
Lors du premier lancement d’un homme dans l’espace, quelqu’un de charmant,
en Russie, se plaisait à insister que l’astronaute Yuri Gagarin
ne rencontra personne dans le ciel et n’y trouva « rien ».
Evidemment - avons-nous envie d’ajouter à notre tour, avec un grain
de bonne humeur -, le pionnier de l’espace avait été
chargé de la mission de filmer l’Au-delà, sans pouvoir toutefois
découvrir la présence, cachée ou même «
transparente », d’une existence quelconque. Il ne rencontra que le
« vide », moucheté d’étoiles et de planètes.
« Aucune trace de Dieu ni de saints ». Pas même une plume
flottante d’aile d’Ange ou des restes - une épée, un javelot,
une flèche de préférence empoisonnée, un bouclier
tordu – de la fameuse bataille céleste où se joua le sort,
dont nous parlerons bientôt, de Lucifer et de ses Anges.
C’est exactement le contraire, en somme, de ce qui arriva en 1492,
dans des circonstances analogues, à Christophe Colomb, pour qui
la senteur inattendue d’air de montagne (« L’air est extrêmement
doux », écrivait-il sur le journal de bord, «
comme à Séville au mois d’avril ») et la découverte
d’une canne, d’un morceau de bois et d’une touffe d’herbe terrestre, portés
par les ondes, révélèrent la proximité du Nouveau
Monde.
Quel malheur donc, puisque un documentaire sur le Paradis est ce que
l’on espérait le plus. L’athéisme, évidemment, en
aurait un peu souffert. Mais par contre les Américains, avides comme
ils sont de nouveau et d’événement sensationnel, l’auraient
échangé contre qui sait combien de chargements de blé,
malgré la déception d’avoir été précédés…
Plaisanteries à part, parler de « vide » dans le
ciel relève d’une théorie que personne ne peut affirmer de
façon catégorique. Pas même un matérialiste
! Ce dernier, toujours penché sur Mère Nature, sait qu’il
existe chez elle un certain ordre, fait de différents (page9)
échelons qui se suivent, de la matière inorganique aux
végétaux, aux animaux, à
l’homme, selon une progression qui culmine dans l’être intelligent.
Qui donc peut affirmer maintenant en toute certitude que la chaîne
s’arrête là et qu’au chaînon de l’homme n’est relié
aucun autre, relevant d’une existence plus élevée et plus
noble, quand bien même il serait à nos sens imperceptibles.
L’ordre de la nature, la loi de graduation qui s’y trouve, cette
savante disposition progressive des êtres fait supposer avant
tout un organisateur, un esprit laborieux : une Cause ou Quelqu’un au regard
duquel cet ordre est à la foi une conséquence et un
témoignage. Nous savons qui est cette Cause ou ce Quelqu’un et nous
y croyons, mais nous croyons encore qu’entre nous et Lui existe une médiation,
une continuité de vie ou que d’autres chaînons remplissent
la distance et l’espace que certains considèrent comme des abîmes
vides ou des morceaux de néant.
La vie continue, sans solution de continuité et ne s’arrête
pas non plus à la pointe de nos cheveux. Des êtres plus évolués,
se pressent en effet après l’homme, sur l’échelle ascendante
de la création. Les anciens Normands le chantaient dans leurs sagas
: « Au-delà de cette terre habitée par les hommes,
fleurit un autre règne, le règne des esprits invisibles,
le Valhalla mystérieux… »1. Les peuples d’anciennes
civilisations croyaient eux aussi, comme le montrent les « démons
» de Thalès « l’espèce ailée » de
Platon (Timée), les « immortels » d’Hésiode,
« gardiens de Zeus auprès des hommes mortels, qui veillent
sur les œuvres justes et su les actions mauvaises et qui invisibles (revêtus
d’air), se promènes partout sur la terre » (Les Travaux et
les Jours)…Mo-tse, philosophe Chinois du V siècle avant le
Christ, revendiquait contre Confucius la croyance en Dieu et dans «
les nombreux esprits subalternes » qui récompensent celui
qui aime et respecte les autres tandis qu’ils punissent celui qui les hait
ou leur crée des dommages 2. Pour ce qui est des Romains, on connais
les fameux « génies » dans lesquels ils croyaient
et que l’on retrouve si souvent dans la littérature latine. Des
esprits bons ou mauvais accompagnaient l’homme de la
1 P.Arrighini, Gli Angeli buoni e cattivi, L.I.C.E. Turin
(p10)
2 Fung Yu-Lan, Storia della filosofia cinese, Mondadori, Milan
Naissance jusqu’à la mort. Ils étaient représentés
sous la forme d’enfants encapuchonnés et vétus de la toge,
portant une coupe et une corne d’abondance. Ils protégeaient le
peuple, l’armée, la ville, la région, les thermes, le théâtre
et autres lieux. On les fêtait le jour anniversaire de la naissance,
à l’occasion des noces… De nos jours l’on peut dire qu’il n’existe
aucune religion non chrétienne qui n’admette l’existence de telles
mystérieuses créatures. Croyances superstitieuses ? Pas exactement,
puisqu’elles sont plutôt l’indice d’une révélation
originelle commune qui, demeurée intacte chez les Hébreux,
s’est par contre altérée parmi les autres peuples.
D’autre part, s’il existe un Dieu créateur qui nous ressemble,
nous ne pouvons le concevoir qu’esprit très pur, c’est-à-dire
doté de puissance et de perfection infinies. Or la raison refuse
d’envisager qu’il n’ait pas aussi donné la vie à des créatures
qui, plus que l’homme, portent en elles le sceau de Sa propre nature. En
d’autres termes, qui soient davantage faites à Son « image
et ressemblance » (Gn 1,26). Un grand artiste qui se limiterait simplement
à faire du bon travail, alors qu’il sait pouvoir mettre en œuvre
son génie dans la réalisation de chefs-d’œuvres, serait pour
nous incompréhensible.. Dieu, sans aucun doute, a crée d’autres
êtres, au dessus de l’homme. La Révélation, la Tradition,
de même que l’histoire et le magistère de l’Eglise concourrent
à l’affirmer et sont en mesure de le prouver.
Les Anges --- puisque c’est bien d’eux que nous parlons --- existent
et nous verrons que ce ne seront pas quelques inventions de matérialistes
à prouver le contraire.
« Angelos novimus ex fide » : nous connaissons par
la foi l’existence des Anges et alors que personne n’est jamais parvenu
à les photographier, toutefois « nous trouvons écrit
qu’ils ont apparu à beaucoup et nous pensons qu’il n’est donc pas
raisonnable d’en douter ».3 (p11)
3. St Augustin, In psal. 103
II
ORIGINE ET NOMBRE DES ANGES
Les Anges doivent leur existence à un acte de volonté
de Dieu qui les a crées de rien. Cela est un dogme de foi : «
Nous croyons en un seul Dieu, Père, fils et Saint-Esprit, créateur
des choses visibles, comme de ce monde-ci, lieu de notre vie passagère,
et des choses invisibles, comme les purs esprits, qui portent aussi le
nom d’Anges… »1. Par contre, la question du moment où ils
furent crées est encore ouverte : est-ce avant ou bien après
la création du monde matériel ? Arrighini, se référant
à Origène, pense qu’il est possible que la création
des Anges se soit effectué ni avant et ni même après,
mais « au moment même où Dieu créa le ciel et
la terre : pas plus tard---selon lui--- car les substances corporelles
ne peuvent exister sans les substances angéliques qui les gouvernent…
; mais pas auparavant non plus, puisque l’activité irrésistible
des Anges, quoique entièrement immatérielle, ne peut avoir
lieu sans le matériel de l’Univers sur lequel elle exerce son œuvre
»2. Arrighini présente, à l’appui de cette pensée,
l’affirmation augustinienne selon laquelle : « tous les corps sont
déplacés par les Anges », rappelant ainsi l’assertion
analogue et plus explicite de Saint Grégoire, reportée par
saint Thomas dans la Somme Théologique : « Dans ce monde visible,
rien ne peut être mis ni en mouvement ni en ordre, si ce n’est grâce
à une créature invisible. De la sorte, tout le monde visible
des corps est fait pour être mû et soutenu par le monde invisible
des esprits »3. Mais la question n’en reste pas moins ouverte. Même
le concile de Latran IV, loin de préciser, (p 12)
1. Le Crédo du peuple de Dieu, prononcé par le Saint-Père
Paul VI lord de la clôture de l’Année de la Foi, le 30 juin
1968.
2. P. Arrighini, op. cit.
3.P.I., q. a.1.
Évite le problème : « Au début des temps
Dieu, dans sa toute puissante vertu, créa toutes les créatures
: spirituelles et corporelles, angéliques et terrestres ».
Un autre problème, également irrésolu, encore ouvert
à la discussion et qui a occupé tout particulièrement
les scolastiques dans de longues et vivantes disputes, est celui du «
lieu » où les Anges furent crées. Il faudrait aussi
parler de tous les problèmes que soulevèrent la spiritualité
angélique, la différence existant d’un Ange à l’autre,
la question de savoir s’ils appartiennent tous à une même
espèce ou bien si chacun constitue une espèce en soi, leur
façon de communiquer entre eux, d’agir sur un point précis
ou de poser un acte de volonté, etc. Toutes ces questions restent
non seulement ouvertes, mais sont encore secondaires du point de vue dogmatique.
Ce qui par contre est indiscutable et unanimement reconnu est le nombre
extraordinaire des Anges. Ce problème ne manque pas de charme ni
d’intérêt ; Aussi mérite-t-il que l’on n’y fasse pas
seulement allusion.
D’aucuns prétendent que le nombre des Anges est identique
à celui de tous les hommes, depuis Adam jusqu’à la fin du
monde à venir. Pour d’autres, ils sont cent fois plus. Si les Anges
déchus---qui, de l’avis de certains, représentent le tiers
de tous les esprits purs créés par Dieu---étaient
composés de matière, ils obscurciraient complètement
le ciel en plein midi. Mais quelle que soit la façon d’interpréter
de telles affirmations, il en ressort indéniablement que les Anges
existants sont d’un nombre extraordinaire, vraiment fabuleux.
Daniel (7,10) et l’Apocalypse (5,11) parlent d’Anges qui se comptent
« par myriades de myriades et par milliers de milliers ! ».
Ceux-ci, affirme Denys l’Aréopagyte « dépassent par
leur nombre la faible et étroite mesure de nos chiffres matériels
». Et le Docteur Angélique explique : « La raison de
cela est que Dieu, dans la création des choses a d’abord en vue
la perfection de l’Univers, en sorte que plus les êtres sont parfaits,
plus grand est leur nombre dans la création » 5. (p13)
4 Cf. Enciclopedia Cattolica, au mot Anges.
5 Somme Théologique, P.I., q. 50, a.
3
A l’appui de l’Ecriture et des arguments de la théologie concourent
les révélations des saints.
Sainte Françoise Romaine vit dans une extase les Anges sortir
des mains du créateur, formant quelque chose de comparable à
une chute de neige très dense. En termes incomparables, la bienheureuse
Angèle de Foligno raconte : « Je voyais Jésus descendre
du Ciel, entouré d’innombrables armées étincelantes
de lumières… la multitude de ces armées flamboyantes était
telle que si je n’avais su que Dieu accomplit tout avec mesure, j’aurais
cru sans nombre ces splendeurs. Leur nombre en effet à les voir,
provoquait un égarement des yeux t de l’esprit, tellement de points
lumineux envahissaient ce que nous appelons longueur, largeur, profondeur,
Et si l’abîme était encore fait de dimensions, c’était
seulement parce qu’il s’ouvrait éperduement sur l’immensité
».6. (p.14)
P. Doncoeur, Le livre de la Bienheureuse Angèle de Foligno,
Paris, 1925
III
ESPRITS TRES PURS
Sans contraintes dans l’espace où ils se déplacent à
la rapidité de la foudre, de l’éclair, de la pensée,
affranchis des influences du temps, les Anges ne connaissent pas les malheurs,
les catastrophes, le sort précaire auxquels sont sujets les hommes
et les choses. Lorsque viendra la fin du monde, « spente nell’imo,
strideran le stelle » 1, alors que les Anges resteront les esprits
qu’ils furent et qu’ils sont, puisque « les choses visibles n’ont
qu’un temps, les invisibles sont éternelles » (2Co 4,18).
Or les Anges sont « invisibles » parce que composés
de nature simple, essentiellement spirituelle. A la façon dont le
point géométrique est imaginaire, les Anges sont des réalités
subsistantes, impondérables. Comme le point, ils sont sans
visage ni volume. Ce sont des substances simples, qui ne peuvent pas même
être mises en comparaison avec l’atome, pourtant tellement invisible
et impalpable et qui se prête si bien aux terribles et magnifiques
expériences modernes… Regroupant un nombre considérable d’atomes,
la nature compose un petit grain de fer ou de pierre, une graine ou bien
une gouttelette, tandis que si l’on réunit des myriades de milliards
d’Anges, l’on obtiendra pas même un atome… Parlant un jour des Anges,
le Père Pio disait qu’il était possible que la pointe d’une
aiguille contienne quelques milliers de ces créatures impondérables.
Voilà le mystère de l’invisible !
A propos de la spiritualité parfaite des Anges, il n’y a aujourd’hui
aucun désaccord. Cela relève du patrimoine du magistère
ecclésiastique, mais aussi de la pensée courante, comme le
montrent (p 15)
1 « Eteintes dans les bas-fonds, les étoiles crieront »
<Giacomo Leopardi, All’Italia.
certaines expressions habituelles telles que : « beau comme un
Ange » et d’autres semblables. Il ne s’agit pas pour autant d’affirmer
ici qu’il n’y a pas eu dans le passé des divergences d’opinion sur
ce sujet. L’immatérialité des Anges fut en effet pour certains
l’occasion de discutions très vives, sinon même de doutes.
D’aucuns la nièrent tout bonnement, attribuant aux esprits purs
un corps—éthéré et, qui de plus est, extrêmement
menu – et par là ayant besoin d’une alimentation particulière
dont on ignorait la nature. Toutes ces erreurs rappellent l’anthropomorphisme
païen. Et pourtant des hommes comme saint Basile et saint Justin n’y
ont pas échappé. Sans parler d’Origène qui, de son
côté, soutenait que les Anges déchus rôdaient
« voraces, autour des sacrifices, du sang des victimes et des vapeurs
qui s’en échappaient » 2. Mais l’erreur la plus grave à
laquelle succombèrent les anciens fut de croire que les Anges pouvaient
avoir des relations charnelles avec les créatures humaines. Et cela
à cause de certains manuscrits des septantes où les descendants
de Set --- que la Genèse mentionne (6, 2) comme des « fils
de Dieu » qui s’éprirent des « filles des hommes »
et les « épousèrent » --- sont par erreur appelés
Angeloi. Une telle erreur d’interprétation est d’autant plus surprenante
que, dans l’Evangile selon saint Matthieu, la spiritualité et la
pureté angélique sont sans ambiguïté : Jésus
explique aux Saducéens que les hommes « lors de la résurrection
ne prendront ni femme ni maris, mais seront comme les Anges de Dieu dans
le ciel » (22, 30).
C’est contre toutes ces conceptions erronées que se sont
élevés plusieurs Pères et Docteurs, comme Grégoire
de Nazianze, Denis l’Aréopagyte, Grégoire le Grand, saint
Ambroise. « Soyons convaincus ---dira l’un d’eux---qu’il n’y a dans
un Ange rien de matériel, pas même l’ombre la plus menue d’un
corps, aussi minuscule et impondérable qu’on veuille l’imaginer.
Un point est déjà un bon exemple de la simplicité
angélique. Mais l’éclair, qui transperce les nuages, le feu,
même le plus subtil, les émanations de vapeur les plus ténues
restent des représentations inadéquates et impropres »
3.
Mais celui qui a mis fin aux débats séculaires sur cette
question (16)
2 Cf. P. Arrighini, op. cit.
3 Ibid.
est le Docteur Angélique, saint Thomas d’Aquin qui, du temps où il n’était qu’un simple étudiant, soutenait déjà l’immatérialité angélique la plus absolue et qui, comme théologien, a consacré beaucoup de ses efforts aux esprits célestes. « Il faut --- affirme-t-il--- admettre nécessairement l’existence de créatures incorporelles. En effet, ce que Dieu cherche dans l’œuvre de la création est avant tout le bien, et le bien consiste dans la ressemblance à Dieu. Or l’effet ne ressemble parfaitement à la cause que lorsqu’il l’imite justement en ce qui sert à celle-ci à le produire comme lorsque un corps chaud réchauffe n autre corps. Eh bien, Dieu produit la créature par l’intermédiaire de l’intellect et de la volonté… Par conséquent, la perfection de l’Univers exige l’existence de créatures spirituelles. Mais l’esprit ne saurait être acte, ni d’un corps et ni d’aucune faculté corporelle: tout corps en effet est limité dans l’espace et dans le temps. Il s’ensuit que pour avoir dans l’Univers la perfection il est nécessaire d’admettre l’existence de quelques créatures incorporelles…(17) 4.
4 Somme Théologique, P.I. q. 50, a. I.
IV
LA CHUTE DES ANGES
Substances simples, de nature essentiellement spirituelle et tellement
impondérable qu’ils ne peuvent être comparés
à l’atome, nombreux « par myriades de myriades » et
tirés par Dieu du néant, voilà les Anges. Cependant
à l’origine, ils ne bénéficiaient pas de la vision
de Dieu. Ils connaissaient les lois qui régissent l’Univers, et
avaient, en même temps, une parfaite intuition de leur propre nature
spirituelle. Mais ils ne connaissaient qu’imparfaitement l’ordre qui les
gouvernait. Les principaux mystères surnaturels leur avaient été
révélés dans l’obscurité de la foi, en sorte
qu’ils ne voyaient Dieu que comme dans un miroir. Ils le voyaient reflété
dans leur être propre et dans la création. Leur bonheur était
donc naturel, c’est-à-dire conforme aux capacités et autres
attributs de leur propre nature.
Mais Dieu qui les aimait, voulait faire d’eux—créatures qu’ils
étaient—des fils et leur faire partager sa propre façon d’être,
propre à Sa nature divine elle-même : les faire passer de
l’ordre naturel à l’ordre surnaturel. Selon une image du Docteur
Angélique, les Anges vivaient pour ainsi dire sous les lueurs de
soleil couchant et Dieu voulait les porter dans la clarté radieuse
du soleil de midi. Le passage était rendu possible pr l’introduction
dans leur esprit d’une vertu nouvelle, d’un principe vital qui les ennoblissait
et les rendait capables d’une activité supérieure. Il leur
offrait la Grâce sanctifiante.
Grâce à elle, les Anges auraient pu parvenir à
leur fin dernière : entrer dans la vision de Dieu. Mais nés
libres et dotés d’un vouloir pleinement autonome, ils devaient s’en
montrer dignes. Le saut dans la gloire devait être conquis comme
fruit d’un choix personnel, d’une adhésion à Dieu spontanée,
faite d’amour et de gratitude, dans un acte d’humilité, où
la justice divine désirait voir s’exprimer l’assentiment au soutien
de la Grâce. Acte nécessaire à l’ascension des Anges
au midi de la Vie. (18)
Les Anges devaient donc passer une épreuve. Celle-ci comportait
un risque. En supportant l’épreuve, les Anges auraient rencontré
Dieu « face à face » (1 Co 13,12) et non plus dans l’obscurité
de la foi, à travers le miroir de la foi, à travers le miroir
de leur propre essence et de la création. Ils l’auraient rencontré
immédiatement et directement, plongés dans l’océan
sans fin de Sa charité et de Sa lumière, perdus dans l’immensité
de Sa sagesse, entraînés dans les torrents de Sa joie. Il
s’agissait d’un naufrage qui, sans rien dire du respect de Dieu à
l’égard de la liberté de ses créatures, justifiait
amplement, à notre avis, le prix que, pour ce faire, les Anges avaient
à payer
Mais ceux-ci se fourvoyèrent.. Et en premier lieu Lucifer,
la créature angélique la plus éminente de par sa splendeur,
son intelligence et sa puissance. Contre la nécessité inéluctable
de la Grâce, contre la générosité du Seigneur
qui l’en gratifiait, il opta pour l’autosuffisance. Il prétendit
agir de lui-même et monter vers les hauteurs en s’appuyant uniquement
sur ses propres ressources naturelles : « Je monterai jusqu’au ciel…
et serai semblable au très haut » (Is 14,12).
L’expression biblique semble prêter à Lucifer l’intention
de détrôner Dieu et de prendre sa place. Mais--- fera noter
saint Thomas – il est à exclure qu’une intention aussi folle ait
pu naître dans un esprit aussi intelligent que le sien. Sa faute,
en réalité, a probablement consisté, au début,
dans une erreur d’appréciation et dans un contentement de soi dont
les conséquences furent inévitablement la froideur à
l’égard de Dieu et l’orgueilleuse prétention d’agir pour
soi et par soi-même, au point de nier à Celui qui l’avait
tiré du néant le droit à l’amour et à la gratitude
et de considérer son propre bienfaiteur comme un intrus. Voilà
aussi ce qui arrive à l’homme ! « Remarquez – souligne saint
Jean de la Croix – quel dommage causent aux Anges la complaisance et la
satisfaction qu’ils éprouvent de leur beauté et de leurs
biens naturels… ainsi que tous les maux qui surviennent à l’homme
à cause de sa vanité »1.(19)
1 St Jean de la Croix, Montée au Mont Carmel, chap. X.III.
Lucifer pécha par égoïsme. De son péché
s’ensuivit le rêve ambitieux d’un ordre et d’un règne autonome,
exempts de tout partage ou ingérence divines.
Le premier Ange voulait donner lieu à une sorte de royaume indépendant
où, en tant que chef, il aurait reçu l’adoration et les hommages
que lui-même avait refusé au Créateur, puisque – comme
le croit sait Thomas – il désirait à son tour imiter Dieu
dans la création.
Ce qui s’ensuivit est à peine concevable pour notre pauvre imagination.
Parmi les plus hautes créatures célestes, il s’en trouvait
une à qui l’Ecriture donne le nom de Michel. S’étant placée
à la tête de la multitude qui avait refusé les invitations
de Lucifer, elle se jeta contre lui et contre les Anges prévaricateurs.
Michel reprocha à Lucifer sa folie et l’accabla du poids de ses
arguments et de ses énoncés intellectuels irréprochables
2, exprimés dans l’Ecriture par cette courte phrase interrogative
– d’où son nom – Mi-cha-El, qui veut dire : Qui comme Dieu
?
Alors – peut-on imaginer – les rebelles, assurément surpris
et confus, tentèrent une révolte enragée et désespérée
et les idées et les volontés opposées se mesurèrent
dans un conflit aussi cruel et violent que rapide. D’un coup, les rebelles
ont dû se sentir dépouillés de tout et sans force,
puisque Dieu les avait privés soudainement de Sa Grâce.
Un grand frisson, semblable à un sinistre éclair, a dû
secouer partout le Cosmos. Peut-être même que, pour un instant,
les étoiles ont cessé de briller, et les astres de se mouvoir
selon leur éternelle harmonie. Une ombre a dû se glisser sur
le visage de Dieu.
Ce fut un désastre sans nom.
Par une mutation foudroyante, la magnifique Rebelle, « le Fils
de l’aurore, resplendissant l’étoile du matin » (Is 14,13),
devint d’une laideur et d’une horreur à glacer le sang. Puis vaincu
par une force irrésistible, « il tomba du ciel comme l’éclair
» (Luc 10,18), accompagné de tout ses partisans.
Comme au serviteur inutile de la parabole des talents, il lui a été
enlevé ce qu’il avait et a été « jeté
dehors dans les ténèbres, où seront les pleurs et
les grincements de dents » (Mt 25,29) (p.20)
2 Bossuet, Elévation à la Ive semaine
« Alors une bataille s’engagea dans le ciel : Michel et ses Anges
combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, appuyé par ses Anges,
mais ils eurent le dessous et furent chassés du ciel. On le jeta
donc, l’énorme Dragon, l’antique serpent, le Diable ou Satan, comme
on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre
et ses Anges furent jetés avec lui » (Ap 12, 7-9) 3.
Telle fut la fin tragique du Rebelle et de ses Anges : ils se transformèrent
en Diables et en Démons. Exclus de la Vie, condamnés sans
appel et pour toujours, ils reçurent un châtiment terrible
qui est un mystère troublant que beaucoup aujourd’hui refusent et
devant lequel le croyant, éclairé par la révélation,
par le magistère de l’Eglise et le témoignage des saints,
ne peut que s’incliner.
L’Enfer ouvre, pour la première fois, ses abîmes épouvantables.
Si bien que le Poète par excellence écrira au dessus de sa
porte :
« Per me si va nella città dolente,
Per me si va nell’ etterno dolore,
Per me si va tra la perduta gente.
Giustizia mosse il mio alto Fattore,
Fecemi la divina Potestate,
La soma Sapienza e ‘l primo Amore.
3 Il faut souligner que cette révolte de Lucifer a eu certainement
une cause précise. Mais il est difficile de savoir laquelle. Certains
Pères et Docteurs comme Tertullien, Saint Basile, Saint Cyprien,
Robert l’Abbé suivis par Suarez et de nombreux autres théologiens,
pensent que la révolte des Anges a été causée
par la révélation qui leur a été faite de l’Incarnation
du Verbe, décrétée par Dieu depuis l’éternité
(ab aeterno). Selon eux, Lucifer, jaloux parce que le Fils de Dieu assumait
la nature humaine, ne sut accepter que l’homme soit préféré
à lui, le plus noble des Anges. Il ne pouvait supporter cette union
hypostatique de Verbe et de l’homme. Il aurait préféré
que cette union se fût opérée avec lui. Aussi refusa-t-il
de reconnaître la supériorité d’un Dieu fait homme
par l’incarnation. Dieu n’ayant pas voulu se rendre à ses désirs,
il se rebella contre Lui et contre Jésus Christ et conseilla aux
Anges de se révolter avec lui. » (cf. i Tesori di Cornelio
a Lapide tratti dai suoi commentari- de l’Abbé Barbier, volume
I, p.450, S.E.I., Turin). « Mais cette conclusion – qui remonte au
16ème siècle – n’a aucun fondement dans l’Ecriture »
affirme Silvius dans Commentarium in I Partem S. Thomae Aquinatis. Cf.
La Somme Théologique, La Création – Les Anges, IV ( en note
de la p..389 dans l’édition citée précédemment).
(21)
Dinanzi a me non fuor cose create
Se non etterne, e io etterna duro
Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate » 4.
(Inferno, canto III)
Le sort des Anges fidèles fut tout différent. En recevant
la Grâce ils furent automatiquement enrichis des grâces et
des privilèges que Dieu n’avait pu donner aux rebelles. Mais les
dons par lesquels Dieu récompensa surtout leur choix furent une
vie assurée dans la Grâce et l’entrée dans la Béatitude
surnaturelle. Grâce au premier, ils sont devenus irréprochables
et infaillibles, c’est-à-dire exempts de tout penchant envers le
mal ou bien l’erreur : « Praemium est non posse peccare »5.
Grâce au second, ils jouissent du bonheur ineffable et sans fin de
voir Dieu « tel qu’Il est »(I Jn 3, 2), de baigner dans Sa
lumière, d’en découvrir sans fin la bonté et la grandeur.
Quant à Saint Michel, même si la révélation
ne le dit pas expressément, la glorification de sa nature et de
son prestige, sa promotion au sommet de la hiérarchie angélique,
en un mot, l’acquisition de sa part du primat angélique, tenu jusque
là et perdu par Lucifer, ne font aucun doute. C’est une conséquence
évidente de la part qu’a joué le plus grand adversaire de
l’Ange rebelle et le défenseur des droits inaliénable de
Dieu. Cela répond à un simple besoin de justice. Or Dieu
est la Justice suprême. Il récompense le serviteur bon et
fidèle qui a fait des propres talents l’usage pour lequel ils lui
ont été confiés et qui est de son devoir. De plus
Dieu est incomparablement généreux et munificent envers Ses
fidèles serviteurs.
Saint Michel est appelé Archange, non pas par une appartenance
à un ordre angélique, mais parce que « parmi les Anges
il
4 « Quant à moi j’entre dans la cité souffrante,
/ Quant à moi j’entre dans l’éternelle souffrance, / Quant
à moi j’entre parmi les gens perdus. / Justice est faite de par
mon grand Auteur, / Ce sort me réserva la divine puissance, / La
suprême Sagesse et le premier Amour. / Et devant moi, s’il y a des
créatures, / elles sont éternelles, et moi éternellement
je dure. / Vous qui entrez, perdez toute espérance ».
/
5 St Augustin, Contra duas epist. Pelagii
(22)
est le Chef et le Guide”6, « le Ministre du siège
le plus éminent de la Très Sainte Trinité »7,
celui qui prend la première place « inter mille milia, et
decies mille myriades Angelorum » 8, superbe en dignité et
honneurs, au dessus de tous les autres Esprits supérieurs »
9 , « maxima et prima Stella angelici splendoris » 10. Il est
très vraisemblable que tous ces épithètes et appréciations
diverses soient loin de rendre l’entière dignité et gloire
dont Saint Michel a été de par Dieu grandi et récompensé.
C’est à bon escient que l’Eglise Catholique, redevable à
la Synagogue de la dévotion à Saint Michel, en a fait son
propre Héros et Patron. C’est à ce titre et comme «
Prince des armées du Ciel » qu’il a été apprécié
et vénéré par le peuple chrétien et particulièrement
par les saints. Au cours de deux mille ans de christianisme, il faut le
dire, ses manifestations ne sont pas aussi fréquentes ni aussi éclatantes
--- de par les documents existants et l’absence d’élucubrations
légendaires --- que celles, par exemple, de la très Sainte
Vierge à Lourdes et à Fatima. Saint Michel apparaît
et disparaît à la façon d’un personnage mystérieux
et insaisissable. Mais les signes de sa présence sont suffisamment
nombreux et valables, comme nous aurons plus loin l’occasion de le remarquer,
pour ne point le laisser dans l’ombre.
Il y a peu de temps, son nom était encore invoqué dans
l’introduction au rite eucharistique : « Confiteor Deo omnipotenti,…Beato
Michaëli Arcangelo », et à la fin de cette même
liturgie, dans la prière du pape Léon XIII, « contre
Satan et autres esprits malins qui rodent dans le monde pour la perte des
âmes ». Maintenant, c’est supprimé. Dans ce qu’on appelle
aujourd’hui l’Acte de pénitence l’on récite : «
Je confesse à Dieu tout puissant… les Anges, les saints… ».
Saint Michel n’est plus cité, de même que n’est plus récitée
la prière du pape Léon XIII. C’est à se demander si
la Commission pour la réforme liturgique ne s’est pas laissée
entraîner, dans ses suppressions, par une fièvre de démystification
et la vogue d’un rationalisme exaspéré. De toute manière,
s’il est vrai
6 St Pantaléon, In Encom. S. Mich. Apud Baronium.
7 D Gelas apud Alcuin.
8 St Pantaléon, op. cit
9 St Basile, Hom. De Angelis.
10 St Pantaléon, op. cit.
(23)
qu’une participation vivante et un avis de la part des laïcs, sur
tout ce qui touche à notre foi et à la vie de l’Eglise, sont
souhaités par elle, qu’il nous soit permis de dire, en toute
simplicité et candeur, que ces suppressions sont retenues, par beaucoup
de chrétiens pratiquants et sensibles, comme une erreur à
laquelle il faudrait tout de suite remédier. Ces mutilations ne
présentent qu’un double avantage ; celui de favoriser l’attiédissement
de respect et de ferveur à l’égard du Prince des Anges de
la part des croyants et d’obtenir l’approbation et le contentement de son
Adversaire, l’antique Serpent, surnommé le Diable et Satan, «
l’ennemi du genre humain », « le prince de ce monde »,
dont l’existence et l’activité maléfique ont été
rappelées aux hommes par le Saint-Père Paul VI et dont tout
le monde parle aujourd’hui et à propos de qui tous les journaux
parlent actuellement, surtout après la parution d’un certain film
américain. Messieurs les théologiens qui discutent à
son sujet et qui l’identifient avec « le mal du monde » feraient
bien de se demander si, à leur insu, ils ne se sont pas alignés
du côté de Lucifer et si, par les temps qui courent, il ne
serait pas opportun de lui opposer Saint Michel, et de promouvoir une action
qui, en premier lieu, rétablirait le nom de ce dernier là
où il a été supprimé.
V La Chute de l'Homme
Or Dieu avait crée en plus des Anges d’autres êtres intelligents.
Synthèse de la création visible et invisible, parce que composés
de matière et d’esprit, ces êtres étaient un homme
et une femme : Adam et Eve.
Dieu les avait tirés de la terre et vivifiés par
son esprit. Il les avait fait « à son image et ressemblance,
c’est-à-dire dotés d’âme, d’intellect et de vouloir,
et les avait placés dans un des « jardin » de douceur.
Le Seigneur avait « planté » dans un des myriades des
mondes dont il avait envahi l’espace. Ce monde était la terre.
L’homme et la femme formaient deux êtres complémentaires,
si bien que « Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds
et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la ». Ceux-ci
devaient, grâce à leur descendance, agrandir progressivement
le jardin, « portant à son plein épanouissement cette
nature, issue des mains divines, mais pas encore tout à fait accomplie
» 1. Ils allaient accomplir cela par une action heureuse, dans
l’amour mutuel, dans la lumière et la chaleur de la charité
de Dieu, dont la présence était sensible et qu’ils pouvaient
presque « respirer ». De surcroît, ils étaient
exempts--- en vertu de dons spéciaux gratuits 2 – de fatigue, de
maux, de malheurs, des maladies, des souffrances
1 Léo von Rudloff, Piccola Dogmatica, Morcelliana, Brescia.
2: “, Il s’agit des dons préternaturels : En soi, cette
sorte de dons ne divinise point l’homme. Et s’ils n’étaient pas
accompagnés de la grâce, la perfection qu’ils donneraient
resterait purement au niveau de l’ordre humain, c'est-à-dire qu’ils
ne développeraient que ce qui sst propre à l’homme, en tant
qe composé de matière et sujet à la corruption et
à la révolte des sens. L’on ne peut donc les définir
à proprement parler des dons surnaturels. Par ailleurs, ils ne sont
pas non plus dus essentiellement à notre propre nature et ne sont
donc pas
(25)
quelles qu’elles soient, de la déchéance physique et de
la mort.
L’homme était pourvu de ressources spirituelles et intellectuelles
qu’avec le temps il aurait fait fructifier, sans solution de continuité,
et qui se seraient développées sans fin pour ne s’arrêter
que devant le mystère de Dieu.
Face au monde matériel, il l’aurait emporté grâce
à la supériorité, potentielle et effective, de son
esprit et de son intelligence. Il aurait dominé la matière,
en aurait découvert les lois et soumis les énergies insoupçonnables
pour la propagation de son espèce, peut-être même au-delà
de la terre, puisque la matière, par tout ses secrets et par toutes
ses lois, est une énergie limitée, passive et donc disponible
là où l’esprit et l’intelligence de l’homme sont créateurs,
en progrès constant, dynamique, agressif.
L’homme était le fruit d’un amour sans fin. La charité
de Dieu avait engendré en lui un être digne d’elle, semblable
à Dieu, effectivement et potentiellement grand et magnifique. D’abord
créature, puis sujet d’adoption divine, l’homme lui aussi, comme
l’Ange, avait été élevé par la grâce
à l’ordre surnaturel et, dans la pleine liberté de son vouloir,
était appelé à mériter d’entrer dans
la Gloire céleste.
Parmi d’autres « plantes agréables à la vue
et bonnes à manger », Dieu avait planté dans le jardin
« l’arbre de la connaissance du bien et du mal », qu’Adam et
Eve devaient prendre garde de ne pas toucher. On connaît la suite.
La Genèse, qui en rapporte le récit, continue en disant que
l’homme a trahi la parole de Dieu. L’homme a trahi Sa parole sous l’instigation
de l’Ange déchu, représenté sous le symbole du Serpent
insidieux et malin.
En condamnant l’Ange rebelle, Dieu l’avait consolidé dans
sa méchanceté et condamné au désespoir des
ténèbres de sa suffisance. Une condamnation que le Rebelle
se méritait. Elevé au plus haut degré d’honneur et
pourvu d’une intelligence très grande, il avait à tel point
voulu et choisi son malheur que si on lui disait : « Mais tu n’avais
donc pas songé à cela », il pouvait répondre
:
naturels.On les appelle praeter, c’est-à-dire indépendants des exigences de notre nature, sans pour autant qu’ils la dépassent ou qu’ils l’élèvent à un ordre supérieur » (Mgr. F. Olgiaati, Il Sillabario del Cristianesimo, Vita e Pensiero, Milan). (26).
« Si, je l’avais pris en considération ». A notre
tour nous disons : « Tant mieux pour moi », lorsque nous devons
payer les conséquences d’une erreur commise délibérément..
Malfaiteur comme il est, il continuera à malfaire, poussé
par la haine, le contraire de l’amour qu’il a refusé, réaction
d’un orgueil humilié, au point que le mal est devenu sa raison d’être,
sa nouvelle nature. Le mal est né avec lui, dans la graine de l’orgueil
et de l’ingratitude. Il est désormais Satan, l’Adversaire, l’antithèse
du Bien, la personnification du Mal.
Ambitieux d’obtenir un royaume, il a eu gain de cause : un royaume
de ténèbres, peuplé de désespérés,
esclaves de leurs propres désespoirs et de son désespoir.
Par haine envers Dieu, ce royaume, il veut encore l’agrandir, l’épaissir
de la présence d’autres sujets, autres désespérés.
D’ailleurs il ne peut supporter la vue de qui que ce soit d’heureux, ou
rayonnant la clarté de Dieu, ou appartenant à Dieu. D’autant
plus que ces deux-là, dans le jardin, avec tous ceux qui naîtrons
d’eux, prendront la place d’où il a été exclu pour
toujours.
« Le serpent (…) dit à la femme : « Alors,
Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? ».
La femme (ingénument) répondit au serpent : Nous pouvons
mander du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l’arbre qui est
au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez
pas, sous peine de mort ». Le serpent répliqua à la
femme « pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le
jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme
de dieux, qui connaissent le bien et le mal ». La femme vit que l’arbre
était bon à manger et séduisant à voir, et
qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir l’entendement.
Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari,
qui était avec elle, et il mangea. » (Gn 3, 1-6).
Bien que dissimulées par les symboles de ce récit,
les causes de la première faute sont claires : elles ne s’éloignent
pas de beaucoup de celles qui perdirent l’Ange rebelle. Il s’agit de trahison
contre la parole de Dieu, d’ingratitude, d’une prétention d’agir
3 Somme Théologique, I-II, a. 6. (27)
pour soi et par soi-même, de réussir sans Dieu. Les conséquences
ne furent pas non plus moins désastreuses que celles subies par
les Anges rebelles.
Tout-à-coup l’homme et la femme prirent conscience d’un
sentiment nouveau : la pudeur. Ils se sentirent différents, étrangers
l’un à l’autre, et s’empressèrent de se vêtir. Ils
venaient en fait de s’apercevoir qu’ils étaient nus et en éprouvèrent
de la honte.
Ils avaient perdu l’innocence. Elle avait été remplacée
par la malice. Auparavant, les instincts naturels étaient en parfaite
harmonie avec l’esprit et l’homme leur donnait satisfaction en toute droiture,
selon leurs fins propres. Maintenant ceux-là tendent à opprimer
celui-ci. Désormais l’homme sera moins porté vers les exigences
du bien que vers celles du mal : « Car la chair convoite contre l’esprit
et l’esprit contre la chair ; il y a entre eux antagonisme (Ga 5. 16).
Il est déchu. Par la blessure qui s’est opérée chez
lui, l’attraction naturelle entre les deux sexes sera dénaturée,
faussée par de mauvais penchants : « fornication, impureté,
passion coupable, mauvais désirs, et cette cupidité qui est
une idolâtrie (Col 3, 5). Le refus d’avoir des enfants et leur suppression
avant leur naissance. Et la femme enfantera dans la douleur ».
Mais c’est la nature tout entière qui a été
bouleversée. Elle aussi s’est révoltée : «
La terre entière sera maudite par ta faute », dit Dieu à
l’homme. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front ». Souvent
l’homme sera humilié et écrasé par les forces de la
nature. Il devra sans cesse lutter pour se défendre d’elle et la
dominer à nouveau. Mais il a beaucoup perdu dans son esprit, dans
son intelligence et dans sa chair de sa primitive vigueur. Et il se sent
sans défense, misérable. A la merci de mille dangers. Il
doit se protéger contre les menaces des bêtes féroces,
elles qui, sans aucun doute, lui étaient auparavant soumises. Il
subit l’usure du corps. Il craint le froid, la chaleur, les maladies, la
faim. L’instinct de conservation a fait de l’homme un être à
la fois peureux, malin et agressif. Il est atteint d’infamie et d’abêtissement.
Son espèce se multipliera sur toute la terre. Lentement et difficilement
son esprit et son intelligence obscurcis, poussés par un instinct
mystérieux, chercheront leur chemin vers la lumière, dans
une voie de reconquête qui, inévitablement, conduira l’homme
vers la source d’où il provient et dont il fait partie. Ce sera
un très long chemin, (28)
difficile, interminable, dramatique, rempli de souffrances et de deuils.
En se répandant sur la terre, les descendants d’Adam se perdrons
de vue, se méconnaîtrons, perdrons le souvenir de leur commune
origine et s’offenseront réciproquement. L’homme sera un Caïn
pour l’homme.
Devant Abel inanimé, tué par la haine et la jalousie
de son frère l’homme ne tarde pas à se rendre compte de la
gravité cette autre condamnation divine exprimée par ces
mots : « Souviens toi que tu es poussière et que tu retourneras
en poussière ». Découverte de la mort ! Et la pensée
de la mort attristera la vie de l’homme. Mais cette conséquence
de la chute du premier couple ne sera cependant pas aussi grave que cette
autre mort : spirituelle celle-là.
L’homme n’est plus fils de Dieu, mais sa créature. Car
Dieu l’a privé de Sa Grâce. Et le ciel s’est fermé
à lui. Désormais, il en est séparé par un abîme.
Un abîme aussi grand que l’insulte faite à un Dieu d’infinie
bonté et justice. Un vide que Dieu seul pourra combler. Alors le
chemin de la reconquête sera plus rapide et plus sur, même
s’il restera encore difficile, tourmenté et retardé par les
erreurs de l’homme ? Mais l’homme l’emportera sur la mort. La bonté
et la miséricorde de Dieu répareront, grâce au Fils
Unique, les manquements et les erreurs de la créature déchue.
Cette reconquête prendra le nom de rédemption.
Car l’homme est déjà pardonné. Alors qu’il
en fut autrement pour l’Ange rebelle et ses disciples : « Tu es maudit
».
