UN MOIS
AVEC NOS AMIES
LES ÂMES DU PURGATOIRE

Abbé Berlioux
Un Mois avec nos amies :
les âmes du Purgatoire
Les connaître, les prier, les délivrer
Édition par Gersende et Purgatoire.net,
Correctif par Stella A.
21ème jour – SECOND MOYEN DE SOULAGER LES ÂMES DU PURGATOIRE : LA CHARITÉ
1. La charité corporelle
La charité est une des vérités qui nous sont le plus souvent et le plus fortement recommandées dans l’Evangile. Elle possède même, d’après St Thomas, une puissance de satisfaction plus grande que la prière ; ou plutôt elle double la force de nos prières et en assure le succès. L’ange disait à Tobie : « La charité sauve de la mort ; c’est elle qui efface les péchés ; elle retire l’âme des ténèbres, lui fait trouver grâce devant Dieu et lui assure la Vie Eternelle.» Quel moyen plus efficace pour soulager les âmes souffrantes ? Si en leur nom, nous exerçons la charité, les cris de reconnaissance des pauvres montent vers Dieu et triomphent de tout auprès de Lui. C’est une douce rosée qui tombe dans les flammes du purgatoire et en tempère les ardeurs. Le denier qui donne le pain du moment à un misérable de ce monde, donne peut – être à une âme délivrée une place éternelle, à la table du Seigneur. Soyons donc miséricordieux autant que nous pouvons l’être ; si nous avons beaucoup, donnons beaucoup ; si nous avons peu, donnons peu, mais donnons de bon cœur. « Heureux, s’écriait le psalmiste, celui qui comprend la douleur du pauvre et du délaissé : le Seigneur le délivrera au jour mauvais, Il l’assistera sur son lit d’angoisse et le récompensera éternellement. »
A l’œuvre donc, secourez les affligés de la terre, et vous soulagerez en même temps ceux qui pleurent. Mettez l’obole de la veuve dans la main du pauvre ; les captifs deviendront libres.
2. La charité spirituelle
Si les biens nous manquent, si l’argent nous fait défaut, il nous reste la charité spirituelle qui fait du bien à l’âme et au cœur qui souffrent et gémissent. « Elle surpasse, suivant l’expression de St Thomas, la charité corporelle, comme l’esprit surpasse le corps » Les misères spirituelles sont bien plus nombreuses et plus déplorables que les misères corporelles. Or, la Divine Bonté permette que rejaillissent sur nos frères aimés du purgatoire les mérites que nous pouvons obtenir ainsi. Donc pour eux, soignons les pauvres malades. Pour eux, veillons au chevet des agonisants. Pour eux, protégeons les orphelins. Pour eux, consolons les veuves. Pour eux, essuyons les larmes de ceux qui pleurent. Ainsi notre charité diminuera les souffrances de ce monde, qui est un purgatoire de l’autre vie. Qu’est – ce - qui nous arrête quand il s’agit du soulagement et de la délivrance de ces chères âmes ? Qu’est – ce – qui pourrait nous servir d’excuse si nous les oublions, quand il nous est si facile de leur venir en aide ? Et qui viendra un jour à notre aide, si nous ne faisons rien pour les autres ??
