouragement. L’on reconnut entre nous, fils spirituel, que l’odeur du pain frais était une invitation a la table eucharistique, que celle d’acide phénique indiquait une invitation à la mortification et à la pénitence, présage de nouvelles ou d’évènements désagréables, tandis que les odeurs agréables voulaient en général tout simplement indiquer la présence spirituelle Père Pio, garantie de sa vigilance sur notre vie et nos besoins, stimulant notre confiance dans la providence de Dieu. Ou bien c’était encore le signe qu’une requête de notre part avait été reçue. Ces odeurs, je les ai senties de très nombreuses fois. Surtout aux plus difficiles moments de ma vie.
 Le sujet est tellement riche, édifiant, et en même temps objet de curiosité, qu’il nous faudra nous y attarder un peu, au risque d’allonger ce chapitre de façon disproportionnée. Les scolastiques disaient : « Contra factum non valet argumentum ». Que parlent donc ici les faits et qu’ils prouvent eux-mêmes que l’invention, l’exagération, la suggestion n’ont rien à voir avec le parfum mystique qu’on appelle « odeur de sainteté ». Nous nous en tiendrons à quelques faits que nous limiterons car, nous le répétons, les témoignages sur ce charisme sont sans nombre.
 Je donnerai la priorité à ce qui arriva à Mademoiselle Maria Giuseppina La Porta que je suivis de près. Un mal inexplicable et rebelle avait fait d’elle une malheureuse. Abattue, les yeux hagards, éperdue, elle ne cessait d’émettre de sons lamentables en une plainte tellement insistante que cela devenait une obsession. La plainte s’accompagnait d’un mouvement continu et désagréable du corps, qui déconcertait. Je vis la jeune fille dans ces conditions au couvent, dans le couloir long et étroit de la conciergerie. Elle s’appuyait au mur, pendant qu’une de ses sœurs, dans un angle, pleurait sans arrêt dans les bras de deux dames italiennes du nord. Le père, un agriculteur du nom de Giuseppe et deux tantes taciturnes, étaient là aussi. Suffoquée par cette scène pitoyable, une vieille
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dame des Marches ne réussissait plus à se taire, ni à rester tranquille, agitée par la pitié et l’inquiétude. Mais celui qui vraiment n’en pouvait plus et dont la patience était à bout, c’était le propriétaire du taxi, loué par la famille La Porta. Celui-ci avait supporté la plainte continuelle de la jeune fille durant tout le trajet de San Marzano à San Giovanni Rotondo et il s’était associé à ceux qui espéraient un miracle dans le seul but d’en finir, car il risquait de perdre la tête. Mais il n’y eut pas de miracle.
 Même le Père Pio, lorsqu’il apparût dans le couloir, après avoir distribué la communion de neuf heures aux fidèles, fut, selon son humeur habituelle, plutôt brusque avec la jeune fille. « Faut-il donc crier de cette façon ! », lui dit-il d’un air renfrogné. Puis les traits altérés de son visage se détendirent d’un coup et son air résolument renfrogné fut suivi d’un sourire plein de compassion et de tendresse. « Vas en paix, ma fille », levant la main à demi bandée pour la bénir, puis la lui posant sur la tête. Après quoi il disparut, derrière la porte qui conduit aux escaliers du couvent. Rien d’autre
 Déçu, le conducteur s’en revint avec les La Porta sur l’esplanade du sanctuaire et reprit le volant.
 Père Pio entre-temps avait atteint le chœur qui donne sur la nef centrale de la chapelle. Il s’arrêt là un moment pour prier, puis il retourna dans sa propre cellule, dont la porte portait le n° 1, et se trouvait située le long des couloirs, à l’ombre des couloirs. Il était accompagné par l’ingénieur Sculatti de Rome, un habitué, bien connu du Père. Le Père semblait préoccupé et affligé. Il demanda à l’ingénieur : « As-tu vu cette pauvre fille ? », Il secoua la tête et ajouta avec un accent du cœur : « Comme elle me fait de la peine ! ».
 C’est sans doute à ce moment même que survenait le prodige. Le taxi portant la famille La Porta avait parcouru environ 25 kilomètres sur la route de San Giovanni vers Foggia. Le chauffeur s’arrêta, alarmé par une odeur, qu’a première vue, il crut reconnaître comme caractéristique d’essence brûlée. Il lève le capot, l’odeur est toujours là et se fait plus forte. On respire l’air, on se regarde inquiets et tout a coup un cri s’élève : « C’est de l’encens, de l’odeur d’encens, le parfum du Père Pio ! ».
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 Au grand réconfort et au grand étonnement du chauffeur qui ne sait que penser du parfum du Père Pio, à la joyeuse surprise et à la très grande émotion des autres, Maria Giuseppina met fin à sa plainte obsédante, et comme dans un réveil heureux, ses traits se détendent, son visage prend une expression douce, souriante. Elle cesse de se tordre. Et elle retrouve la parole qu’elle n’utilisait pas depuis qu’elle ne cessait de se plaindre. En un mot, elle redevient la jeune fille saine et normale qu’elle était trois ans auparavant, c'est-à-dire avant que ce mal mystérieux et si vilain ne la prenne et ne l’oblige à de fréquentes et dépensières pérégrinations, toujours sans résultat, d’une ville à l’autre, en Italie, pour aller d’un spécialiste à l’autre, à Tarente, à Bari, à Naples, à Rome, etc.
 Lorsque, peu après, ils eurent re-parcouru les 25 kilomètres qu’ils venaient de faire, l’esplanade du sanctuaire résonna des cris émus de la miraculée et des parents. Personne de ceux qui avaient vu auparavant la jeune fille et n’en croyaient leurs yeux et l’émotion était forte. Si bien que le chauffeur, à bout de nerfs, était sur le point de perdre l’esprit que Maria Giuseppina venait à peine de retrouver. Bégayant, le pauvre homme dut être assis sur une chaise, tandis que le Père Pellegrino le giflait pour éviter qu’il ne s’évanouisse. Tout cela à cause d’un peu de parfum qui – trêve de plaisanterie – eut des effets bénéfiques même sur ce sceptique.
 C’est le 21 septembre 1956. La messe du Père Pio est terminée depuis quelques heures. Avant de reprendre le chemin de chez moi, je décide de m’arrêter un instant au magasin d’Abresch. Tandis que je parle avec Madame Pierina Roversi, une demoiselle de vingt ans environ entre tout à coup dans le magasin, le visage enflammé et très agité. « C’est incroyable ! – s’exclame-t-elle, se mettant à choisir nerveusement quelques photographies du Père exposées sur le banc. – Je suis ici depuis trois jours, et bien quelques instants auparavant j’étais en colère, je me disais : voilà  que je suis obligée de partir et non seulement je n’ai pu lui adresser la parole, mais je n’ai même pas pu lui baiser la main. Je ne reviendrai plus jamais ! C’est de l’argent jeté par la fenêtre. Et voilà que tout à coup un parfum que je ne sais pas préciser et qui était très agréable et fort, m’envahit. J’ai tout compris », conclut l’heureuse demoiselle. « Non seulement je me
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 garderai bien de ne pas revenir, mais il faudra que ma mère vienne elle aussi avec moi ». Madame Pierina fouilla derrière le comptoir et me tendit une feuille de papier en me faisant un clin d’œil. Alors j’écrivis aussitôt ce fait reportant le nom, le prénom et l’adresse de la jeune fille. Maria Giuseppina Bellagamba, rue Victtorio Alfieri, à San Benedetto del Tronto, Province de Ascoli Piceno.
 Mademoiselle Maria Salvadori de Gavardo, Province de Brescia, raconte : « Le 29 juillet 1951, je perdis dans un tragique accident de voiture, deux parents dont une sœur que j’aimais tendrement. Je passais des mois terribles, réduite à des conditions physiques et morales pitoyables. J’avais avec moi une jeune fille pour m’aider dans le ménage. Elle s’occupait me préparer à manger et de me faire dormir. Un soir de février 1952, vers huit heures, je montais dans ma chambre avec ma domestique pour aller dormir. Lorsque nous entrâmes dans la chambre, une odeur intense, indéfinissable, m’envahit. Je demandais à ma compagne :
 «  - Marie, pourquoi t’es tu parfumée ? Tu sais bien que je ne supporte pas les parfums dans l’état où je me trouve, parce qu’ils me font mal à la tête.
 «  -Mais Mademoiselle, vous vous trompez, je n’ai aucun parfum ! objecta la jeune fille étonnée.
 Incrédule, je sentais ses cheveux, les habits qu’elle portait et dus me rendre à l’évidence et lui demander pardon. Peu après j’étais au lit. Je pensait à mes morts et priais jusque tard dans la nuit à cause du sommeil qui ne venait pas.
 « Deux semaines passèrent environ. Je ne pensais déjà plus au parfum, lorsqu’un soir, entrant dans la chambre, je le sentis à nouveau. Il était cette fois si intense que je ne pouvais le supporter. Il me donnait la nausée.
 « - Oseras-tu dire cette fois que tu ne t’est pas parfumée ? » dis-je à Marie, cachant mal mon irritation. La pauvre fille se mit à pleurer :
 «  - Je vous jure que je n’ai pas de parfum et d’ailleurs je ne sens rien.
 « Le fait qu’elle ne sentait rien me fit réfléchir. Peut-être étais-je en train de perdre la tête à cause de la tragédie dont le souvenir était encore vivant. C’est avec ce triste doute que je me mis au lit.
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 « Après une dizaine de jours environ, la même chose arriva.  Au moment où j’entre dans ma chambre, je suis prise par ce même parfum  mystérieux. Je ne dis rien à Marie cette fois. Et je me mis à penser que, à moins de devenir folle, ce parfum devait venir de l’au-delà. Peut être m’était-il envoyé par ma sœur défunte, peut-être était-ce une réponse rassurante à mes fréquentes et inquiètes préoccupations à propos de son sort ?
 « Pendant encore quinze jours il ne se passa rien.  Et voilà qu’un soir le phénomène se répéta, dans les mêmes circonstances, lorsque j’entrais dans ma chambre. Cette fois c’est Marie – elle est née et habite à Gerle – qui le sent la première et qui exclame ;
« - Mademoiselle, Mademoiselle, le parfum, quelle merveille !
 « J’accours aussitôt très agitée et je respire. L’odeur provenait d’un endroit bien précis entre la fenêtre et le coffre dans un angle vide d’environ 70 centimètres carrés. Il n’y avait pas de doute, le parfum était là et là seulement. Pendant un bon quart d’heure nous restâmes là, extasiés, émues et un peu apeurées.