Lui a dit le Seigneur. D’une malédiction éternelle, méritée,
car il voulut son malheur en toute connaissance de cause. Par contre la
culpabilité de l’homme est différente. Il a péché
sous l’instigation du Serpent, dont il était d’ailleurs inférieur
par nature. Et il n’a pas manqué à la parole de Dieu par
un choix entièrement libre et spontané. Par ailleurs, alors
que parmi les Anges, une partie seulement s’était perdue, la condamnation
sans appel d’Adam aurait perdu, par la transmission du péché
originel, l’humanité toute entière. Les Pères et Docteurs
de l’Eglise affirment que c’est pour cette raison que Dieu a eu pitié
de l’homme et lui a partiellement pardonné.
L’abîme survenu entre la créature et le Créateur
sera comblé par le mystère de l’Incarnation, de la Passion
et de la Mort du Verbe. Le prix du pardon sera donné au monde et
à la justice enfreinte de Dieu par une femme, « Umile ed alta
più che creatura » (Dante) 4 : Vierge, Sainte, Immaculée,
qui sera aussi appelée Mère de Dieu, Corédemptrice
du genre humain. En maudissant le Serpent, le Seigneur avait en effet annoncé
: « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre
ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête » (G 3,
15).
Entre temps, afin que l’Esprit du Mal ne sévisse outre
mesure sur l’homme devenu plus vulnérable par sa chute, le Seigneur,
dans son infinie bonté et prévoyance, a chargé les
Anges qui lui sont restés fidèles de veiller sur l’humanité
naissante et future afin de la protéger. « Il a pour toi donné
ordre à ses Anges de te garder en toutes tes voies. Eux sur leurs
mains te porteront pour qu’à la pierre ton pied ne heurte (Ps 91,
11-12). Avec la chute de nos aïeux, un fait nouveau advient : la protection
des Anges. A ce propos saint Grégoire de Nysse affirme : Après
la chute de notre nature dans le péché, celle-ci ne fut pas
laissée abandonnée par Dieu. Mais un Ange… fut préposé
à la vie de chacun pour le protéger » 5.
Parmi la multitude d’Anges qui est sortie saine et sauve de l’Epreuve,
parmi les Anges qui ont fait preuve de fidélité et d’amour
envers le Créateur, certains ont été préposés
à remédier aux dommages provoqués sur Terre par l’Ange
prévaricateur et par le premier habitant. L’histoire du salut commence
avec la chute de l’homme. Les Anges y ont une part active. Il y a d’abord
les Chérubins, postés « devant le jardin d’Eden (…)
pour garder le chemin de l’arbre de vie » et empêcher à
qui a été chassé d’y accéder, afin «
afin qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de
l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! » (Gn 3, 22.24).
Viennent ensuite les Anges gardiens, agents de la miséricorde de
Dieu, collaborant, aux cotés de l’homme, au dessein divin de rédemption.
Après le déluge, à un moment donné
de l’histoire de la jeune humanité nouvelle, le Seigneur pose Son
regard sur un descendant d’Adam pour en faire le chef de lignée
d’ « un grand peuple ».
4 Humble et grande plus que toute autre créature.
5 St Grégoire de Nysse, Vie de Moïse (30)
Il s’agit d’Abraham. Par sa postérité « se béniront
toutes les nations de la terre » (Gn12, 2-3 ; 22, 18). Promesse du
Seigneur qui s’accomplira avec le Christ. Abraham deviendra ainsi «
le père de tous les croyants » (Rm 4, 16 ; cf. Rm 4, 3 et
Ga 3, 14 ). Mais ce sont les Anges qui ont donné le coup d’envoi
à ce projet divin. Projet d’une telle importance et d’une si grande
portée. Trois Anges « se tenaient debout » auprès
d’Abraham, au chêne de Mambré, tandis qu’il était assis
a l’entrée de sa tente » (Gn 18,1).
Ils avaient l’air de trois hommes, symbole probable de la Trinité
divine, et venaient lui annoncer que la promesse allait s’accomplir. L’un
d’eux lui dit : « Je reviendrai chez ti l’an prochain ; alors, ta
femme Sara aura un fils ». Sara qui écoutait, à l’entrée
de la tente, se mit à rire car, « Abraham et Sara étaient
vieux, et avancés en âge ». De plus Sara ne pouvait
absolument pas concevoir ni enfanter un fils parce qu’elle était
stérile. L’Ange cependant la réprimanda : « Y a-t-il
rien de trop merveilleux pour Yahvé ? ». Alors Sara démentit
: « je n’ai pas ri », dit-elle, car elle, car elle eut peur,
mais il répondit : « Si, tu as ri » (Gen 18, 1-15).
L’envoyé de Dieu a des raisons à revendre, « car rien
n’est impossible à dieu (Lc 1, 37 ) dira l’Archange Gabriel lorsqu’il
annoncera à Marie qu’elle enfantera « le Fils du Très
Haut » sans qu’elle « ne connaisse d’homme ». L’année
suivante naît le sourire 6 d’Abraham et de Sara, Isaac.
En vertu d’un article de loi babilonien du code d’Hammourabi,
Sara, la stérile, éprouva le désir qu’Abraham ait
un fils avec l’esclave Agar. Ce fils, Ismaël, qui de droit --- sanctionné
pr le code babilonien --- aurait dû lui appartenir comme un enfant
né de son propre sein. Cependant cette maternité avait rempli
l’esclave d’orgueil, tandis que sa patronne lui avait fait reprendre sa
précédente condition de sujétion. Supportant mal cette
humiliation, Agar s’était enfuie dans le désert. Un Ange
cependant l’enjoignit de revenir auprès de ses maîtres. Mais
dès que Sara eut enfanté son propre fils, la brouille entre
les deux femmes devint insoutenable. Qui plus est Ismaël, bouillant
et grossier de caractère, maltraitait son frère Isaac, plus
jeune que lui et d’un naturel do-
6 Cf Gn 21, 6 : « Et Sara dit : « Dieu m’a donné
de quoi rire, tous ceux qui l’apprendront me souriront » (N.
d. t.) (31)
cile. Devant les insistances de Sara, et sur le conseil aussi de Dieu,
Abraham décida Agar à partir avec son fils. Tous deux se
perdirent dans le désert de Bersabée, où ils risquaient
de mourir de soif. Mais voici qu’un Ange --- le même probablement
qui était apparu à la fuyarde --- les sauve en leur indiquant
un point d’eau.
Grâce à la paternité d’Abraham, Ismaël,
aura part lui aussi à la bénédiction divine. Après
avoir épousé une Egyptienne, il aura une descendance telle
« qu’on ne pourra pas la compter » (Gn 16, 10 ).
L’Apôtre Paul fera deux remarques à ce sujet. Israël
n’est pas le peuple élu parce qu’il descend d’Abraham par la chair,
mais plutôt parce qu’il regroupe « les enfants de la promesse
» Rm 9 , 8 ), c’est à dire tous ceux dont l’héritage
consiste dans « le don gracieux » de la promesse et dans «
la foi méritante d’Abraham » en réponse à celle-ci
7. De plus, Ismaël et Agar d’un coté, Isaac et Sara de l’autre,
sont le symbole de l’Ancien et du nouveau Testament, « dont le contraste
est évident après la venue du Christ : l’un rappelant le
Sinaï, est représenté par Agar, mère d’esclaves,
comme le sont justement les Juifs, exclus des « promesses »
de par leur incrédulité ; l’autre est représenté
par la femme libre, Sara, mère d’enfants libres, comme le sont les
croyants, héritiers des promesses faites à Abraham »
(Ga 4, 21-31) 8.
Pour mettre son amour et sa fidélité à l’épreuve,
le Seigneur demande à Abraham de lui sacrifier son propre fils,
devenu un garçon, sur une montagne du pays de Moriah. A moment d’exécuter
le commandement divin --- il a en main le couteau et son bras est levé
« pour immoler son fils » ---, Abraham est retenu dans son
geste : « l’Ange de Yahvé l’appela du ciel et dit «
Abraham, Abraham ! (…) N’étend pas la main sur l’enfant ! Ne lui
fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas
refusé ton fils, ton unique » (Gn 22, 11-12). Ce n’est pas
un fait nouveau dans l’Ancien Testament : l’Ange parle ici à la
place de Dieu en s’identifiant à lui.
Le sacrifice d’Isaac devance celui du Fils Unique D’autre
7Cf. Rm 4,9-22 et 9, 7-9. Israël descend d’Abraham par la
foi : « Abraham crut en Dieu, et ce lui compté comme
justice ». (N.d.t.à.)
8 Enciclopedia Cattolica, au mot Isaac. (32)
part le commandement de sacrifier son propre fils met en évidence
une donnée constante parmi les préférés du
Seigneur ; l’épreuve à travers laquelle le Seigneur sonde
ses serviteurs dans l’amour, les sanctifie, rend fécondes leurs
œuvres et leurs prières,réalise les desseins pour lesquels
il le a choisis. « Mon fils, si tu prétends servir le Seigneur,
prépares-toi à l’épreuve. (…) Car l’or est éprouvé
dans le feu, et les élus dans la fournaise de l’humiliation »
(Si 2, 1 et 5). Le Fils Unique --- que les Saints ont imité ---
nous témoignera l’amour, « étant obéissant jusqu’à
la mort, à la mort de la croix ».
A 40 ans, Isaac épouse Rébecca dont il aura deux
jumeaux. Esaü et Jacob. Ce dernier parvient à obtenir de son
frère, qui a vu le jour avant lui, un renoncement de son droit d’aînesse.
Puis, avec l’aide de sa mère, il soutire à son père
a bénédiction qui revenait à Esaü. En fuite pour
échapper à la vengeance du frère, Jacob fait halte
à Bel-El où pendant son sommeil, avec une pierre pour oreiller,
Dieu se révèle à lui : « voilà qu’une
échelle était plantée en terre et que son sommet atteignait
le ciel et des Anges de Dieu y montaient et descendaient ! » (Gn
28, 12). Au-dessus se tenait le Seigneur, qui renouvela les promesses faites
à Abraham.
En vertu de la promesse de rachat, faite à Abraham et
renouvelée à Abraham d’abord, puis à Isaac et maintenant
à Jacob, le Seigneur a rattaché la terre au ciel, par l’intermédiaire
de ses Anges. Ceux-ci montent et descendent pour indiquer que la
rédemption est en cours et qu’elle s’effectuera avec leur concours
et leur aide. Voilà l’explication des apparitions, plutôt
fréquentes, des ministres et agents de la parole de Dieu dans les
événements du peuple élu et dans l’histoire du salut.
Les deux Anges de Lot. « Les Anges de Dieu » qui vont à
la rencontre de Jacob, après qu’il ait pris congé de Laban.
L’Ange qui lutte avec Jacob la veille de sa rencontre avec Esaü. (Ex
32, 2 et 23-33). L’Ange qui libère les jeunes, condamnés
à être brûlés vifs dans la fournaise (Dn 3, 46-50).
L’Ange de Judith (Jdt 13, 20). L’Archange Michel, qui vient au secours
de Josué contre les Madianites. « L’Ange de Yahvé »,
invoqué par Gédéon à Ophra contre les mêmes
ennemis (Jg 6, 11). Tous ceux qui interviennent dans les aventures des
prophètes : Elie, Daniel, Habaquq, Zacharie. Dans les aventures
jeune To- (33)
bie, des Maccabées. Sans parler de l’Ange qui intervient fréquemment
comme envoyé de Dieu, parlant, agissant, promettant comme Lui, et
s’identifiant a Lui. « L’Ange de Yahvé la rencontra (…) au
désert. (…) Il dit : « Agar, servante de Saraï, d’où
viens-tu et où vas-tu ? (…) Retourne chez ta maîtresse et
soi-lui soumise ». L’Ange de Yahvé lui dit : « Jr multiplierai
beaucoup ta descendance, tellement qu’on ne pourra la compter » (Gn
16, 7-10). « Dieu entendis les cris du petit et l’Ange de Dieu appela
du ciel Agar et lui dit : « Qu’as-tu, Agar ? Ne crains pas,
car Dieu a entendu les cris du petit, là où il est. Debout
! Soulève le petit et tiens le ferme, car j’en ferai un grand peuple
». Dieu dessilla les yeux d’Agar et elle aperçut un puits
» (Gn 21, 17-19). « L’Ange de Dieu me dit en songe : «
Jacob (…) Je suis le Dieu de Béthel, où tu as oint
une stèle » (Gn 31, 11-13). « L’Ange de Yahvé
se manifesta à lui sous la forme d’une flamme de feu jaillissant
du milieu d’un buisson. (…) Dieu dit alors à Moïse :
« Je suis celui qui suis » (Ex 3, 2 et 14 ; cf. Jg 2, 1-4 et
6, 11-24 ; Za 1, 14 et 3, 1-6).
A la fin du « Code de l’Alliance », Yahvé
promet Son Ange qui conduira Israël jusqu’à la terre promise
: « Je m’en vais envoyer un Ange devant toi, pour qu’il veille sur
toi au cours de ton voyage, et te fasse parvenir au lieu que j’ai fixé.
Révère-le et écoute sa voix. Ne lui sois point rebelle.
Il ne pardonnerait pas, alors, vos transgressions, car il a en lui mon
Nom. Si tu lui obéis fidèlement, et si tu fais bien tout
ce que je dis, je serai l’ennemi de tes ennemis et l’adversaire de tes
adversaires. Mon Ange te précédera et te mènera chez
les Amorites, les Hittites, les Périzzites, les Cananéens,
les Hivvites, les Jébuséens, et je les exterminerai »
(Ex 23, 20-23). Tout cela jusqu’à tant que ne vienne le moment de
la libération, le Fils de la promesse, le « soupir des prophètes
». L’avent sera annoncé à l’avance par Malachie : «
Voici que je vais envoyer mon Messager, pour qu’il déblaie un chemin
devant ma face. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur
que vous cherchez ; et l’Ange de l’alliance que vous désirez, le
voici qui vient ! déclare Yahvé Sabaot » (Ml 3, 1).
« L’Ange de l’alliance » c’est Jean, le Précurseur.
« Celui---dira le Messie---dont il est écrit : Voici que j’envoie
mon messager en avant de toi pour préparer la route devant toi »
(Mt 11, 10). A son sujet Luc rappellera la prophétie d’Isaïe
: « Une voix crie dans le désert : Préparez le chemin
du Seigneur, aplanissez ses sentiers » (Lc. 3, 4). Les interventions
des Anges seront alors de plus en plus fréquentes, signes d’une
ferveur et, dirons-nous d’une impatience inusitée.
La naissance même de « L’ange de l’alliance »
sera annoncée par Gabriel. L’on retrouvera les Anges, et surtout
ce messager, au service du Rédempteur, depuis l’<annonce faite
à Marie et la Nativité, jusqu’à l’Ascension. Ils seront
auprès des Apôtres durant leur prédication évangélique.
Et tout au long de l’histoire de l’Eglise jusqu’à nos jours, ils
seront aux côtés des serviteurs de Dieu, continuateurs passés
et présents de la Mission des Apôtres. C’est grâce aux
Anges – et les serviteurs de Dieu le témoigneront – que le Christ
est présent partout dans l’histoire, fidèle par là
à la promesse qu’Il sera avec nous jusqu’à la fin du monde
et que ceux-ci seront avec Lui tout au long de l’Histoire, jusqu’au Jugement
dernier. (35)
fin V
VI
AU SERVICE DU CHRIST JUSQU’AU JUGEMENT DERNIER
Dans la plénitude des temps, une double intervention de la part
d’un même envoyé de Dieu marque la fin de la Loi et des Prophètes,
et ouvre une ère nouvelle. Un Ange apparaît d’abord à
Zacharie, alors que celui-ci accomplit dans le temple l’oblation des parfums.
Il lui annonce que sa femme Elisabeth lui donnera un fils, Jean, le Précurseur.
La chose est-elle possible ? Malgré le caractère exceptionnel
de cette visite, Zacharie en doute. Il est vieux et ma femme --- dit-il
--- est avancée en âge » Il voudrait un signe : «
Qu’est ce qui m’en assurera ? ». Et l’Ange de répondre : «
Je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé
pour te parler et t’apporter cette bonne nouvelle » (Lc 1, 18-19)
: l’annonce qu’il sera père. Parce qu’il a douté, Zacharie
est puni par la perte de la parole. Il la retrouvera lorsque cet évènement
s’accomplira (Lc 1, 5-20).
Six mois plus tard, « l’Ange Gabriel fut envoyé
par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à
une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison
de David ; et le nom de la vierge était Marie. Il entra chez elle
et lui dit : Salut, comblée de grâce, le Seigneur est avec
toi » (Lc 1, 26-28). Il lui annonce que, bien qu’elle ne connaisse
point d’homme, à l’ombre de l’Esprit-Saint, elle enfantera «
le Fils du Très Haut », dont le règne n’aura
point de fin ». Et l’Ange d’ajouter : « Et voici qu’Elisabeth,
ta parente, viens elle aussi de concevoir un fils » et « en
est à son sixième mois », malgré sa vieillesse
» et la stérilité qui l’humiliait : « car rien
n’est impossible à Dieu ». « Marie dit alors : «
Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! ».
Et l’Ange la quitta » (Lc1, 38).
Voyant ce qui était arrivé, Joseph, « qui
ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de
la répudier sans bruit. Il avait
(36)
formé ce dessein, quand l’Ange du Seigneur lui apparut en songe
» (Mt 1, 19) pour le rassurer sur l’origine divine de la grossesse
de Marie.
Cet Ange est sûrement le messager envoyé à
Zacharie et à la Vierge. Ce même Gabriel, le messager céleste
par excellence, dont le nom signifie « homme de Dieu » ou «
l’homme en qui Dieu met Sa confiance » 1. C’est lui qui expliqua
à Daniel la prophétie (Dn 9, 21), et lui annonça encore
la fin de la dispersion et de la captivité d’Israël. C’est
probablement ce même Ange sans nom et porteur de nouvelles et de
messages qui est apparu et se représentera en rêve à
Joseph.
Plusieurs Anges, sans noms précis, qui sont difficiles
à identifier comme l’un ou l’autre de ceux que l’on connaît
---- Michel, Gabriel, Raphaël ---- apparaissent dans le
Nouveau Testament et dans la vie de Jésus sur la terre. «
Là où est le Christ, notre Seigneur, se trouvent aussi les
Anges » 2. Le Roi est suivi partout par sa cour.
La nuit de l’Incarnation du Verbe, l’Ange du Seigneur apparut
aux pasteurs « et la Gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté
; et ils furent saisis de frayeur. Mais l’Ange leur dit : « Rassurez-vous,
car voici que je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le
peuple » (…). Et soudain se joignit à l’Ange une troupe nombreuse
de l’armée céleste, qui louait Dieu, en disant : «
Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes
qu’il aime ! (Lc 2, 9-14).
Lorsque Hérode reçoit la nouvelle que « le
roi des Juifs » vient de naître, c’est par un Ange certainement
que les Mages sont, dans un rêve, « avertis de ne point retourner
chez Hérode » (Mt 2, 12). Le même probablement qui exhorta
Joseph, en songe, à fuir en Egypte avec l’enfant et sa mère.
Puis à rentrer au pays après la mort de « ceux
qui en voulaient à la vie de l’enfant » (Mt 2, 20), et à
se rendre à Nazareth : comme Archélaüs régnait
sur la Judée à la place d’Hérode son père,
« sur un avis reçu en songe, il se retira dans la région
de Galilée et vint s’établir dans une ville
1 Enciclopédia Cattolica, aux mots Gabriel, Archange.
2 Erik Peterson, op. cit.
(37)
appelée Nazareth. Ainsi devait s’accomplir l’oracle des prophètes
: On l’appellera Nazaréen » (Mt 2, 23).
Dans les tentations au désert, lorsque Jésus eut
repoussé Satan, « voici que les Anges s’approchèrent,
et ils le servaient » (Mt 4, 11). Et sur le Mont des Oliviers, durant
l’agonie, c’est encore « un Ange qui le réconfortait »
(Lc 22, 43). A sa mort, les évangélistes ne parlent pas de
présences angéliques. Mais évidement, innombrable
multitude des Esprits célestes était là, parcourue
de sentiments que nous pouvons seulement imaginer à l’intérieur
de nos limites humaines. Sans doute les Anges s’étaient-ils alors
rendus invisibles afin que le Mourant aille jusqu'à pousser le cri
« scandaleux » d’abandon de la part de son Père : «
Pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 47). Après sa
mort, ils réapparaissent. Les deux Marie les rencontreront au moment
de la résurrection. Elles « vinrent visiter le sépulcre.
Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre : l’Ange du
Seigneur descendit du ciel et vint rouler la pierre, sur laquelle il s’assit.
Il avait l’aspect de l’éclair, et sa robe était blanche comme
neige. A sa vue, les gardes tressaillirent d’effroi et devinrent comme
morts. Mais l’Ange prit la parole et dit aux femmes : « Ne craignez
point, vous : je sais bien que vous cherchez Jésus le Crucifié.
Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez
voir le lieu où il gisait » (Mt 28,1-7). Jean l’Evangéliste
ajoute que l’une des femmes « se penche vers le tombeau et voit deux
Anges, vêtus de blanc, assis là où reposait le corps
de Jésus, l’un à la tête, l’autre aux pieds »
(Jn 20, 11-12).
Pendant les quarante jours qui suivirent, le Ressuscité
apparaît aux siens assez fréquemment. Il s’entretient et parle
avec eux. Avec eux il dîne une dernière fois, donnant ses
derniers avertissements et ses dernières recommandations. Annonçant
aux
disciples qu’ils vont « recevoir une force, celle de l’Esprit Saint
qui descendra sur vous. Vous serez alors les témoins à Jérusalem,
dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’au confins de la terre
» (Ac 1, 8). Ceci dit, « ils le virent s’élever ; puis
une nuée vint le soustraire à lers regards. Et comme ils
étaient là, les yeux fixée au ciel pendant qu’ils
s’en allai, voici que leur apparurent deux hommes vêtus de blanc,
qui leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous
ainsi à regarder le ciel ? » (Ac 1, 9-10). Celui qui vous
a (38)
été enlevé », ajoutent-ils, «
viendra comme cela, de la même manière dont vous l’avez vu
partir vers le ciel » lorsque finira l’histoire du monde. Et alors
apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; (…) et on verra
le fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec puissance et
grande gloire. Et il enverra ses Anges avec une trompette sonore, pour
rassembler ses élus es quatre coins de l’horizon, d’un bout des
cieux à l’autre (Mt 24, 31-31). Et l’Apôtre d’ajouter : «
Car lui-même, le Seigneur, au signal donné par la voix de
l’Archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui
sont dans le Christ ressusciterons en premier Lieu » (1Th, 4-16).
Alors viendra « le temps de la moisson » où, a dit le
Seigneur, « je dirai aux moissonneurs : Ramassez d’abord l’ivraie
et liez-la en bottes que l’on fera brûler, et puis vous recueillerez
le blé dans mon grenier » (Mt 13, 30). Après quoi il
explique : « les moissonneurs, ce sont les Anges. (…) le Fils de
l’homme enverra ses Anges qui ramasseront de son Royaume tous les scandales
et tous les fauteurs d’iniquité, et les jetteront dans la fournaise
ardente : là seront les pleurs et les grincements de dents. Alors
les justes resplendiront comme le soleil dans le Royaume de leur Père
» (Mt 13, 39-43).
Les Anges assisteront au Jugement dernier : « Quand le
Fils de l’homme viendra dans sa gloire, escorté de tous ses Anges,
alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront
rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les
uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs »
(Mt 25, 31-32). Et il dira aux justes : « Venez, les bénis
de mon Père ». Et aux injustes, aux faiseurs de scandale,
aux riches qui auront refusé aux pauvres la nourriture, la boisson,
le vêtement, un abri et qui auront refusé aux prisonniers
et aux malades leur attention et leur aide fraternelle, il dira : «
Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été
préparé pour le Diable et ses Anges » (Mt 25, 41).
La venue du Seigneur sera inattendue, subite, « comme les
jours de Noé ». « Quant à la date de ce jour,
et à l’heure, personne ne les connaît, ni les Anges des cieux,
ni le Fils, personne que le Père, seul »… « Veillez
donc… » (Mt. 24, 36-42).
Nous devons nous tenir prêts comme si nous étions
à la veille imminente de ce jour et de cette heure là. Tenant
allumée la lan (40)
terne de notre vigilance chrétienne, constamment attentifs à
ce que le voleur ne nous surprenne alors que notre âme sommeille
ou n’entre en nous par les fenêtres de nos sens, de nos oreilles
lacérées par le bruit des mots nouveaux, de notre esprit
égaré par une littérature ou une philosophie mortifère,
modelée « sur le monde présent » (Rm 12, 2) et
inspirée du « dieu de ce monde » (2 Co 4,4).
Aucune époque ne sera dégrevée des disciples du
« Prince de l’empire de l’air, cet Esprit qui poursuit son œuvre
en ceux qui résistent » (Ep 2, 2) et qui régit tous
ceux qui ne sont pas de Dieu (Jn 15,19 ;17,14 ;1 Jn 4, 4-5). « C’est
par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde »
(Sg 2, 24), et le Messie a été ensuite envoyé par
le Père pour détruire les œuvres de Satan et des siens (Mc
1, 24-34 ; 3, 11-15 et 23-27 ; 6, 7 ; Jn 3, 8 ; Ac 16, 16-18). Satan, vaincu
sur la croix, sera anéanti (Col 2, 15 :; 2 Co 10, 5). Le Christ
l’a dit : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant
le prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, élevé
de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,31-32).
« Des faux prophètes surgirons en nombre et abuseront
bien des gens » (Mt 24, 11). A certains moments les portes de l’enfer
sembleront prévaloir contre l’Eglise du Christ et les Judas traîtres
seront sans nombre. Contre les pièges et les assauts de Satan et
les gains stupides de sa Synagogue, les fidèles devront alors recourir
à la prière pour persévérer 3, à l’assiduité
aux sacrements, à l’aide de la Mère dont Il a fait solennellement
de nous les fils, sur la croix, à la conduite sûre du
Pasteur à qui Il a confié la charge de mener aux pâturages
nous, ses brebis, et de sauvegarder la Loi qu’Il a accomplie.
Il pourra se faire que d’aucuns viennent annoncer qu’ils ont pris une
décision précise ou posé un choix à propos
d’une question importante et débattue, un choix contraire à
l’avis et au vouloir du Souverain Pontife, mais qu’ils prétendent
tenir du Seigneur après de longues heures de veille dans la prière.
Il ne faudra pas les écouter. Ceux-ci ne sont même pas effleurés
par le doute que, agissant de la sorte, ils servent « l’Esprit qui
poursuit son œuvre
3 Lc 18, 1 : « toujours prier sans jamais se lasser ». Mt 26, 41 : « veillez et prier » (40).
en ceux qui résistent ». Quiconque refuse d’écouter
ou de respecter Pierre et les Pasteurs qui l’aident à gouverner
la Barque parmi les écueils et les vagues du Siècle soulevés
par Satan, refuse d’entendre le Seigneur et Lui manque de respect (Lc 10
, 6). Il se range du côté de l’Ange rebelle. Le grand saint
Antoine de Padoue l’explique : « Solidaires du loup infernal sont
ceux qui refusent de porter le joug de l’obéissance, au nom de Celui
qui fut obéissant jusqu’à la mort. Oui, chaque fois que tu
t’obstines à manquer d’obéissance à tes supérieurs,
tu deviens comparable à l’Ange apostat, car tu méprises non
pas l’homme mais Dieu qui a confié aux hommes le gouvernement de
leurs semblables »4. Ces rebelles s’égarent d’emblée
et, de la sorte, se mettent en situation de ne point être écouté
par Celui dont ils invoquent la lumière. En réalité
ils le désarment et autorisent le Diable à interférer
dans leurs prières au point de les influencer et de les tromper.
Par ailleurs, comment le Seigneur pourrait-il les écouter et leur
donner la lumière qu’ils prétendent de Lui, sans justifier
et encourager par là la rebeillon et jeter le discrédit sur
l’autorité du vicaire du Christ, avec tout ce que cela comporte
de dommageable pour son Eglise ? Ou encore sans éviter que l’Eglise
elle-même ne devienne une nouvelle tour de Babel, un repaire de sectaires
et d’hérétique, une cause de ruine, et sans que les simples
fidèles ---- les « petits » ---- n’en soient scandalisés
?
Toutes les fois que l’obscurité surviendra dans le monde,
et que dans l’Eglise du Christ paraîtront se répéter
l’heure des ténèbres et le complot de trahison, il faudra
chercher force et protection contre les assauts du mal surtout dans le
sacrement du mystère eucharistique, car « Qui mange ma chair
et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 56) a dit
le Seigneur. Or Lui, il restera avec nous jusqu’à l’aurore de la
nouvelle vie. « Il est plus facile au monde --- affirmera le Père
Pio --- de vivre sans soleil que de se passer de la Sainte Messe ».
Cela est tellement vrai ! que Satan ne ratera pas une occasion de la désacraliser.
Un temps viendra où les outrages dont se plaindra --- comme on va
le voir
‘ Alla scuola del Santo di Padova, morceaux choisis et introduction au père Diomede Scaramuzzi, Edizioni Paoline, Modena. (41)
Aussitôt --- l’Ange de Fatima, à propos du Saint Sacrement
de l’autel, trouveront leur paroxysme dans la dégradation du mystère
pascal à un fraternel regroupement de commensaux et dans l’impertinence,
durant les célébration du sacrement, de chœurs,rythmes et
orchestres endiablés dont les chrétiens ne saisiront pas
l’inspiration satanique, parce qu’eux-mêmes relèveront de
« L’homme psychique » et ne seront donc plus en mesure d’accueillir
« ce qui est de l’Esprit de Dieu (1 Co 2, 14).
Mais outre le recours à la Mère de Dieu, à
la prière, aux saints sacrements, à la fidélité
au Souverain Pasteur et au collège épiscopal qui lui est
fidèle,, les saints Anges constituent eux-aussi notre refuge et
notre force ; les Anges qui sont descendus du Paradis quand le Verbe s’est
incarné dans le sein très pur de l’Immaculée, l’ont
accompagné et servi jusqu’à son retour « là
où il était auparavant » (Jn 6, 62). Ils nous ont été
donnés, pour notre salut, dès la chute de notre Ancêtre.
C’est par leur intermédiaire que s’accomplira la rédemption,
grâce à la victoire finale de Michel sur le dragon.
« Les déséquilibres qui travaillent le monde
sont liés à un déséquilibre plus profond, enraciné
dans le cœur de l’homme (…). Placé par Dieu dans un état
de sainteté, l’homme, tenté par le Malin, dès le début
de son histoire a abusé de sa liberté, s’élevant contre
Dieu et voulant réaliser hors de Dieu sa propre fin (…). La vie
humaine toute entière, tant individuelle que collective, présente
les symptômes d’une lutte dramatique entre le bien et le mal, entre
la lumière et les ténèbres (…) Mais le Seigneur lui-même
est venu libérer l’homme et lui donner force, le rénovant
au plus profond de son être, et chassant « le prince de ce
monde » (Jn 12, 31) qui le tenait esclave du péché
(Jn 8, 34). L’histoire humaine toute entière est pénétrée
d’une lutte terrible contre les puissances des ténèbres.
Une lutte qui a commencé dès l’origine de ce monde, et qui
durera, comme dit le Seigneur (Mt 24, 13 ; 13, 24-30, 36-43) jusqu’au dernier
jour. Engagé dans cette bataille l’homme doit combattre sans répit
s’il veut rester uni au bien. Il ne peut pas réaliser non plus son
unité intérieure, si ce n’est à grand-peine et avec
l’aide de la grâce de Dieu »5.
5 Constitution Pastorale Gaudium et spes.
(42)
Tout ce qui a été dit et reporté jusqu’à présent concerne des éléments que l’on tenait à souligner avant de poursuivre ce modeste discours sur les Anges, étant donné l’intention de ce discours, qui veut être un rappel de l’existence des armées célestes, de leur disponibilité à notre égard et de l’urgence improrogable de les stimuler par nos prières et notre vie chrétienne à plus de combativité dans la lutte décisive, où se joue le sort du monde. Un monde qui, aujourd’hui comme jamais de par le passé, voit ses armées engagées avec l’Eglise militante contre les puissances des ténèbres.
Dans les chapitres qui suivent --- et qui ont été pour
la plupart sommairement remaniés par rapport aux précédentes
éditions de cet ouvrage --- l’on constatera que le texte ne répond
pas toujours aux exigences de la rigueur scientifique. Ce seront les visions
angéliques et les voyants eux-mêmes, les « Fioretti
» dont abondent les chapitres qui susciteront quelques perplexités
chez certains, incapables qu’ils seront d’en prouver matériellement
l’authenticité, d’une façon critique. L’on remarquera que
ces histoires d’apparitions ou de visions sont le plus souvent le fruit
d’états d’âmes particuliers, la projection de certaines tensions
de l’esprit, le résultat d’un jeu complexe à l’intérieur
des méandres de la psyché, dont seule la psychologie serait
en mesure de rendre compte. Et là-dessus la théologie la
plus avancée se trouverait d’accord. Mais le discours alors n’en
finirait plus et exigerait un long chapitre à part. L’on coupera
court à cette question en disant que, dans les pages qui suivent,
mêlées aux révélations que le lecteur, s’il
le désire, sera libre d’accepter ou de refuser, pas mal d’autres
répondront, quant à leur validité, aux conditions
requises par la plus exigeante des critiques, comme celle du magistère
de l’Eglise. Révélations qui n’admettent pas le doute et
seront donc indiscutables. Mais elles ne pourront être saisies qu’en
les référant à une origine qui nous transcende et
en les prenant pour ce qu’elles sont : des signes de Dieu, théophanies,
preuves irréfutables de la présence du Christ dans l’Eglise
catholique (il n’en existe pas dans d’autres Eglise ni en d’autres religions
!) et de Sa prédilection envers elle.
Ce livre est aussi un souvenir. Il a son histoire. Et pour cela
il ne peut être remanié au point de perdre son aspect originel.
(43)
Cette histoire je l’ai racontée dans I l Diavolo c’è : grazie a Padre Pio ne abiamo fatto l’esperienza, actuellement en préparation. Cela en valait la peine. Et le lecteur lui-même avait raison d’être curieux de la connaître. C’est une histoire singulière, qui montre que ce livre, voulu par le Père Pio --- comme il a été dit dans la préface a suscité les colères infernales et a été protégé par les Anges de Dieu. Un livre pour lequel Anges et démons se sont, pour ainsi dire, pris aux cheveux, faisant montre de lui attribuer une importance qui au pauvre auteur a semblé quelque peu exagérée ! Et cela malgré ses fautes 6, c’est-à-dire sa médiocrité, son infantilisme, son manque de rigueur scientifique et se style (qui ne sert ni à Dieu, ni aux hommes désireux d’un sérieux, fait de vérité, d’essentiel, de simplicité et de clarté) et en dépit de ses nombreux « Fioretti ». Lesquels restent de la sorte où ils sont, parce que vraisemblables, sinon irrécusables manifestations de Dieu. Car du vivant du Père Pio, des faits de ce genre, survenus avec les saints du passé, il y en eut une explosion comparable, par leur nombre et leur variété, à celle des bourgeons au printemps. « Fioretti » dont un nombre incalculable de fidèles et de fils spirituels du grand mystique stigmatisé sont reconnaissants au Seigneur, pour les encouragements au bien et les grands profits spirituels qu’ils en ont tiré. Nous en donnerons dans ces pages quelques exemples choisis au hasard, nous réservant d’en parler ailleurs plus longuement. De plus, ces faits ne sont pas explicables par la suggestion, l’autosuggestion, la psychose collective et autres sottises de ce genre.
6 En français dans le texte (N.d.T.). (44)
VII
GARDIENS DES PEUPLES
L’Univers, les systèmes planétaires avec leurs propres
soleils et planètes, seraient sujets à la surveillance et
à la garde d’un Ange particulier. Voila une croyance, basée
sur l’adage bien connu selon lequel « tous les corps sont mus par
un esprit de vie doté d’intelligence ». Il est très
vraisemblable que la Création soit gouvernée par la Providence
à travers le ministère des Anges. Même si cette affirmation
se fonde sur un adage, contestable et discutable autant que l’aphorisme
qui le régit, car « dans le monde visible, rien ne peut
être mis en mouvement ni en ordre si ce n’est grâce à
une créature invisible », une telle croyance ne déplaît
pas à notre intelligence. Sans aucun doute, la Providence de Dieu
--- pour des fins que nous ne discuterons pas ici, mais qui sont évidemment
légitimes --- gouverne la Création dans son dynamisme. Et
il n’est pas invraisemblable qu’elle utilise pour ce faire quelques-uns
de « ses gardiens » (Gn 3, 24), « héros puissants,
ouvriers de sa parole » (Ps 103, 20). Ce rôle des Anges est
très vraisemblable, s’il est vrai --- que chaque peuple, chaque
nation a un Ange particulier qui inspire, stimule et protège son
propre épanouissement 1.
Il ne semble pas que l’on doive rejeter les hypothèses
des exégètes selon lesquelles ce serait Saint Michel qui
aurait infligé à l’Egypte ses fameuses plaies, guidé,
sous le couvert d’une « colonne de feu », le peuple élu
vers la Terre Promise, dicté la Loi à Moïse sur le Sinaï…
Ils ne se trompent pas lorsque’ils l’identifient avec l’Ange qui encourage
et soutient Josué contre les Madianites, dans la prise de Jéricho.
« Je suis le chef de l’armée de Yahvé » (Jos
5, 14), ainsi se présente-t-il à Josué qui, avant
l’assaut de la ville, était en train de reconnaître les environs.
Qui peut donc être ce « chef de l’armée de Yahvé
» ? C’est sans aucun doute ce même Michel, capitaine des armées
célestes, tel qu’il apparaît dans le conflit apocalyptique
avec les Anges prévaricateurs. Or lui, dans l’écriture, comme
déjà il le montre avec Josué, il est aussi le protecteur
d’Israël. On l’apprend du prophète Daniel qui, dans l’histoire
des malheurs du peuple élu, qu’il a si amèrement connus,
fait mention de deux autres Anges, gardiens des peuples, avec lesquels
on le voit en « conflit », conjointement au messager de Dieu,
Gabriel, pour une question dont lui-même nous fait part.
Le roi Cyrus avait décrété la fin de la
diaspora d’Israël parmi les Perses et les Grecs, sans toutefois que
le peuple élu puisse procéder au retour tant espéré
dans sa patrie pour reconstruire Jérusalem et le temple. Et cela
plus que toute autre chose, affligeait le prophète. Depuis trois
semaines, il suppliait le Seigneur et faisait pénitence lorsque,
dans sa splendeur et redoutable puissance, lui apparut l’Archange Gabriel,
qui lui dit :
« Ne crains point, Daniel, car du premier jour où,
pour comprendre, tu as résolu de te mortifier devant ton Dieu, tes
paroles ont été entendues, et c’est à cause de tes
paroles que je suis venu. Le prince du royaume de Perse m’a résisté
pendant vingt et un jours, mais Michel, l’un des Premiers Princes, est
venu à mon aide. Je l’ai laissé affrontant les rois de Perse
(…). Je dois retourner combattre le Prince de Perse : quand j’en aurai
fini, voici que viendra le Prince de Yavân. Nul ne me prête
main forte pour ces choses, sinon Michel, votre Prince » (Dn 10,
12 et 20-21).
Au messager de Dieu, venu pour annoncer la fin de l’esclavage
d’Israël, s’est opposé l’Ange protecteur de la Perse qui tient
à la diffusion du monothéisme juif parmi ces peuples idolâtres.
Dans ce différend, Michel lui a prêté main forte. Maintenant
Gabriel reprendra la bataille et cette fois-ci il l’emportera. Mais il
devra aussi se mesurer contre l’Ange protecteur de Yavân. L’empire
Médo-Perse est condamné à s’effriter. C’est l’empire
de Yavân qui devra lui succéder, grâce aux prouesses
d’ »un roi vaillant » (Dn 11, 3), Alexandre le Grand.
Voilà pourquoi Gabriel est retenu par l’Ange protecteur de la Grèce
qui, à son tour, s’oppose au départ d’Israël. Et cela
pour les mêmes raisons qui ont poussé le protecteur de la
Perse à faire obstacle à Gabriel. Mais dans ce nouveau conflit,
Gabriel sera aidé sérieusement par Michel, le protecteur
du peuple élu.
Mais quelle que soit la manière d’interpréter ces
divergences angéliques 2, il est important pour nous d’apprendre
que chaque nation est sous la protection d’un Ange. A ce propos, la révélation
ne laisse aucun doute. Cette doctrine est soutenue par la tradition : «
Un décret antique et divin a réparti les Anges parmi les
nations », écrit Clément d’Alexandrie, reprenant à
son compte ce passage du Deutéronome : « quand il répartit
les fils d’homme, il fixa leurs limites suivant le nombre des fils de Dieu
» (Dt 32, 8) 4. Cela est une vérité incontestable ---
affirme Théodoret avec bien d’autres Pères de l’Eglise ---
, parce que solidement fondée sur l’écriture 5. « Guides
et Princes des nations », les Anges, selon Eusèbe, sont engagés
dans la tâche de conduire les peuples à la
2 L’interprétation susmentionnée est la plus vraisemblable
(Cf. La Sacra Biblia, Edizioni Paoline, à propos de Daniel). Dès
le moment où Daniel intercède et s’offre pour la libération
d’Israël, « l’opération angélique est déclanchée
». Il s’ensuit un conflit qui n’est pas seulement déterminé
par la différence de mérite des différents peuples
vis-à-vis des Anges entrés en lice (Cf. La Somme Théologique,
I, q. 113, a. 8) mais qui est dû également à la «
charité de chaque « Prince » envers son peuple. Il peut
se faire que les Anges protecteurs de la perse et de la Grèce (Yavân)
devinent l’issue finale de leur opposition à Gabriel et à
Michel, et prévoient l’affranchissement d’Israël de l’esclavage
et de la dispersion. Ils cherchent toutefois à empêcher cela,
poussés par leur « charité ». La controverse
dure tant que ls supplications et les souffrances réparatrices de
Daniel ne parviennent pas à satisfaire la Justice divine. Ce sont
elles qui forcent le verdict divin, qui met fin à la diaspora. Les
controverses angéliques semblent vouloir rendre compte de ce processus
de maturation. Et plutôt qu’un porteur de nouvelles, Gabriel semble
être le présage que la miséricorde de Dieu est sur
le point de se manifester, que Yahvé est sur le point d’oublier
les infidélités de son peuple. Aussi Michel frémit,
brûle d’impatience et se met à agir --- « Nul ne me
prête main forte pour ces choses, sinon Michel, votre Prince »
--. On croit pouvoir le comprendre : Michel a la tâche, rien moins
que secondaire, de protéger un peuple, dont sortira la Vierge qui
donnera au monde le Sauveur. Pour comprendre cette espèce de dispute
entre les Anges nous pensons qu’il ne faut pas oublier que ceux-ci sont
animés par l’Amour et la Justice. Mais de ces deux c’est l’Amour
surtout qui les pousse. Dieu, dit Jean, est Charité.