3. Exemple
A Bologne, en Italie, une veuve avait un fils unique qui avait coutume de jouer sur la place publique avec les enfants de son âge. Un jour, un étranger troubla ses jeux, avec un mauvais vouloir évident. L’enfant lui cria de rester tranquille. L’inconnu, vexé, tira son épée et le transperça. Saisi de crainte, et surpris par la violence du geste imprévu qu’il venait d’effectuer, son épée sanglante à la main, il se mit à courir et se précipita dans une maison pour s’y cacher. Or, il se trouve que c’était la maison de l’enfant assassiné… Il arriva dans l’appartement de la veuve qu’il ne connaissait pas. A la vue de cet homme, de cette épée couverte de sang, elle demeura interdite. Mais entendant l’étranger lui demander « Au nom de Dieu » asile contre ceux qui le poursuivaient, elle promit de le cacher et de ne le point le livrer. Cependant, les gendarmes apprenant qu’il était entré dans cette maison, le cherchèrent partout, sans le trouver. Comme ils allaient repartir, ils demandèrent à la dame si elle savait que son fils avait été tué par cet assassin… A ces paroles, la mère tomba évanouie. Quand elle revint à elle, on crut qu’il serait impossible de la sauver, tant ce coup l’avait abattue. Mais s’en remettant en la Divine Providence, elle retrouva une grande énergie et résolut de pardonner au meurtrier de son fils, et plus encore, de le traiter avec charité. Elle alla à la cachette de l’assassin, ne lui fit pas de reproche, lui remit une bourse et lui indiqua une issue discrète, au bout de laquelle l’attendait un cheval sellé, prêt à partir. Sur ce, elle se mit en prière pour l’âme de son fils. A peine s’était – elle agenouillée, les bras en croix, devant un crucifix, pour supplier Jésus de prendre pitié de l’âme de son enfant, que son fils lui apparut, le visage heureux, rayonnant comme le soleil, et lui dit : « Chère Maman, ne pleure pas ! Il ne faut pas me plaindre, mais envier mon sort. Car la charité chrétienne dont tu as fait preuve envers mon meurtrier, m’a tiré immédiatement du purgatoire. La Justice Divine m’avait condamné à de longues années de souffrance, mais ton pardon a terminé, en un instant, toute mon expiation, et je suis auprès de Dieu où je resterai pour l’éternité. » Puis il disparut, laissant sa mère dans la joie, malgré son chagrin.
Prions – Confiant en vos paroles, Ô mon Sauveur, je ne verrai plus désormais que votre Personne adorable, cachée sous celle du mendiant qui implorera ma pitié. Je pratiquerai la charité à celui qui me la demandera comme si je devais la faire à Vous – même. Mais ma charité ne se bornera pas aux vivants. Je veux qu’elle s’étende jusqu’aux morts et que celle que je ferai pour les pauvres de la terre serve aux pauvres du purgatoire et attire sur eux l’effusion de Votre Miséricorde. Doux Jésus, donnez leur le repos éternel !
22ème jour – TROISIÈME MOYEN DE SOULAGER LES ÂMES DU PURGATOIRE : LA SAINTE COMMUNION
1. Communion sacramentelle
Quand nous avons le bonheur de communier, nous sommes unis à NSJC d’une manière si intime que chacun de nous peut s’écrier avec l’Apôtre : « Non, ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus – Christ qui vit en moi » Alors notre chair devient sa propre chair, son cœur fait palpiter le nôtre, son sang coule dans nos veines, sa divinité réside en nous, Il regarde avec nos yeux, Il dilate notre cœur. Dans cet heureux instant envié des anges, même sans parole, il nous est facile de parler à Dieu, pour lui dire avec plus de confiance encore que le roi prophète : « O Dieu protecteur des affligés, jetez les yeux sur moi, vous y verrez la face de votre Christ : ce n’est plus moi qui parle et qui prie : c’est Jésus, Votre propre Fils, qui parle et prie pour moi ; c’est lui qui demande pour moi la délivrance de ma mère, la délivrance des pauvres âmes abandonnées. Je suis sûr, ô Père Miséricordieux, qui vous ne rejetterez pas ces justes supplications car le visage, les larmes, le sang de Jésus – Christ ont une voix toute - puissante pour apaiser Votre Justice et obtenir le pardon. »
Communions souvent pour ces âmes tant aimées qui n’ont plus le bonheur de participer au Banquet Eucharistique. Avec quelle ardeur elles attendent que nous répandions sur elles la rosée rafraîchissante et libératrice du Sang du Christ. Bientôt l’éternelle communion commencera pour elles et elles iront contempler dans le Ciel, le Sauveur, Pain de Vie, l’adoreront, le béniront et le loueront sans fin.