 « Revenant en arrière, je dirai que quelques années avant la tragédie, j’avais entendu parler du Père Pio comme d’un saint qui vivait dans le voisinage de Foggia. Dans les jours tristes qui suivirent mon malheur, j’avais pris l’habitude de l’invoquer de loin. Je le priais aussi pour qu’il fasse en sorte que je puisse le rejoindre à San Giovanni.
 Enfin après bien des obstacles et des contretemps, j’ai pu prendre la route de Foggia en compagnie d’une de mes belles-sœurs. C’est là que, pour la première fois, j’entends parler du parfum du Père Pio. Sur la place de la gare, l’autobus pour San Giovanni attendait. Nous prîmes place sur les sièges, au fond du véhicule. A côté de nous  arrivèrent deux dames qui s’assirent. Elles se mirent à discuter.
 «  - La première phrase, fut celle-ci : »Sais-tu que le Père Pio se fait sentir même de loin par un parfum ? ».
 J’en restais stupéfaite. Un frisson parcouru tout mon corps. Alors oui, je compris. Et je vous laisse imaginer combien j’étais sur le point d’éclater en sanglots. Voilà donc ce que j’écris et souscris pour la gloire de Dieu »
Appelée par le Père par des chemins mystérieux, l’auteur de
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ce récit est depuis plusieurs années au service des malades dans la maison Casa Sollievo della Sofferenza.
 Un ami de Sicile, dont je tairai le nom, était tout surpris de sentir l’odeur de la moisissure toutes les fois qu’il venait à San Giovanni Rotondo et qu’il se trouvait dans l’église ou dans des endroits du couvent, fréquentés par le Père Pio.
 « Qu’est-ce que cela pourra bien vouloir die, cette odeur de moisissure ? », me demanda-t-il n soir en se promenant avec moi le long du boulevard.
 « Sans aucun doute -  lui répondis-je – ce genre d’odeur doit avoir quelque rapport avec ta vie privée ».
 « Vraiment – admit-il – je fréquente une dame qui a plus de quarante ans ».
 « Tu vois – l’interrompis-je -, il y a donc une raison »
 C’est une femme qui, même si je règle la situation avec elle dans le mariage – poursuivit-il – n’est plus en mesure de me donner un enfant à cause de son âge. D’autre part – ajouta t il – moi-même je ne suis pus très jeune ».
 « C’est donc une relation qui sent le ranci. Le sens de l’odeur de moisissure est donc plus que clair, ne te semble-t-il pas ? ».
 Déconcerté, l’ami me donna raison : « Je n’y avais jamais pensé, que me conseilles-tu ? ».
 « De mettre les choses en règle, comme dirait le Père Pio », répondis-je.
L’ami sicilien vint d’autres fois pour voir le Père et me confia de s’être confessé à lui après avoir « mis les choses en règle ». Et il me disait qu’il ne sentait plus l’odeur de moisissure.
 Que dire encore de cet autre incroyable témoignage de Madame Antonietta Pacchelli veuve Giustozzi qui habite au 63, Viale Carlo Felice, à Rome et raconte – en un moment d’émotion et avec un lyrisme qui sont plus qu’une preuve d’authenticité – ce qui est arrivé en 1961, alors que le Père vivait encore ?
 « Accablée et désolée, comme peut l’être une mère pour son seul fils innocent qui vient d’être condamné, je passais des nuits blanches, torturée par des idées et des pensées qui m’obsédaient ».
 « Constamment, dans le silence des nuits interminables, j’invoquais le Père Pio d’intercéder et d’avoir pitié de notre souffrance.
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Je l’appelais d’un accent déchirant du plus profond de mon âme, j’implorais son secours.
 « Une nuit, je sentis la chambre envahie d’un parfum enivrant. Je ne savais pas quoi penser, car il n’y avait aucun parfum et ni même de fleur dans toute la maison. Je me levais pour me rendre compte si vraiment quelqu’un n’avait pas porté des parfums dans l’habitation. Rien ! Et cette odeur continuait à émaner d’une façon délicieuse, bouleversant mon esprit.
 « L’espoir d’avoir obtenu la grâce, par l’intermédiaire du Père Pio m’effleura et cette conviction de mon cœur fut confirmée d’abord en constatant que ma sœur, dans sa propre maison, avait senti la même chose lorsque l’innocence de mon fils fut reconnue.
 « Par gratitude envers le Père Pio, je voudrais qu’on lise ce témoignage qui veut exprimer à son égard tout notre remerciement et implorer sa bénédiction pour mon fils, pour sa petite famille et pour moi-même, indigne et misérable pécheresse ».
 Réponse valable de Dieu, parmi tant d’autres, aux doutes et à la négation de son existence, le parfum du Père est aussi un signe des plus lumineux de la vérité du Christ et de sa prédilection pour son Eglise. Ce parfum du Père Pio mériterait bien un livre à lui tout seul, tant parce qu’il est édifiant et réconfortant dans la foi, que parce qu’il répond à ceux qui ont des doutes, qui ne croient pas ou qui sont ignorants.
 Il s’agirait d’un livre qui ne se limiterait pas seulement à reporter les informations sur l’odeur de sainteté qui a consolé et encouragé des millions de personnes dans l’amour de Dieu, dans la pratique de l’Evangile, dans la fidélité à l’Eglise, tout le temps que vécut une des meilleures « bonne odeur du Christ » (2 Cor. 2, 15) de tout les temps. Il faudrait encore que ce livre montre combien cet homme – bien que mort – continue à poursuivre les hommes de ses effluves célestes, encourageant, éprouvant, transformant les consciences.  Nous avons du mal à nous imaginer comment là haut, parmi les bienheureux, sans avoir besoin de recourir aux jumelles – qui par ailleurs sont inutiles pour eux - , l’on aime parcourir les colonnes de nos journaux,, prenant du plaisir – de même que chez nous, devant des bandes dessinées et les cartons animés – aux puérilités qui s’y trouvent si souvent, sur des tons
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Et des airs qui, sans aucun doute, doivent les inciter a secouer la tête et l’auréole. Pourtant, c’est bien ainsi que cela se passe.
 Quelques années après le départ du Père, un jour de septembre, mon ami Attilio Checchi d’Ancone, était en train de lire sur le Corrière della Sera, avec une amère surprise, un discours blessant de Indre Montanelli à l’égard à l’égard du Pape Pie IX. Tout à coup, me confie cet ami, « une odeur -  l’odeur si caractéristique du Père Pio – me faisant comprendre clairement que je devais comprendre clairement que je devais arrêter de lire cet article ». Il n’y a là rien d’invraisemblable.
 Pour donner un autre exemple, je parlerai de ce que me disait le directeur du groupe de prière du Padre Pio à Genève, l’abbé Albert Fert, le 15 septembre 1974 : « Le Groupe de Prière de Genève marche toujours bien. Les jeunes en particulier sont toujours de plus en plus nombreux et fervents. Plusieurs parmi eux, d’origine protestante, se sont convertis à l’Eglise Catholique grâce au Père Pio et aux parfums très fréquents ! ».
Que je sache, le Père ne s’est jamais prononcé sur l’origine des odeurs qu’il faisait sentir. D’autre part, il était trop humble et jaloux des « secrets du Roi ».  E nous étions nous-mêmes trop impressionnés par sa grandeur morale. Nous nous sentions trop petits en sa présence pour avoir le courage de lui poser une question à ce sujet. Ce qui est certain c’est que lui-même était conscient de bénéficier de l’odeur de sainteté. A une étudiante universitaire, par exemple, qui le remerciait du parfum avec lequel il avait répondu à son invocation, lorsqu’elle lui demandait son aide pendant un examen qu’elle était sur le point de passer – et qu’elle passa d’ailleurs très brillamment - , le Père dit : « Remercie donc le Seigneur ».
 Mais nous ne sommes pas sûrs cependant, surtout pour ce qui est des odeurs qu’il faisait sentir de loin, que ce soit toujours lui en personne qui les provoquait. Dans les exemples que nous avons reportés, il nous semble certain que les odeurs provenaient directement de sa personne, dotée de bilocation, spirituellement présente et invisible. Mais qui pourrait nier qu’une partie, une bonne partie des agréables odeurs moins extraordinaires ne provienne pas, avec l’assentiment de Dieu, des ministres et exécuteurs de Sa parole, étant donné la fréquence et le nombre très élevé des manifestations de ce phénomène prodigieux. On se demande
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En effet si lui-même en fut toujours conscient. Il pourrait se faire en effet, que le Seigneur, dans l’économie du salut et, eu égard à son serviteur, sous la poussée de la prière et de la souffrance réparatrices qu’il offrait si généreusement, ait confié aux Anges la charge de répéter parfois ce prodige à son insu.
 C’est tout ce que nous pouvons dire et supposer à propos de la question de savoir si l’« odeur de sainteté » du Père Pio avait quelque chose à voir avec les purs Esprits. De toute façon il nous semble avoir suffisamment prouvé le rôle dominant que les saints Anges ont joué dans sa vie et dans sa mission terrestre.
 Ceux-ci en effet le soutenaient dans ses fatigues ministérielles, et dans le martyre quotidien, constant, par lequel il « disputait les âmes à Satan ». Ils portaient à Dieu ses supplications, nourries de sang et de lames, et les lui ramenaient transformées en joyeuses et splendides consolations et grâces. Ils intervenaient à l’intérieur et hors du confessionnal, dans les rencontres qu’il avait avec les hommes. Ils servaient d’intermédiaire entre lui et les fils qu’il avait douloureusement enfanté à Dieu. En sorte que de n’importe quel coin du globe où ces derniers lui adressaient leurs supplications, ils pouvaient compter sur la rapide et généreuse médiation que les messagers célestes étaient obligés d’apporter, étant donné les mérite de cet imitateur du Christ, les liens de ce dernier avec le Seigneur et ses Anges, l’amour fraternel des Anges à notre égard et notre propre foi. L’on pouvait compter davantage sur les Anges que sur tout autre moyen moderne de communication.
 Le Père Pio avait aussi un Ange personnel qu’il faisait constamment travailler ou, comme il dira lui-même dans un précieux texte inédit, qu’il faisait constamment « promener ».
 Enfin les Anges – dirons-nous avec le Père Lamy – étaient pour lui « la consolation du soir ». Mais de cela et d’autres choses encore, nous en parlerons une autre fois 7.
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7.  Dans Le Diable existe,  op.   cit.
 