3 Stromata, VII, 8.
4 Fils de Dieu = Anges de Dieu (N.d.T.).
5 In Cen., q. 3. (47)
découverte de la vérité 6. Cette doctrine a l’accord
de Denys l’Aréopagyte dans sa Hiérarchie céleste.
L’on pourrait objecter – et la critique moderne y incite
– que la tradition, aussi sacrée et vénérable qu’elle
soit, n’est pas, n’est pas la révélation. Ces affirmations
de Pères et Docteurs de l’Eglise ne seraient après tout que
des commentaires ou des réflexions sur les données révélées
de l’Ecriture. Mais l’Ecriture elle-même ne serait-elle pas
farcie de chimères, selon certains courants de la théologie
contemporaine ?
Dans le n. 622 de L’homme nouveau, nous venons justement de lire
la Réponse de l’abbé Richard à un Théologien
de l’Institut Catholique de Paris, qui « démystifiait »
la résurrection du Christ : « … Aussi j’ajoutais, toujours
d’après vous --- écrit-il --- que la démarche qui
s’impose aujourd’hui est claire. La critique moderne a fini par éduquer
nos contemporains. Ceux-ci ne peuvent plus prendre au sérieux les
récits de miracles. Notre génération est exposée
à un grand dommage, celui de rejeter purement et simplement l’expérience
du Rabbi Jésus, compromise aujourd’hui aux yeux de tous par l’environnement
du réalisme naïf dans lequel l’Eglise s’acharne à nous
la présenter encore… ». Et je n’insisterai pas sur un incident
survenu cet ouvrage : un religieux de nos amis, résidant dans
le nord de l’Europe, avait traduit ce livre dans la langue du pays qu’il
habitait. Avant de le mettre sous presse il le soumit à une révision
ecclésiastique. Ce livre possédait déjà les
imprimatur de Milan et de Paris. Il a été refusé ---
avec tous ses saint Michel, Anges, Diable, démons Père Pio
et autres serviteurs de Dieu – avec ce commentaire précis : finissons-en
avec ces stupidités » !
Eh bien, pour en revenir à notre discours sur la protection
angélique des peuples, il y a des cas de révélation
à ce propos qui confirment autant la Sainte Ecriture que ses
anciens commentateurs. Il s’agit de révélations parfois récentes,
marquées sûrement par Dieu, impressionnantes, et à
propos desquelles il est inutile de sourire et qui mérite toute
notre attention.
En1916, en pleine guerre mondiale, le Portugal s’apprêtait
à se jeter à son tour dans la mêlée. Vers la
fin du printemps, trois pâtres d’un modeste village de ce petit pays,
Lucie, François et Jacinthe conduisaient leurs troupeaux sur une
colline appelée « Cabeço ». Une averse les obligea
à se réfugier dans une cavité du rocher, entre les
arbres. Comme ils avaient faim, ils mangèrent leurs provisions.
Il était midi. Puis ils sortirent leurs chapelets et commencèrent
à les égrainer : « Ave, Maria » ». Entre
temps le ciel était redevenu serein. Avec des cailloux ils
se mirent à jouer aux osselets, mais ils furent bientôt interrompus
par un violent coup de vent. Ils levèrent ensemble la tête
dans la direction d’où venait la bourrasque : une silhouette blanche,
transparente presque, sur laquelle semblait se refléter les rayons
du soleil, se balançait dans l’air, au dessus des oliviers. La silhouette
avançait, prenant une forme de plus en plus précise. Bientôt
les enfants eurent devant eux, à quelques pas, un jeune, entre 14
et 16 ans, d’une beauté encore jamais vue, indescriptible. Ils en
étaient à la fois enchantés et effrayés. Alors
la merveilleuse apparition leur dit :
N’ayez pas peur ! Je suis l’Ange de la paix ! » Puis il
ajouta : « Priez avec moi ! » Il se mit à genoux et,
se prosternant jusqu’à terre, par trois fois il répéta
: « Mon Dieu, je crois, j’adore j’espère et je vous aime !
Et je vous demande pardon pour tout ceux qui ne croient pas, qui n’adorent
pas, qui n’espèrent pas et qui ne vous aiment pas ! Priez ainsi
--- dit l’Ange en se révélant --- car les saints cœurs de
Jésus et de Marie sont sensibles à vos requêtes ».
Sur ce « l’Ange partit », dit Lucie.
Il revint quelques mois plus tard, alors que les enfants jouaient
près du puits du jardin de Lucie : « Que faites-vous là
! » Il les exhorta à « beaucoup prier », à
offrir des « sacrifices » au Seigneur, car Jésus et
sa Mère avaient sur eux des « desseins de miséricorde
: « Faites en sorte d’attirer la paix sur votre patrie » a-t-il
dit exactement. Mais son nom ne se trouve dans le registre d’état
civil d’aucun portugais. De fait il se révèle : « Je
suis l’Ange gardien, l’Ange du Portugal ».
Au cours d’une troisième apparition sur Cabeço,
l’Ange tenait dans sa main le calice avec l’hostie « suspendue en
l’air ».Il s’agenouilla à côté des enfants et
récita, par trois fois, une prière à la Très
Sainte Trinité, « en réparation des outrages, sacrilèges
et indifférences » qui se commettent contre « le très
précieux
(49)
corps, sang, âme et divinité de notre Seigneur Jésus-Christ
». L’Ange se leva ensuite pour donner la communion à Lucie
avec la sainte hostie, et à François et Jacinthe avec le
« sang de Jésus-Christ » dans le calice 7.
Par ses interventions, l’Ange prépare les trois enfants
à d’autres assauts plus émouvants de la part du surnaturel.
Ils verront la Vierge Marie, qui leur annoncera des évènements
proches et lointains que nous avons vécus et qu’encore nous vivons
(notre histoire se déroule en effet sous le signe de Fatima). Par
l’entremise des pâtres, Marie s’adressera à l’humanité
pour l’inviter à réparer ses « crimes » par la
prière et la pénitence. Elle a prévu en effet le triomphe
et la célébration du sexe et dira : « Les péchés
qui portent le plus grand nombre d’âmes en Enfer sont les péchés
de la chair ». La pureté sera tournée en ridicule.
Des prophètes de Satan se lèveront pour proclamer que «
le moment est venu de rendre l’homme libre de toutes les formes de répression,
y compris la vieille morale chrétienne » (Marcuse). Une foule
de misérables --- de la presse, du journalisme et du spectacle ---
se mettra à remuer et à se baigner sans retenue dans la solution
putride du sexe. Et personne n’arrêtera cette honteuse engeance de
malfaiteurs qui seront la cause de la trahison et du désespoir de
la jeunesse, de l’effritement des familles, de l’incertitude et du désordre
social, de la décadence d’une civilisation bimillénaire.
Ce sera la femme, au moment même où elle se présentera
comme un agent libérateur, qui en accélèrera la ruine.
L’on exaltera son pauvre corps, rongé par le cancer et par tant
d’autres maux, condamné à l’usure du temps et à la
putréfaction. L’on abusera de sa faiblesse pour faire d’elle une
exaltée, une impudente, une créature horriblement défigurée
: vide, amorale, décrochée de Dieu, accoutumée à
des modes, des mœurs,des pensées, des lectures, des projections
et des émissions dégoûtantes. Elle sera poussée
à trahir sa vocation d’épouse et de mère jusqu’à
l’infanticide, à la suppression cynique et bestiale des fruits de
son propre ventre, c’est-à-dire l’avortement. Et cela avec la tolérance
et même la protection de
7 Cf. JCastelbranco, Le prodige inouï de Fatima, Editions
Centre Marial Fatima, Bruxelles ; L. Gonzaga da Fonseca, Le meraviglie
di Fatima, Edizioni Paoline, Rome; Abbé A. Richard, la Reine aux
mains jointes, Paris R.P. Auvray, Le sens de Fatima, Paris.
(50)
la loi. L’on assistera à un retour de cet engouement pour le
charme féminin (« les filles des hommes leur convenaient »),
la dépravation et les horreurs (« La terre se pervertit devant
Dieu et elle se remplit de violence ») qui caractérisa la
période d’avant le déluge (Gn 6, 2 et 11).
Les péchés du monde sont trop grands », dira
la Vierge de Fatima. Pour leur propre disgrâce, les hommes de l’Occident,
parjures et dégénérés, ne l’écouteront
pas. Et même beaucoup de « prêtres et de religieux »
se boucheront les oreilles aux remontrances dès qu’elle fera pour
la désobéissance aux propres supérieurs et au Saint
Père » (chose qui « offense beaucoup notre Seigneur
»), et pour le mépris du célibat t de la chasteté
sacerdotale (« Les prêtres doivent être purs, très
purs » insiste-t-elle). Ils ne voudront pas entendre ses invitations
répétées en faveur de la prière et du sacrifice
et ni ses mises en garde contre les « modes », voire contre
la sécularisation » : « Ils doivent s’occuper seulement
des affaires de l’Eglise et des âmes », ou tout au moins ils
ne doivent pas d’en occuper, au point de confondre l’autel avec une chaire
de conférence, l’action pastorale avec l’action politique, la foi
avec « le christianisme nouveau » horizontal, anthropocentrique
et socialiste : « « Ils ne doivent pas suivre les modes ».
Avec leurs corps glorifiés et leur vertu de pureté,
le Crucifié et la Vierge apparaîtront anachroniques. Le «
pessimisme » de saint Paul et de saint Augustin à l’égard
de la chair sera blâmé+ Les péchés condamnés
par le sixième et le neuvième commandement, seront excusés
et absous. Le mystère du mal, l’importance et la quantité
des crimes commis, le développement de l’apostasie oppresseront,
comme un sinistre présage de mort, l’âme de ceux qui auront
survécu dans leur bonté à ces ravages. Le Père
Pio, crucifier du Mont consacré à Michel Archange, s’enfermera
dans un mutisme impressionnant. On l’entendra murmurer : « Ces temps
sont tristes, nous vivons une époque terrible ». Il ne supportera
pas la trahison du Sang du Seigneur. Mais le Seigneur aura pitié
de lui et, une nuit du mois de septembre 1968, il l’appellera…
« Je suis l’Ange du Portugal ! »
Que savaient-ils ces pauvres petits analphabètes («
Ils ne savaient ni lire ni écrire » !) des Anges gardiens
des nations ? Voilà (50)
une notion sur laquelle le catéchisme ne dit rien et que
tout le monde ignore. Est-elle seulement le fruit des
Elucubrations solitaires de quelques théologiens catholiques
rêveurs, habitués à tuer le temps et l’ennui par des
sottises digne d’Aristote ?
La révélation et la tradition sont loin de dire
des sottises ou des absurdités. De même que saint François
Xavier n’avait pas tort, au moment de porter l’évangile au Japon,
de mettre sa confiance dans l’Ange protecteur : « Je vis dans l’espoir
--- écrivait l’Apôtre des Indes à ses confrères
de Goa --- que Dieu m’accordera bientôt la grâce de la conversion
de ces pays. Mais je n’espère rien de moi-même, car j’ai mis
toute ma confiance en Jésus-Christ, dans la Très Sainte Vierge
Marie et dans tous les neuf choeurs des Anges, où j’ai choisi comme
protecteur le Prince et Champion de l’Eglise militante, saint Michel. Et
je n’ai pas peu d’espoir en cet Archange à qui a été
confiée la spéciale protection du grand royaume du Japon.
Je m’en remets chaque jour de façon particulière à
lui et à tous les Anges gardiens du Japon » 8.
Il n’y a rien d’extravagant à cette « révélation
privée » --- qui certainement est à l’origine de ce
recours aux Anges protecteurs des nations --- , selon laquelle l’Apôtre
des Indes aurait eu à Rome, l’apparition d’un Ange, sous les apparences
d’un Indien, qui l’aurait invité, de façon pressante, à
se rendre en Extrême-Orient pour y évangéliser
les peuples 9. Un événement analogue était arrivé,
quatorze siècles auparavant, à l’Apôtre des gentils,
au cours de ses randonnées dans l’empire romain sous l’impulsion
de la charité du Christ : « Ils parcoururent la Phrygie
et le territoire galate, le Saint Esprit les ayant empêchés
d’annoncer la parole en Asie. Parvenus aux confins de la Mysie, ils tentèrent
d’entrer en Bithynie, mais l’Esprit de Jésus ne le leur permit
pas. Ils traversèrent donc la Mysie et descendirent à Troas.
Or, pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien était
là, debout, qui lui adressait la prière : « Passe en
Macédoine, viens à notre secours ! » (Ac 16, 6-9).
Et Paul et Barnabé s’y rendirent.
Par les temps qui courent, où Satan semble sévir
sans être
8 Bartoli, Dell’Asia, L. III. Cf P. A. Ferretti, I Santi
Angeli Custodi, Prato 1903.
9 Abbé Eugène Soyer, Essai sur l’ange et l’homme,
Tours 1880. (52)
contrarié, il serait souhaitable que le Saint-Père, qui
a eu le courage méritoire de nous rappeler l’authenticité
de l’œuvre dévastatrice du « seigneur des ténèbres
» dans les vicissitudes humaines, rétablisse la récitation
de la prière à Saint Michel Archange du pape Léon
XIII et le culte à « l’un des Premiers Princes » du
ciel (Da 10, 13), dans le nouveau rite eucharistique, et recommande aussi
aux croyants de ne pas oublier d’invoquer dans leurs prières l’Ange
protecteur de sa propre nation : puisque chaque pays a le sien. Cela
a été confirmé par l’Ange de la Paix au Portugal.
Et lui, à l’instar de ses Frères petits et grands de la hiérarchie
céleste – que Denys l’Aéropagyte prétend formée
de neuf chœurs--, est loin d’être une « bêtise ».
C’est une bêtise plutôt que de soutenir le contraire. Et même
imprudent. En niant l’existence des Anges, ou en la reléguant simplement
au niveau du doute, l’on ne se rends pas compte des forces ni de l’aide
dont on se trouve privé. Et ni de l’agressivité que nous
fomentons parmi « les ombres de mort », les dangers auxquels
nous nous exposons, les dommages que nous provoquons à nous-même.
En effet, comme l’écrit saint Paul : « Est-ce que tous ne
sont pas des esprits chargés d’un ministère, envoyés
en service pour ceux qui doivent hériter du salut ? » (He
1, 14). Et cela il le dit sur un ton qui indique que leur existence n’est
même pas à mettre en question. Les Anges existent. Si nous
voulons, ils sont prêts à nous aider. C’est être insensé
que de les reléguer dans l’ombre, pour satisfaire à une «
mode » comme la soi-disant « démystification »,
qui équivaut, pour l’intégrité du Credo chrétien,
à ce qu’est pour la dignité de l’homme et de la femme un
vêtement négligé, effronté ou provoquant, c'est-à-dire
à un appauvrissement, une déchéance, un outrage fait
à Dieu qui a confié au ministère angélique
l’économie de sa Grâce et de sa Providence.
(53)
VIII Les Anges et les Lieux de Prière
Dans la première lettre aux Corinthiens (11, 10), saint
Paul recommande aux femmes d’avoir sur la tête un voile « à
cause des Anges ». De quels Anges s’agit-il ? Evidemment de
ceux qui sont présents dans les lieux d’adoration et de prière.
Il y a donc ces Anges qui sont les protecteurs des nations, et d’autres
qui sont les défenseurs des églises, des sanctuaires et même
des diocèses : chaque diocèse, dit Origène, est gardé
par deux évêques, l’un visible et l’autre invisible. L’un
est homme et l’autre Ange.
Palladio raconte que saint Jean Chrisostome, banni de Constantinople,
voulut, juste avant de partir en exil, prendre congé de l’Ange gardien
de son église : « Ex epicopio discendes cum episcopis, dicit
omnibus : -- Venite, oremus et Angelo Ecclesiae valedicamus » («
Descendant de l’évêché en compagnie des évêques,
il dit à tous : -- Venez, prions et saluons l’Ange de l’Eglise »)
1.
« Soyez en confidence avec les Anges, … aimez et révérez
l’Ange du diocèse où vous êtes », exhorte saint
François de Sales dans Philotée, où il cite cet exemple
de sollicitude angélique à ceux qui respectent les Anges
et les invoquent : « Le grand Pierre Fabre, premier prêtre,
premier prêcheur… de la Compagnie de Jésus, et premier compagnon
de saint Ignace, le fondateur, revenant un jour d’Allemagne, où
il avait beaucoup travaillé pour la gloire de notre Seigneur, …
racontait que, dans les nombreux pays hérétiques qu’il avait
traversés, il avait été soutenu grâce au simple
fait d’avoir salué fréquemment les Anges gardiens des paroisses
où il passait. Ceux-ci reconnaissait-il, lui avaient été
propices contre les ruses et les embûches de hérétiques
et avaient ouvert le cœur de nombreuses âmes, et les avaient préparées
à recevoir la doctrine du salut ».
Dès qu’il entrevit le village d’Ars et la petite église,
où il allait bientôt commencer sa merveilleuse activité
pastorale, saint Jean-Baptiste Marie Vianney invoqua avec ferveur, les
larmes aux yeux, les Anges gardiens, demandant de ne jamais manquer de
la bénédiction de Dieu et de leur précieuse et bienveillante
assistance. Juste avant, il lui était venu à l’esprit «
une étrange idée », suggérée très
certainement par son Ange gardien : « Cette paroisse sera trop petite
pour accueillir ceux qui viendront ici ! » 2. Le Père Lamy,
--- dont Jacques Maritain souligne « les admirables dons naturels
de sagacité, de bon sens, de sagesse pratique, l’exquise finesse
d’esprit et une énergie surnaturelle éclairée par
la charité » et à propos de qui il se déclare
reconnaissant au « Seigneur de toute grâce » pour l’amitié
qu’il reçut de ce grand penseur catholique --- fait cette confidence
: « J’ai parfois entendu trois ou quatre Anges en même temps
dans l’église de la Courneuve. J’entends souvent leur voix sans
les voir. Comme pour les personnes que l’on connaît bien, je les
reconnais à leur voix » 3.
Même sans ces exemples, la croyance aux Anges protecteurs des
Eglises n’en resterait pas moins vraie, même si elle ne reposait
que sur de simples convictions. Il est communément admis qu’il y
a des Anges consacrés à la protection, non seulement des
nations, mais aussi des provinces, des villes, des communautés.
Les Anges sont partout, affirme saint Augustin, ainsi que d’autres Pères
de l’Eglise, dans l’air, sur terre et dans la mer. L’on ne vois pas pourquoi
l’on devrait exclure leur présence des maisons de Dieu, c’est–à-dire
justement de là où les croyants se donnent le plus beau et
saint rendez-vous d’amour et y accomplissent les actes les plus appréciés
parles Anges : la prière et la louange à Dieu, à la
Vierge leur reine et à tous les bienheureux du ciel, eux-mêmes
y compris.
Au cours de l’escalade d’une colline, ou d’une promenade au fond
d’une vallée, il m’est souvent arrivé de me trouver inopiné-
2 D. Pilla, Il Santo Curato d’Ars, Edizioni Paoline ; Processo
dell’Ordinario : cf. F. Trochu, Le Curé d’Ars, Libr.
Cath. Emmanuel Vitte, Paris
3 Comte Paul Biver, Apôtre et mystique : le Père Lamy,
préface de Jacques Maritain, Ed. des Serviteurs de Jésus
et Marie, 60138 Chiry-Ourscamp
(55)
ment en face de l’une des nombreuses ruines d’églises et d’anciens
monastères, souvenirs de la ferveur mystique médiévale,
dont est parsemée ma terre bénie. Il est difficile de redire
les impressions ressenties devant ces monceaux de ruines, ces planchers
éventrés, ces murs dépouillés et démolis
par les siècles, par les rigueurs du ciel et des saisons, et entourés
par une nature souvent nue et austère – de grisâtres bancs
de roche, de mélancoliques hameaux, des champs sauvages --
dans une solitude, un silence surhumain à peine interrompu par l’appel
d’un oiseau égaré ou le cri soudain d’un rapace. Ces moments
avaient quelque chose d’irrésistible. Elles étaient un mélange
de stupeur, d’affolement, de nostalgie et de triste affliction, que j’ai
spontanément traduit dans un chant, un poème élégiaque
qui, malgré la pauvreté des moyens d’expression, fait partie
des morceaux les plus réussis et les mieux inspirés de mon
quart d’heure poétique juvénile. Il commence ainsi :
Saint Gilles, perdu au milieu des champs,
c’est toi que je viens voir par un jour de vent,
alors qu’au-delà des monts brillent les éclairs,
et que le ciel est traversé d’un lent cirrus.
Saint Gilles je contemple tristement
Ce qu’il reste du temps des intempéries :
Sculptures, peintures, un demi-arc croulant,
Murs effondrés, ou qui bientôt vont s’affaisser…
Là où maintenant il n’est que bruissement de feuilles,
Sur le mont de pierres effritées
Il y avait autrefois les murs robustes et hauts
D’un couvent aux cellules innombrables.
Est-ce là qu’un sacristain, un vieillard argenté,
À la tâche infatigable et un peu ronchonneur,
Du pain noir donnait au pauvre
Quémandeur de charité à la porte cochère
?
Est-ce là que les frères ?...
(56)
Une grande pitié nous saisit à la vue de ces ruines. On
voudrait leur porter secours. Mais cela est impossible. Alors voilà
que surgit l’imagination qui restaure ce qui jadis était un lieu
de prière, de recueillement, d’ascèse et dans les phantasmes
du rêve, nous voici devant l’église d’autrefois, avec sa cloche,
sa rosace, les icônes parlantes de l’autel, le grand crucifix et
la veilleuse, symbole de la présence, dans l’habitacle d’or, du
divin Prisonnier d’amour… Et nous entendons aussi monter, dans le
parfum d’encens, le chant liturgique, les psalmodies graves des moines
chantant à l’unisson, pendant que s’élève le bruissement
des cyprès dans le potager, jusqu’à tant que la réalité
désolante ne reprenne sa place devant nos yeux stupéfaits
et égarés. Nous comprenons alors les réalisations
d’un Chateaubriand à la vue d’une fameuse chartreuse en ruine. Après
l’avoir observée, il s’en éloigna --- comme il dit --- le
cœur plein de chagrin » et tenté de protester contre Dieu,
qui n’avait su préserver ce couvent d’un destin aussi cruel, le
poète errait « sans but, dans la nuit tombante », lorsqu’il
se réfugia dans une église où l’on chantait les vêpres.
Tombé à genoux sur le plancher, les larmes aux yeux, il s’exclama
: « Pardon, o Seigneur, si nous avons osé protesté,
devant la dévastation de ton temple : pardonne notre raison bouleversée
» 5.
Aucune ruine vraiment n’inspire autant de pitié que celle d’un
temple. C’est cette pitié qu saint François à du éprouver
puisque, comme nous le dit Celano, il ne recula devant aucun sacrifice
ni aucune humiliation pour tenter leur restauration. Le biographe semble
laisser clairement comprendre que le pauvre d’Assise ne restaura pas les
églises de saint-Damien, de saint-Pierre de l’Epine et la fameuse
Portioncule par simple obéissance au crucifix qui lui avait miraculeusement
parlé, mais également par apitoiement sur l’état d’abandon
dans lesquelles se trouvaient ces monuments 6.
Lorsque qu’un lieu sacré est mal entretenu, personne n’en souffre
davantage que les saints Anges chargés de sa protection. Aux approches
du sanctuaire de Gargano, consacré à saint Michel en un temps
où la renommée de la divine Basilique commençait à
décliner, sainte Brigitte de Suède vit venir à elle
une troupe
5. F.R. de Chateaubriand, Le Génie du Christianisme, T. III,
L. V. ch. 3.
6. Thomas de Celano, Vie de saint François, Editions Franciscaines.
(57)
d’Esprits angéliques qui disaient : « Béni sois-tu,
Seigneur Notre Dieu, toi qui n’as jamais eu de commencement et qui n’aura
pas de fin ! Tu nous a envoyés pour réconforter les hommes
et les aider. Et nous nous mouvons invisibles au milieu d’eux. En ce lieu
tu as voulu montrer combien est grande notre dignité, afin que les
hommes apprennent à t’aimer et à s’adresser à nous
qui les aidons. Ce sanctuaire connut longtemps de grands honneurs, mais
aujourd’hui beaucoup le délaissent, car les fils de la terre se
tiennent plus près des esprits du mal que de nous-mêmes »
7.
Il nous est facile d’imaginer ce qui arrive lorsque les églises
subissent la honte complète de l’abandon et de la profanation.
Les Anges s’en vont. Lors de la prise de Jérusalem, alors que les
soldats de Titus et de Vespasien, envahissaient le temple et s’apprêtaient
à le saccager, « le jour de la fête de Pentecôte,
écrit Flavius Josèphe, les prêtres qui avaient, de
nuit, atteint le temple intérieur (comme de coutume, pour
les offices liturgiques), affirmèrent avoir senti une grande secousse
suivie d’un grand coup et d’avoir aussitôt après, entendu
une rumeur collective : « Partons d’ici » 8 . Palladio lui-même
semble se faire l’écho de cet événement par une histoire
analogue : tandis que saint Jean Chrisostome se rendait à l’église
pour y saluer l’Ange protecteur, ce dernier ne sut résister à
l’abandon dans lequel sombrait cette église. Aussi, sur l’exemple
de saint évêque, à son tour il s’éloigna 9.
7 Jean Joergensen, Den hellige Brigitta of Vadstena, Copenhagen 1941-1943.
8 Flavius Josèphe, Bell. Iud.,XI, 5,3.
9 Boll. Cf. P.A. Ferretti op. cit.
fin VIII
IX Ils assistent aux rites sacrés et prient avec nous
Les saints du ciel (Eglise triomphante), les âmes du purgatoire
(Eglise souffrante), et les chrétiens de cette terre (Eglise militante)
constituent une unité comparable, ou presque, à un empire
sans frontières, dont les trois Eglises seraient les différents
continents. Dieu est l’unique souverain de ces trois Eglises. Et
la charité est la loi qui règle et anime les relations et
la conduite de tous ceux qui en sont membres, car le Seigneur est surtout
et essentiellement Amour. En vertu de cette loi les membres de l’Eglise
militante demandent des grâces à ceux de l’Eglise triomphante
et prient pour ceux de l’Eglise souffrante. Et, à leur tour, ces
membres de ces deux dernières portent secours à ceux de la
terre. Voilà ce que signifie la communion des saints. Inutile de
dire que nos Anges en font partie. Aussi interviennent-ils non seulement
de façon providentielle dans les choses humaines, mais participent-ils
encore à toutes les actions où se joue la vie de l’Eglise
militante, puisque « l’Eglise est quelque chose de plus qu’une simple
société humaine religieuse » et puisque d’elle «
font aussi partie les Anges et les saints du ciel » 1. « Avec
les Anges, affirme saint Augustin, nous formons une seule et même
Cité de Dieu » 2.
Les Anges donc assistent aux sacrements de la pénitence,
du mariage, du baptême, de l’ordre, de l’Eucharistie, aux noces des
vierges consacrées, aux élections des successeurs de Pierre
et des évêques…Les saints Cyrille, Grégoire de Naziance
et Ambroise soutiennent que, au baptême, le renoncement à
Satan s’effectue en présence des Anges : « Cela ne doit pas
être ignoré, ou même nié :
1 Erik Peterson, op. cit.
2 De Civitate Dei, X, 7.
(59)
c’est l’Ange qui annonce le royaume de Dieu et la vie éternelle
» 3 .
Mais la où la participation des Esprits célestes
est le plus souvent signalée, c’est dans les prières du prêtre
et des fidèles, les psalmodies des moines et la célébration
des mystères eucharistiques.
Clément d’Alexandrie affirme que celui qui croit «
prie avec les Anges… même lorsqu’il prie dans la solitude. Car avec
lui se trouve le chœur qui reste en sa compagnie » 4. Et Origène
de dire : « Ce n’est pas seulement le grand Prêtre qui prie
avec ceux dont la prière est sincère, ais il y a aussi le
Anges qui exultent dans le ciel… Il est vraisemblable que là («
Lieu de prière où les croyants se réunissent »),
les puissances angéliques participent aux assemblées
des croyants. C’est là en effet que descend la force du Seigneur
notre Sauveur, et que se réunissent les esprits des saints… Si l’on
est en droit de parler des Anges grâce à l’adage : «
Il campe, l’Ange de Yahvé, autour de ses fidèles et les dégage
» (Ps 34, 8) et si Jacob dit vrai, non seulement en ce qui le concerne,
mais à propos de toute personne dévote, lorsqu’il parle de
« l’Ange qui m’a sauvé de tout mal » (Gn 48, 16
), il est alors vraisemblable que lorsque plusieurs personnes sont légitimement
réunies pour la gloire du Christ, l’Ange de chacun rôde autour
de ceux qui craignent Dieu, s’il se trouvent aux côtés de
l’homme qu’il est chargé de protéger et de conduire, en sorte
que, lorsqu les saints sont réunis, deux Eglises sont en présence
: celle des hommes et celle des Anges. Si Raphaël, poursuit Origène,
affirme, à propos de Tobit, avoir porté ses suppliques devant
la Gloire du Seigneur (Tb 12,12), ainsi que celle de Sara – qui deviendra
sa belle fille lorsqu’elle épousera le jeune Tobie -, que dira-t-on
d’un grand nombre qui se réunit dans un même lieu, animé
d’une même intention et formant dans le Christ un seul corps ? »
5. A partir de cette affirmation (Ce n’est pas seulement le grand Prêtre
qui prie… »), Origène reprend et conclut donc son discours
sur une considération (« il est vraisemblable »)
qui est en même temps une certitude, confirmée par l’Ecriture
et par des arguments indiscutables. De grands penseurs de l’Eglise, par
ailleurs, soutiennent et confirment ses affirmations.
3 Cf. Erik Peterson, op.cit.
4 Ib.
5 Origène, De oratione.
(60)
Sainte Mathilde connut par inspiration divine “la manière avec
laquelle les saint Anges assistent l’homme juste, dans tout le bien qu’il
accomplit. Lorsqu’il lit les psaumes et d’autres passages de l’Ecriture,
ou bien qu’il se consacre à une œuvre bonne, les Anges sont près
de lui » 6. Et dans sa règle, saint Bernard rappelle aux moines
que l’office divin est récité en présence de Dieu
et des Ages. Ce saint affirmait cela par expérience. De fait dans
la chartreuse de Clairvaux,, il avait vu les Esprits célestes chanter
avec les religieux. Saint François lui aussi a probablement bénéficié
d’un privilège semblable. Beaucoup de détails de sa vie semblent
le confirmer : sa grande vénération pour les Anges et saint
Michel en particulier, « en honneur duquel… il jeûnait,
avec une grande dévotion, pendant quarante jours », les visions
– que semble-t-il, il a eu fréquemment – des Esprits célestes,
et entre autres celle de Séraphin qui le fulgura sur la Verne et
celle de l’Ange qui le porta en extase par « la mélodie merveilleuse
d’une Cithare ». Mais il y a surtout ce passage de Celano : «
Puisque dans le chœur, l’on chantait en présence des Anges, il (François)
voulait que tous ceux qui le pouvaient s’y rendent et y chantent avec dévotion
».
Saint Nilo le Grand rapporte 7 que saint Jean Chrysostome a souvent
vu son église remplie par les Anges, en particulier durant la sainte
messe. Et saint Jean Chrysostome le raconte lui-même 8 avec quelques
différences de détail. Ces deux versions nous permettent
d’écrire ce que voici.
Alors que le prêtre est sur le point de commencer la célébration,
des troupes d’Esprits angéliques, pieds nus et endossant des vêtements
superbes, descendent du ciel et se placent tout autour de l’autel «
dans une attitude comparable à celle des guerriers en présence
de leur roi ». Puis au moment de la communion, les Anges entourent,
avec immense respect et déférence, l’évêque,
les prêtres et les diacres, qui distribuent aux fidèles les
saintes hosties.
« Ne sais-tu donc pas, intervient un antique auteur arménien
qu’à l’instant où le saint sacrement arrive sur l’autel,
le ciel s’ouvre devant le Christ qui descend, entouré de troupes
d’Anges qui
6 Le Rivelazioni di Santa Metilde, Tip. Arcivescoville dell’Addolorata,
Varese.
7 Ad Anastasium epis., , T. II, letter CCXCIV.
8 S. Jean Chrysotome, De sacerdotto.
(61)
volent du ciel jusqu’à la terre, entourent l’autel où
est célébré le saint sacrement du Seigneur, et que
tous sont remplis de l’Esprit Saint ? » 9.
La présence des Anges aux célébrations du mystère eucharistique nous semble tellement évidente et manifeste que nous serions tentés de ne plus insister à ce sujet. Quelle occasion peut-on trouver en effet qui soit plus importante que la sainte messe, que la célébration du mystère pascal, qui est au sommet de la vie, au centre et à l’origine de l’unité de l’Eglise et justifie si bien leur présence ? « Le fils de Dieu est sur l’autel… entouré d’une multitude d’Anges », dit une voix à la bienheureuse Angèle de Foligno, tandis qu’elle se préparait à recevoir le Seigneur dans l’hostie. « Un autre jour, raconte-t-elle, pendant la célébration de la messe, … mon esprit s’éleva et j’eus la perception neuve et claire de la façon dont Jésus-Christ vient dans le très saint sacrement…Je voyais Jésus-Christ descendre du ciel, entouré d’innombrables troupes éblouissantes de lumière » 10.
Le père Ignace Passionista, de la Scala-Santa, directeur
spirituel de Edvige Carboni, une stigmatisée de Sardaigne, morte
à Rome en 1952, a porté le témoignage suivant dans
le livre que le père Basile Rosati a écrit sur cette âme,
sous le titre Giglio sulla Croce 11 : «Edvige m’a dit plusieurs fois
que lorsque je célébrais la messe, je devais lever les yeux
au ciel et que j’y aurais vu les Anges assister au saint sacrifice »
12.
D’après les révélations de saint Jean Chrysostome
et de la bienheureuse Angèle de Foligno, nous remarquons que deux
sortes de troupes d’Anges interviennent durant la célébration
du mystère pascal : l’une qui assiste dès le début,
auprès du célébrant, au rite sacré, l’autre
qui sert d’escorte à Jésus, au moment solennel de la consécration.
Cette remarque est encore confirmée par sainte Brigitte : «
Tandis que le prêtre se préparait à la consécration,
un nombre infini de Chérubins…faisait vibrer l’air de sons et de
chants
9 Jean Mandakuni, Sermones. Cf. E. Peterson, op. cit.
10 Le livre de la Bienheureuse Angèle de Foligno, op.
cit
11 Lys sur la croix. ( N.d.t.)
12 Giglio sulla Croce, Edizioni Scala Santa, Rome
(62)
ineffables… Puis, lorsque le prêtre eut proféré les paroles de la consécration, elle (Brigitte) vit l’hostie se transformer en un blanc et mystique agneau… Sa fulgurante apparition était rehaussée par la présence de la Vierge et les gracieuses couronnes de Séraphins, les Amours du Ciel » 13.
13 Piero Chiminelli, Santa Brigida di Svezia, Libreria Ferrari, Rome.
(63)
fin IX
X
« CAR, JE VOUS LE DIS, LEURS ANGES…
»
Il était minuit. Le lendemain, je devais me lever sans faute
à quatre heures, pour être rendu, un peu mois d’une heure
après, au couvent. Je ne sais avec précision qu’est –ce qui
me faisait craindre de manquer au rendez-vous. C’était probablement
mon tour de servir la messe du Père Pio, qui avait l’habitude de
célébrer à cinq heures précises. Je voulus,
quoi qu’il en soit, prendre toutes les mesures possibles pour être
sur de m’éveiller à temps. Je pensai m’adresser à
mes parents, dans le cas où l’un d’eux – comme il arrivait souvent
en famille – ait à se lever à l’heure où je désirais
moi-même être réveillé. Mais ils s’étaient
déjà tous endormis. Et il n’était pas question de
monter le réveil dont la sonnerie était cassée. C’est
alors que je me suis souvenu du mystérieux personnage qui, d’après
ce que l’on m’avait dit, du fait qu’il nous est assigné dès
le berceau et ne nous quitte pas un instant, se trouvait sûrement
là, à ce moment, dans ma chambre et peut être même
au chevet du lit. Dans le silence et la tranquillité de la nuit,
j’avas l’impression de sentir sa présence et je me l’imaginais avec
les yeux vigilants comme les étoiles du firmament, ignorant la lourdeur
du sommeil. Je lui dis : « fais en sorte que demain, à
quatre heures précise, je sois réveillé ». Et
aussitôt je m’endormis.
A un certain moment de la nuit, je sentis une douleur persistante
sur le flan. Au profond sommeil succéda un demi-sommeil dans lequel
cependant j’avais de la peine à me souvenir de la messe que je désirais
ne pas manquer. Je me préoccupais seulement d’identifier l’origine
de ce mal sur le côté. Peut-être était-il dû
à une mauvaise position prise durant la nuit, pensais-je. Mais malgré
les changements de position, le mal mystérieux persistait. Je fus
donc obligé de me lever complètement. C’est alors que je
me rappelai de la messe. Aussitôt je
(64)
m’assis sur le lit et allumai la lampe de la table de nuit : la
montre marquait exactement quatre heures, pas une minute de plus
ni de moine. Et le de côté, aussi curieux que ce soit à
dire, disparut comme par enchantement… C’est de cette façon, en
le touchant sur le côté, que nous verrons un Ange réveiller
saint Pierre, endormi dans la prison.
Je remerciai, ému, l’invisible personnage, convaincu plus
que jamais de sa constante et réelle présence à mes
côtés. Et je profitais tout de suite des heureuses conséquences
de ma découverte, et entre autre celle de marcher avec moins
de crainte, de nuit, le long de la route – longue de deux kilomètres
environ – qui me conduisait au couvent. Quant au reste, je le laisse à
votre imagination. La certitude d’avoir à mes côtés
un personnage ami, secourable, attentionné, qui me suis partout
sans me quitter un instant, est pour moi une source de joie indicible.
Quelle découverte avais-je fait ce matin- là! J’avoue que
depuis, ma conduite laisse moins à désirer. Et je le dis
sans crainte de manquer de modestie, puisque tout le mérite en revient
à mon Ange gardien et au Père, à qui je dois d’avoir
découvert que, pour mon bien, Dieu m’a assigné l’un de ses
Anges ! l’Ange de Dieu, cet ami que nous ne connaissons pas encore, mais
qui par le seul fait de l’avoir découvert, comme dit le Père
Lamy, nous ouvre déjà les yeux sur la réalité
invisible qi nous entoure. Et pourtant beaucoup le méconnaissent,
même parmi les chrétiens pratiquants.
A San Giovanni Rotondo, parmi les pèlerins qui, de son
vivant, approchaient chaque jour le Père Pio, j’ai voulu mener une
enquête, m’adressant de préférence aux croyants. Lorsque
je demandais : « croyez-vous à l’Ange gardien ? », l’on
m’a toujours répondu : « J’y crois puisque l’Eglise l’enseigne
». Certains même, surpris par cette demande imprévue,
n’ont pas manqué d’hésiter, pleins d’embarras, répondant
d’un « Euh… », accompagné souvent d’un haussement d’épaules,
d’une grimace, d’un sourire à peine dissimulé qui faisait
penser à la surprise et l’embarras de Don Abbondio d’Alessandro
Manzoni à l’énoncé du nom de Carnéade et qui
signifiait : « mais de qui donc parlez-vous ? ».
Nous aurions tort d’ignorer ou de mettre en doute l’existence
de l’Ange gardien. Chacun de nous a le sien. Ce n’est pas une « croyance
pieuse », inventée pour attendrir le
cœur des (65)
fidèles, ou une trouvaille gentille et innocente à l’usage
des petits enfants pour susciter leur bonté et leur gentillesse,
comme peuvent le faire croire certaines poésies douçâtres
qui s’inspirent d’Angelino. Et c’est un tort que le catéchisme et
la presse catholique commettent à l’égard des Anges lorsqu’ils
les négligent. Comme le dit une prière qui remonte au Moyen-âge,
un « Ange de Dieu (…) protège, éclaire, conseille et
conduit » chaque homme, à qui il est assigné par la
bonté suprême ». Voilà une vérité
de foi, affirmée par l’Ecriture Sainte, par la tradition, par les
saints, dont beaucoup d’entre eux ont connu d’expérience ce compagnon
céleste.
C’est un Ange, dans l’Ancien testament, qui indique à
Agar, femme d’Abraham, un puits où prendre l’eau nécessaire
pour désaltérer son fils Ismaël qui est en train de
mourir de soif dans le désert (Gn 16, 7). Ce sont encore deux Anges,
qui protègent Lot et sa famille de la destruction de Sodome, corrompue
et maudite de Dieu (Gn 19,16 ). Lorsque Judith a eu coupé la tête
d’Holopherne, elle rend grâce à Dieu parce que son Ange l’a
protégée de toute souillure et lui a permis de quitter la
ville, de séjourner dans le camp ennemi et d’en retourner (Jdt 13,
20). De même, lorsque les jeunes Shadrak, Méshak et Abed Nego
sont condamnés par le roi Nabuchodonosor à être brûlés
vif dans une fournaise, parce qu’ils avaient refusé d’adorer une
statue d’or, ils échappent à une mort certaine grâce
à l’intervention miraculeuse d’une créature angélique
: « Les serviteurs du roi qui les avaient jetés dans la fournaise
ne cessaient d’alimenter le feu de naphte, de poix, d’étoupe et
de sarments, si bien que la flamme s’élevait de quarante-neuf coudées
au-dessus de la fournaise. En s’étendant, elle brûla
les chaldéens qui se trouvaient autour de la fournaise. Mais l’Ange
du Seigneur descendit dans la fournaise auprès d’Azanias et de ses
compagnons : il repoussa au dehors la flamme du feu, et il leur souffla,
au milieu de la fournaise, comme une fraîcheur de brise et de rosée,
si bien que le feu ne les toucha point, et ne leur causa ni douleur ni
angoisse » (Dn 3 46-50).
De son côté, voici comment Tobie relate les innombrables
et merveilleux services que lui a rendu l’Archange Gabriel : « Père,
combien vais-je lui donner pour ses services ? (…) Il me ramène
sain et sauf, il a soigné ma femme, il rapporte avec moi l’argent,
(66)
et enfin il t’a guéri ! Combien lui donner encore pour
cela ? » (Tb 12, 2-3), De plus l’Archange avait évité
au jeune garçon, le long du Tigre, d’être blessé par
un poisson, qui « faillit lui avaler le pied » (Tb 6, 3).