2. Communion spirituelle
Si vous ne pouvez pas faire souvent la communion sacramentelle, c’est – à – dire recevoir réellement Notre – Seigneur Jésus – Christ dans votre cœur à la Messe, faites du moins la communion spirituelle. Elle consiste dans un désir ardent de s’unir au Divin Sauveur et de recevoir son esprit et ses grâces. C’est une pratique si salutaire aux vivants et aux morts que St Alphonse de Liguori allait jusqu’à dire qu’on peut en tirer autant et plus de fruit si on la fait avec ferveur, que de la communion sacramentelle faite avec tiédeur. Elle a en outre, cet avantage qu’on peut la faire tous les jours, à tous les moments du jour et de la nuit, et en tout lieu, soit profane soit sacré. C’est un moyen simple, facile, puissant de soulager nos chers défunts. Faites donc cette communion spirituelle à chaque visite du Saint – Sacrement. Voici la formule que vous pouvez employer :
« Mon Jésus ! Je vous crois ici présent ; je vous aime, je vous désire, je m’unis d’esprit et de cœur, en attendant que je puisse vous recevoir réellement. Bénissez – moi, bénissez aussi les pauvres âmes si souffrantes du purgatoire. Oui, Seigneur, appelez vos enfants et nos frères au repos éternel et que la lumière qui ne s’éteint plus luise sur eux ! Qu’ils reposent en paix ! »
3. Exemple
Louis de Bois, célèbre maître de la vie spirituelle et homme d’une remarquable sagesse, rapporte qu’un pieux serviteur de Dieu, qu’il connaissait et aimait, fut visité par une âme du purgatoire, et que celle – ci lui fit voir tout ce qu’elle endurait de tourments. Elle était punie pour avoir reçu la Divine Eucharistie avec une préparation insuffisante, et beaucoup de tiédeur. C’est pourquoi la Divine Justice l’avait condamné au supplice d’un feu dévorant qui la consumait. « Je vous demande, vous qui avez été mon ami intime et fidèle, et qui devez l’être encore, de communier une fois en mon nom et de le faire avec toute l’ardeur et toute la charité dont vous êtes capable. Je suis sûre que cette fervente communion suffira pour ma délivrance et que par ce moyen seront compensées mes coupables froideurs. » Celui – ci s’empressa de participer à la Sainte Messe et de communier pieusement pour le repos de l’âme de son ami. Après l’action de grâces, l’âme lui apparut de nouveau, parée d’une lumière incomparable, heureuse et pleine de reconnaissance. « Soyez béni, ô le meilleur des amis, votre communion m’a délivrée et je vais voir face – à – face mon Adorable Maître. »
Rappelons le conseil de St Bonaventure : « Que la charité vous porte à communier, car il n’y a rien de plus efficace pour le repos éternel des défunts. »
Prions – Vous retenez, ô mon Dieu, les âmes de mes proches dans votre Justice, mais vous voulez qu’en mangeant le Pain des Anges, je puisse leur ouvrir le Paradis. Soyez donc béni, Père Miséricordieux, et je promets que désormais je communierai souvent en faveur de ces saintes âmes du purgatoire. Vous ne verrez plus ainsi en moi que Votre Fils, et ma voix, couverte par la sienne, parviendra ainsi jusqu’à vous et m’obtiendra plus sûrement la grâce que je sollicite. Ô Jésus, soyez propice à nos chers défunts. Qu’ils reposent en paix !
23ème jour JOUR – QUATRIÈME MOYEN DE SOULAGER LES ÂMES DU PURGATOIRE : LE SACRIFICE DE LA MESSE
1. Il est offert par Jésus – Christ
De tous les moyens que nous avons indiqués jusqu’ici, pour le soulagement des âmes du purgatoire, aucun n’est aussi puissant, aussi efficace que le Saint Sacrifice de la Messe : c’est un article bien consolant de notre foi. La raison en est que toute l’efficacité du Divin Sacrifice vient de ce qu’il est offert en la personne et au nom de Notre – Seigneur Jésus – Christ. A l’autel comme au calvaire, même victime, même sacrificateur, et par conséquent même efficacité. Là, Jésus – Hostie offre à son Père tout ce qu’Il est et tout ce qu’il a. Il offre toute l’Eglise Militante et toute l’Eglise Souffrante.