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XX Jusqu'à l'éternité
 

La réalité dans laquelle l’homme est inséré n’est pas seulement celle de la terre qu’il habite, du milieu naturel, de la société dans laquelle il vit, des faits et des évènements historiques qu’il mobilise et l’entraînent dans leurs déroulements convulsifs. Le mystère l’entoure. Un mystère qui ne consiste pas seulement dans le destin humain malheureux qui le trouble et ni dans les secrets qui se cachent dans la nature et dans les monde infinis du cosmos dans lequel il se voit perdu et comme anéanti. L’au-delà qui semble tellement impénétrable, tellement éloigné et impossible à atteindre, dont l’existence même est mise en doute ou exclue, cet au-delà s’agite dans le monde, autour de lui et à travers lui, divisé en deux clans, en deux puissances qui s’opposent constamment et entre lesquelles l’homme se trouve comme entre deux feux : objet de proie et tout en même temps de protection, objet de la persécution implacable de l’un et soutenu par la vigilance et la sollicitude constante de l’autre. Amour et haine s’affrontent pour l’homme. Les Anges de lumière et ceux des ténèbres se disputent l’homme sans jamais se donner du répit, dans une « lutte qui a commencé dès l’origine du monde et qui durera – comme dit le Seigneur – jusqu’au dernier jour » (Gaudium et spes).
 Il n’est pas facile de se faire une idée de cette lutte dans laquelle se rencontreront jusqu’au bout des forces, des éléments multiples et nouveaux. Chacune des puissances angéliques luttera pour l’emporter sur l’autre, exerçant sa propre influence sur le comportement de l’homme, sur son intelligence, ses idées, ses sentiments, sa situation, sa faiblesse, sa tendance au mal, sa vocation, ses aspirations au bien, ses conquêtes, ses frustrations, ses choix idéologiques, sociaux, moraux, sa liberté, ses libres décisions
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et ses orientations dans l’histoire. Il est impossible, par notre esprit limité, de nous faire une idée claire et complète du conflit grandiose et tellement complexe, qui durera jusqu'à la fin des temps, et dans lequel interviennent et interviendront d’une manière déterminante, la justice d’abord, puis le bon sens, la charité, la compréhension et la miséricorde de Dieu, les droits de l’homme que le Créateur lui a donné sur la création, les mérites du sang du Rédempteur, de la Corédemptrice du monde, des martyrs et des saints, et puis la souffrance humaine, la souffrance humaine, la souffrance et la prière réparatrice des croyants et encore l’intervention libre et spontanée des Anges bons avec l’apport de leur générosité, de leur solidarité envers les rachetés, de leur supériorité sur les Anges déchus et de leur nature soutenue et confirmée par la Grâce.
 Nous ne savons pas quelles sont les limites aux initiatives personnelles que les Anges prennent spontanément en faveur de l’homme. De même nous ignorons le nombre des Anges bons et mauvais que l’homme dans son destin final maintient engagés dans un conflit ininterrompu. Nous ne savons pas non plus de quelle façon ceux-ci s’affrontent et luttent entre eux. Evidemment, contre la persistance des pièges, des manœuvres trompeuses et des agressions des ombres de la mort, les Anges de lumière opposent une vigilance, une attention et une protection, en faveur de l’homme, qu’il nous est difficile d’imaginer. Leur charité est très grande. La foi, la doctrine, les révélations des saints l’affirment.  Ces derniers, en particulier, nous le confirment par leur expérience à ce propos, nous donnant des exemples patents de l’engagement et de l’amour avec lequel les Anges se manifestent et viennent a notre secours, surtout au moment de la mort, nous défendent contre les démons, nous encouragent, rendent visite et réconfortent les âmes du purgatoire et les accompagnent, dans un air de fête, jusqu’au Ciel.
 Lorsque l’homme est sur le point de mourir et d’achever, en quelque sorte, l’étape de son destin, alors qu’il est sur le point d’en entamer un autre, irrévocable, éternel de vie ou de mort, et qu’il est sur le point d’être destiné à devenir un agneau ou un bouc, grain incorruptible du grenier du Paradis ou ivraie indestructible du four de l’enfer, à un moment aussi délicat et décisif, l’Ange multiplie son attention à son égard.

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Prisonnière, sous procès, attaquée dans sa foi à l’égard des Voix, de la mission que celles-ci lui avaient confié au nom de Messire – « Vous prenez trop de peine pour me séduire »
-, sainte Jeanne d’Arc est assistée tendrement, avec des marques d’attention empreintes de respect, presque de crainte, par ses frères du Ciel qui, avec sainte Catherine et sainte Marguerite, l’encouragent et continuant de lui dire : « Tu seras libérée par une grande victoire ». Ils lui disent : « Ne te préoccupe pas de ton martyre, car tu entreras dans le royaume du Paradis ». Condamnée au milieu des flammes, dans le feu, la fumée, le crépitement du bûcher, sur le point d’expirer, elle prononce à cinq reprises le nom du Seigneur et, une dernière fois, un dernier cri : « Jésus ! qui retentit comme un cri de victoire » 1. L’autre nom qu’invoquait aussi cette héroïne si pure (Erat casta, erat castissima » »), avec les noms de ses saintes Protectrices, est celui se Saint Michel, qui, assurément, ne pouvait que lui être très proche à ce moment précis, de même que ne pouvaient que lui être proche, pour l’encourager, les autres frères du Ciel : « Ne crains rien, ne crains rien ».
 Il est à peine nécessaire de faire remarquer que les Anges réservent leur attention et leurs soin majeurs à ceux qui ont le cœur pur et qui servent et aiment davantage le Seigneur. Le commerce de ces âmes avec l’invisible est en même temps anticipation de la vision béatifique, récompense d’avoir répondu généreusement à l’appel de Dieu qui est d’aimer, et encouragement à une plus grande adhésion au vouloir divin, qui permets par ailleurs de grandir dans la perfection et d’influencer les autres âmes de façon plus fructueuse. Mais cela est une récompense accordée aux saints en raison de leur charité envers Dieu. Interprètes et exécuteurs fidèles des vouloirs et des sentiments divins, eux-mêmes empreints de charité, par leurs apparitions, leurs confidences, leurs marques tangibles d’attention, les Anges ne font que répondre à l’amour. Aucune surprise donc pour nous si ceux-ci se révèlent de façon sensible ou que ce soient les saints, plus que les spéculations des théologiens contre le doute ou le scepticisme,qui témoignent de la bonté, de la miséricorde de Dieu, par leur expérience de l’assistance angélique, surtout quand il s’agit de prendre congé de cette vie.
 Saint Jean Gualbert, dans ses derniers jours, fut réconforté d’un jeune qui l’assistait très tendrement. Un jour le saint remarqua que ce dernier n’était pas descendu au réfectoire l’heure où les Valombrosiens avaient l’habitude de prendre leur repas frugal. Il en demanda la raison à ses religieux Don Rustico et Don Lieto. Mais de quel jeune parlait-il donc ?
 « De ce jeune – répliqua Gualbert – qui vient si souvent et qui est presque toujours près de mon chevet ».
 Les religieux comprirent. Il s’agissait d’un de ces « jeunes » originaires du Paradis qui – comme on le sait – n’ont l’habitude ni de faire la cuisine, ni de se rendre au réfectoire ou au restaurant, puisqu’ils se nourrissent d’une nourriture qui n’est pas de ce monde. C’était le Gardien de leur Père mourant. Et afin de ne pas troubler l’humilité du Père, Don Lieto dit :
 « C’est un bon moine venu du Mont Domini ».
 Ce mont existait réellement et il était connu du fondateur des Valombrosiens. Mais Gualbert  compris tout de même la vérité et le montra en disant :
 « Oui, je le sais, c’est le mont du Seigneur, mais celui dont parle le psalmiste : « Seigneur, qui donc montera jusqu’à ton mont sacré ? ». A mon égard il est vraiment si doux et si bienveillant » 2.
 Les Purs Esprits furent également très tendres et très bienveillants à l’égard de sainte Marguerite de Cortone. Elle eut de nombreuses visions, durant lesquelles Saint Michel se montrait à elle avec le Christ et la Vierge. Elle avait à sa disposition un Ange qui lui parlait comme un ami, l’instruisait, lui transmettait des grâces, lui donnait des conseils. Alors qu’elle était malade et sur le point de partir pour le Ciel, Satan lui apparût pour l’inciter à la méfiance et au désespoir, essayant de faire pénétrer dans son âme de l’inquiétude en raison de sa renommée, des foules qui courraient à elle et de ses propres doutes sur la persévérance dans la grâce, qui pourtant lui avait été attestée par le Seigneur. C’est alors
 