Dans le Nouveau Testament, les allusions à l’Ange gardien,
et à son rôle protecteur de la personne qui lui est confiée,
sont plus explicites et plus manifestes. C’est un Ange qui sauve saint
Paul et 276 autres personnes d’un danger imminent de naufrage. A bord d’un
navire, l’Apôtre était porté à Rome pour y être
jugé par César. On l’envoyait dans la capitale de l’empire
sur la décision des juges du tribunal de Festus, à Césarée,
où il était accusé de sédition, sectarisme
et profanation du temple de Jérusalem. Une tempête de vent
rendit bien vite la navigation difficile. Le navire fût alors lesté
de sa cargaison. Mais cela toutefois ne servit pas à mettre les
marins à l’abri du danger qui les menaçait. Dans l’affolement
général, Paul est le seul à ne pas s’inquiéter,
ni à trembler. Et lorsque toute espérance semble perdue,
le voilà qui se lève, très calmement, au milieu des
passagers, à qui il adresse ces mots : « je vous invite à
avoir bon courage, car aucun de vous n’y laissera la vie, le navire
seul sera perdu. Cette nuit en effet m’est apparu un ange du Dieu auquel
j’appartiens et que je sers, et il m’a dit : « Sois sans crainte,
Paul. Il faut que tu comparaisses devant César, et voici que Dieu
t’accorde la vie de tout ceux qui naviguent avec toi ». Courage donc,
mes amis ! Je me fie à Dieu de ce qu’il en sera comme il m’a été
dit ». Puis il prédit l’échouage à Malte (Ac
27, 22-26).
Ce récit est révélateur du double service
des Anges, chargés de nous protéger et de coopérer
à la diffusion de la parole de Dieu. Et ce n’est pas le seul passage
de ce genre dans les Actes des Apôtres. On y lit encore, en effet
: « Alors intervint le grand prêtre, avec tous ceux de son
entourage, le parti des Sadducéens. Pleins d’animosité, ils
mient la main sur les apôtres et les jetèrent dans la prison
publique. Mais pendant la nuit, l’Ange du Seigneur ouvrit les portes de
la prison et, après les avoir conduits dehors, leur dit : Allez
annoncer hardiment au peuple dans le Temple tout ce qui concerne cette
Vie-là » (Ac 5, 17-20).
Les Anges nous protègent dans chacun de nos pas. Nous
trouvons cela exprimé dans cette page magnifique des Actes qui échap-
(67)
pe radicalement à toute supposition d’invention ou d’artifice,
de par le drame qu’elle rapporte, la vivacité et la concision incomparable
de son style, la force de conviction et d’émotion dont elle est
envahie, l’atmosphère de surnaturel qu’on y respire :
« Vers ce temps-là, le roi Hérode mis la
main sur quelque membres de l’Eglise pour les maltraiter. Il fit périr
par le glaive Jacques, frère de Jean. Voyant que c’était
agréable aux Juifs, il fit encore arrêter Pierre. C’était
les jours des Azymes. Il le fit saisir et jeter en prison, le donnant à
garder à quatre escouades de quatre soldats : il voulait le faire
comparaître devant le peuple après la Pâque.. Tandis
que Pierre était ainsi gardé en prison, la prière
de l’Eglise s’élevait pour lui vers Dieu sans relâche.
« Or la nuit même avant le jour où Hérode
devait le faire comparaître, Pierre était endormi entre deux
soldats ; deux chaînes le liaient et, devant la porte, des sentinelles
gardaient la prison. Soudain, l’Ange du Seigneur survint, et le cachot
fut inondé de lumière. L’Ange frappa Pierre au côté
et le fit lever : « Debout ! Vite ! » Dit-il. Et les chaînes
lui tombèrent des mains. L’Ange lui dit alors « Mets ta ceinture
et chausse tes sandales » ; ce qu’il fit. Il lui dit encore : «
Jette ton manteau sur tes épaules et suis-moi ». Pierre sortit,
et il le suivait ; il ne se rendait pas compte que ce fût vrai,
ce qui se faisait par l’Ange, mais il se figurait avoir une vision. Ils
franchirent ainsi un premier poste de garde, puis un second, et parvinrent
à la porte de fer qui donne sur la ville. D’elle-même,
elle s’ouvrit devant eux. Ils sortirent, allèrent jusqu’au bout
d’une rue, puis brusquement l’Ange le quitta. Alors Pierre, revenant à
lui, dit : « Maintenant je sais réellement que le Seigneur
a envoyé son Ange et m’a arraché aux mains d’Hérode
et à tout ce qu’attendait le peuple des Juifs. ».
« Et s’étant reconnu, il se rendit à la maison
de Marie, mère de Jean surnommé Marc, où une assemblée
assez nombreuse s’était réunie et priait. Il heurtait le
battant du portail, et une servante, nommée Rhodé, vint aux
écoutes. Elle reconnut la voix de Pierre et, dans sa joie, au lieu
d’ouvrir la porte, elle courut à l’intérieur annoncer que
Pierre étit là devant le portail. On lui dit : « Tu
es folle ! ». Mais elle soutenait qu’il en était bien ainsi.
« C’est son Ange ! » dirent-ils alors » (Ac 12, 1-15).
Dans un monde où semble encore l’emporter le désir
d’éviter (68)
l‘accord de la raison avec la foi et le besoin d’entretenir une rupture
entre la philosophie et la théologie, où la culture est le
plus souvent et malheureusement laïque, au sens restreint de ce terme,
éventuellement agrémentée de sexe, où l’école
écarte tout élément de culture religieuse, sous prétexte
qu’elle doit se garder des « odeurs de sacristie », de belles
pages comme celle-là, remarquables même pour leur seule qualité
littéraire, trouvent difficilement leur place dans les anthologies.
Le fait que chacun de nous ait personnellement un Ange a été
clairement affirmé par le Seigneur, lorsqu’il parle de ceux qui
scandalisent un de ces petits : « car, le vous le dis, leurs Ange
aux cieux se tiennent constamment en présence de mon Père
qui est aux
Cieux (Mt 18, 10). L’on peut en déduire que, malgré ses
misères et parce qu’il est le fils de Dieu, l’homme est grand.
Grande st la dignité des âmes, remarque saint Jérôme,
si chacune d’elles dès sa naissance, dispose d’un Ange, préposé
à sa garde » 1.
« Auprès de chaque homme se trouve toujours un Ange
du Seigneur qui l’éclaire, le garde et le protège de tout
mal », dit Origène 2. Saint Thomas, à son tour dira
: « La garde angélique est en quelque sorte ub élargissement
et une concrétisation de la providence divine. Or, puisque à
celle-ci, aucune créature n’y peut échapper, toutes sont
donc placée sous la protection des Anges » 3 .
Nous en viendrons maintenant à des exemples et à
des témoignages d’hagiographies, qui nous fournirons l’occasion
d’approfondissements et de réflexions fort utiles.
1 Comm. in Matth. C. XVIII, 10.
2. Homil. In Num., n 3.
3 Somme Théologique, P.I., q. 113, a. 4
(69)
fin X
XI
« BIENHEUREUX LES CŒURS PURS »
Autour de l’an 70 après Jésus-Christ, vivait à
Smyrne une pieuse et noble matrone du nom de Callista. Elle eut un jour
l’apparition d’un Ange du Seigneur qui l’exhorta à se rendre en
un certain endroit de la ville, où elle aurait trouvé un
enfant d’esclave, tenu par deux personnes : « Rachète-le,
lui dit l’envoyé de Dieu, tu le garderas auprès de toi et
tu auras soin de l’instruire dans la foi du Christ ».
La matrone fit comme il lui avait été ordonné.
De retour chez elle, le petit ne la déçut point. Il grandit
en piété, bonté et charité. Alors qu’il était
jeune garçon, elle du s’absenter de Smyrne, et lui confia la garde
de la maison. Le garçon profita de son transitoire mandat pour porter
secours aux pauvres, mais avec une prodigalité telle qu’en peu de
temps il épuisa toutes les provisions dont la maison abondait. Les
serviteurs, à qui cet élan de charité avait paru excessif,
en informèrent la matronne, dès son retour. Aussitôt
celle-ci se rendit auprès du jeune homme. Elle s’enquit de savoir
si ces accusations étaient vraies. Pour toute réponse, le
garçon se hâta vers le garde manger. La matrone l’y rejoint
aussitôt : les vases regorgeaient de vin et d’huile, les sacs débordaient
de grains, comme si les provisions n’avaient jamais été touchées.
Que s’était-il donc passé ? Dès qu’il était
entré dans le garde-manger qui était vide, le jeune homme
était tombé à genoux et s’était mis à
prier avec ferveur : « O Père céleste, toi qui a rempli
de farine le vase, et d’huile le pichet de la veuve de Sarepta (1
R 17), renouvelle par ton Ange le prodige d’alors ». Sa foi
et sa ferveur à l’égard des pauvres avaient été
récompensées. « Voila, ajouta le jeune homme à
l’intention de Callista, que par l’entremise de mon Ange, le Seigneur te
restitue toute chose, pour que tu puisse de nouveau en donner aux malheureux
». (70)
Le jeune homme s’appelait Polycarpe et devint l’un des disciples préférés
de l’évangéliste saint Jean, qui le consacra évêque
de Smyrne. Homme dévot et actif, d’une pureté de conduite
et d’une charité telle qu’il trouva un rapport sensible avec les
Esprits angéliques, et termina son existence par un martyre des
plus édifiants. L’on raconte, à son sujet, un autre épisode
d’intervention angélique à la fois mouvementé et impressionnant.
Dès sa nomination d’évêque, Polycarpe se
mit en route vers le siège épiscopal de Smyrne. Il était
accompagné par un jeune du nom de Camério. En route, surpris
par la nuit, ils durent faire halte dans une auberge. Peu avant minuit,
alors que tous deux dormaient, Polycarpe fut réveillé par
une voix qui lui enjoigna: « Fuis de cette maison, car elle va bientôt
s’écrouler ! ». Le saint sauta aussitôt du lit apeuré,
et courut vers son compagnon. Camério, écrasé de sommeil
et de fatigue, ne pris pas au sérieux l’appel alarmé de l’évêque,
il tergiversait, bien décidé à ne pas quitter son
lit. Pourquoi s’affoler ? Pensait-il. Habitué qu’était Polycarpe
à passer des nuits blanches, pas simple envie de rester en méditation
sur les personnes divines, voilà que maintenant ce dernier voulait
aussi empêcher les autres de dormir ! Saisi par le doute que, peut-être,
les voix entendues précédemment étaient une illusion,
le saint évêque voulut reprendre le chemin de sa chambre.
Mais voilà que la voix se refit entendre. Il fallait quitter l’hôtel
sans plus tarder. « L’auberge va s’écrouler ! » s’écria
Polycarpe, se précipitant à nouveau chez Camério.
« J’ai pleinement confiance en Dieu, répliqua très
calme le jeune homme, et je suis sur que la maison ne s’effondrera pas
tant qu’à l’intérieur il y aura Polycarpe ».
« Certes, rétorqua l’évêque avec un peu d’hésitation,
le Seigneur nous veut indemnes, et c’est pourquoi il envoie son Ange ».
A ce moment l’Ange se rendit visible à tous deux et les exhorta
une dernière fois à fuir. Cette fois Camério ne se
fit pas prier et fut plus rapide que l’évêque pour quitter
l’hôtel. Dès qu’ils furent dehors, un énorme fracas
s’éleva dans leur dos. Ils se retournèrent, effrayés,
pour voir ce que c’était : l’hôtel n’était plus qu’un
amas de ruines encore fumantes 1.
1 Pionius et Bolland. (26 janvier).
(71)
Lorsque le Seigneur désire récompenser une créature
qui le sert fidèlement et qui, dans un détachement parfait
de ce monde et par un amour débordant envers Lui et le prochain,
s’est rendu semblable aux Anges du paradis, il ne faut pas s’étonner
qu’Il lui accorde justement le privilège de voir les Anges, de goûter
leur présence de façon sensible, et de bénéficier
de leur secours. L’on connaît la fameuse aventure de sainte Cécile,
vierge de Rome. Obligée de prendre en mariage le noble Valérien,
elle conserva la pureté que le <seigneur lui avait donnée
et conquit son époux à la foi, grâce à l’Ange
qu’elle montra à ses yeux. Sainte Françoise Romaine vécut
constamment dans une familière intimité avec son Ange protecteur.
L’Ange était rayonnant et éclairait sa chambre d’une lumière
telle que, le soir, elle pouvait lire l’office et vaquer aux soins de ménage.
Françoise avait perdu un fils, un enfant pieux et de bon
caractère qui s’appelait Evangéliste. Un an après
sa mort, celui-ci lui apparut, portant les mêmes vêtements
que de son vivant, mais incomparablement plus beau. A ses côtés
se tenait un jeune, encore plus beau que lui. Françoise en fut tout
d’abord effrayée, mais dès que son fils s’approcha d’elle,
plein d’égard, pour la saluer, elle se sentit envahie d’une grande
joie. Elle questionna son fils sur la place qu’il occupait au ciel et lui
demanda s’il pensait à elle. Il répondit : « Au ciel,
notre unique occupation est de contempler l’abîme infini de la bonté
divine et de chanter les louanges de la majesté divine dans une
immense joie et un tendre amour. Pour ma part, ma place est dans le deuxième
chœur, aux côtés de ce jeune que tu vois ici, beaucoup plus
beau que moi, parce que plus élevé dans la gloire. Le Seigneur
te l’envoie pour être ton fidèle compagnon et consolateur
au cours de ton pèlerinage terrestre. Tu le verras donc jour et
nuit. Quant à moi, je suis venu chercher ma sœur Agnès, afin
qu’elle vienne goûter avec moi les joies du ciel ».
Agnès, qui avait cinq ans, tomba malade, et mourut quelques
jours plus tard. Mais dans la souffrance de ce nouveau deuil, sa mère
fut réconfortée par la continuelle présence de l’Ange.
Elle le voyait toujours à sa droite : lorsqu’elle se trouvait dans
sa chambre, qu’elle s’attardait à l’église, qu’elle parcourait
les rues du village, qu’elle causait avec quelqu’un. Si une personne commettait
une faute, Françoise voyait l’Ange se cacher le visage dans ses
(72)
mains. Il rayonnait d’une splendeur telle qu’elle ne parvenait
pas à le regarde fixement, excepté en trois occasions : lorsqu’elle
priait, qu’elle était tentée par des esprits impurs et que,
au cours d’une conversation avec son confesseur le Père Mattiotti,
la discutions portait sur le céleste protecteur.
D’après ses dires, cet Ange, esprit supérieur du
deuxième chœur angélique, n’était pas son gardien
habituel. Le Père Mattiotti, pour lui permettre de le regarder sans
en être éblouie, faisait exprès d’orienter la conversation
à son sujet. Alors l’Ange perdait aussitôt de sa splendeur
et Françoise en profitait pour l’admirer avec beaucoup de tendresse.
Obéissant à son confesseur, elle s’enhardissait jusqu’à
poser sa main sur la tête de son compagnon céleste, ce qui
produisait l’effet extraordinaire d’éclairer son propre visage,
à la grande joie et satisfaction dd Père Mattiotti 2.
Tous ces « fioretti » à propos des Anges
gardiens sont surprenants. Ils nous laissent édifiés et convaincus,
à cause de la grâce et de l’originalité dont ils sont
imprégnés et que l’imagination des hommes ne saurait égaler.
Continuons donc à en donner quelques exemples frappants.
C’est un Ange qui libéra saint Félix de Nola de
la prison et le reconduisit sain et sauf au saint évêque Maxime.
Quant à saint Raymond de Peynafort, il était réveillé
par son Ange qui l’invitait à la prière. Alors qu’il apportait
le réconfort de la charité du Christ dans la maison d’un
noble déchu, saint Philippe de Néri tomba soudain dans une
fosse. Mais il en fut aussitôt tiré par son propre compagnon
céleste 3. Passant de nuit un fleuve à gué, saint
Camille de Lellis entendit une voix qui lui criait d’en haut : «
Non ! Non ! Ne traverse pas ! ». Camille s’arrêta. Revenu
sur la rive, il se mit à prier, puis il s’endormit entre les buissons.
Le jour venu, il rencontra deux Capucins qui lui assurèrent qu s’il
tentait de traverser ce gué il serait immanquablement emporté
par le courant 4. Au moment d’entrer dans une pièce de la Pinacothèque
de Vienne, le jeune Charles des princes Odescalchi se vit barrer le passage
par un jeune homme aux traits magnifiques. Celui-ci lui déconseilla
d’entrer
2 Bolland. (9 mars) et Görres, La Mistica divina, première
version italienne, Naples 1867.
3 Carlo Gasparri, Il Riformatore di Roma, S E.I.,
Turin
4 C.C. Martindales S.J., San Camillo, De Lellis, Longanesi
& C., Milan (73)
dans la pièce et, à l’improviste, disparut. Peu après,
un gardien de la Pinacothèque apprenait au jeune Charles que la
pièce en question exposait des œuvres particulièrement obscènes
5.
C’est encore un Ange qui réconforte les saints Tryphon
et Respicius en Bithynie, torturés par le bourreau. Un Ange aussi
à sainte Lydouine, durant a longue et très douloureuse maladie,
pour lui redonner courage et l’encourager à la vertu de patience
et à un abandon sans limites au vouloir divin. Et nous passerons
sous silence sainte Rose de Lima, sainte Jeanne de Lestonnac, sainte Angèle
de Mérici, Agnès de Montepulciano, Catherine de Sienne, Dominique
de Paradis, Colombe de Rieti Laurence Lorini, Guillaume de Narbonne, Nicolas
de Ravenne et tant d’autres saints et saintes.
Saint Jean Bosco aimait souvent parler avec ses jeunes de l’Ange
gardien : « Chers amis, disait-il, soyez bons en sorte de réjouir
votre Ange gardien. En tout malheur et souffrance, même spirituelle,
recourez à lui avec confiance et lui vous aidera ». Il parlait
en expert, car il en avait fait l’expérience. « Abandonnez-vous
à votre Ange gardien, disait-il un jour à la femme d’un ambassadeur
portugais, et n’ayez aucune crainte pour ce qui pourra vous arriver ».
La dame s’étant peu après mise en voyage, comprit bien vite
l’avertissement. Son carosse en effet, heurtant contre un tas de
pierres, se renversa dangereusement et fut traîné par les
chevaux sur un long bout de chemin. Pour son bonheur cependant, se souvenant
du conseil de Don Bosco, la dame eut aussitôt recours à son
Ange gardien et fût miraculeusement sauvée avec sa fille et
sa servante qui voyageaient avec elle. De la même façon, un
jeune maçon, tombant du quatrième étage d’une maison
en construction, se releva de terre indemne, sans une égratignure,
alors que plusieurs compagnons de travail étaient morts de la sorte.
Au cours
5 Ce jeune homme devint ensuite membre de la Compagnie de Jésus
et connut la pourpre cardinalice. Né à Rome le 15 mars 1785,
il mourut à Modena en 1850. Le Père Ferretti, dans l’œuvre
que nous avons plusieurs fois citée, le décrit comme un homme
extrêmement pieux « dont la mémoire est encore vivante,
par ses vertu notoires, surtout celles du renoncement aux richesses de
sa famille princière, aux honneurs de la pourpre cardinalice, à
la dignité de Vicaire du Pape, pour s’enfermer dans un humble cloître
», où il acheva sa vie dans la pauvreté et l’oubli.
(74)
de sa chute, effrayante, le jeune homme s’était souvenu
du personnage dont parlais si souvent Don Bosco, et s’était mis
à crier : « mon Ange, aide-moi ! » 6.
Et que dire de l’intimité et continuelle familiarité
qu’avait sainte Gemma Galgani avec son Ange ? Elle-même était
un ange de simplicité et de pureté, brûlant d’un feu
insatiable et dévorant pour son Dieu. L’on comprend alors que son
intimité avec l’invisible ait vraiment quelque chose d’exceptionnel.
A aucun moment de sa vie, peut-on dire, son céleste ami fut absent.
Gemma le voyait, lui parlait, priait avec lui, réfléchissait
sur Dieu, contemplait les merveilles du ciel. L’Ange lui apparaissait parfois
à genoux, d’autres fois libre dans les airs. Son directeur spirituel,
Père Germain de St. Stanislas, Passioniste, écrivait : «
Combien de fois, me trouvant à lui parler, lorsque je lui demandais
si son Ange était encore à ses côtés et montait
la garde, Gemma portait son regard, avec une désinvolture charmante,
de ce coté-là et, l’admirant, restait extasiée et
privée de sens pour tout le temps où elle continuait à
le contempler ». L’Ange, comme elle disait, lui faisait toujours
le « guet ». « Le soir, lorsqu’elle se mettait
au lit, elle le priait de la bénir sur le front et de veiller à
son chevet. Et dès qu’elle obtenait son acquiescement, elle se tournait
de l’autre côté pour dormir ». Le lendemain elle s’éveillait
avec la joyeuse surprise de le voir encore là, tout près
d’elle. « Cette nuit, confiait-elle au Père Germain, lorsque
je me suis réveillée, il était toujours près
de moi ». Parfois, impatiente de courir à l’église
pour la Sainte communion, elle faisait aimablement semblant de se désintéresser
de lui, et lui disait : « J’ai beaucoup mieux en tête : je
vais trouver Jésus ! » 7.
Enjointe d’écrire sa confession générale,
elle bénéficia de l’aide de cet ami invisible qui, habitué
à lui être utile en toute circonstance, ne lésinait
pas là non plus à lui rendre service : « Il me rappelle
tout et me dicte même certains mots. Cela ne me coûte donc
aucun effort » 8. Elle le faisait toujours travailler, son mes-
6. Saint Jean Bosco, Il divoto dell’Angelo Custode, Turin 1845.
7. P. Germano di S. Stanislas, Santa Gemma Galgani Vergine Lucchese,
Postulazione dei PP. Passionisti, Rome.
8. Lettere di Santa Gemma Galgani, Lettre 46e, Postulazione dei
PP. Passionisti, Rome
(75)
sager céleste. Elle l’envoyait ça et là, pour telle
ou telle commission. Et lorsqu’elle était empêchée
de sortir de chez elle, ou qu’il lui manquait un timbre, c’était
encore l’Ange qui postait les lettres ou les portaient personnellement
à destination. C’est en forme d’oiseau (et je vois ici les
sceptiques faire la grimace) qu’on le vit un jour d’hiver, à Rome,
battre les ailes au carreau du Père Germain et déposer sur
l’appuis de la fenêtre la lettre qu’il tenait dans son bec. C’était
un mot urgent. Le Père Germain se dépêcha d’écrire
la réponse qu’il déposa à son tour sur le bord de
la fenêtre. L’oiseau prit la lettre dans son bec et s’en revint 9.
Une autre sainte créature qui bénéficia
elle aussi d’une intimité sensible avec les Anges fut Edvige Carboni,
à qui nous avons déjà fait allusion. On la surnommait
« la rivale de la Vierge de Lucca ». On lit dans son Journal
: « Pauvre maman, combien de fois ne m’a-t-elle pas envoyée
faire des courses en fin de journée. J’avais peur de marcher seule,
dans l’obscurité, surtout dans les rues isolées… Tout à
coup je voyais mon Ange gardien me dire : « N’aie pas peur, Je suis
là près de toi et te tiens compagnie ». Lorsque j’entrais
dans la maison pour acheter du sérac ou du fromage, lui restait
dehors. Puis il m’accompagnais à nouveau jusqu’à la porte
de chez moi, et disparaissait ». Alitée avec la fièvre,
Edvige resta un jour seule dans la maison. La jeune Pauline, qui s’était
rendue à l’église pour la communion, trouve à son
retour la maison en ordre et le ménage fait. Qui donc était-ce
? « Un enfant est venu, répondit la malade avec une délicieuse
simplicité, tout habillé de blanc, et vite vite, a remis
toute la maison en ordre » 10 .
Mais revenons au Père Lamy, dont l’intimité avec
les Anges rapporte par le Comte Pr Biver, qui y consacre un chapitre entier.
Alors qu’il était un soir l’invité du saint prêtre,
le comte s’était à prie mis au lit, raconte-t-il lui-même,
qu’il fut surpris d’entendre une conversation animée. Les voix provenaient
de la chambre du Père Lamy. Pourtant, quelques instants plus tôt,
lorsqu’il lui avait souhaité la bonne nuit, l’hôte n’avait
9 Ib., Lettre12a, Note 1.
10 P. Basile Rosati, op. cit.
(76)
remarqué personne, en dehors du prêtre, dans cette pièce.
Le Père Lamy, raconte Biver, parlait de temps à autre, répondant
à un interlocuteur dont la voix était claire, chaude, d’un
timbre viril et agréable, qui s’exprimait sans aucun accent, d’un
ton autoritaire. J’arrivais à cueillir quelques syllabes, mais je
ne parvenais pas à saisir le sens d’un seul des mots qui étaient
prononcés. Je n’osais, par discrétion, quitter mon lit pour
écouter derrière la porte. Le troisième interlocuteur
avait une voix plu effacée, moins agréable mais parfaitement
normale. Il parlait avec beaucoup plus de réserve, et ses paroles
étaient moins fréquentes et moins autoritaires. Mon hôte
parlait à haute voix… Tous s’exprimaient en français, mais
une seule voix avait l’accent de cette terre, celle du Père, dont
les « a » et certaines syllabes sont un peu traînantes.
Sept minutes après environ, la maison retombait dans le plus profond
silence de la nuit ». Sous un prétexte quelconque, Biver fait
irruption dans la pièce. Le Père Lamy s’y trouve seul, comme
il l’avait quitté, à genoux, le visage tourné, à
genoux, le visage tourné vers le mur, devant une image de l’enfant
Jésus. Le jour venu, le comte fit allusion aux étranges sons
de voix qu’il avait entendus la veille au soir et trouva le courage de
demander : « Etait-ce les saints Anges? » Son interlocuteur
répondit en souriant : « Peut-être… », puis il
avoua : « ils sont pour moi le réconfort de tous les soirs
» . D’après les explications qu’il fournit à
son invité, les voix qu’il avait entendues appartenaient à
l’Ange Gabriel et à son Ange gardien habituel : « Mais ne
racontez pas un mot de tout cela, le supplia-t-il, tant que je n’aurai
pas franchi le pont de l’au-delà ».
Un jour alors qu’il allait être renversé par un
cycliste, il est sauvé par l’Archange Gabriel. « Surveillez-le,
car il aura besoin de vous » avait dit la Très Sainte Vierge
au saint Archange ». Et le Père Lamy de poursuivre : Je quittais
Notre-Dame des Bois au coucher du soleil, dont la lumière rasante
me gênait. Je marchais courbé et je ne distinguais rien devant
moi, puisque déjà je suis à moitié aveugle
(Le Père en 1924, avant d’être opéré des yeux).
Soudain, j’eus devant moi un cycliste. J’allais être, en un tour
de roue, renversé sans faute par terre. Mais voilà que le
saint Archange Gabriel attrape la bicyclette par les deux roues et la dépose
délicatement sur le côté. Il souleva la bicyclette
et l’homme qui était dessus, et les coucha sur l’herbe, au bord
de (77)
la chaussée. Pour un Ange, le poids, ça ne compte pas.
Tout est si facile pour eux ! Alors je regarde ce brave homme, qui reste
bouche bée, observant l’Ange et moi-même. J’avais une envie
folle de rire devant la tête de ce pauvre garçon… Tandis que
je m’éloignais, ôtant mon chapeau en présence du saint
Archange, je vis un autre cycliste qui arrivait à grande vitesse.
Le premier se met alors à crier comme un fou : « Ils sont
deux ! Ils sont deux ! ». Mais l’autre n’y comprend rien : «
Sans blague », dit-il alors qu’il était à un jet de
pierre… La vie du Père Lamy est remplie de faits de ce genre.
Une autre fois, alors qu’il allait être attaqué par des abeilles,
il entendit les Anges qui disaient : « Ne le piquez pas ! Ne le piquez
pas! Notre Reine ne serait pas contente » 11.
Naturellement, cette familiarité avec les êtres
célestes est loin de nous inciter au doute, à l’ironie, ou
de nous surprendre, mais elle nous émeut. Car il est écrit
: Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8).
11 Comte Paul Biver, op. cit. (78)
XI fin
XII Comment apparaissent les Anges
XIII "Ils nous aiment parce que le Christ
nous a aimé"
Certains prétendent que les maux qui nous affligent dépendent
uniquement des grands changements - politiques, sociaux, idéologique,
moraux – qui sont en cours dans le monde et de la méchanceté
congénitale à l’homme. Le Diable n’y serait pour rien ! A
leur avis, il est impensable qu’à l’époque des voyages dans
l’espace il y ait encore des gens qui croient dans « obscur Seigneur
des ténèbres ». Selon eux ces gens-là sont un
scandale. Ils suscitent l’indignation, le rire et un sourire de suffisance.
Pourtant il est imprudent de rire de la sorte, car il pourrait se faire
que le Diable soit indécis, et qu’en le niant, l’on devienne pour
lui, à notre propre insu, de « précieux imbéciles
». En d’autres termes, il serait vrai de dire avec Beaudelaire :
» La plus belle invention du Diable est de faire croire qu’il n’existe
pas », ou, avec André Gide : « Alors qu’on ne peut servir
Dieu, si l’on ne croit en lui, le Diable, par contre, n’a pas besoin qu’on
croit en lui pour le servir, au contraire, on ne le sert jamais aussi bien
qu quand on l’ignore».
Aussi ce n’est pas sans surprise – étant donnée
justement l’ »ignorance » dans laquelle ce dialogue est «
offert » - que tombe sous mes yeux un article courageux et clairvoyant,
qui dès le titre dénonce l’ « ignorance » elle-même
: Qui affronte les puissances suprêmes du mal ?, et où l’auteur,
partant d’ « un nouveau cri d’alarme » d’Andrei Sakharov, «
au prix d’être accusé de vouloir retourner au Moyen Age »,
n’hésite pas à indiquer la présence du Malin :
dans « les droits inaliénables de l’homme »
partout où ils sont piétinés ;
« dans la destruction de la personnalité humaine par la
diffusion d’un climat d’abaissement intellectuel et moral » ;
Dans le « péril général de la naissance
de nouveaux conflits de fanatisme nationaliste ou de classe, qui peuvent,
au plan politique (89)
ou militaire, mener au suicide de la famille humaine par la conflagration
nucléaire » ;
dans la corruption : Corruptio optimi, pessima, adage Romain
applicable « particulièrement aux mouvements qui, au lieu
de combattre du dehors, empoisonnent les sources intérieures du
christianisme » ;
dans les « thèses des chrétiens engagés
dans le marxisme » (la « libération en Karl Marx »
plutôt qu’ « en Jésus-Christ » ou dans les deux
en même temps : l’un vaudrait l’Autre !) rejetées par le Magistère
de l’Eglise parce qu’elles représentent : 1. » de fausses
réponses aux justes exigences, 2. un faux choix idéologique,
3. le christianisme vidé de son contenu » ;
enfin dans « l’esprit de division, de négation,
de rébellion, introduit dans l’Eglise. Voilà le doigt de
Satan » 1 ou, pour le dire avec le Saint-Père Paul VI la «
fumée » de l’Enfer.
En définitive, dit saint Paul rendez-vous puissants dans
le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu
pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable. Car ce n’est pas
contre des adversaires de chair et de sang que nous avons à lutter,
mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les
Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les Esprits
du Mal qui habitent les espaces célestes » (Ep 6,10-12). Et
Pierre, d’insister : « Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse,
le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer.
Résistez-lui, fermes dans la foi » (1 P 5,8-9). Il se trouve
en effet partout, aux endroits et dans les circonstances où tu t’y
attents le moins, contaminant tout de son influence maléfique, qui
- dit le P. Sertillanges – « s’étale comme un gaz délétère
que l’on absorbe sans le sentir ». Car il suffit au Diable «
de se laisser glisser dans le courant de nos propres inclinations, dans
l’attrait des choses qui nous sourient. Il n’a qu’à appuyer sur
ce qui cède déjà, empêcher
1 André-Félix Morlion ,o.p, L’Européen – Der Europäer de septembre-octobre 1975, n° 151-152, 118 rue de Turenne, 75003-Paris – Bachstrasse 14-16, Heidelberg. Le « cri d’alarme » d’Andrei Sakharov est rapporté en exclusivité dans le même numéro de la revue. Pour ce qui est des collusions des soi-disant catholiques avec le marxisme et du dissentiment au sein de l’Eglise. Les sources auxquelles Morlion puise et s’inspire sont les fameux documents du Saint Siège à cet égard et une émission de Radio Vatican du premier octobre 1975. (90)
ce qui pousse » 2. « Il sait reconnaître, précise
saint Léon le Grand, celui qu’il doit allumer d’avarice, à
qui inculquer le poison de la convoitise, qui prendre par la gourmandise
et qui chatouiller de luxure. Pour chacun il étudie les tendances
et les centres d’intérêts, découvre les traitements
en cours, et trouve le moyen de nuire à l’homme dans son point le
plus faible » 3. Saint Augustin précise : « Dans la
nourriture il cache l’hameçon de la gourmandise, dans le travail
celui de la paresse, dans l’amendement celui du coup de colère,
dans le commandement celui de l’orgueil. Il réveille dans
l’âme de mauvaises pensées, il place sur les lèvres
de méchantes paroles, pousse les membres à des gestes vilains.
Lorsque nous sommes éveillés, il nous pousse au mal, endormis,
il nous empeste de rêves abjects… Bref ! Tous les maux qui se commettent
dans le monde, dérivent de sa méchanceté » 4.
Il y a des toiles, des représentations plastiques, des œuvres de
pensée et de littérature, des spectacles, pleins de frivolité,
d’impudence effrontée, d’aberration, d’erreurs subtiles auxquelles
manquent seulement un contreseing : celui justement de Satan. Où
n’interfère-t-il pas ? De quelles occasions ne profites-t-il pas
pour mettre en œuvre ses maudits talents ? En parlant des dangers de certains
spectacles, le Père Pio fit un jour allusion a une représentation
sacrée qu’il avait vue. Il me rappela une scène, anodine,
dans laquelle toutefois le « vilain » avait eu l’habileté,
presque admirable, d’y mettre du sien. « Qui l’aurait imaginé
? Commenta le Père. Et pourtant, aussi discrète qu’elle soit,
il y a là sa trace ».
Ici, à San Giovanni, Rotondo seulement dans le bourg
qui s’est créé autour du couvent, sous la poussée
de gens venus de l’extérieur et désireux de vivre auprès
du Père Pio, il y a peut-être davantage de démons que
n’en contient une ville entière. Et cela s’explique. Un pirate,
dit saint Jean Chrysostome, ne s’intéresse pas aux bateaux vides,
mais aux navires lourds de trésors (aussi avons-nous raison de parler
de l’actuelle fureur destructrice contre la barque de Pierre et le «
trésor » du dépôt de la foi) !
2 A.D. Sertillange, Catechismo degli increduli, S.E.I., Turin.
3 Serm. VII in Natal. Dom Cf.. I Tesori di Cornelio a Lapide op. cit.
T.I.
4 Serm. Ib. (91)
A vouloir dire l’effort déployé par le Diable et ses sicaires,
pour semer la zizanie dans ce bout de paradis (et la situation est loin
d’avoir changé après le « départ » du
Père Pio), parmi ces braves gens occupés à prier et
à faire le bien ; à vouloir faire l’inventaire des trouvailles
auxquelles recourent les fils des ténèbres pour y fomenter
la discorde et désacraliser ce lieu, un livre entier n’y suffirait
pas. Il suffira de noter, à ce propos, que l’on est souvent tenté
de s’échapper du bourg, comme d’un lieu de supplice. Pour ma part
je ne sais dans quel coin du globe je vivrais actuellement avec ma famille,
si le Père Pio ne m’avait empêché de fuir ce coin de
paradis » (que mes amis ne cessent de m’envier) par ces simples mots:
« Tu veux donc donner raison au Diable ! ». Il ne plaisantait
pas, le Père avec le triste Seigneur des ténèbres
». « Préparez-vous à combattre, avait-il averti
des sœurs qui se préparaient à s’installer là-haut,
ici se tiens l’état-major du Diable ». « Ce lieu, déclara
–t-il, est un lieu de rédemption » Mais comme il l’a montré,
il n’y a pas de rédemption ». Mais comme il l’a montré,
il n’y a pas de rédemption sans la croix : « Ici, même
l’air qu’on respire se paie ! », disait-il.
Les Esprits du Mal, donc existent, il ne faut pas l’oublier,
si l’on veut échapper à leurs pièges. Pour les déjouer,
nous avons pour nous l’Ange, qui comme le disait déjà Chateaubriand,
s’est exilé spontanément sur terre par amour pour nous. Le
Seigneur l’a mis à notre disposition, pour qu’il nous conduise à
la Jérusalem céleste. Et ce qu’il à Moïse vaut
pour chacun de nous : « Je m’en vais envoyer un Ange devant toi,pour
qu’il veille sur toi au cours de ton voyage, et te fasse parvenir au lieu
que j’ai fixé. Révère-le et écoute sa voix.
Ne lui sois point rebelle. Il ne pardonnerait pas, alors, vos transgressions,
car il a en lui mon Nom. Si tu lui obéis fidèlement, et si
tu fais bien tout ce que je dis, je serai l’ennemi de tes ennemis et l’adversaire
de tes adversaires. Mon Ange te précèdera et te mènera…
» au Paradis (Ex 23, 20-23).
Aux côtés de l’homme se tiennent deux Anges : celui
de justice et celui d’iniquité.
Le premier est doux et réservé, paisible et joyeux. Lorsqu’il
s’approche de ton cœur, il te parle toujours de justice, de charité,
de tempérance et de toutes les belles et bonnes vertus. Dès
que tu te sentiras animé de ces sentiments, sois
(92)
sûr que le bon Ange est avec toi » 5. Mais à
peine auras-tu une sensation contraire de mélancolie, de découragement,
d’ennui, de rancune, de méchanceté, une pensée ou
un geste contraire à la pureté et à la charité,
la plus légère antipathie envers les saints sacrements, la
prière ou l’accomplissement de n’importe quelle sorte d’œuvre bonne
et méritante, alors ne doute plus que l’Ange d’iniquité est
tout proche. Il te suffit, dans ce cas là, de te souvenir du bon
Ange, de l’appeler, et de répéter avec lui – ce qui lui fera
grand plaisir – «Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce,
le Seigneur est avec toi ! ».
Créé libre par Dieu, l’homme doit mériter
la récompense éternelle par sa bonne volonté. L’Ange
donc, ne peut rien sur lui, si ce n’est d’encourager sa volonté
au bien. Placé entre un Ange bon et mauvais, il dépend de
l’homme de faire triompher l’un sur l’autre, comme le dit saint Grégoire
de Nysse dans sa Vie de Moïse. L’Ange gardien n’intervient de sa propre
initiative que lorsque l’Esprit du Mal sort des limites que lui a fixées
la justice divine. Si nous voulons donc, que l’Ange de lumière soit
toujours de notre côté, il est urgent non seulement d’écouter
sa voix, c'est-à-dire ses recommandations et ses conseils,
ses éclaircissements et ses inspirations – dont il ne nous fait
jamais manquer – mais encore de solliciter son aide. De quelle manière
? Par la prière ! Toute la vie et les paroles de Jésus
sont une longue mise au net de (l’improrogable ???) nécessité
qu’à l’homme d’implorer l’aide divine. Lui-même priait sans
cesse, et encourageait à faire de même : Demandez et l’on
vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira.
Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à
qui frappe on ouvrira… Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation
» (Mt 7, 7-8 ; 26, 41). La prière est le souffle de l’âme.
Elle conserve et consolide la grâce, qui est la vie de l’âme.
« Elle est la citadelle des âmes pieuses, le délice
du bon Ange, le supplice du Diable » 6. Elle est une armure qui,
comme les sacrements de la pénitence et de l’eucharistie, nous immunise
contre tous les assauts. Contre elle s’émousse tous les dards du
Malin.
5. Erma, Il pastore, Ed. Paoline, Rome.
6.Saint Augustin, Ad Prob. Cf. I Tesori di Cornelio a Lapide, op. cit.,
T.I. (93)
L’homme qui prie est invulnérable. Quand l’homme est en
prière, le bon Ange s’interpose entre lui et les esprits du mal
et les repousse. Ceux-ci ne peuvent rien contre le bon Ange, quand bien
même serait-il du dernier ordre de la hiérarchie angélique
: « Même un Ange, inférieur par nature, peut avoir autorité
sur des démons qui sont naturellement supérieurs. La puissance
de la justice divine, à laquelle les Anges bons adhèrent,
est en effet toujours supérieure à la puissance naturelle
des anges. Par ailleurs, même parmi les hommes, prévaut cette
loi. En effet, selon le mot de saint Paul (1 Co 2, 15 ) « L’homme
spirituel au contraire juge de tout et ne relève lui-même
du jugement de personne » 7 .
L’aide divine, sollicitée par la prière, nous est
accordée par l’intermédiaire des Anges. « L’homme ne
peut s’élever à aucun mérite sans l’aide divine, qui
lui est fournie au moyen des Anges ». Ceux-ci coopèrent dans
toutes nos bonnes œuvres » 8.
Le bon Ange ne te quitte jamais Il est partout et toujours avec
toi, quel que soit le lieu où tu t’arrêtes où séjourne,
que tu sois éveillé ou endormi, seul ou en compagnie, heureux
ou malheureux, que tu voyages en train ou en avion, que tu franchisses
le seuil d’un restaurant, d’un bar ou d’un musée, que tu déambules
dans les rues bondées et bruyantes de la ville ou sur les chemins
déserts et herbeux de la campagne. Il te suit partout, mieux que
l’ombre qui cesse de te suivre lorsque le soir tombe, mieux que la pensée
de tout ceux qui t’aiment sur cette terre. Il est prêt à tout
moment à dévier tes pas des chemins qui conduisent au mal,
à t’éviter des rencontres désagréables, à
t’avertir de tout danger pour ton âme ou pour ton corps. Toujours
sur le qui-vive, il est prêt, dès qu’il te voit préoccupé,
abattu, éprouvé par le malheur, à répandre
dans ton cœur sa sérénité et sa paix, à susciter
tes confidences et ton abandon dans le Seigneur, à réveiller
ta confiance dans la maternelle bonté de Marie. Il est disposé-
à condition que tu sois gentil, que tu regrettes tes erreurs, que
tu désires te réconcilier avec le Seigneur – à te
rendre la main, à te préparer des rencontres providentielles,
à te suggérer des initiatives qui te
7 La somme Théologique, p. 1, q. 109, a. 2.
8 Ib., p. q. 114 ,a. .3.
(94)
soient favorables, à te secourir par des idées et des
aspirations inattendues.
L’on se plaint de solitude car l’on ne croit pas suffisamment que Dieu
est toujours avec nous, qu’il est avec nous par l’entremise de ses Anges.
Nous ne tenons pas suffisamment compte en effet de cette affirmation du
Seigneur : « Car je vous le dis
Leurs Anges aux cieux… ». Ce sentiment d’abandon et de solitude,
éprouvé de la sorte au milieu de la société,
dans les villes bruyantes et corrompues, ou bien isolé, en
mer ou au milieu des dunes du désert, dans le vide et le silence
d’une chambre, est seulement pour ceux qui nient ou ignorent le regard
vigilant de Dieu au-dessus de nous et la présence, de l’aube au
crépuscule de notre vie, d’une créature du ciel, d’un compagnon
fidèle et invisible.