Quelle joie dans ce royaume des pleurs, pour ces âmes victimes de la Justice Divine lorsque Jésus les embrasse et les offre toutes à son Père ! Et le Père reçoit l’oblation du Fils ; à travers les flammes expiatrices, il reconnaît en elles, même dans leur disgrâce, les traits de ce Fils adorable, et Il pardonne en considération des mérites de cet Agneau sans tache. Comment se fait – il qu’en un moment si solennel toutes ces âmes ne soient pas délivrées ? Nous ne le savons pas, nous ne pouvons pénétrer les secrets de l’Infinie Justice et Sainteté de Dieu. Mais il est certain que toutes sont soulagées. Un saint docteur de l’Eglise affirme même qu’après chaque messe beaucoup d’âmes quittent le purgatoire et s’envolent vers le Paradis.
A Rome dans un monastère, une peinture représente St Bernard disant la messe et des âmes qui sortent du purgatoire et montent au Ciel à mesure que le Sacrifice continue. Pourquoi pensons – nous si peu à ces grâces exceptionnelles ? Dans la plupart des familles chrétiennes, on fait célébrer une messe de huitaine et des messes anniversaires chaque année. Y pensez – vous ?
2. Nous l’offrons avec Lui
Si vos ressources ne vous permettent pas de faire célébrer souvent des messes, n’oubliez pas que vous pouvez les offrir vous – même d’une certaine manière, en y assistant avec dévotion, en unissant vos prières à celle du prêtre, à celle de Notre – Seigneur. Oui, quand vous êtes là, près de l’autel, vous disposez des mérites de l’Agneau sans tache, vous pouvez les appliquer à tous ceux qui vous sont chers, et de même que Marie et Joseph réglaient les actes et les démarches de l’Enfant – Dieu, vous exercez une autorité sur Jésus – Eucharistie, vous devenez le maître, le distributeur de ses mérites. Vous pouvez donc prendre son Sang Divin et le répandre à profusion sur les âmes bénies du purgatoire. Vous pouvez leur appliquer le fruit du Sacrifice, ainsi que la part qui vous revient de droit, de toutes les messes qui se disent dans l’univers. C’est là un trésor auquel nous ne pensons pas assez ; un trésor avec lequel nous pouvons solder la rançon de nos parents et de nos amis et leur ouvrir la porte du Ciel. Nous sommes coupables d’exiger un moyen si facile et si efficace de mettre un terme aux tourments de ces chères âmes qui nous demandent par les mérites du Sauveur, de penser à elles, au St Sacrifice, pendant le Mémento des morts.
3. Exemples
Le St Curé d’Ars racontait un jour, dans son catéchisme, à ses paroissiens, le trait suivant :
« Mes enfants, un bon prêtre avait eu le malheur de perdre un ami qu’il chérissait tendrement, aussi priait – il beaucoup pour le repos de son âme. Un jour, Dieu lui fit connaître qu’il était en purgatoire et qu’il souffrait horriblement. Ce saint prêtre ne crut rien faire de mieux que d’offrir le Saint Sacrifice de la messe pour son cher défunt. Au moment de la Consécration, il prit l’Hostie entre ses doigts et dit : ‘Père Saint et Eternel, faisons un échange, vous tenez l’âme de mon ami qui est en purgatoire, et moi je tiens le Corps de Votre Fils qui est entre mes mains. Eh bien, Père Bon et Miséricordieux, délivrez mon ami et je Vous offre Votre Fils avec tous les mérites de sa mort et de sa passion’. Sa demande fut exaucée, en effet au moment de l’élévation, il vit l’âme de son ami toute rayonnante de gloire, qui montait au Ciel. Dieu avait accepté l’échange. Eh bien, mes enfants, ajoutait le curé d’Ars, quand nous voulons délivrer du purgatoire une âme qui nous est chère, faisons de même. Offrons à Dieu, par le Saint – Sacrifice Son Fils bien aimé avec tous les mérites de sa mort et de sa passion. Il ne pourra rien nous refuser. »
Suivons le conseil du Saint Curé d’Ars.