2  D.  Alfonso Salvini, o.s.b.v., San Giovanni Gualberto, Ed.  Paoline, Rome

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qu’apparût son Ami céleste qui mit en fuite l’apparition infernale par ces mots : « Que peux-tu bien vouloir à celle que le Seigneur a destiné au chœur  des Séraphins ? ». Puis il dit à celle-ci :
 « Ne crains rien, moi protecteur de ton âme, ce noble temple de Seigneur, ja suis toujours avec toi » 3.
 Saint Jean Bosco écrivait : « Puisque les soins que notre Ange a à notre égard durant notre vie n’ont d’autre but que de nous procurer une mort particulièrement belle, quand il s’aperçoit que cette heure approche, il redouble d’attention pour réussir dans ses desseins et prépare à ce grand passage l’âme qu’il a tant à cœur. L’on remarque que lesz âmes fidèles, surtout celles qui sont particulièrement dociles aux invitations de leur Ange, bénéficient toujours d’un pressentiment, d’une certitude à l’approche de la mort. On les voit alors beaucoup plus attentives spirituellement, dotées d’une plus grande ardeur envers les œuvres chrétiennes et pieuses, en sorte de mieux terminer leur vie. Cela est sans aucun doute le fruit d’invitations faites par leur saint Ange. L’on sait que les âmes privilégiés ont été averties avec précision à ce propos et ont donc pu, dans le temps qu’il leur restait, accroître plus que de coutume leur trésor d’œuvres bonnes ».
 Et ici l’auteur cite plus d’un exemple. «  - Tu mourras le premier jour de l’an - , dit l’Ange à saint Marcel Abbé ; - tu mourras le premier jour de mars – dit encore l’Ange au Prince David de la race royale d’Angleterre ; Dans un an je viendrai pour te conduire avec moi dans la Gloire – dit encore l’Ange à Saint Hubert » 4 .
 Et l’on n’a dit que bien peu de choses jusqu’à présent sur les moyens qu’utilisent les saints Anges pour avertir et secourir leurs protégés en vue du grand passage. Saint Philippe de Néri disait par exemple à deux prêtres qui étaient au chevet d’un mourant :
 Mes Pères, allez de bon cœur faire votre office de charité, car, pour votre consolation, je puis vous dire que j’ai vu les Anges

 3  Cfr.  Fra Giunta  Bevenate,  Legenda beate  Margarita  e  L. Leclève, Santa Margherita da Cortona,  Ed Paoline, Bari.
 4  Saint Jean Bosco,  op.  cit.
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du Seigneur mettre les paroles dans la bouche de deux d’entre vous, tandis qu’ils priaient pour l’âme d’un mourant 5
 A Rome, durant la peste de 1597, un jeune à l’aspect avenant se rendit auprès des Camilliens demandant que quelque uns d’entre eux se rendent au chevet d’un malade. Accompagnés par l’inconnu, deux Pères de Saint-Camille arrivèrent à l’habitation de souffrant, mais au moment d’en franchir le seuil, le jeune homme qui les accompagnait disparut à l’improviste. Ce ne fut pas la seule fois qu’un fait de ce genre se produisit dans cette triste période Il arriva en effet que d’autres fils de Saint-Camille furent appelés et même accompagnés par des inconnus au chevet de mourants qui se trouvaient dans l’impossibilité complète de demander de l’aide. « Chose que – fit remarquer Martindale – encore aujourd’hui l’on constate souvent comme le prouvent des exemples rapportés par des personnes absolument dignes de foi. J’ai vu moi-même trop de cas de prêtres appelés de façon mystérieuse au chevet d’un mourant, pour douter que Dieu n’ait pas fait en sorte que la même chose arrivât souvent durant les épidémies d’autrefois ». 6.
 « Ah, quel réconfort me procure mon bon Ange ! – rapporte saint Jean Bosco à propos, à propos des paroles d’un mourant -. C’est lui qui me donne le baiser de paix. Je m’en vais avec lui. Adieu ! ». Et un autre mourant, au moment d’expirer : « Comme il combat l’Ange, pour ceux qui lui sont dévoués !  Comme il me console ! Vous ne voyez donc pas ? Je meurs entre ses bras ». De plus,  sainte Thérèse, à une dame de la noblesse dont l’enfant était sur le point de fermer les yeux à la vie terrestre : «  Oh Madame, comme ils sont nombreux les Anges qui viennent prendre l’âme de ce petit ange de la terre ! Heureux est celui qui meurt de la sorte ! » 7 .
 Heureux les innocents, les vaillants et infatigables travailleurs de la vigne du Seigneur. Voilà les Anges qui viennent me prendre ! Maman la bénédiction. . Que Dieu bénisse toi, Papa et tous ceux qui appartiennent à cette maison. Bénit soit le nom du Seigneur ! ».

 5  P. Mario Vanti  m.i.,  Lo  spirito di San Camillo  de Lelis, Tipographia Poliglotta Vaticana
6  C.C.  Martindale,  op.  cit.
 7  Saint  Jean  Bosco,  op.  cit.
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Ainsi parla Evangéliste sur son lit de mort. Lorsqu’à son tour, au moment de rejoindre son enfant son enfant au Ciel et répondant à la question de Don Jean Mattiotti qui lui demandait : « Que vois-tu ? », Françoise Romaine dira, les yeux brillants de joie : « les Cieux sont ouverts. Les Anges en descendent. L’Archange est prêt et me fait signe de le suivre ». 8.
 Notre Ange se garde bien d’accueillir ces « fioretti » par les doutes ou le sourire, même si beaucoup de plumes catholiques croient devoir les ranger parmi les objets d’antiquaire. Ne sont-ils pas le fruit de l’imagination ? Ne nous éloignent-t-ils pas de la réalité ? Non, ils sont un rappel du sens et de la direction dont notre vie est digne et qu’elle doit prendre contre tout matérialisme, positivisme ou horizontalisme. Nous voulons insister sur le sens « vertical » de l’existence, sur la fin dernière de l’homme que soulignent ces rencontres décisives avec les Anges lorsqu’ils viennent prendre les mourants. Mais leur mission ne s’arrête pas là. Ils ne prodiguent pas seulement leurs soins, in extremis, pour nous sauver de la voracité des « ennemis de notre âme ». Leur charité dépasse les limites de la vie terrestre. « Dum purgantur ab Angelis saepe visitari et consolari non dubitamus, promittentes coelestem Hierusalem », déclare saint Augustin (Ser. 46).
 En effet, « lorsqu’un homme meurt – dira sainte Françoise Romaine - , son Ange gardien, selon ses mérites, conduit son âme dans les régions inférieures du purgatoire et se met à sa droite… L’Ange présente alors à Dieu les prières qui s’élèvent vers lui de la part des âmes et intercède pour que leur peine soit abrégée » 9.
 Sainte Marie Madeleine de Pazzi, étant parvenue en esprit en un lieu du purgatoire où les âmes expient des péchés d’ignorance ou de faiblesse, vit à côté de chacune les Anges gardiens qui les consolaient. De même sainte Marguerite-Marie Alacoque, durant ses extraordinaires maladies, eut un jour l’apparition de l’Ange qui l’invitait à l’accompagner au purgatoire. La sainte accepta. Elle fut conduite en un lieu immense, rempli de flammes et de