Même quand tu le repousses et que, malgré ses cris
dans ta conscience, tu écoutes les flatteries du mal, l’Ange de
Dieu ne t’abandonne pas. C‘est même alors qu’il redouble de soins,
avec l’émotion d’un véritable frère. Ne pouvant te
libérer des griffes du démon, il tente d’autres voies pour
venir à ton aide : la prière, par exemple, et la souffrance
réparatrice d’autrui, ou bien l’épreuve. Durant une apparition,
où Jésus parlait à sainte Marguerite de Cortone de
la miséricorde de son cœur envers les pécheurs, il dit :
« J’envoie aussi mes Anges leur porter secours. Par ces essais répétés
ils les poussent à abandonner le péché et à
le détester ». Les Esprits purs resteraient donc aux côtés
d’impurs pécheurs ? Et Jésus balaya les doutes de la sainte
par une réponse affirmative 9.
«Souviens-toi, dit le Père Pio, que Dieu est en nous lorsque
nous vivons dans sa grâce, qu’il est hors de nous quand nous sommes
dans le péché. Mais son Ange ne nous abandonne jamais. Il
est l’Ami le plus franc et le plus fidèle, même lorsque nous
avons le tort de l’attrister par notre mauvais comportement ».
Ces émouvantes paroles, traduites textuellement, m’ont été
dites par le Père un après midi, à la conclusion d’une
de mes habituelles rencontres avec lui, dans le confessionnal, à
une époque où l’Ami céleste commençait à
être l’objet permanent de
9 Fra Bevegnante et Boll. Cf. P.A. Ferretti, op.
cit. (95)
mes pensées, en raison de certains faits et expériences
que je relaterai au moment opportun. « Si chacun connaissait, ajoutait
le Père, l’amertume de l’Ange, lorsqu’il nous voit en proie à
son ennemi ! ». Et il se mit à me parler de l’Ange gardien
sans que je l’eusse nullement orienté dans ce sens, me faisant clairement
entrevoir qu’il était au courant de me secrètes recherches
de plumes, de livres et de témoignages, que je recueillais à
propos de son intimité avec les Esprits célestes, et de mon
intention d’en faire un livre. Tandis qu’il parlait, le visage du Père
exprimait un mélange de tendresse et de regret, et sa voix était
tremblante. Je restai très surpris de ce discours inattendu et des
détails qu’il révélait à propos de l’exquise
délicatesse, la profonde humilité, la bonté, l’amour
que les Anges ont à notre égard.
L’Ange gardien nous aime, comme peut aimer une créature
céleste, qui brûle de charité divine et qui, image
plus ressemblante de Dieu, est plus près de Lui dans son essence
première ; l’Amour. Il nous aime d’un ardent amour pur, désintéressé.
Son intérêt pour l’homme ne repose sur aucune ambition, excepté
celle de nous voir pour toujours heureux avec lui et comme lui. Il nous
aime parce que Dieu nous aime. « Amant nos Angeli quia nos
Christus amavit », dit saint Bernard 10. En effet, sortis, nous aussi
des mains de leur propre créateur, nous leur sommes frères,
et l’Ange gardien nous sait faibles et désarmés, destinés
à combler le vide laissé par les Anges prévaricateurs.
De plus, étant au dernier degré de l’échelle angélique,
l’Ange gardien vit en relation étroite avec l’homme et, comme l’affirme
plus d’un docteur de l’Eglise, a une certaine ressemblance avec lui. Il
y a, entre l’homme et l’Ange gardien une affinité qui les rapproche
l’un de l’autre et favorise leurs rapports. Certains vont même jusqu’à
dire : « Je crois que cet Esprit très pur doit avoir le même
tempérament que l’âme qui lui a été confiée,
et sans doute aussi ses même louables inclinations »11. Serait-ce
une âme sœur ? Il semblerait. De toute manière, il est certain
que les soins, la sollicitude, l’amour de cet être céleste,
surpassent ceux
10 « Les Anges nous aiment parce que Christ nous aima »
: saint Bernard, Serm. I, de S. Mich.
11 C. Sauvé, Gli Angeli. Cf. Arrighini, op.
cit. (96)
De la plus douce des mères. Qui, demande un auteur pieux, a davantage
soin de nous, après Dieu et la Vierge ?
« Nos Anges gardiens, nous ne les prions pas suffisamment.
Nous ne donnons pas aux Anges l’importance qu’ils ont ; nous ne les prions
pas assez ! Les Anges sont très touchés quand nous les prions.
Que fait on-nous pour eux ?... Leur miséricorde est bien grande
à notre égard, et, souvent, nous ne l’utilisons pas assez..
Ils nous regardent comme de petits frères indigents ; leur bonté
à notre égard est extrême » 12. Voilà
ce qu’en dit le Père Lamy, que d’après ce qu’on m’a
dit, le Père Pio n’estimait pas moins que Jacques Maritain.
12 Comte Paul Biver, op. cit.
XIV Nous pouvons les rendre heureux
L’émotion et la joie qu’éprouvent deux époux en
particulier lorsque la naissance de leur premier-né vient
couronner leur amour, sont des sentiments qu’il n’est pas facile de décrire,
et que ne peuvent saisir vraiment que ceux qui les ont éprouvés.
Même la psychologie n’est pas en mesure d’en rendre compte complètement.
C’est là un mystère non moins impénétrable
que la force irrésistible qui pousse impérieusement deux
être à unir leur destin pour engendrer de nouvelles créatures.
La joie que procure la naissance d’un « héritier »,
autant que l’amour qui lui a donné la vie, est un mystère
profond que nous ne pouvons nous expliquer à nous-mêmes, sinon
en considérant ce « joyeux événement »
dans sa toute simple et plus haute signification : comme la réalisation
de l’amour rayonnant et créateur de Dieu – dont le couple humain
est un instrument coopérant – comme un très grand miracle,
puisque un nouvel être humain est né de rien. Un nouvel être
qui n’est pas simplement « le plus noble des animaux vivants »,
mais une créature immortelle, synthèse de la création
visible et invisible, image de Dieu, « légèrement inférieur
aux Anges » (Ps 8, 6) 1, héritier de la Vie, pour qui Dieu
s’est fait homme, est mort et ressuscité, a qui Il a donné
pour mère Sa propre Mère et un Ange comme protecteur
: « Il a pour toi donné ordre à ses Anges de
te garder en toutes tes voies » (Ps 91, 11).
Tout cela, les époux – parce que créatures déchues,
prisonnières de leurs propres corps, de surcroît occupées
et distraites
1 La traduction de la Bible de Jérusalem, que nous prenons toujours pour référence, dit exactement : « A peine le fis-tu moindre qu’un dieu ». Nous avons, dans ce cas, traduit littéralement de l’italien, afin de rendre plus évidente la pensée de l’auteur (N.d.T.). (98)
Par les données sensibles et le poids de l’existence (saint Thomas)
- , même s’ils ne l’ignorent pas, ne sont pas en mesure de l’apprécier
pleinement, et du moins pas autant que les Anges, dont l’intelligence est
de loin supérieure à celle des hommes. Et nous pensons que
la naissance d’un nouvel être humain, surtout si cet être lui
est confié, remplit son Ange gardien de joie, plus que les parents
eux-mêmes, tout au moins jusqu’à tant que, libéré
des liens du corps et des occupations de la vie terrestre, ils pourront
à leur tour apprécier la grandeur de l’événement
en soi et le rôle inestimable de coopérants de Dieu, qu’ils
ont joué dans l’avènement de cette naissance.
Pour tout nouvel être humain qui ouvre les yeux à
la vie, un autre être descend du Ciel et se met à ses côtés,
pour l’assister et le protéger de tout mal. Dans chaque famille,
il y a autant d’Anges présents que de membres en son sein.. Nous
pensons que les Anges sont particulièrement à leur aise dans
les familles où les époux, pleinement responsables, généreux,
conscients du prix de la vie, confiants en la providence divine, appliquent
à l’égard des enfants l’enseignement et les conseils de l’Eglise.
L’on sait cependant combien le problème du nombre des enfants a
pu devenir aujourd’hui particulièrement complexe et épineux,
surtout par ses implications démographiques, morales, sociales et
même écologiques. A l’improviste l’on s’est rendu compte que
l’on vivait sur une planète où l’on ne peut se multiplier
indéfiniment, dont l’espace n’est pas extensible, ni les ressources
inépuisables. Il semblerait donc nécessaire de freiner le
rythme des naissances. En vérité le problème ne se
pose pas. Il ne se pose pas dans les termes dramatiques utilisés
par les prophètes de l’ « explosion démographique ».
Plutôt que d’un problème de limitation des naissances, il
est davantage question de bonne volonté, de justice, de solidarité
entre les peuples et d’une politique répondant aux nouvelles exigences
du monde. Mais ce sont là des idées qui ont du mal à
se faire entendre.
L’humanité est encore loin d’avoir rempli le globe jusqu’à
saturation, et cela a d’ailleurs été reconnu à la
Conférence Mondiale sur la population à Bucarest. C’est un
bien et une providence que l’humanité grandisse. La pression démographique,
conjuguée avec la diffusion des moyens de communication et la prise
de (99)
conscience par l’homme d’un droit à une vie conforme à
sa dignité, instaure le rapprochement et l’union des peuples, pousse
les hommes à se rencontrer, renversant les incompréhensions
et les égoïsmes, qui les divisent, et les invite à se
reconnaître fils d’un même Père céleste. Et ce
ne sera pas le nombre qui pourra faire éclater la bombe démographique,
mais plutôt l’égoïsme et l’hédonisme, cet outrageant
refus de Dieu et de ses lois qui sont indispensables pour notre vie, l’incrédulité
envers Sa providence et notre surdité aux recommandations
du Christ de ne point imiter les païens dans leur plainte «
Que mangerons-nous, que boirons-nous, avec quoi nous habillerons-nous
(Mt. 6, 31)..
Nous ne pouvons pas nous attarder ici dans un discours qui nous
porterait très loin. Les époux chrétiens savent quelle
conduite tenir pour ce qui est du nombre des enfants. Ils ont à
leur disposition les conseils et les enseignements de leur mère
l’Eglise, ils ont l’encyclique Humanae Vitae, « inspirée de
l’Esprit Saint » - a dit le Père Pio -, les paroles du Saint-Père
et la promesse que leur a faite le Seigneur que la providence de notre
Père qui est aux Cieux ne manquera jamais. De plus ils ne doutent
pas de la protection de leurs Anges.
Quant aux Anges, pour en revenir à note discours, ils
éprouvent la joie que suscite le miracle du nouvel être humain
qui vient au monde. Ils exultant lorsque, à travers le baptême,
ce petit vient à faire partie des sauvés. Il en fut ainsi
de saint Cyrille et de saint Grégoire de Naziance 2.
Si nous avions l’œil pur comme les saints, en participant au
rite du baptême, nous verrions aussitôt les Anges, ceux du
prêtre, ceux de chacun des hommes et femmes présents, briller
tout à coup d’une plus grande lumière au moment où
le Ministre de Dieu verse sur la tête de l’enfant l’eau du salut.
Outre les béatitudes dont ils jouissent déjà,
ils goûtent aussi les joies qui se présentent lors d’occasions
semblables. . Une joie « accidentelle » qui s’ajoute au bonheur
essentiel qu’est la vision de Dieu 3 .
2 Cf. Erik Peterson, op. cit.
3 Somme Théologique, p. I, q. 62, a. 3.
(100)
Lorsqu’ils participent aux élections du successeur de Pierre
ou d’un évêque, à l’ordination d’un prêtre,
à la consécration de vierges, lorsque quelqu’un est confirmé
dans la foi à travers le sacrement de la confirmation, que ce célèbre
un mariage, qu’une personne s’approche du confessionnal ou de la table
sainte, lorsque nous prions, que nous adorons le Seigneur, que nous honorons
la Vierge et les saints, que nous portons secours à un frère
dans le besoin, que nous pardonnons une offense, par amour pour Dieu, que
nous accomplissons n’importe quelle ouvre bonne et méritante, dans
toutes ces occasions, les saints Anges se réjouissent.
« Vous saurez donc – dit l’Archange Gabriel – que lorsque
vous étiez en prière, toi et Sarah, c’était moi qui
présentais vos suppliques devant la gloire du Seigneur et qui les
lisait. Et de même lorsque tu enterrais les morts » (Tb
12, 12).
Il ne fait aucun doute que Gabriel présentait les prières
et les bonnes œuvres de son protégé avec la sollicitude,
le plaisir et aussi la joie propres à un être comme lui,
dont l charité désire que la Divinité soit reconnue,
honorée, aimée. Les saints, là aussi nous le confirment.
Sainte Mathilde vit douze Esprits angéliques, assister sa sœur mourante
Gertrude, abbesse d’Hakeborn 4 : « Les Anges reportaient sans cesse
au Seigneur tout ce qui se passait autour d’elle, autant les vertus qu’elle
pratiquait que les services qui lui étaient rendus par les sœurs
qui l’assistaient.. A ses pieds trois Anges soutenait sa patience… à
sa gauche trois Archanges lui inspiraient une volonté bonne, des
intentions pieuses, des désirs saints. A sa droite, trois Anges
du Chœur des Dominations accueillait l’honneur, le respect, la charité
que les sœurs témoignaient à la malade et ils portaient tout
cela avec joie devant la présence du Roi Suprême » 5.
« Si nous avions la chance – dit saint Bernard -
de voir tomber le voile qui couvre nos yeux, nous verrions avec quelle
précaution et quel soin les Anges se tiennent parmi ceux qui prient,
à coté de ceux qui méditent… les saints Anges ont
l’habitude
4 Il ne faut pas la confondre avec sainte Gertrude la Grande
disciple de sainte Mathilde.
Cf. Le rivelazioni di Santa Metilde,
p. 471, Note 1, avec préface de S. Em. Le Cardinal Schuster Archevêque
de Milan, (Typographie épiscopale de l’Addolorata. Varese).
5 Ib. Ch. XXII, § II
(101)
d’assister à nos oraisons et de se réjouir en nous voyant
occupés de la sorte. En outre ils ajoutent leurs propres prières
et les élèvent comme un parfum agréable d’encens vers
le ciel » 6.
Saint Isidore l’Agriculteur, d’après un récit des
Pères Bollandistes (5 mai), cultivait les terres d’un certain Jean
Vergas de Madrid. Tous les matins, avant de se rendre au travail, il avait
l’habitude d’aller à l’église pour assister à la Messe
et pour prier. Cette habitude pieuse qu’il avait ne plaisait pas à
certains de ses compagnons qui en firent part au propriétaire, accusant
Isidore de déserter le travail des champs. Un matin Jean Vergas
se rendit aux champs où l’accusé aurait dû se trouver.
Isidore était là à sa place, mais il n’était
pas seul, car avec lui il y avait aussi deux autres inconnus qui l’aidaient
à travailler la terre, conduisant chacun une propre charrue.
C’étaient deux Anges, sous les apparences de splendides jeunes gens,
qui disparurent dès que Vergas voulut s’approcher du groupe. Très
impressionné, le propriétaire comprit bien vite la sainteté
d’Isidore et constata combien ses pieuses habitudes de croyant étaient
appréciées par les Esprits très purs.
En marchant dans les rues de Rome, saint Philippe Neri vit un
jour un pauvre s’avancer vers lui pour lui demander l’aumône. Le
saint, dont la piété envers les indigents est bien connue,
était sur le point de donner aussitôt toutes les quelques
pièces de monnaie dont il disposait quand l’autre l’arrêta
et lui dit en souriant : « Je voulais seulement voir ce que tu étais
capable de faire » et il disparut..
Par la suite le saint confia à deux prêtres, amis
intime, que le mendiant en question était son propre Ange gardien
qui avait recouru à un tel subterfuge pour lui faire voir la charité
envers les pauvres plaisais à Dieu et à ses Anges ?.
Les saints Anges apprécient tout spécialement l’amour
qu’ont leurs protégés envers Jésus Eucharistie et
la Sainte Vierge. Nombreux sont les saints qui ont reçus la communion
de la main des Anges alors que la maladie ou d’autres empêchements
leur rendait
6 Homil. III, Missus est.
7 Gallonio, Vita di San Filippo, Cf. P.A. Ferretti, op. cit.
(102)
impossible de célébrer ou de recevoir l’hostie de la main
du prêtre.
Saint Onuphre reçut souvent la communion dans le désert
de la main de l’Ange qui l’avait conduit jusqu’à la grotte où
il vécut pendant soixante ans environ dans la prière et dans
la pénitence.. On lit dans les Révélations de sainte
Mathilde : « Lorsque les vierges approchèrent du banquet du
Roi des Cieux, chaque Ange y conduisait celle dont il était le
protecteur ».
A huit ans, en cédant à un désir intérieur
irrésistible, saint Gérard Majella était sur le point
d s’approcher, comme les autres fidèles, de la sainte table pour
la communion, mais il en fut repoussé par le prêtre. Or la
décision par laquelle saint Pie X allait inviter des enfants d’un
âge inférieur même à celui de Gérard à
participer au banquet eucharistique était sur le point d’arriver.
Confus et affligé, le petit Gérard se mit de côté
et éclata en sanglots. Mais la nuit suivante, par les mains de l’Archange
Saint Michel le Seigneur se donnait à lui dans la petite particule
blanche du sacrement Eucharistique. « Hier le prêtre n’a pas
voulu me donner la communion – confiait Gérard innocemment à
madame Emmanuella Vetronica et à d’autres personnes de la famille
– mais cette nuit j’ai reçu la Communion de l’Archange Saint
Michel ». Et lorsque vers la fin de sa vie, on le sommera au nom
de l’obéissance de révéler les secrets de son âme,
il ne pourra que confirmer le fait. Son histoire raconte « Or l’innocente
simplicité d’enfant, aussi spontanée,pourrons nous dire,
que la vérité même, alliée à cette sagesse
mûre, dans une sainteté qui méconnaît l’ombre
même du mensonge, ne fera-t-elle pas tomber toute hésitation,
rendant ce récit tout à fait croyable. De plus il faut aussi
souligner que Gérard donna toujours une place d’honneur à
l’image de l’Archange Saint Michel et que depuis que celui-ci lui avait
donné la communion, il montra à son égard une plus
grande dévotion » 8.
Que les Anges par ailleurs se réjouissent en voyant leurs
protégés s’approcher de la sainte communion, le Saint Curé
d’Ars l’affirme : « Comme il est heureux, l’Ange gardien – s’exclame-t-il
8 Claudio Benedetti, Vita di San Gerardo Maiella, 1928 (103)
- lorsqu’il conduit une âme à la Sainte Table »,
et il ajoute : « Lorsqu’une âme chrétienne qui a reçu
Jésus dans la communion entre au Paradis, elle fait grandir la gloire
dans le Ciel.. Les Anges et leur Reine vont à sa rencontre ».
Les Anges exaltent dans le Ciel l’humilité et la primauté
qu’a sur toute la création leur Reine dont le sein très pur
a permis au Verbe de se faire chair afin de réunir en Lui toutes
choses, les êtres célestes et terrestres » (EP 1, 10).
Aussi est-ce très volontiers et avec joie qu’ils Lui portent les
requêtes et les honneurs que les hommes Lui adressent.
Au cours d’une fête de la Mère de Dieu, la Grande
Gertrude était dans l’église pour l’honorer avec les autres
sœurs du Monastère de Jelfta. Durant l’antiphonie Ave decus, le
ciel s’ouvrit à elle et elle eut une vision symbolique. «
Un trône magnifique porté par les Anges fut déposé
au milieu du chœur. La Reine s’assit dessus, très majestueuse, montrant
un visage doux et aimable, prête à écouter et répondre
aux désirs de la communauté… Un Ange se tenait devant chacune
des personnes, portant un rameau frais couvert de feuilles. Ces branches
produisaient des fleurs et des fruits très variés selon les
personnes devant lesquelles l’Ange se tenait. Lorsque tout fut terminé,
les Anges s’envolèrent pour porter dans un air de fête les
branches fleuries à la Vierge Marie et se mirent à entourer
pleins de respect le trône de la Grande Reine pour augmenter sa joie
et sa beauté » 9.
Saint Raymond Nonnat, mort en 1240, était encore un jeune
gaçon lorsque son père, pour l’empêcher de devenir
religieux, l’envoya dans une de ses terres pour garder ls moutons. Il en
pleura. Assez loin de ses terres se trouvait une église consacrée
à saint Nicolas où l’on vénérait une belle
image de la Vierge. Raymond s’y rendait souvent. Il s’attardait longuement
devant la Vierge pour Lui demander son aide. Un jour qu’avec une ferveur
redoublée il La suppliait, l’image lui parla: « Ne crains
rien, Raymond, car je te protégerai. Dans tous tes désirs
aie recours avec confiance à ta Mère du Ciel et tu sera exaucé».
L’on comprend qu’après ce prodige ce garçon ne pouvait s’empêcher
de vouloir s’attarder plus longuement avec sa Mère céleste.
Mais comment
9 L’Araldo del Divino Amore, Rivelazioni di Santa Geltrude, Convento Romite Ambrosiane S. Monte di Varèse. (104)
faire ? Le troupeau exigeait sa garde. Ne pouvant résister
à l’attrait de cette église, un jour où il était
sur le point de s’acheminer vers elle voilà qu’il aperçut
un jeune très beau et rayonnant qui était sur le point de
s’occuper du troupeau. C’était l’Ange gardien de Raymond. Le pâtre
le remercia tout ému, puis il courut vers la Mère céleste
qui l’attendait.
Cette intervention miraculeuse de l’Ange n’est pas la seule.
D’autres fois l’ami céleste lui proposa de conduire le troupeau
à sa place jusqu’au jour où – de mêmes que d’autres
personnes – son père constata la chose de ses propres yeux. Alors
celui-ci cessa d’empêcher la vocation de son fils et accepta qu’il
entre dans un ordre religieux qui justement portait le nom de Celle envers
qui sa dévotion lui avait valu les faveurs si particulières
de son bon Ange gardien 10.
Parmi les circonstances qui sont une occasion de joie toute particulière
pour les Anges il en est une qui nous est indiquée par l’Evangile,
celle de la conversion du pécheur. Le Bon Pasteur est heureux et
veut que tous se réjouissent avec Lui car Il a retrouvé la
brebis perdue ((Lc 15, 5-7).
Le Père ouvre ses bras à l’enfant prodigue et trouve
« très juste » que l’on fête et que l’on se réjouisse
« car ce frère était mort et il est retourné
à la vie, il était perdu et il a été retrouvé
(Lc 15,32). Il dit : « Réjouissez-vous avec moi…C’est ainsi,
je vous le dit, qu’il y a de la joie parmi les Anges de Dieu pour un seul
pécheur qui se repent » (Lc 15, 9-10).
Quelle ne sera doc pas la fête de l’Ange gardien de la personne
qui avait abandonné le Père et qui maintenant reviens repentie
vers Lui. C’est ce qu’affirme saint Paul le Simple, un des disciples préférés
du grand saint Antoine dont les vertus de pureté, d’humilité
et d’obéissance ont été récompensées
par Dieu par le privilège de voir les Anges à côté
des personnes qui entraient dans son église. Il arriva un jour qu’un
group de frères entra dans l’église, suivi chacun par son
Ange gardien sauf un, qui au contraire était escorté par
un démon se trémoussant de joie satanique. . Son Ange le
suivait à distance et ne rayonnait pas la joie
10 PP. Bollandistes (31 août). L’ordre dans lequel entra S. Raymond était celui de N.D. de la Merci. (105)
que possédait chacun des autres Anges qui suivaient ces religieux.
Devant ce spectacle, le saint éclata en sanglots et éleva
des prières et des gémissements vers Dieu. Quelques instants
plus tard, ouvrant ses yeux pleins de larmes, Paul fut surpris et son coeur
battit de joie. Après s’être arrêtés quelques
instants dans l’église, les religieux étaient en train de
s’éloigner, chacun escorté de son propre Ange en fête,
y compris celui dont le protecteur céleste le suivait quelques instants
auparavant à distance l’air affligé. A sa demande, le frère
avoua être un pécheur. Mais dans l’église il avait
été frappé par quelques versets que récitait
le choeur « Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez votre méchanceté
de ma vue, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, … quand
vos péchés seraient comme l’écarlate, comme neige
ils blanchiront » (Is 1, 16-18). A ces mots qui étaient une
invitation à se repentir et se réconcilier avec Dieu, le
pécheur n’avait su résister.
(106)
XV Ils sont là pour notre sanctification
« Soyez saints parce que je suis saint » (Lv 11, 14). Le
but premier de la protection angélique est d’aider cette invitation
divine, surtout avec les âmes privilégiées, en les
assistant dans leur vie spirituelle, en les aidant à progresser
dans la sainteté et à parvenir à la perfection. En
un mot à les sanctifier, en sorte qu’à leur tour elles sanctifient
les autres.
Les Anges – écrit Grégoire de Nysse dans la Vie
de Moïse « sont d’authentiques leviers envoyés en aide
à ceux qui doivent recevoir l’héritage du salut en sorte
de les élever aux hauteurs de la vertu ».
Habituellement l’Ange conduit l’âme dans la vie spirituelle
à travers sa bienfaisante action invisible, mais le Seigneur accepte
parfois qu’il exerce son action de sanctification d’une manière
que nous appellerons « à découvert », c'est-à-dire
de façon sensible.
Il arrivait à sainte Françoise Romaine d’éprouver
du dégoût pour les très nombreuses occupations, pour
le contact qu’elle était forcée d’avoir avec le monde et
qui l’écartait du recueillement et de la solitude à laquelle
son esprit aspirait. Et cela l’amenait parfois à tomber dans quelques
imperfections. Alors son Ange disparaissait à ses yeux pour réapparaître
seulement après qu’elle, en pleurant, ait donné la preuve
de s’être repentie at soumise à la volonté divine.
« Le Seigneur voulait en effet qe s’émousse en elle ce sentiment
d’horreur qu’elle éprouvait à l’égard du commerce
des hommes et assouplisse l’amour qui la portait excessivement envers la
solitude »1.
D’autres fois l’Ange se présentait à elle en lui
montrant jeunes rameaux de palmier dont il tirait de la soie dorée,
qu’il
1 Görres, op. cit. (107)
transformait en une quantité de grosses pelotes et cela avec
solennité et sans jamais s’arrêter ». Qu’est ce que
cela pouvait bien signifier ? Saint Benoît à qui elle était
très dévote, le lui dit au cours d’une de ses apparitions
: le palmier représentait « la sainte correction »,
c'est-à-dire le triomphe sur les faiblesses et le respect humain
; l’on représentait l’amour avec lequel Françoise devait
traiter ses enfants spirituels ; et le travail incessant de l’Ange voulait
indiquer enfin la persévérance dans l’activité et
le dévouement avec lequel elle devait se donner au gouvernement
et au progrès de la Congrégation des Oblates qu’elle avait
fondée 2.
L’Ange – fait remarquer Görres – était son maître
et son guide dans la pratique de toutes les vertus et veillait à
ce qu’elle ne se laisse entraîner par un zèle trop indiscret
vers les mortifications excessives ou des efforts trop violents vers le
bien » 3.
Au cours d’une de ses fréquentes conversations avec l’Ange
gardien, sainte Marguerite de Cortone exprima le désir qu’il lui
expliquât quels étaient « les parfaits amis de Dieu
». L’Ange lui présent alors pour la sainteté les caractéristiques
suivantes : « Les amis de Dieu sont ceux qui gardent entièrement
détaché des choses crées et, unis seulement à
Dieu, le désirent de toute la force de leur cœur ». «
Quelles sont, - insista la sainte insista la sainte – leurs vertus caractéristiques
? ». « La première – reprit l’Ange – est une humilité
profonde à l’imitation et par amour de Celui qui s’humilia jusqu’à
la croix. La deuxième c’est une parfaite charité. Ceci. Ceci
dit, est ami de dieu celui en qui s’accomplit la divine parole : «
Bienheureux les cœurs purs ». Est ami de Dieu celui qui se renonce,
qui s’anéantit lui-même par amour pour le Christ, non pas
tant par le fer ou sous une autre forme semblable, mais grâce aux
mortifications de la volonté propre, une personne donc qui est toujours
disposée à supporter par amour pour le Christ n’importe quelle
peine jusqu'à la mort même, si cela était nécessaire,
pour défendre la foi chrétienne. Il s’anéantit encore
lui-même celui qui par pénitence mortifie les sens et ami
de Dieu est celui qui a toujours la vérité dans la bouche
et dont la vie resplendit par l’honnêteté de sa conduite.
Ami de Dieu est encore celui qui par
2 P.A. Arrighini, op. cit.
3 Görres, op. cit.
(108)
amour pour Jésus Christ soulage les autres dans leurs peines
prenant pour lui-même leurs souffrances car il désire plutôt
souffrir lui-même le manque de nourriture à la place de son
prochain ou le manque de vêtements ou l’absence de logis. Enfin est
ami de Dieu celui qui s’afflige et s’attriste des mésaventures d’autrui,
que se soit de ses amis ou de ses ennemis et qui, sans éprouver
aucune pointe d’envie se réjouit dans son cœur de leur propre bonheur
».4.
Sainte Marguerite-Marie Alacoque confiait : « Je bénéficiais
souvent de la présence de mon fidèle gardien et j’étais
par lui reprise et corrigée. Un jour où j’avais voulu intervenir
auprès d’une de mes parentes pour lui parler de mariage, il me fit
comprendre que cela était indigne d’une âme religieuse et
il me reprit très sévèrement jusqu’au point de me
dire que si je m’étais laissée encore aller à me mêler
de telles intrigues il aurait caché son visage à mes yeux
».
Il ne supporterait pas le plus petit manquement à la modestie
ou au respect dû à mon souverain Patron devant lequel
je le voyais prostré jusqu’au sol, m’invitant à faire de
même » 5.
Mais venons en à sainte Gemma Galgani. Le constant voisinage
de son Ange gardien fut pour Gemma une école grâce à
laquelle elle put parvenir brièvement au plus haut de l’héroïsme
et de la charité. Durant les méditations qu’elle avait l’habitude
de faire, l’Ange « lui administrait de très
fortes lumières et donnait à son cœur de fortes impulsions
en sorte que cet exercice lui réussisse parfaitement » 6.
Voilà, par exemple, une des nombreuses leçons qui
lui fut donnée par ce Guide. « Souviens-toi, ma fille, que
celui qui aime Jésus parle peu et supporte beaucoup. Je te commande,
de la part de Jésus, de ne jamais donner ton avis, sinon lorsque
l’on te le demande, et de ne jamais soutenir tes points de vue mais de
céder toujours. Lorsque tu as commis quelques manquements, accuse-toi
immédiatement, sans attendre d’être sollicité. Enfin,
souviens-toi de protéger tes yeux car l’œil mortifié verra
les beautés du Ciel »7.
4 P.A. Ferretti, op. cit.
5. Sainte Marguerite M. Alacoque, Autobiographie.
6 Germano, op.cit.
7 Ib. (109)
Comme elle avait reçu des objets en or, Gemma voulut un
jour, sortant de chez elle, se mettre au cou ces bijoux pour faire plaisir
à la personne de sa famille qui lus lui avait donnés. A son
retour l’Ange la regarda d’un œil sévère et lui dit : «
Souviens-toi que les précieux atours qui embellissent l’épouse
d’un Roi Crucifié ne peuvent être autre que les épines
et la croix » .8
En la conduisant vers la perfection, le Gardien de Gemma en fait
de sévérité n’avait rien à envier aux Anges
de Françoise Romaine ou de Marguerite-Marie Alacoque L’Ange la réprimandait
chaque fois qu’elle tombait par inadvertance dans un manquement même
des plus anodins. Comment as-tu pu commettre des manquements en ma présence
? » lui demanda-t-il, et il la menaçais encore de la
priver de sa présence, chose qu’il fit vraiment car Gemma avait
un jour assisté à un spectacle qui pourtant n’avais rien
de mauvais. C’était un Ange donc très exigeant qui voulait
d’elle une obéissance complète. Gemma aimait par exemple
faire l’heure d’adoration. Cette pratique pieuse qui lui permettait de
revivre les souffrances de la Passion du Seigneur semblait nuire à
sa santé et lui fut donc interdite. Elle obéit à contrecoeur
et elle pleura. Alors voilà intervint son Gardien pour la réprimander
et profiter de l’occasion pour la faire réfléchir «
sur la générosité que Dieu voulait d’elle par ce sacrifice
».
L’Ange en somme, comme disait le Père Germain, «
fut d’une part pour elle un Gardien vigilant et d’autre part un excellent
maître de perfection chrétienne. Toute chose était
pour lui une occasion de l’instruire, de l’orienter, de la reprendre par
des mots pleins de sagesse » 9.
La vie d’Edwige Carboni nous apprends que son Ange gardien, sous
une forme visible, s’entretenait doucement avec elle sur les exigences
de l’amour de Dieu. Et ce fut justement parce que l’Ange gardien le lui
avait suggéré qu’à 5 ans elle fit le vœu de virginité
10 .
Un bel exemple du service que l’Ange gardien rend dans la vie
spirituelle, nous trouvons dans le Pasteur d’Erma, dans
8 Ib.
9 Ib
10 Basilio Rosati, op. cit.
(110)
les douze Préceptes, qui sont un vrai petit traité de
doctrine et de sagesse chrétienne..Le Pasteur, qu’est l’Ange d’Erma,
recommande avant tout la foi dans l’unité et la perfection de Dieu
créateur de toutes choses. « Avant tout, crois qu’il
n’y a qu’un seul Dieu qui a créé et ordonné toute
chose et que tout a été tiré par Lui de rien et qu’Il
contient tout. Lui qui est le seul à ne pouvoir être contenu
» (Premier précepte) ; ensuite aie la bonté et la simplicité
« des enfants, qui ignorent la malice qui abîme tant la vie
des hommes » et de l’aversion contre la médisance, puisqu’elle
« est un mal, un démon volubile qui ne vit jamais tranquille
et demeure toujours dans la discorde ». (Deuxième précepte)
: crois également dans l’amour de la vérité et fuis
le mensonge, « car le Seigneur est vrai dans toutes ses paroles et
en Lui il n’y a pas trace de mensonge ».( Troisième précepte),
pratique la chasteté, et en cas de chute, le repentir et la pénitence.
(Quatrième précepte) ; pratique la patience, la prudence
qui s’oppose à la colère « stupide, légère
et folle ». (Cinquième précepte). Dans le sixième
précepte le Guide d’Erma fait une distinction entre les Anges bons
et les mauvais et présentent les effets qu’ils produisent dans l’âme.
Il l’instruit ensuite sur la sainte étreinte de Dieu, sur l’observance
de Ses commandements, insistant sur la charité qui doit être
pratiquée « en aidant les veuves, en visitant les orphelins
et les mendiants, en venant en aide aux serviteurs de Dieu, les soulageant
de leurs peines, en pratiquant l’hospitalité, en ne tenant rigueur
à personne, … en vénérant les personnes âgées,
en supportant les offenses, en pratiquant la tolérance, oubliant
les injures, consolant les affligés, ne montrant aucun mépris
pour ceux qui trébuchent dans la foi mais les ramenant sur la bonne
voie en les encourageant, reprenant les pécheurs et ne pesant pas
sur les débiteurs et les indigents… » (Huitième précepte).
Les derniers quatre Préceptes sont un rappel et une exhortation
à la foi, à la persévérance dans la prière
(Neuvième), à la sainte joie chrétienne (Dixième)
et à la vigilance contre les erreurs des faux prophètes (Onzième),
et les mauvaises conséquences des péchés contre la
pureté auxquels on doit remédier par la pratique des vertus
chrétiennes, la crainte de Dieu, la confiance en Lui et dans l’aide
efficace de son Ange. « Ne craignez pas le diable
(111)
…moi – conclut l’Ange d’Erma – je serai avec vous et je le dominerai
».
En d’autres termes on dira que notre Ange gardien accompagne
et soutien l’âme au cours des trois étapes de perfection dont
parlent les mystiques.
Il s’agit de la voie purgative, où l’âme décidée
à sortir de la médiocrité et de s’acheminer vers la
sainteté est purifiée dans le creuset d’épreuves intenses
(aridité, doutes et inquiétudes, tentations diaboliques,
peines spirituelles, maladies souvent inexplicable, persécutions,
incompréhensions…), des épreuves qui la libère
du péché et de toutes inclinations, traces, manques de docilité
ou habitudes qui l’empêchent de s’élancer librement vers Dieu.
La voie illuminative, où l’âme, ayant surmonté
les obstacles précédents, s’exerce et se renforce dans la
vertu, s’acheminant plus rapidement dans l’amour de Dieu, auquel sont soumis
ses facultés spirituelles, son intellect et sa volonté.
La vie unitive, qui est caractéristique d’une communion
intime et nouvelle avec Dieu. L’âme s’exerce à faire en toute
chose la volonté de Dieu, elle sent la présence de Dieu en
elle s’en réjouit, elle l’aime en Lui-même et pour lui-même
d’un amour plus pur et plus désintéressé, qui «
devient presque la seule vertu dans laquelle se retrouvent toutes les autres
»11.
Voila en quoi consiste la vie de perfection. Elle est un prélude
aux fiançailles et au mariage spirituel dont saint Jean de la Croix
dit qu’il s’agit d’ « une transformation totale de l’âme l’aimé,
où l’un se donne à l’Autre, et réciproquement, se
consument dans une union d’amour où l’âme devient divine,
devient Dieu par participation, dans la mesure où la chose est possible
en cette vie » 12. C’est comme des chandelles de cire unies si intimement
qu’elles forment une flamme seule ». Ou bien comme : « l’zau
d’un ruisseau qui se mélange à l’eau de la mer dans laquelle
il se jette» 13.
Avant et au cours de ce fameux mariage advient ce qu’on appelle
les blessures d’amour. Elles sont de nature spirituelle, elles
11 A.M. Lanz, Lineamenti di ascetica
e mistica, Vita e Pensiero, Milano.
12 Cantique, XXII, op. cit.
13 Sainte Thérèse d’Avila, Château
Intérieur, Septième mansion, ch.I, op.cit.
(112)
blessent l’âme, lui communiquant un amour très ardent envers
ieu, en la purifiant. De telles blessures mystérieuses sont caractérisées
par une douleur très forte, accompagnée d’un sentiment de
plaisir, de joie et de douceur inexprimables. Elles peuvent enfin êtres
localisées en certaines parties du corps et se manifester par des
blessures ou des plaies authentiques. On a de la sorte des stigmates visibles,
qui se distinguent tout d’abord des stigmates invisibles, qui les
ont nécessairement précédé, puisque «
Dieu ne fait jamais des grâces visibles au corps s’il ne les a déjà
donnés à l’âme ».14.
Les stigmates peuvent être produites par l’intervention
directe de Dieu ou bien par l’intermédiaire d’un Ange. L’on sait
comment les « signes des clous » sont apparus dans les mains
et les pieds du Pauvre d’Assise par l’intervention d’un Séraphin.
Désormais célèbre, ce mystérieux personnage
– dont parle le Père Pio, qui lui provoqua les plaies aux mains,
aux pieds et au côté 15 et selon ce que lui-même confiait
à une personne de notre connaissance, digne de foi – était,
lui aussi, un Séraphin.
Quant à sainte Thérèse d’Avila, dont on
conserve encore le cœur non corrompu dans l’église de ses filles
spirituelles à Alba de Tormes, elle porte les traces visibles d’une
blessure. Et si l’on s’en tient à ce que la sainte elle-même
nous en dit, ce fut probablement un Ange « parmi ceux qui s’appellent
les Chérubins », qui a produit cette miraculeuse blessure,
connue sous le nom de transverbération « Il.portait dans ses
mains un long dard doré dont la pointe de fer semblait porter du
feu. Et on aurait dit qu’il m’enfonçait ce dard à plusieurs
reprises dans le cœur, très profondément. Lorsqu’il le retirait
il semblait qu’il le retirait avec une partie de ma chair, me laissant
toute brûlante d’amour envers Dieu »16. « Je priais le
bon Jésus – note sobrement dans son journal la stigmatisée
de Sardaigne, Edvige Carboni – et tout d’un coup se présenta devant
moi un Ange qui me blessa au cœur. Cette blessure je la sens encore. C’est
une blessure qui me fait brûler d’amour pour Jésus »17.
14 G.B. Scaramelli. Dottrina di San Giovanni della Croce, Ed.
Paoline.
15 Epistolaire, édité per les PP. Capucins de S.
Giovanni Rotondo.
16 S. Thérèse d’Avila, Autobiographie, Ch. XXIX,
par 13, op. cit.
17 Basilio Rosati, op. cit. (113)
XVI Les anges dans les locutions et dans le discernement
des esprits
Alors qu’il évangélisait la Samarie, un Ange apparut au
diacre Philippe l’exhortant à se rendre immédiatement sur
la route qui relie Jérusalem et Ghaza. Philippe obéit. Une
fois qu’il se fut trouvé sur le lieu qui lui avait été
indiqué, il rencontre le puissant eunuque de la reine éthiopienne
Candace. Roulant sur un coche, l’homme était en train de lire un
passage du prophète Isaïe sur le rédempteur. Sur l’inspiration
de l’Ange, le diacre lui demanda s’il comprenait cette lecture.
« Et comment le pourrai-je si personne ne me l’explique »,
répondit l’eunuque, et il invita l’apôtre à monter
sur le coche et à s‘asseoir à son côté.
Dès qu’il eut pris place sur le véhicule, Philippe révéla
comment les prévisions du prophète s’étaient récemment
avérées et il se mit à lui parler de Jésus.
Touché et éclairé par la grâce, l’homme comprit.
Entre-temps ils arrivèrent en un lieu où il y avait de l’eau.
Répondant à une forte impulsion intérieure, l’eunuque
sans attendre, exprima le désir d’être baptisé. Il
fut exaucé. Après quoi « l’esprit du Seigneur enleva
Philippe et l’eunuque ne le vît plus. Et tandis qu’heureux il continuait
son voyage, Philippe se retrouva à Azot, d’où il se
rendit jusqu’à Césarée, annonçant la Bonne
Nouvelle dans toutes les villes qu’il traversait » (Ac 8, 26-40).
Il se retrouva à Azot transporté évidemment par
« la voie des airs » et « en un clin d’œil », chose
que, pour aussi « fantastique » qu’elle paraisse, n’étonne
pas tellement étant donné que – comme dit Gabriel à
la Vierge à Nazareth – « rien n’est impossible à Dieu
».
Voilà donc encore un exemple de la participation angélique
à l’expansion du royaume de Dieu sur terre.
(114)
Toujours présents dans l’histoire du salut, annonçant
la venue de Celui qui a été « tant espéré
des prophètes », au service du Sauveur, de l’Incarnation jusqu’à
la Passion à travers la mort., la Résurrection, la Parousie
ou le Jugement Dernier, guides et soutiens des Apôtres dans l’enseignement
évangélique, les Anges travaillent avec les croyants pour
la venue du Royaume qui est demandé dans le Notre Père, travaillant
à la sainteté et accompagnant les élus de l’Eglise,
papes, hiérarchie, saints, et tous ceux qui en son sein ont des
postes de responsabilité. Ceux-ci sans aucun doute doivent disposer
d’un certain nombre d’Anges coadjuteurs étant donné l’importance
du rôle qu’ils ont à jouer. La chose est admise par plus d’un
savant d’angéologie et soutenue par les révélations
des saints. Ces pages en donnent plus d’un exemple et constatent combien
dans la vie et l’œuvre des saints l’Ange ordinairement assigné à
un saint, depuis sa naissance, est souvent aidé par un autre, d’une
hiérarchie supérieure.