Autre exemple – des messes pour les défunts…
Ste Elisabeth, reine du Portugal, venait de perdre sa fille Constance, reine de Castille. Elle se rendait à Santarem. Comme elle passait près d’un bois, un ermite en sortit et se mit à courir derrière le cortège royal, criant qu’il voulait parler à la reine. Les gardes le repoussaient mais la reine l’ayant entendu, ordonna qu’on le lui amenât. Il lui expliqua que plusieurs fois, pendant qu’il priait dans son ermitage, la reine Constance lui était apparue et l’avait conjuré de faire savoir à sa mère qu’elle gémissait dans le purgatoire et qu’il fallait dire la messe pour elle tous les jours, pendant un an…
L’ermite se retira et l’on ne le revit plus… Les courtisans qui l’avaient entendu s’en moquaient et le traitait de visionnaire, de fou et même d’intriguant. La reine Elisabeth trouva qu’il était plus sage de faire ce qui lui était demandé par cet homme si peu ordinaire. « Après tout, se dit – elle, faire dire des messes pour notre chère fille défunte est dans la logique chrétienne. » Le Père Ferdinand Mendez, réputé pour sa piété, fut chargé de célébrer les 365 messes pour le soulagement de l’âme de Constance… Sainte Elisabeth priait pour sa fille ; mais elle avait complètement oublié la consigne, donnée à ce bon prêtre… Un jour, Constance apparut à sa mère, vêtue de blanc, éclatante de lumière, et lui dit ; « Maintenant, je m’envole vers la béatitude éternelle ! » Le lendemain Elisabeth alla à l’église pour remercier le Bon Dieu de la délivrance de sa fille. Le père Mendez l’y aperçut et vint lui dire qu’il venait de terminer la veille, la série des 365 messes… Juste au moment de l’apparition de sa fille délivrée… Elisabeth se souvint de l’ermite !
Prions – Aussi coupables que soient à vos yeux les âmes du purgatoire, laissez vous apaiser Ô Dieu de miséricorde et pardonnez leur en voyant le Sang Précieux de Votre Fils répandu chaque jour sur l’autel pour les laver de leurs souillures. Ecoutez la voix de ce Sang Adorable qui ne crie pas pour demander vengeance, mais grâce et miséricorde. Ô Jésus, Agneau sans tache qui effacez les péchés du monde, soyez propice à mes frères défunts. Qu’ils soient délivrés et qu’ils reposent en paix près de Vous !
24ème jour – CINQUIÈME MOYEN : LA SOUFFRANCE
1. Souffrance volontaire
« Soulageons les âmes du purgatoire, disait St Jean Chrysostome, soulageons – les par tout ce qui nous peine. Car Dieu a soin d’appliquer aux morts les mérites des vivants. » La souffrance ! C’est la grande satisfaction que le Seigneur demande à leur amour débiteur de Sa Justice. Nous souffrons donc pour eux afin qu’ils souffrent moins. Si nous avions une fois plus vive, une charité plus ardente, quelles mortifications ne nous imposerions – nous pas pour soulager et délivrer des parents, des amis qui nous ont tant aimés et qui souffrent maintenant d’une manière si horrible ? La pénitence, le jeûne, les austérités seraient nos exercices ordinaires. Mais au moins ayons le courage d’accomplir quelques légers sacrifices : celui d’un plaisir, d’une affection dangereuse, d’une lecture mauvaise, sacrifice d’une habitude coupable, d’un objet de luxe ou de pure vanité. « Choisissez la meilleure victime, disait le Père Félix, choisissez la surtout au fond de votre cœur pour ceux que vous aimez le plus, sacrifiez ce que vous avez de plus cher ; sacrifiez – vous vous – même et que le prix du sacrifice personnel devienne le rachat de la souffrance paternelle. » Ces âmes bienheureuses s’élèvent vers le Ciel sur les ailes de nos sacrifices, de nos austérités, de nos souffrances. Elles s’envolent triomphantes et elles nous remercient de notre générosité et quand elles seront dans la gloire, elles nous rendrons surabondamment ce que nous aurons fait pour elles. Quel sujet de consolation et d’espérance ! O Jésus crucifié, faites nous comprendre le prix de la souffrance !