8 H..  Montesi  Festa, Santa Francesca  Romans,  S.E.I., Turin.  Cfr.  également  Boll. (9 mars).
9 Boll..  Ib.
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Charbons ardents, où il y avait une multitude d’âmes qui imploraient miséricorde, les bras levés vers le ciel. Regardant ces pauvres âmes, la Sainte remarqua que chacune avait à son côté un Ange qui la consolait en termes très affectueux 10.
 Il est exact que les âmes du purgatoire, destinées à la Jérusalem céleste, reçoivent souvent la visite de leurs Anges gardiens dont elles reçoivent consolation. Dans la charité, la disponibilité qui les caractérise, que ne feraient-ils pas pour adoucir les peines et abréger les souffrances. Ils puisent en effet aux sources de l’Eglise priante et souffrante l’eau qui réconforte. Combien de souvenirs qui nous viennent à l’esprit à propos de personnes défuntes nous sont suggérées par les Anges à notre insu ! Cela arrive surtout aux prêtres, durant le sacrifice de la Messe. Les célébrations du rite eucharistique sont l’aide la plus demandée par les âmes du purgatoire, durant leurs apparitions au créatures privilégiées de l’Eglise.
 Au moment de la prière pour les défunts, comme de celle pour les vivants, le Père Pio se recueillait profondément. Ce n’était rien d’autre qu’un moment d’extase, à peine dissimulé par l’immobilité, le calme dont il faisait preuve et qu’il essayait de faire apparaître comme naturel. Son recueillement par ailleurs était tellement long que les fidèles en étaient émerveillés, édifies. A la fin, le prêtre stigmatisé reprenait la célébration du rite, se réveillant presque en sursaut, de façon subite et discrète, comme lorsque s’allume à l’improviste une lumière ténue. Son immolation pour les morts n’était pas moins généreuse que celle pour le monde, pour l’Eglise, pour le Pape et pour ses fils spirituels.
 On peut constater dans une lettre qu’il écrivit en 1910 à son directeur spirituel, le Père Benedetto : « Depuis pas mal de temps je sens en moi un besoin, celui de m’offrir au Seigneur comme victime pour les pauvres pécheurs et pour les âmes du purgatoire ; Ce désir grandit toujours davantage dans mon cœur au point d’être devenu ce que j’aurais envie d’appeler une forte passion ». Et il insiste pour que le Père Benedetto lui accorde « l’autorisation de se donner à cette intention, en sorte que le Seigneur

     10 P.  Louvet,  Il Purgatorio  nelle  revelazioni dei  Santi,  Marietti, Turin.
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« convertisse et sauve les pécheurs, et fasse entrer rapidement au Paradis les âmes du Purgatoire ». Il me semble – dit-il – que c’est Jésus lui-même qui le désire. Je suis sûr que vous n’aurez aucune difficulté à m’accorder cette autorisation » 11.
Combien de fois n’avons-nous pas remarqué la coïncidence entre une de ces mystérieuses et le décès d’un confrère, d’un fils spirituel, d’un inconnu qui lui était recommandé. Il ne s’agissait pas de « pures  rencontres de hasard » puisque souvent il nous le faisait comprendre en disant : « Il est sauvé », ou bien « Il est déjà au Paradis », paraissant à nouveau soulagé et guéri.
 Les archives du couvent où il a vécu ne nous révèlent encore rien de ces liens angéliques en relation avec les âmes des défunts. Et cependant, il nous suffira à ce propos de rappeler cette fameuse phrase :  « L’Ange n’est pas encore revenu »,qu’il dit en guise de réponse à sa fille spirituelle, qui lui avait demandé des nouvelles du sort advenu à une personne qui venait d’entrer dans l’autre vie. Il est certain que les Anges qui lui ont été si familiers, n’auront pas hésité à lui demander de prier et de souffrir pour soulager et libérer les âmes du purgatoire, comme ils l’ont fait, on le sait, pour tant de créatures privilégiées.
 Très dévot à l’égard des âmes du purgatoire et habitué à prier à leur intention par le chapelet, le serviteur de Dieu Pierre de Basco († 1645) s’endormit un soir où il avait oublié de prier pour elles. Il fut réveillé par l’Ange gardien qui lui dit : « Mon fils, les âmes du purgatoire attendent l’obole ordinaire, habituelle de votre piété » 12.
Depuis combien de temps Gemma ne s’occupait plus des âmes du purgatoire ? « Mon enfant, vous y pensez si peu ! », lui dit l’Ange. Or c’était depuis le matin seulement qu’elle ne priait pas à leur intention, écrit-elle dans son Journal. L’Ange aurait aimé que toutes les petites choses » dont elle souffrait, soient offertes pour ces âmes. Oui – lui dit-il -, oui ma fille, la plus petite souffrance est un soulagement pour ces âmes ».

 11  Epistolaire,  op. cit.
 12  P.F.S. Schouppe,  Il dogma  del  Purgatorio,  Libréria S. Giuseppe degli Artigianelli,  Turin
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 80 ans auparavant environ, sainte Véronique Giuliani notait elle aussi dans son Journal à propos d’une âme qui lui avait été recommandée : « Mon  Ange gardien a pu obtenir qu’une de ces âmes me parle : - Ayez pitié de moi, aucune créature vivante ne peu se rendre compte combien ces peines sont atroces. C’est un bouleversement constant et cependant personne n’y pense. Ayez pitié de moi ! – J’essayais alors de la recommander à la très Sainte Vierge. Un instant plus tard il me sembla voir cette âme toute heureuse me dire : - Je viens d’apprendre à l’instant que bientôt je sortirai d’ici, grâce à votre charité ».
 Véronique était beaucoup aidée et encouragée par la Sainte Vierge dans ce désir commun de « vider tout le Purgatoire », donnant satisfaction à la justice divine, souffrant elle-même « peines et tourments » : «  - Ma fille, je te confie cette âme… Ma fille, souviens-toi que mon serviteur…Cette nuit – écrit-elle encore – il me semble que Dieu m’a fait voir une âme du Purgatoire… elle souffrait un tourment indicible. Et elle semblait voir un je ne sais quoi, mais je ne parvenais pas à comprendre ce que c’était. A la fin mon Ange gardien me fit savoir qu’elle voyait l’habit qu’elle avait porté en religion et que la seule vue de ce dernier réveillait en elle ses tourments et ses peines, car elle avait vécu avec l’habit, certes, mais pas comme une religieuse ». Véronique est alors invitée à prendre, dans ses peines, la place de cette âme jusqu’à la fête de la Purification de la Vierge. « Je donnais – écrit-elle – mon assentiment à tout et en tout… C’est alors que Jésus et Marie donnèrent la bénédiction à cette âme qui, d’un coup devint comme un cristal très pur que son Ange gardien et de nombreux saints, mes avocats, amenèrent au saint Paradis… Un matin, parmi tant d’autres, il me sembla que mon Ange gardien me disait d’offrir souvent les mérites et toute la passion de Jésus dans les mains de la Vierge, car elle aurait servi d’intermédiaire pour obtenir une grâce…  Et d’un coup il me sembla voir cette âme sortie de ses peines, pleine de gloire et de beauté ». Une autre fois, elle intercéda pour deux âmes qu’elle eut la grâce de voir  « tirées du Purgatoire », s’envoler vers le Ciel »,  accompagnées d’un groupe d’Anges » et qui la remerciaient.. Une âme du Purgatoire, au moment d’être libérée par l’Ange gardien, se transforma « en une magnifique splendeur… On aurait dit un nouveau soleil ! Et

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a côté du soleil naturel, elle aurait été plus lumineuse encore, car le soleil lui-même à côté d’elle serait apparu ténébreux » 19.
  Nous n’insisterons pas sur ces révélations dont l’histoire est pleine. Elles se ressemblent toutes plus ou moins et on risque d’en être bientôt rassasié. Mais cela ne diminue en rien leur valeur et leur sens. Consolidées par le prestige moral de leurs bénéficiaires, ces révélations nous confirment surtout l’existence d’un monde invisible qui dépasse infiniment l’univers lui-même dont la grandeur déjà nous impressionne. Mais il faut dire encore que si on s’attarde dans le monde des « révélations privées », l’impression de satiété qui peut en dériver a souvent pour contrepartie la découverte surprenante de perles précieuses, comme celle-ci, qui me tombe justement sous les yeux – et ce n’est pas un hasard – au moment même où je suis en train d’ordonner mes idées en vue de la conclusion.
 « Nous voyons Saint Michel comme l’on voit les Anges. Il n’a pas de corps. Il vient au Purgatoire emporter les âmes déjà purifiées, car c’est lui qui les conduit au Ciel. Oui, c’est vrai, il siège parmi les Séraphins… Il est le premier Ange du Ciel. Nos Anges gardiens viennent aussi nous rendre visite, mais Saint Michel est beaucoup plus beau qu’eux ! Quant à la Sainte Vierge, nous la voyons avec son corps. Elle vient au Purgatoire les jours de ses fêtes et elle rentre ensuite au Ciel accompagnée de nombreuses âmes. Tant qu’Elle est près de nous, nous ne souffrons pas. Saint Michel l’accompagne, mais lorsqu’il est seul, nous souffrons comme d’habitude »
 Ces nouvelles sont tirées des conversations que la défunte sœur Marie Gabriella, du couvent des Augustiniennes de Vologne, en France, eut de 1872 à 1890 avec Sœur Marie de la Croix. Celle-ci recueillit ces conversations  dans un manuscrit qui, après sa mort, fut confié à la direction du Bulletin de Notre-Dame de la Bonne Mort. (Tinchebray-Orne) par « un missionnaire de grand dévouement ». L’authenticité du manuscrit est indiscutable et est confirmée par la personnalité de l’auteur. Car il s’agit d’une femme méfiante de nature et pas du tout friande d’expériences extraordinaires,