Dans son travail de maître des novices, sainte Catherine de Bologne
enseignait ce que voici : « Je vous respecte, je vous aime toutes
évidemment parce que vois en chacune de vous l’image de mon Dieu,
mais je respecte et j’aime beaucoup plus notre Mère Abbesse que
je vois entourée de la protection de deux Anges et qui joue pour
nous le rôle de Dieu. Voilà pourquoi je ne peux tolérer
que l’on se permette d’avoir de mauvaises pensées à son égard
»1.
Il ne faut pas non plus oublier la révélation qui a été
faite par la Vierge Marie à sainte Véronique Giuliani à
propos du nombre des Anges qui assistent le Souverain Pontife. Cette révélation
est très vraisemblable. « Alors que la très sainte
Vierge Marie me commanda de me préparer à souffrir pour l’âme
de son dévoué Clément » (Il s’agit du Pape Clément
XI décédé en mars 1721)… « Ma fille – lui dit
la Vierge – alors que je te faisait connaître la libération
de l’âme du Pontife, toi tu te préparais à souffrir
à sa place. Et dès que tu as commencé à
me prier, moi j’ai fait apparaître cette âme accompagnée
de douze Anges qui sont les gardiens du Pontife. Car dès que l’un
d’entre eux est élu au pontificat,
1 J. Sténon du Pré, Santa Caterina
da Bologna, Ed. Paoline, Alba (115)
Dieu lui assigne douze Anges en sorte qu’ils soient les gardiens
de la Sainte Eglise » 2.
Les Anges interviennent d’une façon manifeste à
travers les apparitions, les intuitions intérieures ou leurs paroles
ou des formes de communication que les mystiques appellent locutions, à
travers des paroles perceptibles par l’ouïe (locution
auriculaire) ou à travers des images posées à l’imagination
(locution imaginaires), ou bien par des impressions où des idées
données à l’esprit (locutions intellectuelles). Cette classification
des locutions rappelle par analogie la classification des différentes
apparitions dont nous avons parlé précédemment
Saint Jérôme 3 nous informe que.parmi le peuple hébreu
il y avait des prêtres qui avaient le don de distinguer les vrais
prophètes des faux et de se rendre compte si l’esprit qui les animait
était humain, divin ou diabolique. A l’origine de cette capacité,
indiquée par les mystiques sous le nom de discernement des esprits,
il y a les locutions, qui ne sont rien d’autre que des communications divines
transmises aux hommes par l’intermédiaire des Anges.
Saint Jean de la Croix écrit à ce propos : «
Les âmes sont éclairées ici-bas par la même sagesse
divine qui est donnée par Dieu aux hiérarchies suprêmes
et à travers elle aux hommes eux-mêmes. Donc dans l’Ecriture
il est dit très justement que toutes les inspirations angéliques
viennent de Dieu et aussi des Anges. Car habituellement Dieu les communique
par leur intermédiaire, et eux-mêmes se transmettent sans
tarder ces inspirations l’un à l’autre comme un rayon de soleil
qui traverserait une quantité de vitraux mis en file » 4.
Locutions et discernement des esprits s’interpénètrent
l’un à l’autre et sont presque identiques. Tous deux sont des dons
qu’ont beaucoup d’âmes privilégiées.. Parmi celles-ci
on remarquera sainte Jeanne d’Arc à cause de ses fameuses «
Voix » e du rôle important – c’est étrange à
dire – que ces voix ont joué dans
2 Sainte Véronique Giuliani, Journal, IX. Cf.
Icenses, S. Veronica Giuliani,
3 In cap. III Isaiae, lib.. II. Cf. G.B.
Scaramelli, op. cit.
4 Nuit obscure, ch. XIII, 3,
(116)
l’histoire de la Guerre de Cent Ans et dans sa conclusion. C’était
les « Voix » de saint Michel et des autres « Frères
du Ciel, c'est-à-dire des Anges, de sainte Catherine et de sainte
Marguerite qu’elle entendit de ses oreilles.
Il s’agit donc bien de locutions auriculaires même si cette
appellation est impropre. Les locutions en effet excluent la vision de
la source d’où elles proviennent. L’âme privilégiée
entend et ne vois pas. Tandis que la Pucelle d’Orléans, de son côté,
entendait ces « Voix » tout en entrevoyant une mystérieuse
clarté, ou bien un des personnages célestes qui lui parlait..
« Les Anglais étaient déjà en France
et moi j’avais treize ans lorsqu’il m’arriva une voix de Dieu qui m’aida
à me diriger. Cette Voix arriva vers l’heure de midi, un jour d’été,
dans le jardin de mon père ». Le jour avant elle avait jeûné.
Et elle précise : « J’ai entendu cette voix sur la droite,
du côté de l’église et je l’entends rarement sans voir
une clarté ». Voix et clarté ont la même source
mystérieuse et sont « habituellement très vives».
Mais c’est étonnant de l’entendre dire que la voix est accompagnée
d’une clarté. Cette voix n’est pas seule. D’autres l’accompagnent.
Et comme il arrive inévitablement dans les rencontres avec le surnaturel,
la nature humaine de la sainte enfant est secouée et apeurée.
Si bien que les voix doivent recourir aux recommandations qui leur sont
habituelles, dans des cas semblables, pour l’inviter à ne pas avoir
peur. « Ne crains rien » - lui répètent-t-elle
doucement.
La voix entendue la première est celle du Prince des Anges,
saint Michel. « Cette voix – disait-elle – me semblait digne et je
crois qu’elle était envoyée de Dieu. Lorsque je l’ai entendue
par trois fois, j’ai reconnu que c’était la voix d’un Ange. Cette
voix m’a toujours bien conduite, et je l’ai toujours bien comprise. Elle
m’enseignait de bons comportements, m’invitait à fréquenter
l’église, et me dit qu’il était nécessaire que j’aille
en France ». La voix insistait : « Jeanne, il faut que tu ailles
en France et que tu fasse lever le siège d’Orléans ».
Dès lors je ne pouvais plus rester où je me trouvais. La
première fois je doutais fort que ce fut saint Michel et j’eus peur.
Je reconnus que c’était saint Michel à sa façon de
parler et à son langage propre aux Anges ». L’Archange qui
auparavant s’était manifesté à elle par des mots et
une clarté céleste, se montre par la suite sous les apparences
d’un homme. Il (117)
lui disait : « Sois une brave fille et Dieu t’aidera ».
Ou encore : « Va au secours du Roi de France ! » Et l’Ange
me racontait combien le royaume de France faisait pitié ».
Les « Voix » insistaient : « Va, fille
de Dieu, va, va ».
« Lorsque je voyais saint Michel et les Anges je leur faisais
la révérence. Lorsqu’ils s’en allaient, je pleurais. J’aurais
voulu qu’ils m’emportassent avec eux. Dès qu’ils étaient
partis, j’embrassais la terre là où ils s’étaient
posés et je leur faisais la révérence ».
Va, fille de Dieu, va, va ». Mais elle se défendait
: « Je suis une pauvre jeune fille et je ne sais ni combattre, ni
faire la guerre ».
Faut-il donc qu’une pauvre paysanne illettrée et absolument
inexperte dans les choses militaires libère la France ? Jeune
fille simple, très pure, tellement portée vers les pratiques
religieuses qu’elle semblait à ses amis un peu trop pieuse, éduquée
d’autre part d’une façon très sévère par ses
parents que par contre elle aime et vénère, comment pourra-t-elle
jamais accepter les invitations des Voix qu’elle entend ? Et n’est-il pas
de plus inconvenant pour une jeune fille de vivre au milieu de soldats
? Les voix ne lui demandent-elles pas quelque chose d’absurde ? Mais ces
hésitations ne dépendent pas tant de ces difficultés
que du manque de maturité de Jeanne- ou Jeannette comme on l’appelle
familièrement – Elle ne pourra jamais accepter l’appel des Anges,
ni faire ce que la providence de Dieu attend d’elle, sans un ultérieur
mûrissement.
L’enseignement que les Anges fourniront à Jeanne, en vue
de la préparer et de la rendre apte aux exploits qui feront d’elle
une des héroïnes les plus pures et les plus légendaires
de la France et de l’Eglise catholique, durent quatre ans environ, et s’achèvera
au mois de mai 1428 au moment même où la « Fille Aînée
de l’Eglise » est sur le bord de la défaite et risque de disparaître
du nombre des nations.
« Fille de Dieu – insistent les Voix, écartant les
dernières hésitations de la Jeune fille - fille de
Dieu, va auprès de Robert de Baudricourt, dans la ville de Vaucouleurs
».
Le capitaine royal, le plus vaillant et le plus influent partisan
de Charles VII, devrait lui donner une escorte et faciliter sa rencontre
avec le Dauphin. Jeanne rejoint à Burey-en-Vaulx le cousin
(118)
de sa mère, Durant Laxart, pour qu’il l’accompagne à Vaucoueurs.
Lorsque je fus à Vaucouleurs, je reconnus de moi-même
Robert de Baudricourt bien que je ne l’eusse jamais vu. Ce fut grâce
à ma Voix que je le reconnus. Car de fait elle me dit : «
Le voici ! « . Et je lui dit : « Je suis venue vers vous de
la part de Messire afin que vous avisiez le Dauphin de ne pas donner bataille
aux ennemis car Messire lui enverra des secours avant la mi-carême.
Le royaume en effet n’appartiens pas au Dauphin mais à Messire !
Cependant Messire veut que le Dauphin soit roi, qu’il ait ce règne
et y commande. Malgré ses ennemis le Dauphin sera sacré roi
et c’est moi qui le conduirai à son couronnement ».
Jeanne est mal accueillie. « Qui est ce Messire ? ».
« Le Roi du Ciel » répond résolument la
Pucelle.
Baudricourt se moque d’elle et suggère à l’accompagnateur
de la ramener à son père, « avec une bonne raclée
». Elle s’en retourne humiliée chez elle à Domrémy.
Elle fait un nouvelle tentative l’année suivante, le 23 février,
encore cette fois du même parent. Tandis qu’elle loge dans la maison
d’un certain Henri La Royer, et qu’elle est en train de filer avec la femme
de ce dernier, entre dans la pièce le méfiant capitaine royal
en compagnie du curé, Jean Fournier, lequel a peur lui aussi de
se trouver en face d’une personne possédée du démon.
Il exorcise Jeanne. Celle-ci se défend et l’on commence à
la croire. Le Duc de Lorraine l’invite à Nancy et met à sa
disposition quatre francs et un cheval. Celle-ci s’en revient à
Vaucouleurs où elle informe Robert de Baudricourt de la défaite
du Dauphin dans la bataille des Harengs. Elle avait été évidemment
mise au courant de ce grave évènement par ses « Voix
». Cette révélation concourt à disposer l’âme
de capitaine favorablement à l’égard de la Pucelle.
Après l’avoir repoussée par deux fois, le capitaine lui
fournit des hommes. La voix de Jeanne l’avait prévenue que cela
serait arrivé. Jeanne part ensuite pour Chinon sans craindre les
dangers du voyage. Les endroits qu’elle devait en effet traverser étaient
infestés de soldats ennemis. Mais « mon chemin a été
aplani » - dit-elle - ; aplani par une escorte que les hommes qui
l’accompagnent ne sont pas capables de voir avec leurs propres yeux de
chair. (119)
Elle fait étape à Saint Urbain et passe la nuit dans l’abbaye.
Une étape ensuite à la cathédrale d’Auxerre pour la
messe. « Alors les Voix me parlaient fréquemment » dit-elle.
Tandis qu’on lui demande si elle aura le courage de faire tout ce qu’elle
prétend, elle répond, « N’ayez crainte, ce que je fais,
je le fais parce qu’on me le commande. Mes Frères du Ciel me disent
ce que je dois faire. Cela fait quatre ou cinq ans que mes frères
du Paradis et Messire m’ont dit qu’il faut que j’aille en guerre pour récupérer
le royaume de France ». Elle assure qu’à Chinon le Dauphin
lui fera bon accueil. En efffet, Charles VII accepte de la recevoir. Mais
pour la mettre à l’épreuve, puisqu’on se demande si elle
est une envoyée de Dieu ou du diable, le Dauphin se cache parmi
les chevaliers qui remplissent la salle. Et malgré cela, Jeanne
le reconnaît et va directement vers lui, sans la moindre hésitation,
grâce à ses guides invisibles.
« La Voix m’avait promis que dès que je serais arrivé
auprès du roi, il m’aurait reçu… Les voix m’avaient dit en
effet : « Vas-y courageusement ! Lorsque tu seras en présence
du roi, il aura un signe qui fera qu’il t’accueillera et te croira ».
Lorsque j’entrai dans, il y avait là plus de trois cent chevaliers
et cinquante torches, sans compter la lumière du Ciel ». Et
la Pucelle d’avouer : « Je reconnus le roi parmi les autres, grâce
à ma Voix qui me le révéla. J’allais vers lui
: « Gentil Dauphin, je m’appelle Jeanne la Pucelle. Et le Roi
du Ciel à travers moi vous avertit que vous serez consacré
et couronné à Reims, et vous serez lieutenant du Roi
des Cieux qui est le Roi de France ». Puis elle ajouta, dissipant
les hésitations du roi, alimentées par le comportement douteux
de sa mère Isabelle, qui semait le doute à propos de sa naissance,
de sa légitimité à la succession de la couronne :
« Je vous dis de la part de Messire que vous êtes le vrai héritier
de France et fils du roi ». Cette révélation est le
« signe « que les « Voix » lui ont annoncé
et qui fait disparaître de façon déterminante la méfiance
du Dauphin.
Le Roi Charles la reçoit souvent. Avent cependant de lui confier
quelques missions militaires, il la fait accompagner à Poitiers
où, au cours de treize séances, elle est l’objet d’un examen
de la part d’une commission d’évêques, de prélats,
de religieux, de docteurs et de conseillers du roi experts en théologie
; (120)
Qu’est-ce donc qui l’a poussée à venir auprès du
roi ? « Tandis que je gardais les bêtes – répond –elle
– une Voix m’a parlé ». Dieu veut sauver la France par
son intermédiaire. Et si elle mis des vêtements masculins
– déclare-t-elle durant ses interrogatoires – « c’est
par ordre de Dieu et des Anges ». Les « Voix parlent un français
meilleur que celui de qui l’interroge et quant à la question : si
elle croit en Dieu : « Oui – réplique-t-elle - , et mieux
que vous ». Et pour qu’on puisse croire en elle, on lui demande un
signe. Ce signe ils l’auront lorsque s’accompliront les faits que les «
Voix » lui suggèrent d’annoncer : « Les Anglais
seront chassés et anéantis, le siège d’Orléans
sera levé, le roi sera sacré à Reims, la ville de
Paris sera de nouveau soumise au roi et le Duc d’Orléans rentrera
d’Angleterre ».5
A ceux qui voudraient en savoir davantage sur « les Voix
» et les évènements de cette très singulière
et émouvante création de la Grâce et de la Providence
de Dieu – une des épreuves les plus éclatantes de la présence
du Christ dans l’histoire et dans son Eglise nous proposons
la lecture des livres que nous citons en note et dont nous nous sommes
servis dans cette sommaire allusion à la Pucelle et à ses
guides célestes. Guides qui, jusqu’à l’holocauste de Rouen,
lui furent proches, à travers les apparitions et les locutions qui
firent découvrir à Jeanne d’Arc les doutes qui tourmentaient
le Dauphin à propos de son origine. Un exemple celui-ci de médiation
angélique dans la lecture de l’âme d’autrui, c'est-à-dire
le discernement des esprits. Cette faculté est accordée –
nous le voyons – à bien peu de saints ou de saintes.
Sainte Marie-Madeleine de Pazzi lisait dans l’esprit de ses novices
et en révélait les défauts. Cela était tellement
connu que l’on n’avait pas le courage de l’approcher sans s’être
auparavant scrupuleusement examiné. Toutes, lorsqu’elles se trouvaient
devant elle, avaient l’habitude de veiller sur leurs propres pensées
et impulsions intérieures dans la crainte d’être reprises
par la Sainte.
Le bienheureux Raymond de Capoue nous rapporte que Sainte Catherine
de Sienne savait même les secrets de son cœur. « Pour-
5 Cf. La vita di Giovanna d’Arco raccontata da lei stessa, par Omer Englebert, Milan 1950 ; Nino Salvaneschi, Giovanna d’Arco, Dall’Oglio Ed., Milan ; R. Pernaud, Il processo di Giovnna d’Arco, Ed. Paoline, Rome. (121)
quoi me cacher une chose que je vois plus clairement que vous-même
? », lui dit un jour Catherine à cause d’un défaut
qu’il essayait de lui cacher et pour lequel une autre fois déjà
elle l’avait doucement réprimandé.
« Va te laver le visage », avait l’habitude de commander
saint Joseph de Copertino, chaque fois qu’il se trouvait devant quelqu’un
qui avait besoin de se laver la conscience par le sacrement de pénitence.
Don Bosco disait : « Apportez-moi un jeune que je n’ai jamais
vu et il me suffira de le regarder en face pour être en mesure de
lui révéler tous ses manquements depuis sa plus tendre enfance
», « Le fait que Don Bosco lisait sur le visage les secrets
du cœur, écrit Augustin Auffray, était tellement répandu
dans l’Oratoire que ceux qi n’avaient pas la conscience très propre
s’éloignaient instinctivement de lui, l’évitant le plus possible…
Mais ils n’y réussissaient pas toujours. Alors les garçons,
pour empêcher cette inquiétante lecture, se mettaient le béret
sur les yeux et la main devant le visage. Quand ils rentraient des vacances,
avant que le cœur ne se fusse purifié des escapades commises durant
ces mois de liberté mal surveillée, il était
curieux de voir, combien certains, dès qu’apparaissait Don
Bosco, s’échappaient par peur qu’il ne lise tout dans leur regard
» 8.
Des faits de ce genre arrivaient tous les jours à une cadence
impressionnante, à San Giovanni Rotondo, dans le secret du confessionnal,
dans la sacristie, dans les escaliers, dans les couloirs et dans n’importe
quel autre endroit du couvent où les pèlerins avaient l’occasion
d’approcher le Père Pio et de lui parler. Des hommes tels que J.B.
Angioletti, Giovanni Artieri, Attilio Crepas, Venus à San Giovanni
Rotondo comme envoyés de presse, ont eu l’occasion de se rendre
compte personnellement de l’extraordinaire vertu du Père pour ce
qui est de lire dans le cœur des hommes. Le premiers de ceux-ci écrivait
sur La Stampa de Turin (9 août 1950) : « Les hommes ne
lui font pas peur. Une étonnante capacité de pénétration
le met en mesure d’apprécier immédiatement les vertus et
les faiblesses de chacun . Tandis que Artieri, sur le quotidien romain
Il Tempo avouait (le 17 octobre 1950),
6 P. Augustin Auffray, San Giovanni Bosco, S.E.I., Turin. (122)
avoir été vivement réprimandé par le Père
Pio comme étant un catholique hésitant et non pratiquant,
très mauvais chrétien, au cœur en constant désaccord
avec l’intellect ».
« Pourquoi donc pensez-vous à votre bureau et à
vos feuilles de papier ? Ce n’est pas bon de faire du bruit autour d’un
prêtre qui prie ». Ainsi parla Père Pio à Attilio
Crepas, tandis que le journaliste s’imaginait déjà être
dans son bureau en train d’écrire son article sur les choses et
les impressions de San Giovanni Rotondo. (Du journal Stampa Sera du 6-7
janvier 1938).
Assis sur un banc de la chapelle du couvent, Monsieur Antonio Donnini
de Lucera, près de Foggia, pensait à son propre chapelet
qui n’arrêtait pas de se casser et au sacrifice qu’il aurait dû
affronter – car il était alors sans travail – pour en acheter un
autre plus résistant, mais plus cher. C’est alors que passa un garçon,
les mains pleines de chapelets. C’était justement le type de chapelets
que lui-même cherchait. Il lui demanda :
« Où les as-tu achetés ? ».
« Ils vous plaisent ? », demanda à son tour le garçon,
et il l’invita à en prendre un pour lui, disant : « le Père
vient justement de les bénir ».
L’homme repoussa gentiment cette invitation mais l’autre insista au
point de le contraindre à prendre un chapelet dans le tas. Le garçon
s’en alla ensuite sans même lui laisser le temps de le remercier.
Peu après il se levait pour s »acheminer vers le couloir où
il savait que le Père passerait. « Qui te l’a donné
? » lui demanda celui-ci, lorsqu’en passant il vit que Donini avait
un chapelet à le main. Mais aussitôt il ajouta, s’adressant
au confrère qui l’accompagnait : « Voilà quelqu’un
qui prie avec le cou ».
L’homme se mit à rire, mais n’avait pas compris ce que Père
Pio voulait dire par ces mots. Le Père reprit :
« On comprend que tu ries, puisque tu n’as rien compris ».
« Alors veuillez m’expliquer »
Et le Père Pio de dire « c’est évident, puisque
la nuit tu te e mets autour du cou !».
C’était vrai. Et le chapelet justement se cassait à cause
de cette habitude que, dans l’église, Donnini n’avait pas prise
en considération.
Voilà qu’à l’église, au confessionnal des femmes,
se présenta
(123)
un jour la parisienne Denise Garnier, fille du professeur de mathématiques
à la Sorbonne René Garnier. Cette amie, alors jeune fille,
et actuellement heureuse épouse de l’ingénieur belge – qu’elle
avait connu au cours de circonstances extraordinaires sur lesquelles elle
avait été mystérieusement avertie par le Saint Frère.
- , cette amie donc avait à peine commencé à se confesser,
lorsqu’elle fut brusquement interrompue par le Père :
« Tu as dit des mensonges ! ».
Il s »agissait de mensonges anodins. Denise Garnier raconte
en effet : « J’avais dit au moins huit mensonges afin de pouvoir
accéder au confessionnal !. Mais le Père ensuite fut vraiment
très gentil, il fut vraiment un père. Et lorsque je suis
sortie du confessionnal, il me donna un bon coup sur la tête, un
coup béni ! ».
Un autre excellent épisode m’a été raconté
par Monseigneur Joseph Orlando de Benevento. Affligé par un terrible
mal de dents, un paysan suppliait le Père Pio de le lui enlever.
Mais le Père Pio, fixé au mur dans un tableau, restait sourd
à ses appels désespérés. Alors, ayant perdu
patience, l’homme prit une de ses chaussures et la jeta contre le tableau,
en cassant le verre. Quelque temps après il se rendit à San
Giovanni Rotondo, ayant oublié ce geste malheureux. Il se mit en
file pour la confession. Quand arriva son tour, il allait s’agenouiller,
lorsqu’il fut accueilli très désagréablement
par le Père qui s’en prit à lui à force de mots, la
voix dure et les yeux étincelants :
« Et tu as maintenant ce courage après le coup de
chaussure que j’ai reçu jusque dans ma cellule ? ».
Ce qui surprend dans cet événement est le fait
que le Père révèle un secret que le paysan lui-même
avait effacé de sa mémoire.
Un français, l’Abbé Benoît, secrétaire
général de l’Institut Catholique de Lille, présente
un cas semblable. Venu à San Giovanni avec quelques autres prêtres
de son pays, il pria le Père Pio de lui faire le cadeau de signer
lui-même une image sacrée, qu’il aurait ramenée comme
souvenir dans sa patrie. Au moment où il tendait l’image, le Père
lui demanda de lui donner le bréviaire. Puis, sur une page blanche,
il se mit à écrire quelques lignes avec son stylo. Lorsque
le prêtre français lut dans le bréviaire les paroles
écrites par le Père Pio, il fut grandement surpris. Il trouvait
la réponse à un difficile problème spirituel qui depuis
des années ne le quittait jamais. La surprise et l’étonnement
de Benoît s’accentuèrent encore lorsqu’il se rendit compte
que à San Giovanni il n’avait jamais pensé à ce difficile
problème.
Aucun secret, peut-on dire, ne pouvait être caché
au Père Pio. Voila pourquoi tous, hommes, femmes, vieux et jeunes,
grands et petits étaient impressionnés lorsqu’ils se trouvaient
face à face avec lui. Cela explique la crainte de certains de rencontrer
son regard pénétrant et les essais parfois comiques qu’ils
faisaient pour se tenir loin de lui. Cela explique encore le tremblement
qui me prenait, malgré un contrôle scrupuleux de mes pensées
et de mes actions, chaque fois qu’il m’arrivait de le rencontrer. Je ne
suis jamais parvenu à avoir en sa présence une attitude tout
à fait tranquille ou désinvolte, malgré la familiarité
avec laquelle il me traitait et l’habitude, qui a duré pendant plus
de vingt ans, de le rencontrer presque sans interruption chaque jour.
Souvent, et cela arrivait surtout dans le confessionnal, Père
Pio aidait à tirer les marrons du feu, comme on le dit, énumérant
les manquements, comme on dit, énumérant les manquements
du pénitent et donnant en plus les détails exacts des circonstances
dans lesquelles ces manquements avaient été commis. Si ensuite
l pénitent avait oublié une faute, il arrivait souvent que
le Père la lui rappelât. Sans rien dire des cas de diagnostics
ou de traitements donnés par lui à des pénitents malades
physiquement, diagnostics, d’une précision qui étaient rapides,
d’une précision et d’une compétence extraordinaires. Et-ce
là des exagérations ? Loin de nous cette pensée. Et
pour dissiper toute hésitation, voici quelques exemples de faits
dont l’auteur a été à la fois le protagoniste
et le témoin. Père Pio, on le sait, n’a jamais bénéficié
d’une bonne santé, malgré la vigueur et l’épanouissement
apparent qu’il a montré dans les court moments où il est
apparu moins crucifié. Des mots mystérieux, pas toujours
repérables médicalement, l’affligeaient constamment au point
de lui empêcher de mener son habituel ministère sacerdotal.
Il a toujours été souffrant et les stigmates qu’il portait
dans sa chai lui procurait des souffrances lancinantes. Tout cela mis en
relation avec son âge avancé fut la raison d’une préoccupation
dont je ne parvenais pas à me libérer. Tu verras – me disais-je,
en moi-même – que le Père un jour ou l’autre nous quittera.
Qu’en sera-t-il de moi et de nous tous,
(125)
Ses fils, lorsqu’il ne sera plus là ? ». Un jour
que je devais m’absenter de San Giovanni, j’allais vers lui pour le saluer
et demander sa bénédiction. Mais je restais désorienté
en voyant le Père me regarder fixement ayant presque l’air de se
moquer de moi,un sourire sur les lèvres, autant amusé qu’énigmatique.
Qu’est ce que cela voulait bien dire ? La réponse me fut donnée
aussitôt par l’exclamation joyeuse qui me fit tout de même
sursauter : Qui sait, si à ton retour nous nous reverrons ? ».
Le Père avait lu au-dedans de moi la secrète préoccupation
qui m’inquiétait.
Une autre fois que je lui disait un de mes projets, le Père
Pio, après l’avoir approuvé, me dit que je l’aurais réalisé
après « un dur calvaire » et à condition d’avoir
donné preuve de persévérance dans la foi et la patience.
Quatre années passèrent d’attente inutile, dans un dur calvaire.
Mais comment faisait-il pour créer à mon égard les
conditions de ce calvaire, je ne l’ai jamais compris. Et, malgré
cela, rien ne pouvait me faire supposer que la promesse qu’il m’avait faite
se serait en quelque sorte concrétisée. Je me sentais trahi.
Abattu, dans un moment de faiblesse, de découragement, j’eus des
mots et des gestes absolument incompatibles avec la foi et la patience
qui m’avaient été recommandées. Je m’en repentis aussitôt
amèrement. Le lendemain matin j’étais à ses pieds
dans le confessionnal de la sacristie pour lui demander pardon. Le Père
ne me donna pas le temps d’ouvrir la bouche. Il fut plus que jamais amer
et agressif :
« Que donc es-tu venu faire ici ? Va-t-en, je n’ai
pas de temps à perdre ».
Je vous laisse imaginer mon étonnement, ma consternation,
ma souffrance. Peu de fois j’ai pleuré dans ma vie comme ce matin-là.
Qui donc lui avait répété que le soir auparavant j’avais
manqué à son égard ? Le jour suivant, me donnant une
preuve supplémentaire qu’il était au courant de mon erreur,
le Père justifiait ainsi le dur traitement qu’il m’avait fait subir
le jour précédent :
« Ne compliquons pas les choses. Toi, par ta méfiance,
tu ne fais que dresser des obstacles. Tu te comporte comme le cafard qui,
lorsqu’il pousse une boulette, tout à coup la laisse s’échapper
et rouler par terre ».
Il m’arrivait dans cette même période de me rendre
compte des effets bienfaisants que l’on doit à ce que le Père
appelait « les épreuves », Je disais: « Le Père
Pio veut m’enseigner à bien encaisser les coups ». Je veux
dire par cette image, prise à la boxe, que par cette dure expérience
de contrariétés et d’humiliations – et elles furent nombreuses
– il voulait m’exercer à la patience, une vertu dont, en toute sincérité,
j’étais alors fort démuni. Eh bien, tandis qu’une après-midi
je me plaignais à lui du dur calvaire qui semblait ne vouloir pas
finir, j’eus la surprise de voir le Père accomplir le geste propre
à celui qui est sur le point de vous confier un secret. Il se pencha,
approcha sa bouche de mon oreille, scandant malicieusement à mi-voix
les mots :
« Il faut apprendre à bien encaisser ! ».
Dans les révélations de ce genre – et il n’est
pas bon d’en douter – les Anges n’étaient pas étrangers.
Ils interféraient dans nos rapports avec le Père. Cela pourrait
être confirmé par le saint Curé d’Ars, Jean-Baptiste
Vianney ou la mystique de Bavière, Thérèse Neumann.
A propos du premier on lit que des pénitents qui se trouvaient dans
l’impossibilité de s’approcher du confessionnal du saint, toujours
entouré de monde, avait coutume de recourir à l’entremise
de leur propre Ange gardien. Il arrivait à certains d’entre eux
de se voir inopinément exaucés, car le curé laissait
tout à coup le confessionnal et venait à leur rencontre 7.
Un jour, tandis que se confessait une jeune domestique, le saint
l’interrompit : « Et ceci ? » dit-il en précisant la
faute. La jeune fille voulait remettre à plus tard la confession
d’un péché grave. « Vous ne me dites pas et pourtant
vous l’avez commis ! », ajouta le confesseur. Comment avait-t-il
fait pour le connaître ? Qui le lui avait dit ? Répondant
à ces demandes secrètes de la jeune pénitente, le
saint révéla : « C’est votre Ange gardien, qui
me l’a dit » 8.
Kaplan Fahsel, dans son Teresa Neumann, consacre un chapitre
presque entier aux locutions. La mystique d’Allemagne voyait les Anges
« toujours sous formes lumineuses, mais aux contours distincts ».
Elle bénéficiait, « en des proportions extraordinaires,
de ce que les mystiques appellent « locutions internes » …
De telles locutions arrivent souvent sans qu’elle se trouve déjà
en
7 D. Pilla, op. cit.
8 F. Trochou, op. cit.
(127)
état d’extase et sans crier gare ». « Une fois –
écrit Fhasel—elle m’interrompit, tandis que je parlais, par mot
mot suivant : « Silence ». Puis elle apparut tendue, toute
entière à l’écoute d’une voix intérieure… Les
locutions intérieures qu’elle perçoit viennent la plupart
du temps -- comme elle dit elle-même – de son Ange gardien
qu’elle entend parler à son côté. Même lorsqu’elle
se trouve en état normal et qu’elle reçoit quelques nouvelles
visites, elle entend très souvent de brefs renseignements sur les
défauts de caractère et sur les péchés des
personnes avec lesquelles elle parle ou de quelqu’un qui les accompagne.
Les informations sont en général très précises.
L’Ange la charge d’exprimer à haute voix les informations qu’elle
a reçu ». C’est alors que l’auteur cite plus d’un cas de discernement
des esprits. « Tout cela – conclut Fahsel -- fait penser
à des légendes et à des fables. Mais lorsqu’on constate
personnellement des faits semblables on est obligé de réfléchir…
Et puis elle parle toujours de l’homme lumineux qui est à sa droite
»9.
Je me souviens qu’il m’est arrivé plus d’une fois de ne
pas savoir présenter quelques questions compliquées, de nature
spirituelle. Me trouvant confus, Père Pio, évitant
de me faire répéter plus clairement ma question, se recueillait
et, les yeux mi-clos, la tête semblant dire oui de façon imperceptible,
il donnait l’impression d’écouter quelqu’un qui lui parlait à
l’oreille. Ce quelqu’un – j’en suis plus que sûr -- était
mon Ange qui, servant d’interprète, lui expliquait ce que je n’étais
pas parvenu à lui dire.
Je conclurai ce chapitre en racontant deux ou trois faits qui
me touchent personnellement.
Le premier remonte à 1950. Le directeur se la Casa Sollievo
della Sofferenza 10 - qui était alors en construction -- ,
le docteur Guglielmo Sanguinetti, m’avait assigné à
la « baraque » qui fut ensuite démolie et remplacée
par les bureaux actuels dans les allées du couvent. C’est là
entre autre qu’on recevait les dons pour l’œuvre en formation et les abonnements
pour le périodique du
9 Kapplan Fahsel, Teresa Neumann, Ed. Paoline, Rome.
10 Maison pour le Soulagement de la Souffrance.
(128)
même nom Casa Sollievo della Sofferenza. Je m’y rendis une
après-midi avec une certaine mademoiselle D.C. d’une ville du sud.
Celle-ci laissa une somme pour l’œuvre, regrettant de n’avoir pu faire
davantage. Dans la collecte des dons, elle avait été arrêtée
par une certaine Madame X qui, avec son propre curé, n’appréciait
pas son zèle pour l’hôpital du Père Pio. « On
craint – expliquait la demoiselle – que par le recueil des dons pour cette
œuvre, les fidèles soient distraits et éloignés des
besoins de la paroisse elle-même ». Peu après la demoiselle
s’en allait. Or il arriva qu’un quart d’heure après vint justement
Madame X., pour dire : « Je viens vous prier de suspendre l’expédition
du journal à mon adresse » ; et elle se justifia en disant
qu’elle recevait beaucoup de journaux et qu’elle n’avait pas le temps de
les feuilleter. Elle était donc fâchée aussi avec le
journal. Et cependant elle prétendait être fille spirituelle
du Père Pio, me montrant, pour le prouver, un objet sacré
qu’elle allait lui offrir. La dame s’en alla peu après que j’us
marqué sur sa fiche la suspension de l’envoi du journal à
son adresse. Mais elle revint quelques heures après, toute bouleversée,
en larmes, et me priant d’effacer sur la fiche ce que je venais d’écrire.
Elle me raconta, très agitée, ce qui lui était arrivé
peu avant lorsque, rencontrant le Père dans le couloir de la conciergerie
du couvent, elle avait voulu lui tendre le paquet contenant le fameux objet
sacré. Le Père en effets avait continué à marcher
regardant le paquet avec un œil plein de mépris !
Un de mes amis d’école a vécu la chose suivante.
Tous les deux nous avons été témoins, et en même
temps protagoniste, , trois ans auparavant, du fait suivant qui constitue
un des souvenirs les plus chers et les plus inoubliables de notre vie.
C’était en 1947. J’étais heureux, heureux de m’être
réconcilié avec Dieu par la confession après presque
cinq ans d’éloignement de ce sacrement et de la pratique catholique,
et j’avais spontanément le désir que tous soient heureux
comme je l’étais.
« Nicolas -- dis-je un jour à mon ami -- ,
ne veux-tu pas être heureux toi aussi ? Courage, viens toi aussi
au couvent voir le Père ».
Nicolas ne se confessait pas depuis quatre ans et résistait
silencieusement à l’invitation. Il avait besoin d’être bousculé.
Comme pour moi, la crise grandissait en lui depuis longtemps, se
(129)
se manifestant dans une attitude de mécontentement et une inquiétude
dont il n’avait pas le courage d’avuer l’origine. Je répliquais
:
« Allons au moins à l’église pour saluer
brièvement la Vierge des Grâces ».
Une fois dans l’église, j’essayais autre chose.
« Pourquoi n’allons nous pas le voir à la
sacristie ? ».
Sans rien dire, en silence, Nicolas me suivit. Dans la sacristie
on se mêla aux personnes qui la remplissaient. Peu après,
voilà le Père qui avance, calme, recueilli, vers le confessionnal.
Les hommes se poussent autour de lui et cherchent ses mains blessées
pour les embrasser. Des voix implorantes se lèvent ça et
là et parmi elles un père affligé qui porte dans ses
bras un enfant paralytique, et qui crie : « Père ! Père
! ». Mais lui ignore tout le monde, n’écoute personne et lève
les mains pour qu’on ne puisse le toucher. Il est pressé. Puis il
se retourne et regarde autour de lui d’un œil inquiet. Il nous remarque
et, fendant la petite foule qui l’entoure, se dirige droit vers nous. Je
reste bouche bée et en un instant je crois comprendre. En effet,
ayant jeté un rapide coup d’œil à mon endroit, le Père
s’adresse à mon ami et lui demande :
Et toi d’où es tu, comment t’appelles-tu ».
Nicolas… je suis de San Giovanni Rotondo », balbutie l’autre
en proie à l’affolement et à la stupeur, rouge comme un coquelicot.
« Et où donc as-tu été jusqu’à
présent ? Dans le bois ? C’est bon. Viens avec moi ». Et sur
ces paroles, d’un geste presque théâtral, Père Pio
lève un bras et avec un sourire malin, prend Nicolas par l’oreille
et la lui très fort. Puis il entraîne derrière
lui le pauvre jeune homme, vers l’agenouilloir vermoulu du confessionnal.
Après quelques longues minutes, Nicolas sort du confessionnal
ému et rayonnant.
Dans cette histoire il est évident que les saints Anges,
tant du Père Pio, de Nicolas que de moi-même n’avaient pas
été absents.
Affirmant cela il me semble voir le psychologue, le rationaliste s’élever,
opposer un sourire, un grognement et recommander aux cœurs de rester tranquilles
et de ne pas être idiots, c'est-à-dire de ne pas s’émouvoir
; « Reste donc impassible comme une tour, ne fais pas l’enfant !
». Mais, dirons nous, encore faudrait-il montrer et prouver – et
cela ne sera pas facile – que ces épisodes sont explicables scientifiquement
par la psychologie. Quant à nous, nous préférons croire,
non sans raison, que tout cela au contraire est explicable par le surnaturel,
étant donné que ces événements se retrouvent
si fréquemment parmi les serviteurs de Dieu et du moment que le
rôle de ceux-ci est de verticaliser le sens de la vie, grâce
encore aux interférences angéliques.
Les Anges en effet « ne sont-ils pas tous des esprits,
envoyés au service de ceux qui doivent hériter du salut ?
». C’est tout dire.
&
XVII
XVIII
XIX Les anges jouent-ils un rôle dans les
charismes du Padre Pio ?
Le discours sur les Anges qui a été fait et qui a pris
consistance autour de la personne du Père Pio, de ses rapports secrets
avec eux – ce qui était inévitable puisqu’il l’a provoqué
lui-même - , doit être encore approfondi. Après nous
être occupés des locutions et du discernement des esprits
nous traiterons d’autres charismes du saint Frère, tel que
le don de prophétie, la télesthésie, la bilocation
et surtout son célèbre parfum. Est-ce qu’il y a là
aussi un rapport avec les saints Anges ? Nous essayerons de répondre
à cette question.
Le Père a le don de prévoir les choses futures..
Je l’ai constaté personnellement. Il m’a prédit par exemple
le nombre des enfants que nous avons eus avec ma femme. Il m’a refusé
également l’exécution d’un projet louable, facile à
réaliser, qui ne laissait pressentir rien de mal, avec une réprobation
dramatique qui me semblait excessive ;
« Qui donc te pousse à cela, malheur à toi,
malheur à toi !».
Mais le temps devait lui donner raison puisque, si je ne l’avais
pas écouté et si j’avais agi selon mon bon vouloir, je m’en
serais amèrement repenti.
Et nous ne dirons rien des prophéties connues et qui attendent
d’être révélées et entre autre, celle-ci qui
me fut confiée, à moi et à deux de mes amis par une
personnalité du Vatican. Le Père a prévu le résultat
étonnant des fameuses élections dramatiques du 18 avril 1948.
Je saute donc ce fait, qui est révélé dans les précédentes
éditions, parce qu’on en parle plus convenablement dans un autre
écrit qui sera prochainement publié, où l’on raconte
ma rencontre avec le Père Pio à Rome, au printemps 1964,
cinq ans et demi donc avant son départ de cette terre !
(141)
Cela se passait dans un bureau du Sous-secrétariat au Ministère
de la défense.
L’on ne connaît pas de limites aux ressources, aux conquêtes
des idioties de Satan dans la philosophie, la théologie, la littérature,
le spectacle, le journalisme quand il s’agit de concevoir, de vomir, de
propager, de diffuser leurs produits pernicieux, nauséabonds et
dégoûtants. Pourquoi ne me serait-il pas alors permis de recourir
à cette astuce pour faire connaître mon nouveau livre, suscitant
l’intérêt de lecteur sur cette rencontre avec le Père
Pio, étant donné que cette rencontre fut très belle,
émouvante et destinée – avec le livre même qui la contient
– à faire du bien ?
Il y aurait beaucoup à dire à propos des prédictions
sur la seconde guerre mondiale, sur le retour des soldats du front, des
camps de prisonniers, des conséquences de ce mariage hybride au
gouvernement entre la Démocratie Chrétienne et les socialistes,
du décès de telle ou telle personne, du sexe de futurs bébés…
Ce sujet nous porterait trop loin. Mais à propos des dernières
prédictions citées nous ne pouvons pas cependant nous empêcher
de raconter un cas caractéristique très intéressant.
Une certaine Poggiani de Venise était sur le point de
se rendre auprès du Père Pio pour la première fois.
Le Père prédit l’avenir – lui dit une personne
qu’elle connaissait, une certaine Léonarda Andretto qui habite rue
Dardanelli, au numéro 47, à Venise-Lido, - En voulez-vous
une preuve ? Eh bien, lorsque vous serez en tête à tête
avec le Père dans le confessionnal, demandez-lui donc quel nom je
devrai donner au garçon que j’aurai dans un mois ».
Elle était convaincue qu’elle aurait eu un garçon
et elle attendait avec anxiété que le Père le lui
confirme par l’entremise de Madame Poggiani.
A San Giovanni Rotondo, durant la confession, celle-ci dit au Père
:
« Madame Andretto de Venise attend un garçonnet elle désire
que vous lui accordiez la grâce de suggérer le nom de baptême
à donner au bébé ».
« Mais de quel garçon ? De quel garçon parle-t-elle
? C’est une fillette », répliqua le Père avec impatience.