2. Souffrance involontaire
Mais si la souffrance volontaire déconcerte notre courage, la Providence nous impose des souffrances plus méritoires pour nous et pour nos défunts parce – qu’elles ne sont pas de notre choix. Ce sont les afflictions, les peines de l’esprit, du cœur et du corps, inévitables en ce monde. Nous le savons, on en trouve partout, dans tous les états, dans toutes les conditions. Notre vie sur la terre est un combat de tous les jours, un long et pénible martyre. Devons – nous nous en plaindre ? Non, puisque toutes nos peines peuvent devenir un moyen de salut pour nous et pour les autres. Puisque nous pouvons nous en servir pour soulager les plus cruelles de toutes les douleurs, celles que subissent les saintes âmes du purgatoire. Avec cette croix que la Providence jette sur nos épaules, avec cette épine qui ensanglante notre cœur, avec une larme, avec un soupir, avec un acte de résignation, nous pouvons soulager ces grandes misères du purgatoire et sécher les pleurs de nos parents aimés.
Courage donc, endurons un peu de froid, nous rafraîchirons des victimes qui brûlent au milieu du feu de la colère de Dieu. Souffrons un peu de chaleur, nous changerons les ardeurs de ce feu en une douce rosée. Supportons une incommodité, nous arracherons des âmes au plus profond des abîmes. Acceptons une fatigue, une lassitude, nous les porterons sur des trônes de gloire dans le Ciel : pour nous un moment de peine, pour elles une éternité de bonheur !
3. Exemple
Un malade, rapportait St Antonin, était en proie aux plus excessives souffrances et demandait à Dieu avec des larmes, la délivrance de ses maux. Un ange lui apparut et lui dit : « Le Seigneur m’envoie vers vous pour vous donner le choix d’une année de souffrances sur la terre ou un seul jour dans le purgatoire. »
Le malade n’hésita pas. Un seul jour dans le purgatoire, se dit – il, je verrai du moins un terme à mes douleurs. Il expira aussitôt et son âme fut précipitée dans l’abîme de l’expiation. Alors l’ange, compatissant, vint s’offrir à lui pour le consoler. A cette vue, le malheureux poussa une clameur déchirante, semblable à un rugissement et s’écria : « Ange séducteur, vous m’avez trompé ! Vous m’avez assuré que je ne serai qu’un jour dans le purgatoire et voilà déjà 20 ans que je suis livré aux plus affreux supplices ! »
« Détrompez vous ; à peine quelques minutes se sont écoulées depuis votre trépas, et votre cadavre n’est pas encore froid sur votre lit de mort. » lui répondit l’Ange.
« Alors obtenez que je retourne sur la terre pour y souffrir pendant un an, tout ce qu’il plaira à Dieu »
Sa demande lui ayant été accordée, le malade incitait tous ceux qui venaient le voir à accepter de bon cœur toutes les peines de ce monde, plutôt que de s’exposer aux tourments de l’autre.
« La patience dans les peines, disait – il souvent, est la clé d’or du Paradis. Profitons en donc pour offrir nos souffrances. »
Et il mourut au terme de l’année, comme convenu…
Prions – Soyez béni, Ô mon Dieu, qui avez bien voulu que les souffrances et les peines dont ma vie est semée, deviennent pour moi une source abondante de mérites, et un moyen de satisfaire à Votre Justice pour les âmes qui me sont chères. Désormais, loin de me plaindre de la pesanteur de mes croix, je les supporterai avec patience et résignation, et vous abaisserez sur moi et sur mes parents défunts, un regard de miséricorde. Ô Jésus, soyez leur propice ! Appelez près de vous vos enfants et nos frères, qu’ils reposent en paix !
25ème jour – SIXIÈME MOYEN, LE CHEMIN DE CROIX
1. C’est le chemin du Ciel pour les vivants
Cette dévotion si grande pour les souvenirs qu’elle réveille, si précieuse pour les avantages qu’elle procure, est le moyen le plus efficace pour vaincre nos passions et la route la plus sûre pour arriver rapidement au sommet de la perfection. A chaque pas du chemin de croix, nous comprenons ce qui a causé tant de douleurs à NSJC. Nous devons craindre de pécher pour ne pas renouveler les souffrances de Sa Passion et chercher l’esprit d’immolation et de pénitence pour devenir semblable, le zèle du salut des âmes, l’amour de l’humilité et de la pureté, le pardon des injures, la patience dans les épreuves et le renoncement au monde.