13  Incenses, Santa Veronica Giuliani,  Ed.  Paoline, Bari.

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“dotée  d’une intelligence vive, d’un esprit très cultivé, d’un parfait équilibre et d’un absolu bon sens », comme le témoignent des observateurs d’éminents théologiens qui ont examiné le document. Une preuve supplémentaire de l’origine surnaturelle du contenu de ce document nous est donnée entre autres par les bénéfices spirituels que les colloques avec la Sœur défunte ont valus à sœur Marie Gabriella 14. Ce qu’elle nous dit encore et que nous reportons ici est tout autre que des sottises :
« La façon la plus efficace – continue sœur Gabriella, à propos de Saint Michel – pour le glorifier au Ciel et sur la terre est de conseiller autant que possible la dévotion envers les âmes du Purgatoire et de faire connaître le grand service qu’il rend auprès d’elles. C’est lui (Saint Michel) qui est chargé par Dieu de les conduire au lieu d’expiation et de les introduire, lorsqu’elles sont prêtes, dans la demeure éternelle » avec l’aise, croit-on pouvoir ajouter, des autres Anges, sur lesquelles il prévaut : « Nos Anges gardiens viennent aussi nous voir », a-t-elle d’ailleurs dit elle-même donnant ainsi raison à tous ceux qui ont vu et affirmé la même chose. « Chaque fois qu’une âme vient grossir le nombre des élus, le bon Dieu est glorifié et cette gloire retombe en quelque sorte sur le ministre glorieux du Ciel. C’est un honneur pour lui de présenter au Seigneur les âmes qui s’apprêtent à chanter Sa miséricorde… Je suis incapable de vous dire ou faire comprendre tout l’amour que le céleste Archange a pour son Divin Seigneur et ni même l’amour qu’à son tour Dieu a à l’égard de Saint Michel, ou même l’amour, la piété extrême que le saint Archange a à notre égard. Il nous encourage dans les souffrances en nous parlant du Ciel… Quand le bon Dieu le permet, nous pouvons communiquer directement avec l’Archange de la manière qu’ont les esprits et les âmes de communiquer entre elles… Le jour de sa fête, saint Michel est venu au Purgatoire et il est rentré au Ciel avec un grand nombre d’âmes dont la plupart lui avaient été dévouées pendant la vie… Lorsque sur la terre l’on fête un Saint, celui-ci reçoit au Ciel une gloire accidentelle… La gloire accidentelle que reçoit l’Archange est supérieure à celle des autres saints, puisque la gloire

14  Il manoscritto  del Purgatorio  (Manuscrit du  Purgatoire),  Introduction, L.D.C.  Turin.
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Dont je parle
 

XXI
 
 

PADRE PIO, Epilogue.

CE SERA L’HEURE DES ANGES

 On vient à San Giovanni Rotondo pour prier sur la tombe du Père Pio et, comme lorsqu’il était en vie, il arrive encore aujourd’hui que les gens se demandent pour quelle raison il resta si longtemps à cet endroit. Pourquoi là et pas ailleurs ?  Pourquoi justement sur le Gargano, ce promontoire jusqu’à hier inaccessible, placé comme aux  confins du monde. Voila des questions qui restent souvent sans réponse tant que l’on ignore ou que l’on oublie que cette montagne qui a accueilli pendant plus d’un demi- siècle le grand fils de Saint François, a une histoire qui lui est propre et qu’il est bon de rappeler.
 Pendant des siècles, dans l’antiquité, cette montagne a été parcourue par des foules sans nombre de pèlerins. Venant même de la Britannia et des  pays scandinaves, ils se rencontraient à Siponto, fameux centre marinier byzantin et important siège épiscopal, détruit par la fureur des Sarrasins et par un tremblement de terre, et qui a été reconstruit sur un emplacement voisin, par le Suève Manfredi, fils naturel de Frédéric II, qui porte aujourd’hui le nom de Manfredonia. De là les pèlerins montaient ensuite sur le promontoire, le long d’une route creusée dans le roc de la falaise, exposée à midi, vers le golfe.
 Un autre lieu de rencontre était celui qui porte aujourd’hui le nom de Vallée
De Stignano, situé sur les flancs occidentaux du promontoire et à environ une journée de route, la dernière, après des semaines ou des mois de voyage à cheval ou à pied, vers le but tant espéré. Ce deuxième itinéraire, qui intéressait surtout les pèlerins venant de l’Adriatique, appelé Via Sacra Langobardorum, serpentait entre des monticules et des collines, de longs plateaux, des encaissements et des vallées boisées. Après avoir côtoyé un lac
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 dans la conque de Saint-Gilles, sous les monts qui le domine au nord et parmi lesquelles se trouve la plus haute cime garganique, le Mont Calvo, la route s’achevait sur une des extrêmes limites orientales qui se jettent en pentes abruptes vers l’Adriatique. Il ne reste de cette vallée – que le souvenir du nom qui a été vulgarisé comme Valle Santa – Sainte Vallée – et bien peu de choses des auberges, des églises, des monastères dont la montagne se remplissait au fur et à mesure que sa renommée et son attrait mystique faisaient croître le nombre des visiteurs accentuaient leur besoin de s’arrêter, de trouver assistance et réconfort et que florissaient les vocations à la solitude et à l’ascèse.
 A l’exception d’un témoignage de Paul Diacono, on ne garde aucune trace des hospices suscités par la piété et le zèle de la Reine Ansa qui, à la mort de Didier, son mari, dernier roi des Lombards, avait été relégué avec ce dernier par Charlemagne après la prise de Pavie, au monastère de Corbi, dans la Principauté Lombarde encore sauve de Bénévent, auprès de sa fille Adelberge et de son gendre Arécus II.
 Là où autrefois brillaient les œuvres, la contemplation, l’ascèse, où l’on célébrait les rites, où l’on priait et où l’on psalmodiait, règne aujourd’hui la désolation.
 De l’archéologie sacrée, témoin de l’ancienne ferveur religieuse, est riche surtout Siponto et le territoire proche au lieu où les pèlerins se dirigeaient. L’on se demande combien  de sépultures se Saints sont cachées sous ces mottes de terre, ces cailloux et ces ruines.
 Au dire de Sainte Brigitte, qui est passée elle aussi par la Sainte Vallée, avec la magnifique fille Sainte Catherine, il est très vraissemblable, à propos de Siponto, comme elle l’écrivit dans ses Révélations,  que « sous les ruines se trouvent de nombreuses reliques de Saints, qui bien qu’apparemment cachés dans la poussière, sont en réalité visitées par les Anges… Heureusement – écrivit-elle encore – viendra un moment où, pour leur plus grande gloire, ces reliques réapparaitront ». Espérons-le. Pour le moment, Siponto est une plage plutôt polluée, et non pas seulement dans le sens écologique du terme.
 Le long des trajets qui ont été décrits précédemment, les pèlerins arrivaient en psalmodiant, en priant et en chantant.
 

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C’était des gens de la glèbe, des soldats, des cavaliers, des barons, des comtes, des vassaux, des féodaux, des princes, des monarques et des empereurs, des représentants de tous les ordres monastiques et de la hiérarchie de l’Eglise, jusqu’au Souverain Pontife. Par là passèrent les Papes Gélase I, Agapet I, Léon XI, Urbain, Pascal et Calliste, Alexandre III, Grégoire X, ainsi que des Princes de l’Eglise qui sont ensuite montés sur le trône de Pierre, comme entre autre Saint Grégoire le Grand et une longue série de canonisés comme les saints placide ( que Saint Benoît envoyait du Mont Cassin ), Germain, Barbe, Géofroid (qui ont été l’un évêque de Capoue, l’autre de Bénévent et le dernier d’Amiens), Théodoric (abbé du célèbre monastère de Saint Hubert en Ardenne, dans le diocèse de Liège), runo (a qui l’on doit la fameuse Chartreuse de Grenoble) le grand Bernard de Clairvaux, Guillaume de

Vercelli (le fondateur des ermites de Montevergine, près d’Avellino), Odon (deuxième abbé
de l’abbaye française de Cluny), Gérard (fondateur du monastère de Sauve Majeure – Silva Maior – près de Bordeaux), Thomas d’Aquin, Jean de Matera (qui s’établit sur la montagne sainte en y fondant l’ordre des Pulsanesi) et beaucoup d’autres. De plus beaucoup de croisés passèrent par là en se dirigeant vers les ports des pouilles, d’où ils prenaient le départ vers la Terre Sainte. C’est ici que résonnèrent, dans les accents les plus divers, leurs cris de « Dieu le veut », « Saint Michel, donne-nous ta force, donne-nous ton courage ».  Où allaient donc tous ces voyageurs, petits, grands, singuliers, pittoresques, chacun avec sa besace, ce n’était pas la peine de le demander. Le but de leur voyage était un des plus grands sanctuaires de l’antiquité chrétienne, que les chroniques du Moyen Age, et parmi elles celle du florentin Ricordano Malespini, appelaient Monte Santo Agnolo, c'est-à-dire Mont Saint-Ange. Il s’agissait d’une grotte, embellie avec le temps de monuments et de privilèges ecclésiastiques, élevée au rang de basilique céleste, dans laquelle régnait la silhouette ailée de Saint Michel qui, de son épée brandie, terrassait le diable. Sanctuaire illustre et très vénéré, le troisième de par son importance après Rome la « Dorée » et Jérusalem la « Sainte ». C’est ici qu’au 8ème siècle, après un voyage aventureux depuis la lointaine Normandie, fut accueillie fraternellement par les gardiens du  sanctuaire, une délégation, une délégation de moines qui s’arrêta là pour prélever des reliques, et entre autres