Après un instant
(142)
de réflexion, il dit encore : « Telle est la volonté
de Dieu ». Comme le Père l’avait annoncé, un mois après
dans une clinique de Padoue, Madame Andretto enfantait une fillette qui
prit le nom de Francesca Maria Pia.
Et, détail remarquable, une demi-heure avant l’événement,
cette femme avait senti une odeur agréable, indéfinissable
qui la prépara très agréablement à l’épreuve
qu’elle allait affronter. Elle ne s’y trompait pas. Au dire des médecins
et des infirmières, l’accouchement de Madame Andretto ne pouvait
se dérouler plus favorablement.
Cette dame indique un certain nombre de parents et d’amis qui étaient
au courant de la prédiction du Père avant l’accouchement.
Il s’agit du comptable Giuseppe Andretto, son mari, du professeur Virginio
Bolla, de Mesdames Maria Di Vita et Luisa Martis.
Le Père voyait en outre des événements qui se
déroulaient en lieux éloignés. C’est ce qu’on appelle
la télesthésie. Un après midi je me trouvais dans
la sacristie, tout près de la chapelle du couvent, et j’étais
assis sur le banc réservé aux résidents et à
ceux qui sont originaires de San Giovanni Rotondo. J’attendais mon tour
pour la confession. L’un après l’autre, paysans et étrangers
s’alternaient en grand silence au confessionnal. Tout à coup, chose
inhabituelle, le Père se leva et, tête baissée, préoccupé
et hésitant tout à la fois, se dirigea vers une des portes
qui conduisaient à la chapelle. Dès qu’il eut passé
le seuil, il s’arrêta. Dans l’église, deux femmes priaient
avec ferveur, agenouillées devant le tabernacle dominé par
l’image de la Vierge des Grâces qui tient dan ses bras Jésus
Enfant. Le Père les appela d’un signe de la main :
« Rentrez chez vous au plus vite et confions au Seigneur – dit-il
levant les mains et les yeux au ciel – que vous puissiez arriver à
temps pour le revoir ».
Stupeur et peine des pauvres femmes. Elles venaient à peine
d’arriver au couvent pour recommander au Père un de leurs proches
parents qui était sur le point de mourir.
C’est à un de mes professeurs de français et de mathématiques
qui s’appelle Matteo Merla que je dois la singulière confidence
qui suit. Il lui arriva un jour d’être seul en compagnie du Père
Pio dans le jardin du couvent. Tout d’un coup, tandis qu’ils
(143)
parlaient, ils furent rejoins par un monsieur bouleversé, se
jeta en pleurant aux pieds du Père. L’homme venait d’une ville du
Nord. Avec des cris déchirants et la voix entrecoupée de
sanglots, il parla d’un parent dont les médecins avaient annoncé
la mort prochaine et il suppliait le Père de le sauver. L’homme
peu après repartait. Le Père était apparemment impassible
et taciturne. De nouveau seul. Matteo Merla ne sut cacher son étonnement
:
« Père Pio, vous n’avez pas eu un seul mot de réconfort
pour ce pauvre homme ! pourtant il s’en est fallu de peu que je ne me mette
à pleurer avec lui ».
« Tu ne sais pas --, lui dit à l’oreille le Père
– tu ne sais pas, quel coup de poignard j’ai reçu dans le cœur en
voyant ce pauvre homme ».
Le Père se tut, puis il reprit faisant allusion au mourant pour
lequel l’inconnu avait pleuré à ses pieds : « Il va
vraiment mal ». Et il resta plongé encore un moment
dans ses pensées comme s’il suivait une image lointaine. Puis il
secoua tristement la tête et enfin il ajouta, se penchant à
nouveau à l’oreille de son compagnon : « Il est mort ».
L’on se demande si le fait de « voir » à distance
ne dépend pas d’interventions angéliques. On lit chez les
mystiques que certains d’entre eux voyaient comme dans un film, des choses
terrestres éloignées. Il s’agissait probablement de visions,
de représentations imaginaires et vraisemblables de ces réalités
lointaines, présentées par de purs Esprits. Ou bien
était-ce de simples locutions ou informations de leur part, comme
semble le confirmer cette confidence qui m’a été faite par
Madame Mariuccia Ghisleri de Sales, près d’Alexandrie, que le Père
Pio a uni en mariage avec son propre neveu Hector Mason. Lorsqu’elle était
jeune fille, celle-ci demanda un jour au Père des nouvelles, dans
l’au-delà, d’une personne morte chrétiennement. La réponse
du Père a été : « L’Ange n’est pas encore revenu
».
Peut-être que dans le récit de Merla c’est l’Ange du Père
Pio qui met en mesure, par ses informations, de décrire les derniers
moments du moribond. Mais quelle que soit la façon d’expliquer la
télesthésie, celle-ci fait partie des révélations
divines, lesquelles, comme nous disent les mystiques et parmi eux saint
Jean de la Croix, proviennent de Dieu par l’entremise des Anges. Celle-ci
(144)
est indiscutable pour ce qui est des prophéties. Les Anges étaient
habituellement les ministres et les interprètes des prédictions
célestes, comme le dit Petavio 1, le même que Saint Thomas
2.
Parlons de la bilocation, c'est-à-dire de la faculté
que Dieu accorde à quelques privilégiés d’être
en même temps en deux lieux différents. Parmi les saints qui
en ont bénéficié, nous rappellerons seulement saint
Antoine qui, alors qu’il prêchait à Padoue, fut remarqué
à Lisbonne défendant, dans un tribunal, son propre père
innocent, accusé d’homicide. Et saint Alphonse-Marie de Liguori
qui se trouvant à Norcia dei Pagani, fut aperçu à
Rome, au chevet du Pontife Clément XIV, mourant..
Si l’on voulait parler de façon convenable de la bilocation
de Père Pio, un long chapitre ne suffirait pas. Nous serons donc
très succincts. Il est désormais de notoriété
publique que le Père fut remarqué à Rome, tandis
qu’il priait devant la châsse du Pape Pie X et qu’on le vit à
Saint-Pierre au milieu des fidèles qui assistaient au procès
de canonisation de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
Un témoin qui eut les confidences d’Edwige Carboni révèle
: « Edwige eut en vision différentes conversations avec le
stigmatisé du Gargano, Père Pio de Pietrelcina. Un jour Edwige
dit « J’ai parlé avec le Père Pio. Il a été
très gentil avec moi, comme un père envers sa fille »
3. Le Père apparaissait au chevet des malades pour les assister
dans leur dernier départ, pour les encourager dans la foi et la
confiance en Dieu, les réconforter, les guérir. Les témoignages
à ce propos sont innombrables.
Comment expliquer la bilocation ? « Lorsque nous disons que des
personnes, de sainteté extraordinaire, se sont trouvées en
même temps en plusieurs endroits – écrit le Cardinal Lépicier
- , cela ne veux pas dire qu’un même corps ait existé réellement
en
1 Denys Petavio, De Angelis, L. I., ch . XIII, n 12
2 Somme Théologique, p. II, q. 172, a. 2.
3 G. Fresu, Fiore di Sardegna (Fleur de Sardaigne), Librairie San Paolo,
Cagliari. Ce même témoin rapporte encore : « Jamais
Edvige n’exprima le désir de se rendre auprès du Père
Pio à San Giovanni Rotondo, mais elle me confia que plus d’une fois
le Seigneur lui parla de ce prêtre, lui donnant l’assurance qu’il
le laisserait sur la terre jusqu’à un âge avancé, pour
qu’il puisse encore Lui conduire des âmes en grand nombre ».
(145)
ces différents endroits. La bilocation, dans le cas des saints,
consiste en ceci que, tandis que le corps occupe localement un endroit
déterminé par Dieu pour prendre ses traits et accomplir à
sa place des gestes ou des actions qu’il aurait accompli » 4 . .
Un Ange apparaît, agit et parle au lieu de la personne
dont il a miraculeusement assumé les traits. Voilà ce qui
arriva par exemple à Thérèse Neumann que l’on vit
un peu partout alors qu’en réalité elle se trouvait à
Konnersreuth. On lui demanda un jour si ces apparitions étaient
des cas de bilocation. La mystique allemande répondit négativement
et attribua la chose à son propre Ange gardien 5. De son côté,
le Père Pio nie à son tour qu’il lui soit arrivé la
même chose. A un de ses confrères qui lui avait parlé
de la bilocation de saint Antoine, il déclarait, « On ne sait
pas si c’est le corps ou l’esprit qui se déplace. Mais l’on
sait où l’on va et qu’est ce qu’on fait ». Il y a quelques
jours – lit-on encore dans une lettre du 10 décembre 1914 -, le
Seigneur m’a accordé de rendre visite à Giovina et par mon
intermédiaire de nombreuses grâces ont été données
à cette jeune fille de la part du bon Jésus. Je vous prie
de ne rien laisser connaître à Giovina de ma visite. C’est
une bonne chose que de cacher le secret du Roi » 6.
Il nous faut enfin parler du parfum du Père Pio. Une
odeur parfois d’acide phénique, plus souvent de camphre, d’un parfum
indéfinissable mais très agréable ou bien d’encens,
de pain frais, de vin, de violettes, de lis, de menthe d’aurore, de jasmin
ou d’autres fleurs s’échappait du corps du Père comme
d’un jardin, imprégnant souvent les habits qu’il portait et envahissant
la cellule, le chœur, le couloir, la sacristie qu’il traversait ou dans
lesquelles il se trouvait.
Mais le phénomène ne s’arrêtait pas là.
Ce parfum, d’une variété pratiquement sans limite, était
perçu aussi de loin, dans les endroits les plus éloignés
du globe. Les témoignages qu’on à
4 Card. Lépicier, Il Mondo invisibles (Le Monde invisible),
Ch. II, P. I.
5 Kaplan Fahsel, Teresa Newmann--, op.
cit.
6 G. Pedriali, Una figura del nostro tempo,
1952,
Rome
(146)
Ce propos sont, sans exagérer, incalculables. Par bouffées,
par souffles inattendus, très vifs, parfois violents, le parfum
envahissait les narines et parfois la bouche et la gorge des personnes,
les faisant sursauter. On ne pouvait s’y faire. Chaque expérience
nouvelle de ce charisme merveilleux du Père Pio provoquait en nous
une émotion de soulagement et d’encouragement. L’on reconnut entre
nous, fils spirituel, que l’odeur du pain frais était une invitation
a la table eucharistique, que celle d’acide phénique indiquait une
invitation à la mortification et à la pénitence, présage
de nouvelles ou d’évènements désagréables,
tandis que les odeurs agréables voulaient en général
tout simplement indiquer la présence spirituelle Père Pio,
garantie de sa vigilance sur notre vie et nos besoins, stimulant notre
confiance dans la providence de Dieu. Ou bien c’était encore le
signe qu’une requête de notre part avait été reçue.
Ces odeurs, je les ai senties de très nombreuses fois. Surtout aux
plus difficiles moments de ma vie.
Le sujet est tellement riche, édifiant, et en même
temps objet de curiosité, qu’il nous faudra nous y attarder un peu,
au risque d’allonger ce chapitre de façon disproportionnée.
Les scolastiques disaient : « Contra factum non valet argumentum
». Que parlent donc ici les faits et qu’ils prouvent eux-mêmes
que l’invention, l’exagération, la suggestion n’ont rien à
voir avec le parfum mystique qu’on appelle « odeur de sainteté
». Nous nous en tiendrons à quelques faits que nous limiterons
car, nous le répétons, les témoignages sur ce charisme
sont sans nombre.
Je donnerai la priorité à ce qui arriva à
Mademoiselle Maria Giuseppina La Porta que je suivis de près. Un
mal inexplicable et rebelle avait fait d’elle une malheureuse. Abattue,
les yeux hagards, éperdue, elle ne cessait d’émettre de sons
lamentables en une plainte tellement insistante que cela devenait une obsession.
La plainte s’accompagnait d’un mouvement continu et désagréable
du corps, qui déconcertait. Je vis la jeune fille dans ces conditions
au couvent, dans le couloir long et étroit de la conciergerie. Elle
s’appuyait au mur, pendant qu’une de ses sœurs, dans un angle, pleurait
sans arrêt dans les bras de deux dames italiennes du nord. Le père,
un agriculteur du nom de Giuseppe et deux tantes taciturnes, étaient
là aussi. Suffoquée par cette scène pitoyable, une
vieille
(147)
dame des Marches ne réussissait plus à se taire, ni à
rester tranquille, agitée par la pitié et l’inquiétude.
Mais celui qui vraiment n’en pouvait plus et dont la patience était
à bout, c’était le propriétaire du taxi, loué
par la famille La Porta. Celui-ci avait supporté la plainte continuelle
de la jeune fille durant tout le trajet de San Marzano à San Giovanni
Rotondo et il s’était associé à ceux qui espéraient
un miracle dans le seul but d’en finir, car il risquait de perdre la tête.
Mais il n’y eut pas de miracle.
Même le Père Pio, lorsqu’il apparût dans le
couloir, après avoir distribué la communion de neuf heures
aux fidèles, fut, selon son humeur habituelle, plutôt brusque
avec la jeune fille. « Faut-il donc crier de cette façon !
», lui dit-il d’un air renfrogné. Puis les traits altérés
de son visage se détendirent d’un coup et son air résolument
renfrogné fut suivi d’un sourire plein de compassion et de tendresse.
« Vas en paix, ma fille », levant la main à demi bandée
pour la bénir, puis la lui posant sur la tête. Après
quoi il disparut, derrière la porte qui conduit aux escaliers du
couvent. Rien d’autre
Déçu, le conducteur s’en revint avec les La Porta
sur l’esplanade du sanctuaire et reprit le volant.
Père Pio entre-temps avait atteint le chœur qui donne
sur la nef centrale de la chapelle. Il s’arrêt là un moment
pour prier, puis il retourna dans sa propre cellule, dont la porte portait
le n° 1, et se trouvait située le long des couloirs, à
l’ombre des couloirs. Il était accompagné par l’ingénieur
Sculatti de Rome, un habitué, bien connu du Père. Le Père
semblait préoccupé et affligé. Il demanda à
l’ingénieur : « As-tu vu cette pauvre fille ? », Il
secoua la tête et ajouta avec un accent du cœur : « Comme elle
me fait de la peine ! ».
C’est sans doute à ce moment même que survenait
le prodige. Le taxi portant la famille La Porta avait parcouru environ
25 kilomètres sur la route de San Giovanni vers Foggia. Le chauffeur
s’arrêta, alarmé par une odeur, qu’a première vue,
il crut reconnaître comme caractéristique d’essence brûlée.
Il lève le capot, l’odeur est toujours là et se fait plus
forte. On respire l’air, on se regarde inquiets et tout a coup un cri s’élève
: « C’est de l’encens, de l’odeur d’encens, le parfum du Père
Pio ! ».
(148)
Au grand réconfort et au grand étonnement du chauffeur
qui ne sait que penser du parfum du Père Pio, à la joyeuse
surprise et à la très grande émotion des autres, Maria
Giuseppina met fin à sa plainte obsédante, et comme dans
un réveil heureux, ses traits se détendent, son visage prend
une expression douce, souriante. Elle cesse de se tordre. Et elle retrouve
la parole qu’elle n’utilisait pas depuis qu’elle ne cessait de se plaindre.
En un mot, elle redevient la jeune fille saine et normale qu’elle était
trois ans auparavant, c'est-à-dire avant que ce mal mystérieux
et si vilain ne la prenne et ne l’oblige à de fréquentes
et dépensières pérégrinations, toujours sans
résultat, d’une ville à l’autre, en Italie, pour aller d’un
spécialiste à l’autre, à Tarente, à Bari, à
Naples, à Rome, etc.
Lorsque, peu après, ils eurent re-parcouru les 25 kilomètres
qu’ils venaient de faire, l’esplanade du sanctuaire résonna des
cris émus de la miraculée et des parents. Personne de ceux
qui avaient vu auparavant la jeune fille et n’en croyaient leurs yeux et
l’émotion était forte. Si bien que le chauffeur, à
bout de nerfs, était sur le point de perdre l’esprit que Maria Giuseppina
venait à peine de retrouver. Bégayant, le pauvre homme dut
être assis sur une chaise, tandis que le Père Pellegrino le
giflait pour éviter qu’il ne s’évanouisse. Tout cela à
cause d’un peu de parfum qui – trêve de plaisanterie – eut des effets
bénéfiques même sur ce sceptique.
C’est le 21 septembre 1956. La messe du Père Pio est terminée
depuis quelques heures. Avant de reprendre le chemin de chez moi, je décide
de m’arrêter un instant au magasin d’Abresch. Tandis que je parle
avec Madame Pierina Roversi, une demoiselle de vingt ans environ entre
tout à coup dans le magasin, le visage enflammé et très
agité. « C’est incroyable ! – s’exclame-t-elle, se mettant
à choisir nerveusement quelques photographies du Père exposées
sur le banc. – Je suis ici depuis trois jours, et bien quelques instants
auparavant j’étais en colère, je me disais : voilà
que je suis obligée de partir et non seulement je n’ai pu lui adresser
la parole, mais je n’ai même pas pu lui baiser la main. Je ne reviendrai
plus jamais ! C’est de l’argent jeté par la fenêtre. Et voilà
que tout à coup un parfum que je ne sais pas préciser et
qui était très agréable et fort, m’envahit. J’ai tout
compris », conclut l’heureuse demoiselle. « Non seulement je
me
(149)
garderai bien de ne pas revenir, mais il faudra que ma mère
vienne elle aussi avec moi ». Madame Pierina fouilla derrière
le comptoir et me tendit une feuille de papier en me faisant un clin d’œil.
Alors j’écrivis aussitôt ce fait reportant le nom, le prénom
et l’adresse de la jeune fille. Maria Giuseppina Bellagamba, rue Victtorio
Alfieri, à San Benedetto del Tronto, Province de Ascoli Piceno.
Mademoiselle Maria Salvadori de Gavardo, Province de Brescia,
raconte : « Le 29 juillet 1951, je perdis dans un tragique accident
de voiture, deux parents dont une sœur que j’aimais tendrement. Je passais
des mois terribles, réduite à des conditions physiques et
morales pitoyables. J’avais avec moi une jeune fille pour m’aider dans
le ménage. Elle s’occupait me préparer à manger et
de me faire dormir. Un soir de février 1952, vers huit heures, je
montais dans ma chambre avec ma domestique pour aller dormir. Lorsque nous
entrâmes dans la chambre, une odeur intense, indéfinissable,
m’envahit. Je demandais à ma compagne :
« - Marie, pourquoi t’es tu parfumée ? Tu
sais bien que je ne supporte pas les parfums dans l’état où
je me trouve, parce qu’ils me font mal à la tête.
« -Mais Mademoiselle, vous vous trompez, je n’ai
aucun parfum ! objecta la jeune fille étonnée.
Incrédule, je sentais ses cheveux, les habits qu’elle
portait et dus me rendre à l’évidence et lui demander pardon.
Peu après j’étais au lit. Je pensait à mes morts et
priais jusque tard dans la nuit à cause du sommeil qui ne venait
pas.
« Deux semaines passèrent environ. Je ne pensais
déjà plus au parfum, lorsqu’un soir, entrant dans la chambre,
je le sentis à nouveau. Il était cette fois si intense que
je ne pouvais le supporter. Il me donnait la nausée.
« - Oseras-tu dire cette fois que tu ne t’est pas parfumée
? » dis-je à Marie, cachant mal mon irritation. La pauvre
fille se mit à pleurer :
« - Je vous jure que je n’ai pas de parfum et d’ailleurs
je ne sens rien.
« Le fait qu’elle ne sentait rien me fit réfléchir.
Peut-être étais-je en train de perdre la tête à
cause de la tragédie dont le souvenir était encore vivant.
C’est avec ce triste doute que je me mis au lit.
(150)
« Après une dizaine de jours environ, la même
chose arriva. Au moment où j’entre dans ma chambre, je suis
prise par ce même parfum mystérieux. Je ne dis rien
à Marie cette fois. Et je me mis à penser que, à moins
de devenir folle, ce parfum devait venir de l’au-delà. Peut être
m’était-il envoyé par ma sœur défunte, peut-être
était-ce une réponse rassurante à mes fréquentes
et inquiètes préoccupations à propos de son sort ?
« Pendant encore quinze jours il ne se passa rien.
Et voilà qu’un soir le phénomène se répéta,
dans les mêmes circonstances, lorsque j’entrais dans ma chambre.
Cette fois c’est Marie – elle est née et habite à Gerle –
qui le sent la première et qui exclame ;
« - Mademoiselle, Mademoiselle, le parfum, quelle merveille !
« J’accours aussitôt très agitée et
je respire. L’odeur provenait d’un endroit bien précis entre la
fenêtre et le coffre dans un angle vide d’environ 70 centimètres
carrés. Il n’y avait pas de doute, le parfum était là
et là seulement. Pendant un bon quart d’heure nous restâmes
là, extasiés, émues et un peu apeurées.
« Revenant en arrière, je dirai que quelques années
avant la tragédie, j’avais entendu parler du Père Pio comme
d’un saint qui vivait dans le voisinage de Foggia. Dans les jours tristes
qui suivirent mon malheur, j’avais pris l’habitude de l’invoquer de loin.
Je le priais aussi pour qu’il fasse en sorte que je puisse le rejoindre
à San Giovanni.
Enfin après bien des obstacles et des contretemps, j’ai
pu prendre la route de Foggia en compagnie d’une de mes belles-sœurs. C’est
là que, pour la première fois, j’entends parler du parfum
du Père Pio. Sur la place de la gare, l’autobus pour San Giovanni
attendait. Nous prîmes place sur les sièges, au fond du véhicule.
A côté de nous arrivèrent deux dames qui s’assirent.
Elles se mirent à discuter.
« - La première phrase, fut celle-ci : »Sais-tu
que le Père Pio se fait sentir même de loin par un parfum
? ».
J’en restais stupéfaite. Un frisson parcouru tout mon
corps. Alors oui, je compris. Et je vous laisse imaginer combien j’étais
sur le point d’éclater en sanglots. Voilà donc ce que j’écris
et souscris pour la gloire de Dieu »
Appelée par le Père par des chemins mystérieux,
l’auteur de
(151)
ce récit est depuis plusieurs années au service des malades
dans la maison Casa Sollievo della Sofferenza.
Un ami de Sicile, dont je tairai le nom, était tout surpris
de sentir l’odeur de la moisissure toutes les fois qu’il venait à
San Giovanni Rotondo et qu’il se trouvait dans l’église ou dans
des endroits du couvent, fréquentés par le Père Pio.
« Qu’est-ce que cela pourra bien vouloir die, cette odeur
de moisissure ? », me demanda-t-il n soir en se promenant avec moi
le long du boulevard.
« Sans aucun doute - lui répondis-je – ce
genre d’odeur doit avoir quelque rapport avec ta vie privée ».
« Vraiment – admit-il – je fréquente une dame qui
a plus de quarante ans ».
« Tu vois – l’interrompis-je -, il y a donc une raison
»
C’est une femme qui, même si je règle la situation
avec elle dans le mariage – poursuivit-il – n’est plus en mesure de me
donner un enfant à cause de son âge. D’autre part – ajouta
t il – moi-même je ne suis pus très jeune ».
« C’est donc une relation qui sent le ranci. Le sens de
l’odeur de moisissure est donc plus que clair, ne te semble-t-il pas ?
».
Déconcerté, l’ami me donna raison : « Je
n’y avais jamais pensé, que me conseilles-tu ? ».
« De mettre les choses en règle, comme dirait le
Père Pio », répondis-je.
L’ami sicilien vint d’autres fois pour voir le Père et me confia
de s’être confessé à lui après avoir «
mis les choses en règle ». Et il me disait qu’il ne sentait
plus l’odeur de moisissure.
Que dire encore de cet autre incroyable témoignage de
Madame Antonietta Pacchelli veuve Giustozzi qui habite au 63, Viale Carlo
Felice, à Rome et raconte – en un moment d’émotion et avec
un lyrisme qui sont plus qu’une preuve d’authenticité – ce qui est
arrivé en 1961, alors que le Père vivait encore ?
« Accablée et désolée, comme peut
l’être une mère pour son seul fils innocent qui vient d’être
condamné, je passais des nuits blanches, torturée par des
idées et des pensées qui m’obsédaient ».
« Constamment, dans le silence des nuits interminables,
j’invoquais le Père Pio d’intercéder et d’avoir pitié
de notre souffrance.
(152)
Je l’appelais d’un accent déchirant du plus profond de mon âme,
j’implorais son secours.
« Une nuit, je sentis la chambre envahie d’un parfum enivrant.
Je ne savais pas quoi penser, car il n’y avait aucun parfum et ni même
de fleur dans toute la maison. Je me levais pour me rendre compte si vraiment
quelqu’un n’avait pas porté des parfums dans l’habitation. Rien
! Et cette odeur continuait à émaner d’une façon délicieuse,
bouleversant mon esprit.
« L’espoir d’avoir obtenu la grâce, par l’intermédiaire
du Père Pio m’effleura et cette conviction de mon cœur fut confirmée
d’abord en constatant que ma sœur, dans sa propre maison, avait senti la
même chose lorsque l’innocence de mon fils fut reconnue.
« Par gratitude envers le Père Pio, je voudrais
qu’on lise ce témoignage qui veut exprimer à son égard
tout notre remerciement et implorer sa bénédiction pour mon
fils, pour sa petite famille et pour moi-même, indigne et misérable
pécheresse ».
Réponse valable de Dieu, parmi tant d’autres, aux doutes
et à la négation de son existence, le parfum du Père
est aussi un signe des plus lumineux de la vérité du Christ
et de sa prédilection pour son Eglise. Ce parfum du Père
Pio mériterait bien un livre à lui tout seul, tant parce
qu’il est édifiant et réconfortant dans la foi, que parce
qu’il répond à ceux qui ont des doutes, qui ne croient pas
ou qui sont ignorants.
Il s’agirait d’un livre qui ne se limiterait pas seulement à
reporter les informations sur l’odeur de sainteté qui a consolé
et encouragé des millions de personnes dans l’amour de Dieu, dans
la pratique de l’Evangile, dans la fidélité à l’Eglise,
tout le temps que vécut une des meilleures « bonne odeur du
Christ » (2 Cor. 2, 15) de tout les temps. Il faudrait encore que
ce livre montre combien cet homme – bien que mort – continue à poursuivre
les hommes de ses effluves célestes, encourageant, éprouvant,
transformant les consciences. Nous avons du mal à nous imaginer
comment là haut, parmi les bienheureux, sans avoir besoin de recourir
aux jumelles – qui par ailleurs sont inutiles pour eux - , l’on aime parcourir
les colonnes de nos journaux,, prenant du plaisir – de même que chez
nous, devant des bandes dessinées et les cartons animés –
aux puérilités qui s’y trouvent si souvent, sur des tons
(153)
Et des airs qui, sans aucun doute, doivent les inciter a secouer la
tête et l’auréole. Pourtant, c’est bien ainsi que cela se
passe.
Quelques années après le départ du Père,
un jour de septembre, mon ami Attilio Checchi d’Ancone, était en
train de lire sur le Corrière della Sera, avec une amère
surprise, un discours blessant de Indre Montanelli à l’égard
à l’égard du Pape Pie IX. Tout à coup, me confie cet
ami, « une odeur - l’odeur si caractéristique du Père
Pio – me faisant comprendre clairement que je devais comprendre clairement
que je devais arrêter de lire cet article ». Il n’y a là
rien d’invraisemblable.
Pour donner un autre exemple, je parlerai de ce que me disait
le directeur du groupe de prière du Padre Pio à Genève,
l’abbé Albert Fert, le 15 septembre 1974 : « Le Groupe de
Prière de Genève marche toujours bien. Les jeunes en particulier
sont toujours de plus en plus nombreux et fervents. Plusieurs parmi eux,
d’origine protestante, se sont convertis à l’Eglise Catholique grâce
au Père Pio et aux parfums très fréquents ! ».
Que je sache, le Père ne s’est jamais prononcé sur l’origine
des odeurs qu’il faisait sentir. D’autre part, il était trop humble
et jaloux des « secrets du Roi ». E nous étions
nous-mêmes trop impressionnés par sa grandeur morale. Nous
nous sentions trop petits en sa présence pour avoir le courage de
lui poser une question à ce sujet. Ce qui est certain c’est que
lui-même était conscient de bénéficier de l’odeur
de sainteté. A une étudiante universitaire, par exemple,
qui le remerciait du parfum avec lequel il avait répondu à
son invocation, lorsqu’elle lui demandait son aide pendant un examen qu’elle
était sur le point de passer – et qu’elle passa d’ailleurs très
brillamment - , le Père dit : « Remercie donc le Seigneur
».
Mais nous ne sommes pas sûrs cependant, surtout pour ce
qui est des odeurs qu’il faisait sentir de loin, que ce soit toujours lui
en personne qui les provoquait. Dans les exemples que nous avons reportés,
il nous semble certain que les odeurs provenaient directement de sa personne,
dotée de bilocation, spirituellement présente et invisible.
Mais qui pourrait nier qu’une partie, une bonne partie des agréables
odeurs moins extraordinaires ne provienne pas, avec l’assentiment de Dieu,
des ministres et exécuteurs de Sa parole, étant donné
la fréquence et le nombre très élevé des manifestations
de ce phénomène prodigieux. On se demande
(154)
En effet si lui-même en fut toujours conscient. Il pourrait se
faire en effet, que le Seigneur, dans l’économie du salut et, eu
égard à son serviteur, sous la poussée de la prière
et de la souffrance réparatrices qu’il offrait si généreusement,
ait confié aux Anges la charge de répéter parfois
ce prodige à son insu.
C’est tout ce que nous pouvons dire et supposer à propos
de la question de savoir si l’« odeur de sainteté »
du Père Pio avait quelque chose à voir avec les purs Esprits.
De toute façon il nous semble avoir suffisamment prouvé le
rôle dominant que les saints Anges ont joué dans sa vie et
dans sa mission terrestre.
Ceux-ci en effet le soutenaient dans ses fatigues ministérielles,
et dans le martyre quotidien, constant, par lequel il « disputait
les âmes à Satan ». Ils portaient à Dieu ses
supplications, nourries de sang et de lames, et les lui ramenaient transformées
en joyeuses et splendides consolations et grâces. Ils intervenaient
à l’intérieur et hors du confessionnal, dans les rencontres
qu’il avait avec les hommes. Ils servaient d’intermédiaire entre
lui et les fils qu’il avait douloureusement enfanté à Dieu.
En sorte que de n’importe quel coin du globe où ces derniers lui
adressaient leurs supplications, ils pouvaient compter sur la rapide et
généreuse médiation que les messagers célestes
étaient obligés d’apporter, étant donné les
mérite de cet imitateur du Christ, les liens de ce dernier avec
le Seigneur et ses Anges, l’amour fraternel des Anges à notre égard
et notre propre foi. L’on pouvait compter davantage sur les Anges que sur
tout autre moyen moderne de communication.
Le Père Pio avait aussi un Ange personnel qu’il faisait
constamment travailler ou, comme il dira lui-même dans un précieux
texte inédit, qu’il faisait constamment « promener ».
Enfin les Anges – dirons-nous avec le Père Lamy – étaient
pour lui « la consolation du soir ». Mais de cela et d’autres
choses encore, nous en parlerons une autre fois 7.
.
7. Dans Le Diable existe, op. cit.
(155)
XX Jusqu'à l'éternité
La réalité dans laquelle l’homme est inséré
n’est pas seulement celle de la terre qu’il habite, du milieu naturel,
de la société dans laquelle il vit, des faits et des évènements
historiques qu’il mobilise et l’entraînent dans leurs déroulements
convulsifs. Le mystère l’entoure. Un mystère qui ne consiste
pas seulement dans le destin humain malheureux qui le trouble et ni dans
les secrets qui se cachent dans la nature et dans les monde infinis du
cosmos dans lequel il se voit perdu et comme anéanti. L’au-delà
qui semble tellement impénétrable, tellement éloigné
et impossible à atteindre, dont l’existence même est mise
en doute ou exclue, cet au-delà s’agite dans le monde, autour de
lui et à travers lui, divisé en deux clans, en deux puissances
qui s’opposent constamment et entre lesquelles l’homme se trouve comme
entre deux feux : objet de proie et tout en même temps de protection,
objet de la persécution implacable de l’un et soutenu par la vigilance
et la sollicitude constante de l’autre. Amour et haine s’affrontent pour
l’homme. Les Anges de lumière et ceux des ténèbres
se disputent l’homme sans jamais se donner du répit, dans une «
lutte qui a commencé dès l’origine du monde et qui durera
– comme dit le Seigneur – jusqu’au dernier jour » (Gaudium et spes).
Il n’est pas facile de se faire une idée de cette lutte
dans laquelle se rencontreront jusqu’au bout des forces, des éléments
multiples et nouveaux. Chacune des puissances angéliques luttera
pour l’emporter sur l’autre, exerçant sa propre influence sur le
comportement de l’homme, sur son intelligence, ses idées, ses sentiments,
sa situation, sa faiblesse, sa tendance au mal, sa vocation, ses aspirations
au bien, ses conquêtes, ses frustrations, ses choix idéologiques,
sociaux, moraux, sa liberté, ses libres décisions
(156)
et ses orientations dans l’histoire. Il est impossible, par notre esprit
limité, de nous faire une idée claire et complète
du conflit grandiose et tellement complexe, qui durera jusqu'à la
fin des temps, et dans lequel interviennent et interviendront d’une manière
déterminante, la justice d’abord, puis le bon sens, la charité,
la compréhension et la miséricorde de Dieu, les droits de
l’homme que le Créateur lui a donné sur la création,
les mérites du sang du Rédempteur, de la Corédemptrice
du monde, des martyrs et des saints, et puis la souffrance humaine, la
souffrance humaine, la souffrance et la prière réparatrice
des croyants et encore l’intervention libre et spontanée des Anges
bons avec l’apport de leur générosité, de leur solidarité
envers les rachetés, de leur supériorité sur les Anges
déchus et de leur nature soutenue et confirmée par la Grâce.
Nous ne savons pas quelles sont les limites aux initiatives personnelles
que les Anges prennent spontanément en faveur de l’homme. De même
nous ignorons le nombre des Anges bons et mauvais que l’homme dans son
destin final maintient engagés dans un conflit ininterrompu. Nous
ne savons pas non plus de quelle façon ceux-ci s’affrontent et luttent
entre eux. Evidemment, contre la persistance des pièges, des manœuvres
trompeuses et des agressions des ombres de la mort, les Anges de lumière
opposent une vigilance, une attention et une protection, en faveur de l’homme,
qu’il nous est difficile d’imaginer. Leur charité est très
grande. La foi, la doctrine, les révélations des saints l’affirment.
Ces derniers, en particulier, nous le confirment par leur expérience
à ce propos, nous donnant des exemples patents de l’engagement et
de l’amour avec lequel les Anges se manifestent et viennent a notre secours,
surtout au moment de la mort, nous défendent contre les démons,
nous encouragent, rendent visite et réconfortent les âmes
du purgatoire et les accompagnent, dans un air de fête, jusqu’au
Ciel.
Lorsque l’homme est sur le point de mourir et d’achever, en quelque
sorte, l’étape de son destin, alors qu’il est sur le point d’en
entamer un autre, irrévocable, éternel de vie ou de mort,
et qu’il est sur le point d’être destiné à devenir
un agneau ou un bouc, grain incorruptible du grenier du Paradis ou ivraie
indestructible du four de l’enfer, à un moment aussi délicat
et décisif, l’Ange multiplie son attention à son égard.
(157)
Prisonnière, sous procès, attaquée dans sa foi
à l’égard des Voix, de la mission que celles-ci lui avaient
confié au nom de Messire – « Vous prenez trop de peine pour
me séduire »
-, sainte Jeanne d’Arc est assistée tendrement, avec des marques
d’attention empreintes de respect, presque de crainte, par ses frères
du Ciel qui, avec sainte Catherine et sainte Marguerite, l’encouragent
et continuant de lui dire : « Tu seras libérée par
une grande victoire ». Ils lui disent : « Ne te préoccupe
pas de ton martyre, car tu entreras dans le royaume du Paradis ».
Condamnée au milieu des flammes, dans le feu, la fumée, le
crépitement du bûcher, sur le point d’expirer, elle prononce
à cinq reprises le nom du Seigneur et, une dernière fois,
un dernier cri : « Jésus ! qui retentit comme un cri de victoire
» 1. L’autre nom qu’invoquait aussi cette héroïne si
pure (Erat casta, erat castissima » »), avec les noms de ses
saintes Protectrices, est celui se Saint Michel, qui, assurément,
ne pouvait que lui être très proche à ce moment précis,
de même que ne pouvaient que lui être proche, pour l’encourager,
les autres frères du Ciel : « Ne crains rien, ne crains rien
».
Il est à peine nécessaire de faire remarquer que
les Anges réservent leur attention et leurs soin majeurs à
ceux qui ont le cœur pur et qui servent et aiment davantage le Seigneur.
Le commerce de ces âmes avec l’invisible est en même temps
anticipation de la vision béatifique, récompense d’avoir
répondu généreusement à l’appel de Dieu qui
est d’aimer, et encouragement à une plus grande adhésion
au vouloir divin, qui permets par ailleurs de grandir dans la perfection
et d’influencer les autres âmes de façon plus fructueuse.
Mais cela est une récompense accordée aux saints en raison
de leur charité envers Dieu. Interprètes et exécuteurs
fidèles des vouloirs et des sentiments divins, eux-mêmes empreints
de charité, par leurs apparitions, leurs confidences, leurs marques
tangibles d’attention, les Anges ne font que répondre à l’amour.
Aucune surprise donc pour nous si ceux-ci se révèlent de
façon sensible ou que ce soient les saints, plus que les spéculations
des théologiens contre le doute ou le scepticisme,qui témoignent
de la bonté, de la miséricorde de Dieu, par leur expérience
de l’assistance angélique, surtout quand il s’agit de prendre congé
de cette vie.
Saint Jean Gualbert, dans ses derniers jours, fut réconforté
d’un jeune qui l’assistait très tendrement. Un jour le saint remarqua
que ce dernier n’était pas descendu au réfectoire l’heure
où les Valombrosiens avaient l’habitude de prendre leur repas frugal.
Il en demanda la raison à ses religieux Don Rustico et Don Lieto.
Mais de quel jeune parlait-il donc ?
« De ce jeune – répliqua Gualbert – qui vient si
souvent et qui est presque toujours près de mon chevet ».
Les religieux comprirent. Il s’agissait d’un de ces « jeunes
» originaires du Paradis qui – comme on le sait – n’ont l’habitude
ni de faire la cuisine, ni de se rendre au réfectoire ou au restaurant,
puisqu’ils se nourrissent d’une nourriture qui n’est pas de ce monde. C’était
le Gardien de leur Père mourant. Et afin de ne pas troubler l’humilité
du Père, Don Lieto dit :
« C’est un bon moine venu du Mont Domini ».
Ce mont existait réellement et il était connu du
fondateur des Valombrosiens. Mais Gualbert compris tout de même
la vérité et le montra en disant :
« Oui, je le sais, c’est le mont du Seigneur, mais celui
dont parle le psalmiste : « Seigneur, qui donc montera jusqu’à
ton mont sacré ? ». A mon égard il est vraiment si
doux et si bienveillant » 2.
Les Purs Esprits furent également très tendres
et très bienveillants à l’égard de sainte Marguerite
de Cortone. Elle eut de nombreuses visions, durant lesquelles Saint Michel
se montrait à elle avec le Christ et la Vierge. Elle avait à
sa disposition un Ange qui lui parlait comme un ami, l’instruisait, lui
transmettait des grâces, lui donnait des conseils. Alors qu’elle
était malade et sur le point de partir pour le Ciel, Satan lui apparût
pour l’inciter à la méfiance et au désespoir, essayant
de faire pénétrer dans son âme de l’inquiétude
en raison de sa renommée, des foules qui courraient à elle
et de ses propres doutes sur la persévérance dans la grâce,
qui pourtant lui avait été attestée par le Seigneur.
C’est alors
2 D. Alfonso Salvini, o.s.b.v., San Giovanni Gualberto, Ed. Paoline, Rome
(159)
qu’apparût son Ami céleste qui mit en fuite l’apparition
infernale par ces mots : « Que peux-tu bien vouloir à celle
que le Seigneur a destiné au chœur des Séraphins ?
». Puis il dit à celle-ci :
« Ne crains rien, moi protecteur de ton âme, ce noble
temple de Seigneur, ja suis toujours avec toi » 3.
Saint Jean Bosco écrivait : « Puisque les soins
que notre Ange a à notre égard durant notre vie n’ont d’autre
but que de nous procurer une mort particulièrement belle, quand
il s’aperçoit que cette heure approche, il redouble d’attention
pour réussir dans ses desseins et prépare à ce grand
passage l’âme qu’il a tant à cœur. L’on remarque que lesz
âmes fidèles, surtout celles qui sont particulièrement
dociles aux invitations de leur Ange, bénéficient toujours
d’un pressentiment, d’une certitude à l’approche de la mort. On
les voit alors beaucoup plus attentives spirituellement, dotées
d’une plus grande ardeur envers les œuvres chrétiennes et pieuses,
en sorte de mieux terminer leur vie. Cela est sans aucun doute le fruit
d’invitations faites par leur saint Ange. L’on sait que les âmes
privilégiés ont été averties avec précision
à ce propos et ont donc pu, dans le temps qu’il leur restait, accroître
plus que de coutume leur trésor d’œuvres bonnes ».
Et ici l’auteur cite plus d’un exemple. « - Tu mourras
le premier jour de l’an - , dit l’Ange à saint Marcel Abbé
; - tu mourras le premier jour de mars – dit encore l’Ange au Prince David
de la race royale d’Angleterre ; Dans un an je viendrai pour te conduire
avec moi dans la Gloire – dit encore l’Ange à Saint Hubert »
4 .
Et l’on n’a dit que bien peu de choses jusqu’à présent
sur les moyens qu’utilisent les saints Anges pour avertir et secourir leurs
protégés en vue du grand passage. Saint Philippe de Néri
disait par exemple à deux prêtres qui étaient au chevet
d’un mourant :
Mes Pères, allez de bon cœur faire votre office de charité,
car, pour votre consolation, je puis vous dire que j’ai vu les Anges
3 Cfr. Fra Giunta Bevenate, Legenda beate
Margarita e L. Leclève, Santa Margherita da Cortona,
Ed Paoline, Bari.