Si vous voulez croître dans la foi, disait St Bonaventure, attirer à vous grâces sur grâces, et devenir semblable, non seulement aux anges mais au Fils de Dieu, livrez vous souvent à cet exercice : le Chemin de la Croix, et vous prendrez le chemin royal qui conduit au Paradis. Il n’y a pas de méthode plus sûre pour avancer dans la vertu et pour imiter le divin exemple qui est montré dans la voie du Calvaire. Faites souvent le chemin de croix, à l’exemple de la Ste Vierge, des premiers disciples, des saints et chaque fois, vous vous sentirez meilleur, plus chrétien, plus près du Ciel, dans le Cœur de Jésus.
2. C’est le chemin du Ciel pour les morts
Le chemin de croix est aussi une pratique très salutaire à nos chers défunts. En suivant Jésus dans la voie du calvaire, nous recueillons chacune des gouttes de son Précieux Sang, chacun des mérites de son précieux martyre et nous les offrons à la Justice de Dieu pour éteindre la dette des âmes du purgatoire ; c’est un soupir de joie, de soulagement. Le chemin de croix est surtout salutaire aux morts à cause des précieuses indulgences qui y sont attachées et qui sont toutes applicables aux défunts. Elles sont si nombreuses que nous ne pouvons les préciser ainsi que l’enseigne Benoît XIV, et il suffit pour les gagner d’être en état de grâce. On peut accomplir cet exercice plusieurs fois dans la même journée.
Si vous désirez soulager et délivrer beaucoup d’âmes du purgatoire, pratiquez pour elles cette dévotion. Vous trouverez sur cette voie douloureuse, consacrée par les souffrances et la mort de NSJC, la consolation dont votre cœur a besoin pour supportez les pertes des personnes que vous pleurez encore et le moyen de leur ouvrir le Ciel. Quel trésor pour vous et pour vos chers absents ! Prenez donc aujourd’hui la résolution de faire le chemin de croix chaque semaine, jour mémorable, qui parle si bien à notre reconnaissance.
3. Exemple
Une Mission avait lieu dans une petite paroisse ; les paroissiens venaient en foule entendre la parole de Dieu et solliciter son pardon. Trois hommes seulement refusaient avec obstination d’en profiter. Ils avaient juré de ne pas mettre les pieds à l’église et s’étaient surtout promis de ne pas se confesser. La femme de l’un d’eux vint en parler à l’un des missionnaires. « Avez-vous des enfants ? lui demanda l’homme de Dieu. « J’en ai deux, jeunes encore » « Eh bien, amenez les à l’église, faîtes dévotement avec eux le Chemin de Croix pour les âmes les plus délaissées du purgatoire ; demandez par l’entremise de ces âmes que vous aurez soulagées, la conversion de votre époux, et je vous assure que vous l’obtiendrez. Car l’expérience m’a appris deux choses : que l’exercice du Chemin de Croix est le moyen le plus efficace pour soulager nos défunts et pour obtenir par leur intercession les secours dont nous avons besoin. » Chaque jour à midi, l’épouse venait s’agenouiller au pied du Tabernacle avec ses deux jeunes enfants et faisait avec eux le Chemin de Croix. A chaque station, les enfants disaient du fond du cœur : « O Jésus, donnez le repos aux morts et convertissez mon père ! » La veille de la clôture de la Mission, le pécheur s’agenouillait aux pieds du prêtre, et le lendemain, il recevait joyeux aux côtés de son épouse, le Sauveur Notre Seigneur Jésus Christ. Après la messe, il pressait sur son cœur et bénissait ses deux enfants. O Chemin précieux de la Croix ! Utile à tous mais surtout aux pécheurs et aux âmes souffrantes du purgatoire !
Prions – Ô Marie, Mère des douleurs ! Vous qui avez si souvent médité le Mystère de la Passion de votre Divin Fils, vous qui avez parcouru la première les lieux consacrés par ses douleurs, enseignez nous à méditer et à pratiquer comme vous cette sainte et salutaire dévotion. Faites que nous y trouvions des grâces de conversion pour les pécheurs, de persévérance pour les justes, de consolation pour les âmes du purgatoire. Doux Jésus, donnez à ces âmes bénies le repos éternel.