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Une pierre de la sainte grotte. Ces moines étaient envoyés par saints Aubert, évêque d’Avranches, à qui l’Archange était apparu plusieurs fois en rêve pour l’enjoindre de lui consacrer un sanctuaire, semblable à celui du Gargano sur le Mont Tomba qui est aujourd’hui le Mont Saint Michel.
 C’est là encore que s’arrêta Otton III de Sassonie, venant de Rome avec une grande suite. Le très jeune empereur y vint en habits modeste, repenti et les pieds nus : nudis pedibus. C’était un pélérinage d’expiation qui lui avait été imposé par le fondateur des Bénédictins Camaldules, Saint Romuald, à qui il s’était confessé d’avoir assasinné Jean
Crescenzo appelé le Nomentan.. Ce pèlerinage eut un grand retentissement dans le monde catholique.
Vingt ans après, il fut suivi par le dernier empereur de la dynastie saxonne, Henri II, le saint, l’époux de
 
 

 Comment cette grotte avait-elle pu obtenir une telle célébrité ? Qu’est ce donc qui attirait tant de gens ? Etait ce la renommée des prodiges opérés par l’Archange vers la fin du 5ème siècle de notre ère ? D’après une certaine tradition, un habitant de Siponto avait perdu le plus beau taureau  de son troupeau. Après l’avoir anxieusement cherché avec ses hommes, il le trouva finalement
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Au sommet de la montagne, agenouillé dans un encaissement profond et inaccessible. C’est en vain que lui et ses hommes essayèrent de l’en faire sortir. A la fin, l’homme, exaspéré, mit une flèche à son arc et la tira contre la bête. Mais au moment de toucher au but, voila que l’aiguillon fut comme repoussé par un vent contraire. Il se retourna et, re-parcourant à la même vitesse le trajet précédent, alla se planter dans un des pieds de l’archer furibond.
La nouvelle de et évènement fit rapidement le tour des habitants de Siponto où l’évêque , Saint Laurent Majoranno organisa des prières et des pénitences publiques afin que le Seigneur veuille bien révéler le sens de ce qui s’était passé.
 Trois jours plus tard, alors qu’il était en prière, un noble cavalier rayonnant de clarté céleste lui apparut ; ce cavalier se présenta à lui sous le nom de l’Ange Saint Michel.  « C’est moi – ajouta-t-il – qui suis l’auteur du prodige de la grotte. Celle-ci sera désormais mon sanctuaire sur la terre ».
 Quelque temps plus tard Siponto fut assiégée par une armée de païens. Les Sipontins étaient sur le point de céder devant la pression des ennemis et de se rendre, lorsque l’évêque demanda aux assiégeants trois jours de trève qui furent accordés. Il en profita pour solliciter le secours du Ciel, faisant recours, comme dans cette autre circonstance moins dramatique, à la prière et à  la pénitence publique. A l’expiration de la trêve, l’Archange lui apparut à nouveau pour le réconforter et lui prédire la victoire des Sipontins. Et il en fut ainsi. Alors que les assiégés au cours d’une sortie, arrivaient à la rencontre de l’ennemi, la mer tout à coup s’agita. En même temps le ciel s’obscurcit et fit pleuvoir n grand nombre de coups de foudre sur les ennemis, qui s’enfuirent terrorisés, poursuivis par les Sipontins qui les décimèrent.
 La nouvelle de cet exploit se répandit rapidement dans le reste des Pouilles. Majoranno en informa le Souverain Pontife de l’époque, Saint Gélase Ier. Le Pape l’autorisa à fêter cette double apparition par une procession à la grotte et par la consécration de celle-çi à l’Archange Saint Michel. En présence des Sipontins,  de l’évêque Majorrano et du clergé du diocèse, sept évêques de la région des Pouilles prirent part également à la procession. Mais  on ne put procéder à la consécration de la grotte puisque Saint Michel y avait lui-même pourvu. Il le révéla au saint prélat la veille de la cérémonie, durant une troisième apparition.
 Il faut bien dire que ces anciens récits sont considérés comme des légendes, ils apparaissent en effet invraisemblables et dépourvus de témoignages aptes a en prouver l’authenticité ; Par ailleurs d’autres récits imaginaires ont contribué à discréditer cette tradition en particulier l’allusion à une trace imprimée par un pied de l’archange sur un des cailloux de la grotte que personne par ailleurs n’a jamais remarqué. Mais mis à part ces fables sur lesquelles les anciens pèlerins plus avertis aurons sans aucun doute fermé les yeux, il faut se demander ce qu’il y a de vrai à propos des apparitions et s’il n’y avait pas lieu de partager les doutes d’un certain Gregorovius qui les a étudiés longuement et qui, à la fin les à comparé aux apparitions de Lourdes qui de son avis évidement, sont aussi fausses puisqu’elles n’ont pas de place dans son esprit, rempli de positivisme. Mais notre avis est différent. Nous ne somme pas disposé à écarter ces apparitions de Saint Michel, ni a les identifier, comme le fait Gregorivus, avec les apparitions de la mythologie païenne, malgré les éléments douteux qui s’y trouvent et l’hypothèse vraisemblable d’après laquelle le culte de Saint Michel aurait remplacé un culte païen préexistant. Nous pensons donc que dépouillés des évènements accessoires fantastiques qui les accompagnent, ces apparitions ont pu effectivement avoir lieu. Et il n’y a rien d’étrange si Dieu, adaptant son comportement à la sensibilité des hommes du Moyen-âge ait voulu frapper leur imagination par une série de faits comme l’histoire du taureau et de la flèche qui revient en arrière et blesse l’archer. Nous remarquons que dans la mesure où l’esprit humain s’éveille et affine sa sensibilité, la providence de Dieu intervient par des manifestations toujours mieux appropriées, pour ne pas dire plus distinguées. Lourde, Fatima, Syracuse, San Giovanni Rotondo,  Annaya (avec Charbel Lakhlouf au Liban) le montrent. Plus le laïcisme se radicalise et devient agressif contre le surnaturel, plus ce dernier est réfuté et dégonflé par des réactions qui la dépassent. Ce sont les réponses dont les sanctuaires et les saints chrétiens catholiques sont tellement riches. Il suffit d’une larme, d’une simple image de la Vierge dans de la poudre de marbre, ou bien d’une drôle d’odeur de lis ou de moisissure. Dans toute

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 leur ardeur illuministe et avec tout leur équipement culturel et scientifique, en face de telles réponses, les pauvres rationalistes n’ont plus qu’à se replier dans l’attente et l’espoir d’une réplique future de la science. Mais ils peuvent toujours attendre, à moins de nier catégoriquement les faits, comme fit par exemple Piero Angarano : « Si chaque croyant est convaincu de l’existence des miracles, tout être raisonnables doit aussi être convaincu du fait que l’on en trouve plus »1  Dans ce cas, nous qui croyons aux miracles, nous serions des «êtres non raisonnables.et l’intelligence serait un don exclusif de ceux qui e croient pas ; Voila ce qui ressort clairement de cette curieuse façon de raisonner. Les rationalistes cherchent encore une réponse au surnaturel dans les solutions extravagantes de la psychologie ou de la psychanalyse ; Combien de choses ne raconte-t-on pas ! « La multiplication des pains et des poissons peut être définie un « apport » dû à un médium exceptionnel : Jésus aurait vidé les fourneaux des boulangers et des barques pleines de pêche des pêcheurs. Quand à la résurection de Lazare elle pourrait être l’œuvre d’un grand guérisseur». Qui le mettrait en doute ? Notre Seigneur ne pouvaait pas mieux montrer sa propre origine divine, puisque son « ami » (« Lazare – dit-il – est notre ami, il dort mqis je vais le réveiller ») « déjà sentait mauvais » car il était mort depuis quatr jours (Jn 11, 11 -13).
t« Marcher sur les eaux
 