4 Saint Jean Bosco, op. cit.
( 160)
du Seigneur mettre les paroles dans la bouche de deux d’entre vous,
tandis qu’ils priaient pour l’âme d’un mourant 5
A Rome, durant la peste de 1597, un jeune à l’aspect avenant
se rendit auprès des Camilliens demandant que quelque uns d’entre
eux se rendent au chevet d’un malade. Accompagnés par l’inconnu,
deux Pères de Saint-Camille arrivèrent à l’habitation
de souffrant, mais au moment d’en franchir le seuil, le jeune homme qui
les accompagnait disparut à l’improviste. Ce ne fut pas la seule
fois qu’un fait de ce genre se produisit dans cette triste période
Il arriva en effet que d’autres fils de Saint-Camille furent appelés
et même accompagnés par des inconnus au chevet de mourants
qui se trouvaient dans l’impossibilité complète de demander
de l’aide. « Chose que – fit remarquer Martindale – encore aujourd’hui
l’on constate souvent comme le prouvent des exemples rapportés par
des personnes absolument dignes de foi. J’ai vu moi-même trop de
cas de prêtres appelés de façon mystérieuse
au chevet d’un mourant, pour douter que Dieu n’ait pas fait en sorte que
la même chose arrivât souvent durant les épidémies
d’autrefois ». 6.
« Ah, quel réconfort me procure mon bon Ange ! –
rapporte saint Jean Bosco à propos, à propos des paroles
d’un mourant -. C’est lui qui me donne le baiser de paix. Je m’en vais
avec lui. Adieu ! ». Et un autre mourant, au moment d’expirer : «
Comme il combat l’Ange, pour ceux qui lui sont dévoués !
Comme il me console ! Vous ne voyez donc pas ? Je meurs entre ses bras
». De plus, sainte Thérèse, à une dame
de la noblesse dont l’enfant était sur le point de fermer les yeux
à la vie terrestre : « Oh Madame, comme ils sont nombreux
les Anges qui viennent prendre l’âme de ce petit ange de la terre
! Heureux est celui qui meurt de la sorte ! » 7 .
Heureux les innocents, les vaillants et infatigables travailleurs
de la vigne du Seigneur. Voilà les Anges qui viennent me prendre
! Maman la bénédiction. . Que Dieu bénisse toi, Papa
et tous ceux qui appartiennent à cette maison. Bénit soit
le nom du Seigneur ! ».
5 P. Mario Vanti m.i., Lo spirito di San
Camillo de Lelis, Tipographia Poliglotta Vaticana
6 C.C. Martindale, op. cit.
7 Saint Jean Bosco, op. cit.
(161)
Ainsi parla Evangéliste sur son lit de mort. Lorsqu’à
son tour, au moment de rejoindre son enfant son enfant au Ciel et répondant
à la question de Don Jean Mattiotti qui lui demandait : «
Que vois-tu ? », Françoise Romaine dira, les yeux brillants
de joie : « les Cieux sont ouverts. Les Anges en descendent. L’Archange
est prêt et me fait signe de le suivre ». 8.
Notre Ange se garde bien d’accueillir ces « fioretti »
par les doutes ou le sourire, même si beaucoup de plumes catholiques
croient devoir les ranger parmi les objets d’antiquaire. Ne sont-ils pas
le fruit de l’imagination ? Ne nous éloignent-t-ils pas de la réalité
? Non, ils sont un rappel du sens et de la direction dont notre vie est
digne et qu’elle doit prendre contre tout matérialisme, positivisme
ou horizontalisme. Nous voulons insister sur le sens « vertical »
de l’existence, sur la fin dernière de l’homme que soulignent ces
rencontres décisives avec les Anges lorsqu’ils viennent prendre
les mourants. Mais leur mission ne s’arrête pas là. Ils ne
prodiguent pas seulement leurs soins, in extremis, pour nous sauver de
la voracité des « ennemis de notre âme ». Leur
charité dépasse les limites de la vie terrestre. «
Dum purgantur ab Angelis saepe visitari et consolari non dubitamus, promittentes
coelestem Hierusalem », déclare saint Augustin (Ser. 46).
En effet, « lorsqu’un homme meurt – dira sainte Françoise
Romaine - , son Ange gardien, selon ses mérites, conduit son âme
dans les régions inférieures du purgatoire et se met à
sa droite… L’Ange présente alors à Dieu les prières
qui s’élèvent vers lui de la part des âmes et intercède
pour que leur peine soit abrégée » 9.
Sainte Marie Madeleine de Pazzi, étant parvenue en esprit
en un lieu du purgatoire où les âmes expient des péchés
d’ignorance ou de faiblesse, vit à côté de chacune
les Anges gardiens qui les consolaient. De même sainte Marguerite-Marie
Alacoque, durant ses extraordinaires maladies, eut un jour l’apparition
de l’Ange qui l’invitait à l’accompagner au purgatoire. La sainte
accepta. Elle fut conduite en un lieu immense, rempli de flammes et de
8 H.. Montesi Festa, Santa Francesca Romans,
S.E.I., Turin. Cfr. également Boll. (9 mars).
9 Boll.. Ib.
(162)
Charbons ardents, où il y avait une multitude d’âmes qui
imploraient miséricorde, les bras levés vers le ciel. Regardant
ces pauvres âmes, la Sainte remarqua que chacune avait à son
côté un Ange qui la consolait en termes très affectueux
10.
Il est exact que les âmes du purgatoire, destinées
à la Jérusalem céleste, reçoivent souvent la
visite de leurs Anges gardiens dont elles reçoivent consolation.
Dans la charité, la disponibilité qui les caractérise,
que ne feraient-ils pas pour adoucir les peines et abréger les souffrances.
Ils puisent en effet aux sources de l’Eglise priante et souffrante l’eau
qui réconforte. Combien de souvenirs qui nous viennent à
l’esprit à propos de personnes défuntes nous sont suggérées
par les Anges à notre insu ! Cela arrive surtout aux prêtres,
durant le sacrifice de la Messe. Les célébrations du rite
eucharistique sont l’aide la plus demandée par les âmes du
purgatoire, durant leurs apparitions au créatures privilégiées
de l’Eglise.
Au moment de la prière pour les défunts, comme
de celle pour les vivants, le Père Pio se recueillait profondément.
Ce n’était rien d’autre qu’un moment d’extase, à peine dissimulé
par l’immobilité, le calme dont il faisait preuve et qu’il essayait
de faire apparaître comme naturel. Son recueillement par ailleurs
était tellement long que les fidèles en étaient émerveillés,
édifies. A la fin, le prêtre stigmatisé reprenait la
célébration du rite, se réveillant presque en sursaut,
de façon subite et discrète, comme lorsque s’allume à
l’improviste une lumière ténue. Son immolation pour les morts
n’était pas moins généreuse que celle pour le monde,
pour l’Eglise, pour le Pape et pour ses fils spirituels.
On peut constater dans une lettre qu’il écrivit en 1910
à son directeur spirituel, le Père Benedetto : « Depuis
pas mal de temps je sens en moi un besoin, celui de m’offrir au Seigneur
comme victime pour les pauvres pécheurs et pour les âmes du
purgatoire ; Ce désir grandit toujours davantage dans mon cœur au
point d’être devenu ce que j’aurais envie d’appeler une forte passion
». Et il insiste pour que le Père Benedetto lui accorde «
l’autorisation de se donner à cette intention, en sorte que le Seigneur
10 P. Louvet, Il Purgatorio
nelle revelazioni dei Santi, Marietti, Turin.
(163)
« convertisse et sauve les pécheurs, et fasse entrer rapidement
au Paradis les âmes du Purgatoire ». Il me semble – dit-il
– que c’est Jésus lui-même qui le désire. Je suis sûr
que vous n’aurez aucune difficulté à m’accorder cette autorisation
» 11.
Combien de fois n’avons-nous pas remarqué la coïncidence
entre une de ces mystérieuses et le décès d’un confrère,
d’un fils spirituel, d’un inconnu qui lui était recommandé.
Il ne s’agissait pas de « pures rencontres de hasard »
puisque souvent il nous le faisait comprendre en disant : « Il est
sauvé », ou bien « Il est déjà au Paradis
», paraissant à nouveau soulagé et guéri.
Les archives du couvent où il a vécu ne nous révèlent
encore rien de ces liens angéliques en relation avec les âmes
des défunts. Et cependant, il nous suffira à ce propos de
rappeler cette fameuse phrase : « L’Ange n’est pas encore revenu
»,qu’il dit en guise de réponse à sa fille spirituelle,
qui lui avait demandé des nouvelles du sort advenu à une
personne qui venait d’entrer dans l’autre vie. Il est certain que les Anges
qui lui ont été si familiers, n’auront pas hésité
à lui demander de prier et de souffrir pour soulager et libérer
les âmes du purgatoire, comme ils l’ont fait, on le sait, pour tant
de créatures privilégiées.
Très dévot à l’égard des âmes
du purgatoire et habitué à prier à leur intention
par le chapelet, le serviteur de Dieu Pierre de Basco († 1645) s’endormit
un soir où il avait oublié de prier pour elles. Il fut réveillé
par l’Ange gardien qui lui dit : « Mon fils, les âmes du purgatoire
attendent l’obole ordinaire, habituelle de votre piété »
12.
Depuis combien de temps Gemma ne s’occupait plus des âmes du
purgatoire ? « Mon enfant, vous y pensez si peu ! », lui dit
l’Ange. Or c’était depuis le matin seulement qu’elle ne priait pas
à leur intention, écrit-elle dans son Journal. L’Ange aurait
aimé que toutes les petites choses » dont elle souffrait,
soient offertes pour ces âmes. Oui – lui dit-il -, oui ma fille,
la plus petite souffrance est un soulagement pour ces âmes ».
11 Epistolaire, op. cit.
12 P.F.S. Schouppe, Il dogma del Purgatorio,
Libréria S. Giuseppe degli Artigianelli, Turin
(164)
80 ans auparavant environ, sainte Véronique Giuliani notait
elle aussi dans son Journal à propos d’une âme qui lui avait
été recommandée : « Mon Ange gardien a
pu obtenir qu’une de ces âmes me parle : - Ayez pitié de moi,
aucune créature vivante ne peu se rendre compte combien ces peines
sont atroces. C’est un bouleversement constant et cependant personne n’y
pense. Ayez pitié de moi ! – J’essayais alors de la recommander
à la très Sainte Vierge. Un instant plus tard il me sembla
voir cette âme toute heureuse me dire : - Je viens d’apprendre à
l’instant que bientôt je sortirai d’ici, grâce à votre
charité ».
Véronique était beaucoup aidée et encouragée
par la Sainte Vierge dans ce désir commun de « vider tout
le Purgatoire », donnant satisfaction à la justice divine,
souffrant elle-même « peines et tourments » : «
- Ma fille, je te confie cette âme… Ma fille, souviens-toi que mon
serviteur…Cette nuit – écrit-elle encore – il me semble que Dieu
m’a fait voir une âme du Purgatoire… elle souffrait un tourment indicible.
Et elle semblait voir un je ne sais quoi, mais je ne parvenais pas à
comprendre ce que c’était. A la fin mon Ange gardien me fit savoir
qu’elle voyait l’habit qu’elle avait porté en religion et que la
seule vue de ce dernier réveillait en elle ses tourments et ses
peines, car elle avait vécu avec l’habit, certes, mais pas comme
une religieuse ». Véronique est alors invitée à
prendre, dans ses peines, la place de cette âme jusqu’à la
fête de la Purification de la Vierge. « Je donnais – écrit-elle
– mon assentiment à tout et en tout… C’est alors que Jésus
et Marie donnèrent la bénédiction à cette âme
qui, d’un coup devint comme un cristal très pur que son Ange gardien
et de nombreux saints, mes avocats, amenèrent au saint Paradis…
Un matin, parmi tant d’autres, il me sembla que mon Ange gardien me disait
d’offrir souvent les mérites et toute la passion de Jésus
dans les mains de la Vierge, car elle aurait servi d’intermédiaire
pour obtenir une grâce… Et d’un coup il me sembla voir cette
âme sortie de ses peines, pleine de gloire et de beauté ».
Une autre fois, elle intercéda pour deux âmes qu’elle eut
la grâce de voir « tirées du Purgatoire »,
s’envoler vers le Ciel », accompagnées d’un groupe d’Anges
» et qui la remerciaient.. Une âme du Purgatoire, au moment
d’être libérée par l’Ange gardien, se transforma «
en une magnifique splendeur… On aurait dit un nouveau soleil ! Et
(165)
a côté du soleil naturel, elle aurait été
plus lumineuse encore, car le soleil lui-même à côté
d’elle serait apparu ténébreux » 19.
Nous n’insisterons pas sur ces révélations dont
l’histoire est pleine. Elles se ressemblent toutes plus ou moins et on
risque d’en être bientôt rassasié. Mais cela ne diminue
en rien leur valeur et leur sens. Consolidées par le prestige moral
de leurs bénéficiaires, ces révélations nous
confirment surtout l’existence d’un monde invisible qui dépasse
infiniment l’univers lui-même dont la grandeur déjà
nous impressionne. Mais il faut dire encore que si on s’attarde dans le
monde des « révélations privées », l’impression
de satiété qui peut en dériver a souvent pour contrepartie
la découverte surprenante de perles précieuses, comme celle-ci,
qui me tombe justement sous les yeux – et ce n’est pas un hasard – au moment
même où je suis en train d’ordonner mes idées en vue
de la conclusion.
« Nous voyons Saint Michel comme l’on voit les Anges. Il
n’a pas de corps. Il vient au Purgatoire emporter les âmes déjà
purifiées, car c’est lui qui les conduit au Ciel. Oui, c’est vrai,
il siège parmi les Séraphins… Il est le premier Ange du Ciel.
Nos Anges gardiens viennent aussi nous rendre visite, mais Saint Michel
est beaucoup plus beau qu’eux ! Quant à la Sainte Vierge, nous la
voyons avec son corps. Elle vient au Purgatoire les jours de ses fêtes
et elle rentre ensuite au Ciel accompagnée de nombreuses âmes.
Tant qu’Elle est près de nous, nous ne souffrons pas. Saint Michel
l’accompagne, mais lorsqu’il est seul, nous souffrons comme d’habitude
»
Ces nouvelles sont tirées des conversations que la défunte
sœur Marie Gabriella, du couvent des Augustiniennes de Vologne, en France,
eut de 1872 à 1890 avec Sœur Marie de la Croix. Celle-ci recueillit
ces conversations dans un manuscrit qui, après sa mort, fut
confié à la direction du Bulletin de Notre-Dame de la Bonne
Mort. (Tinchebray-Orne) par « un missionnaire de grand dévouement
». L’authenticité du manuscrit est indiscutable et est confirmée
par la personnalité de l’auteur. Car il s’agit d’une femme méfiante
de nature et pas du tout friande d’expériences extraordinaires,
13 Incenses, Santa Veronica Giuliani, Ed. Paoline, Bari.
(166)
“dotée d’une intelligence vive, d’un esprit très
cultivé, d’un parfait équilibre et d’un absolu bon sens »,
comme le témoignent des observateurs d’éminents théologiens
qui ont examiné le document. Une preuve supplémentaire de
l’origine surnaturelle du contenu de ce document nous est donnée
entre autres par les bénéfices spirituels que les colloques
avec la Sœur défunte ont valus à sœur Marie Gabriella 14.
Ce qu’elle nous dit encore et que nous reportons ici est tout autre que
des sottises :
« La façon la plus efficace – continue sœur Gabriella,
à propos de Saint Michel – pour le glorifier au Ciel et sur la terre
est de conseiller autant que possible la dévotion envers les âmes
du Purgatoire et de faire connaître le grand service qu’il rend auprès
d’elles. C’est lui (Saint Michel) qui est chargé par Dieu de les
conduire au lieu d’expiation et de les introduire, lorsqu’elles sont prêtes,
dans la demeure éternelle » avec l’aise, croit-on pouvoir
ajouter, des autres Anges, sur lesquelles il prévaut : « Nos
Anges gardiens viennent aussi nous voir », a-t-elle d’ailleurs dit
elle-même donnant ainsi raison à tous ceux qui ont vu et affirmé
la même chose. « Chaque fois qu’une âme vient grossir
le nombre des élus, le bon Dieu est glorifié et cette gloire
retombe en quelque sorte sur le ministre glorieux du Ciel. C’est un honneur
pour lui de présenter au Seigneur les âmes qui s’apprêtent
à chanter Sa miséricorde… Je suis incapable de vous dire
ou faire comprendre tout l’amour que le céleste Archange a pour
son Divin Seigneur et ni même l’amour qu’à son tour Dieu a
à l’égard de Saint Michel, ou même l’amour, la piété
extrême que le saint Archange a à notre égard. Il nous
encourage dans les souffrances en nous parlant du Ciel… Quand le bon Dieu
le permet, nous pouvons communiquer directement avec l’Archange de la manière
qu’ont les esprits et les âmes de communiquer entre elles… Le jour
de sa fête, saint Michel est venu au Purgatoire et il est rentré
au Ciel avec un grand nombre d’âmes dont la plupart lui avaient été
dévouées pendant la vie… Lorsque sur la terre l’on fête
un Saint, celui-ci reçoit au Ciel une gloire accidentelle… La gloire
accidentelle que reçoit l’Archange est supérieure à
celle des autres saints, puisque la gloire
14 Il manoscritto del Purgatorio (Manuscrit du
Purgatoire), Introduction, L.D.C. Turin.
(167)
Dont je parle
XXI
PADRE PIO, Epilogue.
CE SERA L’HEURE DES ANGES
On vient à San Giovanni Rotondo pour prier sur la tombe
du Père Pio et, comme lorsqu’il était en vie, il arrive encore
aujourd’hui que les gens se demandent pour quelle raison il resta si longtemps
à cet endroit. Pourquoi là et pas ailleurs ? Pourquoi
justement sur le Gargano, ce promontoire jusqu’à hier inaccessible,
placé comme aux confins du monde. Voila des questions qui
restent souvent sans réponse tant que l’on ignore ou que l’on oublie
que cette montagne qui a accueilli pendant plus d’un demi- siècle
le grand fils de Saint François, a une histoire qui lui est propre
et qu’il est bon de rappeler.
Pendant des siècles, dans l’antiquité, cette montagne
a été parcourue par des foules sans nombre de pèlerins.
Venant même de la Britannia et des pays scandinaves, ils se
rencontraient à Siponto, fameux centre marinier byzantin et important
siège épiscopal, détruit par la fureur des Sarrasins
et par un tremblement de terre, et qui a été reconstruit
sur un emplacement voisin, par le Suève Manfredi, fils naturel de
Frédéric II, qui porte aujourd’hui le nom de Manfredonia.
De là les pèlerins montaient ensuite sur le promontoire,
le long d’une route creusée dans le roc de la falaise, exposée
à midi, vers le golfe.
Un autre lieu de rencontre était celui qui porte aujourd’hui
le nom de Vallée
De Stignano, situé sur les flancs occidentaux du promontoire
et à environ une journée de route, la dernière, après
des semaines ou des mois de voyage à cheval ou à pied, vers
le but tant espéré. Ce deuxième itinéraire,
qui intéressait surtout les pèlerins venant de l’Adriatique,
appelé Via Sacra Langobardorum, serpentait entre des monticules
et des collines, de longs plateaux, des encaissements et des vallées
boisées. Après avoir côtoyé un lac
(174)
dans la conque de Saint-Gilles, sous les monts qui le domine au
nord et parmi lesquelles se trouve la plus haute cime garganique, le Mont
Calvo, la route s’achevait sur une des extrêmes limites orientales
qui se jettent en pentes abruptes vers l’Adriatique. Il ne reste de cette
vallée – que le souvenir du nom qui a été vulgarisé
comme Valle Santa – Sainte Vallée – et bien peu de choses des auberges,
des églises, des monastères dont la montagne se remplissait
au fur et à mesure que sa renommée et son attrait mystique
faisaient croître le nombre des visiteurs accentuaient leur besoin
de s’arrêter, de trouver assistance et réconfort et que florissaient
les vocations à la solitude et à l’ascèse.
A l’exception d’un témoignage de Paul Diacono, on ne garde
aucune trace des hospices suscités par la piété et
le zèle de la Reine Ansa qui, à la mort de Didier, son mari,
dernier roi des Lombards, avait été relégué
avec ce dernier par Charlemagne après la prise de Pavie, au monastère
de Corbi, dans la Principauté Lombarde encore sauve de Bénévent,
auprès de sa fille Adelberge et de son gendre Arécus II.
Là où autrefois brillaient les œuvres, la contemplation,
l’ascèse, où l’on célébrait les rites, où
l’on priait et où l’on psalmodiait, règne aujourd’hui la
désolation.
De l’archéologie sacrée, témoin de l’ancienne
ferveur religieuse, est riche surtout Siponto et le territoire proche au
lieu où les pèlerins se dirigeaient. L’on se demande combien
de sépultures se Saints sont cachées sous ces mottes de terre,
ces cailloux et ces ruines.
Au dire de Sainte Brigitte, qui est passée elle aussi
par la Sainte Vallée, avec la magnifique fille Sainte Catherine,
il est très vraissemblable, à propos de Siponto, comme elle
l’écrivit dans ses Révélations, que «
sous les ruines se trouvent de nombreuses reliques de Saints, qui bien
qu’apparemment cachés dans la poussière, sont en réalité
visitées par les Anges… Heureusement – écrivit-elle encore
– viendra un moment où, pour leur plus grande gloire, ces reliques
réapparaitront ». Espérons-le. Pour le moment, Siponto
est une plage plutôt polluée, et non pas seulement dans le
sens écologique du terme.
Le long des trajets qui ont été décrits
précédemment, les pèlerins arrivaient en psalmodiant,
en priant et en chantant.
(175)
C’était des gens de la glèbe, des soldats, des cavaliers,
des barons, des comtes, des vassaux, des féodaux, des princes, des
monarques et des empereurs, des représentants de tous les ordres
monastiques et de la hiérarchie de l’Eglise, jusqu’au Souverain
Pontife. Par là passèrent les Papes Gélase I, Agapet
I, Léon XI, Urbain, Pascal et Calliste, Alexandre III, Grégoire
X, ainsi que des Princes de l’Eglise qui sont ensuite montés sur
le trône de Pierre, comme entre autre Saint Grégoire le Grand
et une longue série de canonisés comme les saints placide
( que Saint Benoît envoyait du Mont Cassin ), Germain, Barbe, Géofroid
(qui ont été l’un évêque de Capoue, l’autre
de Bénévent et le dernier d’Amiens), Théodoric (abbé
du célèbre monastère de Saint Hubert en Ardenne, dans
le diocèse de Liège), runo (a qui l’on doit la fameuse Chartreuse
de Grenoble) le grand Bernard de Clairvaux, Guillaume de
Vercelli (le fondateur des ermites de Montevergine, près d’Avellino),
Odon (deuxième abbé
de l’abbaye française de Cluny), Gérard (fondateur du
monastère de Sauve Majeure – Silva Maior – près de Bordeaux),
Thomas d’Aquin, Jean de Matera (qui s’établit sur la montagne sainte
en y fondant l’ordre des Pulsanesi) et beaucoup d’autres. De plus beaucoup
de croisés passèrent par là en se dirigeant vers les
ports des pouilles, d’où ils prenaient le départ vers la
Terre Sainte. C’est ici que résonnèrent, dans les accents
les plus divers, leurs cris de « Dieu le veut », « Saint
Michel, donne-nous ta force, donne-nous ton courage ». Où
allaient donc tous ces voyageurs, petits, grands, singuliers, pittoresques,
chacun avec sa besace, ce n’était pas la peine de le demander. Le
but de leur voyage était un des plus grands sanctuaires de l’antiquité
chrétienne, que les chroniques du Moyen Age, et parmi elles celle
du florentin Ricordano Malespini, appelaient Monte Santo Agnolo, c'est-à-dire
Mont Saint-Ange. Il s’agissait d’une grotte, embellie avec le temps de
monuments et de privilèges ecclésiastiques, élevée
au rang de basilique céleste, dans laquelle régnait la silhouette
ailée de Saint Michel qui, de son épée brandie, terrassait
le diable. Sanctuaire illustre et très vénéré,
le troisième de par son importance après Rome la «
Dorée » et Jérusalem la « Sainte ». C’est
ici qu’au 8ème siècle, après un voyage aventureux
depuis la lointaine Normandie, fut accueillie fraternellement par les gardiens
du sanctuaire, une délégation, une délégation
de moines qui s’arrêta là pour prélever des reliques,
et entre autres
(176)
Une pierre de la sainte grotte. Ces moines étaient envoyés
par saints Aubert, évêque d’Avranches, à qui l’Archange
était apparu plusieurs fois en rêve pour l’enjoindre de lui
consacrer un sanctuaire, semblable à celui du Gargano sur le Mont
Tomba qui est aujourd’hui le Mont Saint Michel.
C’est là encore que s’arrêta Otton III de Sassonie,
venant de Rome avec une grande suite. Le très jeune empereur y vint
en habits modeste, repenti et les pieds nus : nudis pedibus. C’était
un pélérinage d’expiation qui lui avait été
imposé par le fondateur des Bénédictins Camaldules,
Saint Romuald, à qui il s’était confessé d’avoir assasinné
Jean
Crescenzo appelé le Nomentan.. Ce pèlerinage eut un grand
retentissement dans le monde catholique.
Vingt ans après, il fut suivi par le dernier empereur de la
dynastie saxonne, Henri II, le saint, l’époux de
Comment cette grotte avait-elle pu obtenir une telle célébrité
? Qu’est ce donc qui attirait tant de gens ? Etait ce la renommée
des prodiges opérés par l’Archange vers la fin du 5ème
siècle de notre ère ? D’après une certaine tradition,
un habitant de Siponto avait perdu le plus beau taureau de son troupeau.
Après l’avoir anxieusement cherché avec ses hommes, il le
trouva finalement
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Au sommet de la montagne, agenouillé dans un encaissement profond
et inaccessible. C’est en vain que lui et ses hommes essayèrent
de l’en faire sortir. A la fin, l’homme, exaspéré, mit une
flèche à son arc et la tira contre la bête. Mais au
moment de toucher au but, voila que l’aiguillon fut comme repoussé
par un vent contraire. Il se retourna et, re-parcourant à la même
vitesse le trajet précédent, alla se planter dans un des
pieds de l’archer furibond.
La nouvelle de et évènement fit rapidement le tour des
habitants de Siponto où l’évêque , Saint Laurent Majoranno
organisa des prières et des pénitences publiques afin que
le Seigneur veuille bien révéler le sens de ce qui s’était
passé.
Trois jours plus tard, alors qu’il était en prière,
un noble cavalier rayonnant de clarté céleste lui apparut
; ce cavalier se présenta à lui sous le nom de l’Ange Saint
Michel. « C’est moi – ajouta-t-il – qui suis l’auteur du prodige
de la grotte. Celle-ci sera désormais mon sanctuaire sur la terre
».
Quelque temps plus tard Siponto fut assiégée par
une armée de païens. Les Sipontins étaient sur le point
de céder devant la pression des ennemis et de se rendre, lorsque
l’évêque demanda aux assiégeants trois jours de trève
qui furent accordés. Il en profita pour solliciter le secours du
Ciel, faisant recours, comme dans cette autre circonstance moins dramatique,
à la prière et à la pénitence publique.
A l’expiration de la trêve, l’Archange lui apparut à nouveau
pour le réconforter et lui prédire la victoire des Sipontins.
Et il en fut ainsi. Alors que les assiégés au cours d’une
sortie, arrivaient à la rencontre de l’ennemi, la mer tout à
coup s’agita. En même temps le ciel s’obscurcit et fit pleuvoir n
grand nombre de coups de foudre sur les ennemis, qui s’enfuirent terrorisés,
poursuivis par les Sipontins qui les décimèrent.
La nouvelle de cet exploit se répandit rapidement dans
le reste des Pouilles. Majoranno en informa le Souverain Pontife de l’époque,
Saint Gélase Ier. Le Pape l’autorisa à fêter cette
double apparition par une procession à la grotte et par la consécration
de celle-çi à l’Archange Saint Michel. En présence
des Sipontins, de l’évêque Majorrano et du clergé
du diocèse, sept évêques de la région des Pouilles
prirent part également à la procession. Mais on ne
put procéder à la consécration de la grotte puisque
Saint Michel y avait lui-même pourvu. Il le révéla
au saint prélat la veille de la cérémonie, durant
une troisième apparition.
Il faut bien dire que ces anciens récits sont considérés
comme des légendes, ils apparaissent en effet invraisemblables et
dépourvus de témoignages aptes a en prouver l’authenticité
; Par ailleurs d’autres récits imaginaires ont contribué
à discréditer cette tradition en particulier l’allusion à
une trace imprimée par un pied de l’archange sur un des cailloux
de la grotte que personne par ailleurs n’a jamais remarqué. Mais
mis à part ces fables sur lesquelles les anciens pèlerins
plus avertis aurons sans aucun doute fermé les yeux, il faut se
demander ce qu’il y a de vrai à propos des apparitions et s’il n’y
avait pas lieu de partager les doutes d’un certain Gregorovius qui les
a étudiés longuement et qui, à la fin les à
comparé aux apparitions de Lourdes qui de son avis évidement,
sont aussi fausses puisqu’elles n’ont pas de place dans son esprit, rempli
de
positivisme. Mais notre avis est différent. Nous ne somme pas disposé
à écarter ces apparitions de Saint Michel, ni a les identifier,
comme le fait Gregorivus, avec les apparitions de la mythologie païenne,
malgré les éléments douteux qui s’y trouvent et l’hypothèse
vraisemblable d’après laquelle le culte de Saint Michel aurait remplacé
un culte païen préexistant. Nous pensons donc que dépouillés
des évènements accessoires fantastiques qui les accompagnent,
ces apparitions ont pu effectivement avoir lieu. Et il n’y a rien d’étrange
si Dieu, adaptant son comportement à la sensibilité des hommes
du Moyen-âge ait voulu frapper leur imagination par une série
de faits comme l’histoire du taureau et de la flèche qui revient
en arrière et blesse l’archer. Nous remarquons que dans la mesure
où l’esprit humain s’éveille et affine sa sensibilité,
la providence de Dieu intervient par des manifestations toujours mieux
appropriées, pour ne pas dire plus distinguées. Lourde, Fatima,
Syracuse, San Giovanni Rotondo, Annaya (avec Charbel Lakhlouf au
Liban) le montrent. Plus le laïcisme se radicalise et devient agressif
contre le surnaturel, plus ce dernier est réfuté et dégonflé
par des réactions qui la dépassent. Ce sont les réponses
dont les sanctuaires et les saints chrétiens catholiques sont tellement
riches. Il suffit d’une larme, d’une simple image de la Vierge dans de
la poudre de marbre, ou bien d’une drôle d’odeur de lis ou de moisissure.
Dans toute
(179)
leur ardeur illuministe et avec tout leur équipement culturel
et scientifique, en face de telles réponses, les pauvres rationalistes
n’ont plus qu’à se replier dans l’attente et l’espoir d’une réplique
future de la science. Mais ils peuvent toujours attendre, à moins
de nier catégoriquement les faits, comme fit par exemple Piero Angarano
: « Si chaque croyant est convaincu de l’existence des miracles,
tout être raisonnables doit aussi être convaincu du fait que
l’on en trouve plus »1 Dans ce cas, nous qui croyons aux miracles,
nous serions des «êtres non raisonnables.et l’intelligence
serait un don exclusif de ceux qui e croient pas ; Voila ce qui ressort
clairement de cette curieuse façon de raisonner. Les rationalistes
cherchent encore une réponse au surnaturel dans les solutions extravagantes
de la psychologie ou de la psychanalyse ; Combien de choses ne raconte-t-on
pas ! « La multiplication des pains et des poissons peut être
définie un « apport » dû à un médium
exceptionnel : Jésus aurait vidé les fourneaux des boulangers
et des barques pleines de pêche des pêcheurs. Quand à
la résurection de Lazare elle pourrait être l’œuvre d’un grand
guérisseur». Qui le mettrait en doute ? Notre Seigneur ne
pouvaait pas mieux montrer sa propre origine divine, puisque son «
ami » (« Lazare – dit-il – est notre ami, il dort mqis je vais
le réveiller ») « déjà sentait mauvais
» car il était mort depuis quatr jours (Jn 11, 11 -13).
t« Marcher sur les eaux
Postscriptum
En contradiction avec l’usage courant, je me vois forcé d’ajouter
ce postscriptum. Le matin du 10 septembre 1975 à Rome, avec mes
frères en esprit, José Tico et sa femme, je surmontais les
dernières difficultés concernant l’impression de ce livre.
José est un français naturalisé d’origine espagnole.
Tous deux sont particulièrement liés à moi et à
ma famille. Ils m’ont secondé généreusement à
propos de ce livre à cause de certains événements
antérieurs dont un en particulier, nous apprend qu’à
cette tâche même, ils ont été choisis par le
Père. Je ne peux donc éviter d’en parler.
Vers la fin du mois de septembre 1958, de retour de San Giovanni
Rotondo, José avait commandé une centaine d’exemplaires de
L’Heure des Anges (titre sous lequel – comme se souviendra le lecteur
– le livre avait été publié en France) pour les distribuer
gracieusement à ses clients de la campagne de Plaisance du
Touch, un village des environs de Toulouse, où il gère un
magasin avec sa femme Anne-Marie.
Durant une des nuits suivantes il vit dans sa propre chambre
le Père Pio lui annoncer en français : « Tu as bien
fait, José, de distribuer ces livres mais une personne te restituera
le livre qu’elle ne veut pas lire ».
Quoique très impressionné, tant par la visite tout
à fait inattendue, que pour le genre de nouvelles qu’il reçut,
il n’en parla pas cependant tout de suite à sa femme qui dormait
à ses côtés. Le jour venu, il la mit au courant de
ce qui s’était passé. Mais sa femme – dont je ne sais si
l’on doit admirer davantage la solidité dans la foi, la charité,
le caractère de femme forte, ou le bon sens inné –
ne prit pas la révélation de son mari au sérieux et
eut même le triste doute qu’il avait été victime d’une
hallucination, fruit d’une altération psychique et cérébrale
due probablement à son admiration démesurée envers
le mystique stigmatisé, encore vivant, auquel ils étaient
liés tous deux par affection filiale et gratitude ; car ils ont
reçu beaucoup de lui.
Mais quelques jours plus tard, alors qu’il avait oublié
complètement ce fait, qu’il considérait désormais
comme un simple
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rêve, il procédait aux visites habituelles qu’il faisait
à ses clients dans la campagne de Plaisance. « J’arrivais
– poursuit notre ami – chez Madame B. J’avais à peine ouvert la
porte du camion lorsque cette dame me jette le livre que je lui avais lire
donné disant : « Ma belle-mère vous restitue le livre
qu’elle ne veut pas lire». C’était les paroles mêmes
que le Père Pio m’avait dites. Imaginez mon émotion. Je fermai
la porte du camion et je me mis à pleurer. De retour à la
maison je racontai la chose à ma femme qui en resta à son
tour bouleversée ».
Parlant plus tard avec Madame B., il ne fut pas difficile à
Madame Anne-Marie de se rendre compte de la véracité des
révélations de son Mari.
Le résultat de tout cela fut une ardeur plus grande «
pour faire connaître et aimer le Père Pio en France, à
travers les conférences et autres, avec notre ami le Professeur
Laroche. Et par des faits tangibles et authentiques nous sentons
souvent la présence du Père qui nous accompagne, puisque
- - à mon avis – il n’est pas mort. Repensant à ce que j’ai
raconté, souvent je me demande comme Saint François : - «
Pourquoi moi ? –
Voila comment notre ami José Tico conclut une ses lettres,
datée du 21 octobre 1975, et signée également par
sa femme Anne-Marie.
Quant à moi, cela explique les raisons de l’intérêt
que tous deux portaient à la réimpression du livre, chose
que je ne parvenais pas à m’expliquer par un simple enthousiasme
ou par amitie
Je cite ce fait car je constate que les gens, et surtout les jeunes,
étourdis comme ils sont aujourd’hui par une telle « Babel
» de paroles, de cris et de discours savants, sont enclins à
refuser les mots pour apprécier davantage les faits par leur nature
libre d’équivoques, d’erreurs ou de tromperies.
Comme je le disais au début de cet écrit, le 10
septembre 1975, ce livre était mis sous presse. Le lendemain,
le 11, afin d’obtenir les indulgences de l’Année Sainte, je me rendais
à Saint Pierre en compagnie de Michel (14 ans), le dernier des enfants
que le Père Pio, à plusieurs reprises et toujours en présence
d’autres personnes, avait prédit que j’aurais eu avec ma femme :
« Tu auras neuf enfants, comme les neuf chœurs des Anges ».
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Ce qui est une autre preuve, par cette allusion aux neuf chœurs des
Anges qu’il savait et approuvait mes secrètes réflexions
sur les frères du Ciel, à l’époque de la première
rédaction et des premières éditions de L’heure des
Anges.
Mon fils, - dis-je – préparons-nous pieusement et
avec de bonnes intentions à passer à la Porte Sainte. Pense,
- ajoutais – je – que nos Anges nous suivent ». Nous nous agenouillâmes
sur le seuil et nous franchîmes la Porte Sainte. Il était
presque midi. Après nous être arrêtés devant
la Pietà de Michelange ; nous nous approchâmes d’un confessionnal.
Devions-nous nous confesser ici ? J’étais indécis.
Tout à coup s’éleva dans la basilique une voix qui invitait
les pélerins à se confesser dans les confessionnaux de la
grande chapelle. Nous décidâmes aussitôt de nous y rendre.
Choisissant le deuxième, en commençant par la droite, les
confessionnaux alignés en demi-cercle, nous nous receuillîmes
pour l’examen de conscience. Quelques personnes attendaient devant nous,
entre autre une Sœur.
Lorsque ce fut mon tour le confesseur – dont à travers
la grille je ne percevais que la voix – me demanda comme d’usage, depuis
combien de temps je m’étais confessé. Puis il m’invita à
m’accuser de mes fautes. « Avant tout – commençais-je – je
dois vous confier que depuis un certain temps je suis obsédé
par une tentation ». Je lui en expliquais la nature et j’allais continuer
lorsqu’il m’interrompit : « Le Père Pio lui aussi, dans les
lettres à son directeur, révèle avoir été
obsédé par la même tentation et il en attribue
l’origine au Diable. Sans aucun doute - ajouta-t-il – le Diable n’est pas
étranger à votre cas. Quoiqu’on en dise, le Diable existe,
priez donc saint Michel. Vous souvenez-vous de la prière à
Saint Michel Archange qu’autrefois l’on disait après la Sainte Messe
et que maintenant, hélas, l’on ne dit plus ? C’est une prière
très efficace. Récitez-là souvent, tous les jours,
surtout dans les moments difficiles, Saint Michel vous protègera
du mal.
Puis après s’être quelque peu attardé à
me parler du satanisme qui sévit aux Etats-Unis, où des millions
de malheureux adorent Satan, le confesseur m’informa d’une disposition,
à l’étude auprès du Saint Siège, selon laquelle
il serait donné au père de famille la faculté de bénir,
au lieu du prêtre, sa propre
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maison par un rite approprié. « En attendant - continua-t-il
- , je vous conseille de vous procurer de l’eau bénite et d’en asperger
votre maison en disant tout simplement « Au nom du Père et
du fils et du Saint Esprit ». Et je vous donne encore un conseil
: portez toujours sur vous la Médaille Miraculeuse ».
Il parlait sans accent, en ce sens qu’il ne faisait penser à
aucun des accents étranger ou régionaux italiens que je connaissais.
Ses paroles étaient calmes, coulantes, limpides et simples, d’une
chaleur modérée et pleines de force de conviction.
Chacun de ses mots, l’on peut dire, était pour moi une cause de
surprise et de tressaillement.
Je venais en effet de San Giovanni Rotondo où je
suis né et où je vis. Je connaissais le Père Pio depuis
son enfance. J’étais lié à lui par affection et par
gratitude des souvenirs inoubliables. Sans parler du fait que le jour précédent,
j’avais à peine remis à l’imprimeur un livre où son
nom revient souvent, où son esprit est présent, où
résonne son invitation à reconnaître la réalité
de l’esprit est présent, où résonne son invitation
à reconnaître la réalité de l’esprit du mal
dans la vie de chacun et dans l’histoire, l’urgence de recourir à
Saint Michel et à ses Anges, où l’on repropose l’usage de
la prière du Pape Léon XIII, qu’actuellement hélas
on ne dis plus, et où j’avais écrit quelques mots contre
les progrèssistes qui n’épargnent même pas l’eau bénite.
Quant à la Médaille Miraculeuse, j‘y tenais depuis toujours.
A mon étonnement devant ses allusions au Père Pio,
au Diable, à Saint Michel, à la prière qu’hélas
aujourd’hui l’on ne dit plus, à l’eau bénite, à l’étonnement
que je lui exprimais par les données que je viens ici de préciser,
le confesseur ne donna pas l’impression d’être surpris à son
tour. Il m’écouta presque avec impatience et reprit immédiatement
le discours que j’avais interrompu.
Je sentais intérieurement très clairement qu’il
était inopportun de s’étonner. J’étais peut-être
un néophite dans ces cadeaux du Ciel., dans ces « coïncidences
étranges », dans lesquelles le « hasard » n’a
pas cours et qui sont pourtant normales dans la vie d’un chrétien
qui s’efforce d’être tel, et qui, entre autres, croit à la
constante protection de son Ange. L’indifférence du confesseur sonnait
donc comme un reproche. A la fin, puisque je ‘arrêtais pas de l’interrompre
et qu’il devenait donc inutile qu’il
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continuât, il arrêta la conversation et ferma brusquement
les volets. Comme le Père Pio avait justement l’habitude de faire.
J’aurais voulu voir le visage de ce confesseur, le remercier,
le saluer, demander qui il était, comment il s’appelait. Mais j’y
renonçais. Et je ne sais pas si c’est moi vraiment qui n’ai pas
osé. Car j’ai encore l’impression qu’une force hors de moi m’empêchait
de le faire. Il me semblait en effet que j’aurais violé un mystère
et dépassé les limites de ce qu’il est permis de faire.
Bien que mal exprimé dans ces pages, le rappel du Père
Pio à la réalité du Diable et à l’urgence,
à cette heure grave et décisive pour l’avenir de l’humanité,
de ce mobiliser « sous l’étendard de Saint Michel »,
était, je le savais, approuvé d’en Haut. Au remède
contre le mal, grâce au recours à « l’arme » de
la couronne du très saint rosaire, il faut ajouter aussi celui
de la médaille miraculeuse : « Les personnes qui la porteront
bénite, recevrons de grandes grâces, surtout s’ils la porteront
autour du cou », entendit dire Catherine Labouré, alors que
lui apparaissait la très sainte Vierge qui, de ses pieds, écrasait
le serpent.
Contribuons donc à fatiguer et à isoler le «
Prince de ce monde en commençant par bénir la maison, par
chasser les démons de leurs nid, par les empêcher de s’y installer,
grâce à l’aspersion de l’eau bénite « au nom
du Père et du fils et du Saint Esprit »
La prière à Dieu tout puissant et miséricordieux,
la prière à la Vierge, à Saint Michel, aux Anges,
à notre Ange gardien, le très saint rosaire et la médaille
miraculeuse attireront sur nous les bénédictions du Ciel,
favorisant notre rénovation personnelle, indispensable et fondamentale
pour la rénovation du monde. Il n’y avait plus aucune raison pour
que le confesseur me retienne encore puisque de m’avoir fait comprendre
tout cela était suffisant.
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