Postscriptum

En contradiction avec l’usage courant, je me vois forcé d’ajouter ce postscriptum. Le matin du 10 septembre 1975 à Rome, avec mes frères en esprit, José Tico et sa femme, je surmontais les dernières difficultés concernant l’impression de ce livre. José est un français naturalisé d’origine espagnole. Tous deux sont particulièrement liés à moi et à ma famille. Ils m’ont secondé généreusement à propos de ce livre à cause de certains événements antérieurs dont un en particulier, nous apprend  qu’à cette tâche même, ils ont été choisis par le Père. Je ne peux donc éviter d’en parler.
 Vers la fin du mois de septembre 1958, de retour de San Giovanni Rotondo, José avait commandé une centaine d’exemplaires de
L’Heure des Anges (titre sous lequel – comme se souviendra le lecteur – le livre avait été publié en France) pour les distribuer gracieusement  à ses clients de la campagne de Plaisance du Touch, un village des environs de Toulouse, où il gère un magasin avec sa femme Anne-Marie.
 Durant une des nuits suivantes il vit dans sa propre chambre le Père Pio lui annoncer en français : « Tu as bien fait, José, de distribuer ces livres mais une personne te restituera le livre qu’elle ne veut pas lire ».
 Quoique très impressionné, tant par la visite tout à fait inattendue, que pour le genre de nouvelles qu’il reçut, il n’en parla pas cependant tout de suite à sa femme qui dormait à ses côtés. Le jour venu, il la mit au courant de ce qui s’était passé. Mais sa femme – dont je ne sais si l’on doit admirer davantage la solidité dans la foi,  la charité, le caractère de femme forte,  ou le bon sens inné – ne prit pas la révélation de son mari au sérieux et eut même le triste doute qu’il avait été victime d’une hallucination, fruit d’une altération psychique et cérébrale due probablement à son admiration démesurée envers le mystique stigmatisé, encore vivant, auquel ils étaient liés tous deux par affection filiale et gratitude ; car ils ont reçu beaucoup de lui.
 Mais quelques jours plus tard, alors qu’il avait oublié complètement ce fait, qu’il considérait désormais comme un simple
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rêve, il procédait aux visites habituelles qu’il faisait à ses clients dans la campagne de Plaisance. « J’arrivais – poursuit notre ami – chez Madame B. J’avais à peine ouvert la porte du camion lorsque cette dame me jette le livre que je lui avais lire  donné disant : « Ma belle-mère vous restitue le livre qu’elle ne veut pas lire». C’était les paroles mêmes que le Père Pio m’avait dites. Imaginez mon émotion. Je fermai la porte du camion et je me mis à pleurer. De retour à la maison je racontai la chose à ma femme qui en resta à son tour bouleversée ».
 Parlant plus tard avec Madame B., il ne fut pas difficile à Madame Anne-Marie de se rendre compte de la véracité des révélations de son Mari.
 Le résultat de tout cela fut une ardeur plus grande « pour faire connaître et aimer le Père Pio en France, à travers les conférences et autres, avec notre ami le Professeur Laroche.  Et par des faits tangibles et authentiques nous sentons souvent la présence du Père qui nous accompagne, puisque  - - à mon avis – il n’est pas mort. Repensant à ce que j’ai raconté, souvent je me demande comme Saint François : - « Pourquoi moi ? –
 Voila comment notre ami José Tico conclut une ses lettres, datée du 21 octobre 1975, et signée également par sa femme Anne-Marie.
 Quant à moi, cela explique les raisons de l’intérêt que tous deux portaient à la réimpression du livre, chose que je ne parvenais pas à m’expliquer par un simple enthousiasme ou par amitie

Je cite ce fait car je constate que les gens, et surtout les jeunes, étourdis comme ils sont aujourd’hui par une telle « Babel » de paroles, de cris et de discours savants, sont enclins à refuser les mots pour apprécier davantage les faits par leur nature libre d’équivoques, d’erreurs ou de tromperies.
 Comme je le disais au début de cet écrit, le 10 septembre 1975, ce livre était mis sous presse. Le lendemain,  le 11, afin d’obtenir les indulgences de l’Année Sainte, je me rendais à Saint Pierre en compagnie de Michel (14 ans), le dernier des enfants que le Père Pio, à plusieurs reprises et toujours en présence d’autres personnes, avait prédit que j’aurais eu avec ma femme : « Tu auras neuf enfants, comme les neuf chœurs des Anges ».

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Ce qui est une autre preuve, par cette allusion aux neuf chœurs des Anges qu’il savait et approuvait mes secrètes réflexions sur les frères du Ciel, à l’époque de la première rédaction et des premières éditions de L’heure des  Anges.
 Mon fils, -  dis-je – préparons-nous pieusement et avec de bonnes intentions à passer à la Porte Sainte. Pense, - ajoutais – je – que nos Anges nous suivent ». Nous nous agenouillâmes sur le seuil et nous franchîmes la Porte Sainte. Il était presque midi. Après nous être arrêtés devant la Pietà de Michelange ; nous nous approchâmes d’un confessionnal.
 Devions-nous nous confesser ici ? J’étais indécis. Tout à coup s’éleva dans la basilique une voix qui invitait les pélerins à se confesser dans les confessionnaux de la grande chapelle. Nous décidâmes aussitôt de nous y rendre. Choisissant le deuxième, en commençant par la droite, les confessionnaux alignés en demi-cercle, nous nous receuillîmes pour l’examen de conscience. Quelques personnes attendaient devant nous, entre autre une Sœur.
 Lorsque ce fut mon tour le confesseur – dont à travers la grille je ne percevais que la voix – me demanda comme d’usage, depuis combien de temps je m’étais confessé. Puis il m’invita à m’accuser de mes fautes. « Avant tout – commençais-je – je dois vous confier que depuis un certain temps je suis obsédé par une tentation ». Je lui en expliquais la nature et j’allais continuer lorsqu’il m’interrompit : « Le Père Pio lui aussi, dans les lettres à son directeur, révèle avoir été obsédé par la même tentation et  il en attribue l’origine au Diable. Sans aucun doute - ajouta-t-il – le Diable n’est pas étranger à votre cas. Quoiqu’on en dise, le Diable existe, priez donc saint Michel. Vous souvenez-vous de la prière à Saint Michel Archange qu’autrefois l’on disait après la Sainte Messe et que maintenant, hélas, l’on ne dit plus ? C’est une prière très efficace. Récitez-là souvent, tous les jours, surtout dans les moments difficiles, Saint Michel vous protègera du mal.
 Puis après s’être quelque peu attardé à me parler du satanisme qui sévit aux Etats-Unis, où des millions de malheureux adorent Satan, le confesseur m’informa d’une disposition, à l’étude auprès du Saint Siège, selon laquelle il serait donné au père de famille la faculté de bénir, au lieu du prêtre, sa propre
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maison par un rite approprié. « En attendant -  continua-t-il - , je vous conseille de vous procurer de l’eau bénite et d’en asperger votre maison en disant tout simplement « Au nom du Père et du fils et du Saint Esprit ». Et je vous donne encore un conseil : portez toujours sur vous la Médaille Miraculeuse ».
 Il parlait sans accent, en ce sens qu’il ne faisait penser à aucun des accents étranger ou régionaux italiens que je connaissais. Ses paroles étaient calmes, coulantes, limpides et simples, d’une chaleur modérée et pleines de force de  conviction. Chacun de ses mots, l’on peut dire, était pour moi une cause de surprise et de tressaillement.
   Je venais en effet de San Giovanni Rotondo où je suis né et où je vis. Je connaissais le Père Pio depuis son enfance. J’étais lié à lui par affection et par gratitude des souvenirs inoubliables. Sans parler du fait que le jour précédent, j’avais à peine remis à l’imprimeur un livre où son nom revient souvent, où son esprit est présent, où résonne son invitation à reconnaître la réalité de l’esprit est présent, où résonne son invitation à reconnaître la réalité de l’esprit du mal dans la vie de chacun et dans l’histoire, l’urgence de recourir à Saint Michel et à ses Anges, où l’on repropose l’usage de la prière du Pape Léon XIII, qu’actuellement hélas on ne dis plus, et où j’avais écrit quelques mots contre les progrèssistes qui n’épargnent même pas l’eau bénite. Quant à la Médaille Miraculeuse, j‘y tenais depuis toujours.
 A mon étonnement devant ses allusions au Père Pio, au Diable, à Saint Michel, à la prière qu’hélas aujourd’hui l’on ne dit plus, à l’eau bénite, à l’étonnement que je lui exprimais par les données que je viens ici de préciser, le confesseur ne donna pas l’impression d’être surpris à son tour. Il m’écouta presque avec impatience et reprit immédiatement le discours que j’avais interrompu.
 Je sentais intérieurement très clairement qu’il était inopportun de s’étonner. J’étais peut-être un néophite dans ces cadeaux du Ciel., dans ces « coïncidences étranges », dans lesquelles le « hasard » n’a pas cours et qui sont pourtant normales dans la vie d’un chrétien qui s’efforce d’être tel, et qui, entre autres, croit à la constante protection de son Ange. L’indifférence du confesseur sonnait donc comme un reproche. A la fin, puisque je ‘arrêtais pas de l’interrompre et qu’il devenait donc inutile qu’il

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continuât, il arrêta la conversation et ferma brusquement les volets. Comme le Père Pio avait justement l’habitude de faire.
 J’aurais voulu voir le visage de ce confesseur, le remercier, le saluer, demander qui il était, comment il s’appelait. Mais j’y renonçais. Et je ne sais pas si c’est moi vraiment qui n’ai pas osé. Car j’ai encore l’impression qu’une force hors de moi m’empêchait de le faire. Il me semblait en effet que j’aurais violé un mystère et dépassé les limites de ce qu’il est permis de faire.
 Bien que mal exprimé dans ces pages, le rappel du Père Pio à la réalité du Diable et à l’urgence, à cette heure grave et décisive pour l’avenir de l’humanité, de ce mobiliser « sous l’étendard de Saint Michel », était, je le savais, approuvé d’en Haut. Au remède contre le mal, grâce au recours à « l’arme » de la couronne du très saint rosaire,  il faut ajouter aussi celui de la médaille miraculeuse : « Les personnes qui la porteront bénite, recevrons de grandes grâces, surtout s’ils la porteront autour du cou », entendit dire Catherine Labouré, alors que lui apparaissait la très sainte Vierge qui, de ses pieds, écrasait le serpent.
 Contribuons donc à fatiguer et à isoler le «  Prince de ce monde en commençant par bénir la maison, par chasser les démons de leurs nid, par les empêcher de s’y installer, grâce à l’aspersion de l’eau bénite « au nom du Père et du fils et du Saint Esprit »
La prière à Dieu tout puissant et miséricordieux, la prière à la Vierge, à Saint Michel, aux Anges, à notre Ange gardien, le très saint rosaire et la médaille miraculeuse attireront sur nous les bénédictions du Ciel, favorisant notre rénovation personnelle, indispensable et fondamentale pour la rénovation du monde. Il n’y avait plus aucune raison pour que le confesseur me retienne encore puisque de m’avoir fait comprendre tout cela était suffisant.
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